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Poésie

Posts Tagged ‘lion’

Venise (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019


 


Venise

Un pigeonnier d’or près de l’eau
Câline dans ses nuances de vert;
Un petit vent salé balaie
La trace fine des barques noires.

Foules de doux visages surprenants,
Couleurs vives des jouets dans les boutiques;
Sur un coussin brodé, le lion avec son livre,
Au sommet d’un pilier, le lion avec son livre.

Comme sur une vieille étoffe aux couleurs pâles,
Un ciel se fige, un ciel d’azur et terne…
Tout est étroit; mais on se sent au large;
Dans cette touffeur humide, on respire.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Roger Suraud

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QUADRATURE DU CERCLE (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019



Illustration: Adrian Higgins
    
QUADRATURE DU CERCLE

Les diverses distances de l’automne
et l’endroit saupoudré de sciure
qui restera
quand le cirque aura quitté la ville

Et mme longtemps après
en rentrant de l’école
les enfants font un crochet par la place
pour humer le lion

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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LA GROTTE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019




    
LA GROTTE

Plus près, bien plus près, mais encore
dans un autre temps que le nôtre
l’instant aux traces demeurées
depuis 35.000 ans de la grotte Chauvet,
période glaciaire, près du 45e parallèle,
homo spiritualis petits groupes humains
plongés dans l’immédiateté animale
portés par sa vigueur herbivore, carnivore
confondus aux puissances animales
à leur explosion leur présent
mammouths aurochs lions chevaux
saisis en pleine course en piétinements
leur énergie leurs crinières leurs yeux,
concision du trait, implosion de l’humain,
plaquée sur le silence rupestre
une main qui dessine y invente le souffle

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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Le contenant dans le contenu (Guillaume Siaudeau)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2019



Illustration   
    
Le contenant dans le contenu

Son coeur
est une cage
dans un lion

(Guillaume Siaudeau)

 

Recueil: Inauguration de l’ennui
Traduction:
Editions: Alma

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PAROLE FAITE CHAIR (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Josephine Wall 
    
PAROLE FAITE CHAIR

Parole dont le souffle est l’atmosphère qui encercle le monde,
Parole qui profère le monde qui fait tourner le vent,
Parole qui prononce l’oiseau qui s’élance dans les airs,

Parole qui efface la fanfare du soleil,
Dont le silence est le violon des étoiles,
Dont la mélodie est l’aube, et l’harmonie la nuit,

Parole tracée sur l’eau des lacs, et la lumière sur l’eau,
La lumière sur l’eau calme, l’eau mouvante, la cascade
Et les aquarelles du nuage, de la rosée, de la pluie spectrale,

Parole inscrite sur la pierre, ligne de crêtes sur fond de pierre,
Parole qui est feu du soleil et feu à l’intérieur
De l’ordre des atomes, symétrie cristalline,

Grammaire de la rose à cinq pétales et du lys à six pétales,
Spirale des feuilles sur une branche, hélice des coquillages,
Rotation des plantes qui s’enroulent sur des axes d’ombre et de lumière,

Sagesse instinctive du poisson, du lion et du bélier,
Rythme de la génération dans la stolonifère et la fougère,
Éclat d’aileron, battement d’aile, battement du coeur, mesure de la danse,

Hiéroglyphe exact où est dessinée
La plume, ou l’aile de l’insecte, réfraction des yeux multiples,
Les yeux des créatures, oh vision innombrable du monde,

Affirmation du mystère, comment nommer
Un esprit incarné en un monde, un monde fait homme?

***

WORD MADE FLESH

Word Whose breath is the world-circling atmosphere,
Word that utters the world that turns the wind,
Word that articulates the bird that speeds upon the air,

Word that blazes out the trumpet of the sun,
Whose silence is the violin-music of the stars,
Whose melody is the dawn, and harmony the night,

Word traced in water of lakes, and light on water,
Light on still water, moving water, waterfall
And water colours of cloud, of dew, of spectral raie,

Word inscribed on stone, mountain range upon range of stone,
Word that is fire of the sun and fire within
Order of atoms, cristalline simmetry,

Grammar of fave fold rose and six-fold lily,
Spiral of leaves on a bough, helix of shells,
Rotation of twining plants on axes of darkness and light,

Instinctive wisdom of fish and lion and ram,
Rhythm of generation in flagellate and fern,
Flash of fin, beat of wing, heartbeat, beat of the dance,

Hieroglyph in whose exact precision is defined
Feather and insect-wing, refraction of multiple eyes,
Eyes of the creatures, oh myriadfold vision of the world,

Statement of mystery, how shall we name
A spirit clothed in world, a world made man?

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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DANS MA BÊTE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
DANS MA BÊTE

Je me retire dans ma bête
Avec mon miel, ma planche à clous,
Deux rossignols brouteurs d’idées,
Un jeune azur, un vieux cloaque
Et six fleuves docilement
A mes pieds comme de bons chiens.

Je me retire dans ma bête
Avec mon miel, ma planche à clous
Et juste ce qu’il faut de mouches
Pour tourner au nez d’un lion.
J’emporte tout, je ne vous laisse
Que ma couronne sur le seuil.

J’ai soif ; ma bête
Me tend la bouche.
J’ai faim, ma bête
Me tend le sein.

Chaud qu’il fait dans ma bête et doux !
Il fait éternel, éternel…
Ma bête est une grotte lisse
Comme le ventre de ma mère.
J’emporte tout, je ne vous laisse
Que ma couronne sur le seuil.

J’ai peur, ma bête
Me tend son aile.
J’ai froid, ma bête
Me tend son ventre.

Ah, je suis l’oeuf dans sa coquille !
Par un grand festin solitaire,
Je goberai tous mes trésors,
Mes fleuves, mes lions, mes mouches,
Ne gardant pour seule fortune
Que mon miel et ma planche à clous.

J’ai sommeil, ma
Bête me tend
Son insondable
Obscurité.

— Et toi, va briller sur leurs têtes,
Couronne de papier brûlé !

(Norge)

 

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Par toi j’aurai compris toutes les grandes choses (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018


 

Par toi j’aurai compris toutes les grandes choses :
Le charme des matins et la douceur des soirs
Ou l’horizon flambait comme un bûcher de roses !

La splendeur des grands vers, rangés en barreaux noirs
Comme si derrière eux des lions de pensée
Eussent rugi d’orgueil en de beaux désespoirs!

Mon âme auprès de toi s’est souvent balancée
Avec plus de mollesse au hamac d’un concert
Dans les mailles des sons où tu t’étais bercée !

Car, par les soirs tombants, teints de rose et de vert,
Par les tranquilles soirs d’été mélancoliques,
Sous tes regards aigus tout mon coeur s’est ouvert,

S’est ouvert sous tes yeux profonds et métalliques
Qui lui faisaient des trous avec leurs poignards d’or,
Et c’est par ces trous-là que les grandes musiques

— A cette heure adorable où le jour qui s’endort
A fauché les rayons du soir comme des seigles —
Que les musiques donc chantant, prenant l’essor,

Entraient, ouvrant leur aile, en moi comme des aigles !

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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Wollo Wollo (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2018



J’ai marché sur la terre usée des champs
Wollo Wollo
et j’ai suivi les femmes qui cheminent
sous les calebasses
longtemps longtemps vers les marchés.
l’ai vu passer les bêtes roulantes
des hommes qui n’ont pas de couleur
Wollo Wollo
mais j’ai vu fuir les démons qui les habitent.
Le lion perdra sa chevelure
et le surprenant ne pourra plus rien contre le surpris
Wollo Wollo
mais il faut marcher plus vite que l’horizon
et je marche.

(Pierre Béarn)

Illustration: Alberto Giacometti

 

 

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Avez-vous vu (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



hippopotamme

Avez-vous vu le dromadaire
Dont les pieds ne touchent pas terre?

Avez-vous vu le léopard
Qui aime loger dans les gares?

Avez-vous vu le vieux lion
Qui joue si bien du violon?

Avez-vous vu le kangourou
Qui chante et n’a jamais le sou?

Avez-vous vu l’hippopotame
Qui minaude comme une femme?

Avez-vous vu le perroquet
Lançant très haut son bilboquet?

Avez-vous vu la poule au pot
Voler en rassemblant ses os?

Mais moi, m’avez-vous bien vu, moi,
Que personne jamais ne croit?

(Maurice Carême)

 

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PROVINCES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



PROVINCES
A Fernand Derôme.

Les dieux de bois sur les cités
Ouvrent des ailes vermoulues.
Je porte en moi de longs soirs gris
Brouillés de province et d’ennui.
Loin de la ville des luthiers
Bragards et valétudinaires,
J’erre à travers mon vieux Poitiers
Bossué comme une taupinière.
Maisons étales de sommeil
Et cathédrales englouties
Sous les vagues longues du temps.
Toute cette mélancolie
S’enfle comme un beau soir de fête,
Eclaire une rose parfaite
A l’ombre lasse d’un clocher.
Je porte aussi le lion des Flandres
Martelé de coups de soleil
Et le haut beffroi non pareil
Où tournent sans fin les corneilles.
Je porte en moi des cris d’oiseaux,
Je porte en moi des vols de cloches,
Et les perles des carillons,
Et des frairies et des ducasses,.
Et des assemblées d’accueillage.
Je porte en moi de clairs villages,
D’autres aux murs poreux de lave,
Des cortèges de mariages
De longs enterrements sans fin.
Je porte en moi ma propre fin
Et mon silence, et mon courage…

(Maurice Fombeure)


Illustration: William Lamboley

 

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