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Posts Tagged ‘lionne’

ODE À LA CASCADE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Illustration: Jean-Joseph Chevalier
    
ODE À LA CASCADE

Soudain, un jour
je me suis levé tôt
et t’ai donné une cascade.
Entre tout
ce qui existe
sur la terre,
pierres,
édifices,
oeillets,
entre tout
ce qui vole dans l’air,
nuages,
oiseaux,
entre tout
ce qui existe
sous la terre,
minéraux,
morts,
il n’y a
rien d’aussi fugitif,
rien qui chante
comme une cascade.

La voici :
elle rugit
comme lionne blanche,
brille
comme la fleur du phosphore,
rêve
avec chacun de tes rêves,
chante
dans mon chant
et me donne
un argent passager.
Mais
elle travaille
et meut
la roue
d’un moulin
et n’est pas seulement
chrysanthème blessé,
mais réalisatrice
aussi de la farine,
mère du pain que tu manges
chaque jour.

(Pablo Neruda)

 

Recueil: Nouvelles odes élémentaires
Traduction: Jean-Francis Reille
Editions: Gallimard

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La gazelle (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018




La gazelle

Née d’un songe flottant
– Depuis Dieu sait quel temps! –
Elle est faite de gaze
Et de longs reflets d’ailes,
La petite gazelle.
Si la lionne la terrasse,
Elle abandonne à la clairière
Son corps luisant.
Redevenue légère
Comme un songe flottant
– Depuis Dieu sait quel temps! –
Elle regagne la lumière
D’un bond éblouissant.

(Maurice Carême)

Illustration

 

 

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Marco (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Mikhaïl Vroubel
    
Marco

Quand Marco passait, tous les jeunes hommes
Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes
Où les feux d’Amour brûlaient sans pitié
Ta pauvre cahute, ô froide Amitié ;
Tout autour dansaient des parfums mystiques
Où l’âme, en pleurant, s’anéantissait.
Sur ses cheveux roux un charme glissait ;
Sa robe rendait d’étranges musiques
Quand Marco passait.

Quand Marco chantait, ses mains, sur l’ivoire
Évoquaient souvent la profondeur noire
Des airs primitifs que nul n’a redits,
Et sa voix montait dans les paradis
De la symphonie immense des rêves,
Et l’enthousiasme alors transportait
Vers des cieux connus quiconque écoutait
Ce timbre d’argent qui vibrait sans trêves,
Quand Marco chantait.

Quand Marco pleurait, ses terribles larmes
Défiaient l’éclat des plus belles armes ;
Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin
Et son désespoir n’avait rien d’humain ;
Pareil au foyer que l’huile exaspère,
Son courroux croissait, rouge, et l’on aurait
Dit d’une lionne à l’âpre forêt
Communiquant sa terrible colère,
Quand Marco pleurait.

Quand Marco dansait, sa jupe moirée
Allait et venait comme une marée,
Et, tel qu’un bambou flexible, son flanc
Se tordait, faisant saillir son sein blanc ;
Un éclair partait. Sa jambe de marbre,
Emphatiquement cynique, haussait
Ses mates splendeurs, et cela faisait
Le bruit du vent de la nuit dans un arbre,
Quand Marco dansait.

Quand Marco dormait, oh ! quels parfums d’ambre
Et de chair mêlés opprimaient la chambre !
Sous les draps la ligne exquise du dos
Ondulait, et dans l’ombre des rideaux
L’haleine montait, rhythmique et légère ;
Un sommeil heureux et calme fermait
Ses yeux, et ce doux mystère charmait
Les vagues objets parmi l’étagère,
Quand Marco dormait.

Mais quand elle aimait, des flots de luxure
Débordaient, ainsi que d’une blessure
Sort un sang vermeil qui fume et qui bout,
De ce corps cruel que son crime absout :
Le torrent rompait les digues de l’âme,
Noyait la pensée, et bouleversait
Tout sur son passage, et rebondissait
Souple et dévorant comme de la flamme,
Et puis se glaçait.

(Paul Verlaine)

 
Découvert ici: https://marinegiangregorio.wordpress.com/

Recueil: Poèmes saturniens
Traduction:
Editions:

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Un clair matinal de lune (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2017



Un clair matinal de lune,
Est à boire par ta bouche
Les mains se sentent des bêtes
A rien prendre sur nos lèvres.
Laissons-les jouer entre elles
Lionnes et saintes-nitouches
Laissons-les nous épouser
Leur toucher ne met qu’une ombre
Sur tes infinies surfaces
Que le baiser en puissance
Fera tourner comme un ciel.

(Olivier Larronde)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

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L’Automne (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Graham Gercken
    
L’Automne

Avec des ardeurs de lionne,
La forêt vibre et s’abandonne
Aux baisers rouges de l’automne,

Et sa chevelure jaunie
Pleure sur la lente agonie
Des solitudes d’Ionie.

La feuille vole et tourbillonne :
Le rythme du vent monotone
Gémit sur la mort de l’automne.

La forêt jette un cri fantasque,
Comme une plainte qui se masque
Sous le rire de la bourrasque.

Dans l’ombre au parfum d’anémone,
La nuit glorifie et couronne
La mort divine de l’automne.

(Renée Vivien)

 

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Créoles (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Louise Breslau

    

Créoles

Le soir frémit encor de nos anciens aveux
Sur les pics foudroyés que l’ouragan ravage…
Laisse-moi respirer l’odeur de tes cheveux.

Sous tes pas de créole enfant, traîne un sillage
D’échos et de reflets, d’angoisses et de voeux ;
Tes seins ont la fraîcheur d’une rose sauvage.

Une vapeur légère estompe le contour
Des montagnes d’azur, et l’eau semble se taire
Pour recueillir le souffle agonisant du jour.

Mon être émerveillé contemple ce mystère,
Ce miracle : t’avoir inspiré de l’amour !
Et je plains le néant de l’être solitaire.

Dans le soir où languit un rêve oriental,
Tes paupières de pourpre ont de lourdes paresses :
L’air est chargé de nard, de myrrhe et de santal.

Et, comme un défilé de funèbres prêtresses,
Baissant leurs fronts gemmés d’argent et de cristal,
Les étoiles du Sud consacrent nos ivresses.

Les longs pressentiments, les lueurs et les voeux
T’auréolent ainsi qu’une rouge couronne :
Sous tes pas se déroule un sillage d’aveux.

Vois flamber le minuit que la fièvre aiguillonne :
Laisse-moi respirer l’odeur de tes cheveux
Et te soumettre enfin à mes ruts de lionne.

(Renée Vivien)

 

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SONNET D’OARISTYS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2016



SONNET D’OARISTYS

Tu me fis d’imprévus et fantasques aveux
Un soir que tu t’étais royalement parée,
Haut coiffée, et ruban ponceau dans tes cheveux
Qui couronnaient ton front de leur flamme dorée.

Tu m’avais dit  » je suis à toi si tu me veux  » ;
Et, frémissante, à mes baisers tu t’es livrée.
Sur ta gorge glacée et sur tes flancs nerveux
Les frissons de Vénus perlaient ta peau nacrée.

L’odeur de tes cheveux, la blancheur de tes dents,
Tes souples soubresauts et tes soupirs grondants,
Tes baisers inquiets de lionne joueuse

M’ont, à la fois, donné la peur et le désir
De voir finir, après l’éblouissant plaisir,
Par l’éternelle mort, la nuit tumultueuse.

(Charles Cros)

Illustration: Boris Dejoa

 

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Siramour (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2015



 

Siramour

Semez, semez la graine
Aux jardins que j’avais.
Je parle ici de la sirène idéale et vivante,
De la maîtresse de l’écume et des moissons de la nuit
Où les constellations profondes comme des puits grincent de toutes
leurs poulies et renversent à pleins seaux sur la terre et le sommeil
un tonnerre de marguerites et de pervenches.
Nous irons à Lisbonne, âme lourde et coeur gai
Cueillir la belladone aux jardins que j’avais.
Je parle ici de la sirène idéale et vivante,
Pas la figure de proue mais la figure de chair,
La vivante et l’insatiable,
Vous que nul ne pardonne,
Âme lourde et coeur gai,
Sirène de Lisbonne,
Lionne rousse aux aguets.
Je parle ici de la sirène idéale et vivante.
Jadis une sirène
A Lisbonne vivait.
Semez, semez la graine
Aux jardins que j’avais.

Que Lisbonne est jolie.
La fumée des vapeurs
Sous la brise mollie
Prend des formes de fleurs.

Nous irons à Lisbonne
Âme lourde et coeur gai,
Vous que nul ne pardonne,
Lionne rousse aux aguets.

(Robert Desnos)

Illustration

 

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