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Poésie

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Mettre ma vie en pages (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019




    
Mettre ma vie en pages
Est-ce bien raisonnable

Récurer
Calembours et calembredaines

Étendre mes rêves
Encore humides

Trouer à mains nues
Les poches de tristesse

Découdre les plaies

Sans gants ni masque
Souffler sur les cadavres

Donner à lire
Ma destinée
Dans les détours de mes viscères

Peut-être vaut-il mieux
Faire la coquette

À l’envi répétant
Que je suis vieille
Malade et moche

Et pauvre aussi

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LES CARACTÈRES ILLISIBLES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
LES CARACTÈRES ILLISIBLES

Ce que tu assembles, ce que tu divises
se passe au fond de ton sang
hors de ta volonté : tu assistes
et tu te révoltes de n’être qu’un témoin
sans nul pouvoir.

Cette faible vie, tu aurais voulu la dominer
et tu ne parviens
(à force de vigilance)
qu’à percevoir en deçà et au-delà
des éclairs indéchiffrables
quelques lointains roulements
annonçant que tout se prépare.

Bientôt ce qui est imprévu sera là
et ce que nous attendions s’enfuira.
Nous serons atteints par surprise
sans avoir compris sans savoir lire
les figures de nos propres rêves
pourtant inscrites en lettres géantes
sur la face changeante des nuages.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Heureuse rose (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019




Si ta fraîcheur parfois nous étonne tant,
heureuse rose,
c’est qu’en toi-même, en dedans,
pétale contre pétale, tu te reposes.

Ensemble tout éveillé, dont le milieu
dort, pendant qu’innombrables, se touchent
les tendresses de ce coeur silencieux
qui aboutissent à l’extrême bouche.

Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu’on ne lira jamais. Livre-mage,

qui s’ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés…,
dont les papillons sortent confus
d’avoir eu les mêmes idées.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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A UNE DEMOISELLE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



A UNE DEMOISELLE

A toute heure la demoiselle lit,
Elle pianote, aime la peinture,
Et veille la nuit, sans en avoir cure,
Et c’est pourquoi, sans doute, elle maigrit.

On croit savoir, et même l’on prétend —
Mais cela reste une chose secrète —
La demoiselle rêve à un poète,
Fort bizarre, solitaire, et dément.

(George Bacovia)

Illustration: Delphin Enjolras

 

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SILENCE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



SILENCE

Quoi de neuf ? Je passe ma nuit à lire
Et je crois bien être vivant, ma foi.
La lampe… Qui l’allume, la fait luire
Quand il est trop tard, maintenant pour moi ?

Sur l’étagère, une montre respire…
Puis-je ne pas savoir tout ce qu’on doit ?
Nuit…
La lampe… Qui l’allume, la fait luire
Quand il est trop tard, maintenant, pour moi ?

(George Bacovia)

 

 

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Cette lettre, ami, ne la froisse pas (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Cette lettre, ami, ne la froisse pas;
Tâche de la lire, amour, jusqu’au bout.
J’en ai assez d’être une inconnue,
D’être sur ta route une étrangère.

Non, pas ces yeux-là, pas cette colère !
Je suis à toi, je suis celle que tu aimes.
Je ne suis ni bergère, ni reine,
Ni non plus, à coup sûr, religieuse…

Dans cette robe grise de tous les jours,
Sur ces talons usés…
Comme avant, mon étreinte brûle,
Et mes grands yeux disent la peur.

Cette lettre, ami, ne la froisse pas,
Le mensonge est de toujours; ne pleure pas.
Mets-la dans ta pauvre musette,
Mets-la, s’il te plaît, tout au fond.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Jonathan Janson

 

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Écrire un texte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019




    
Écrire un texte
et le laisser abandonné sur la page.

Ne pas le relire,
ni le montrer à quiconque,
ni l’envoyer où que ce soit.
Qu’il reste dans son repos de texte.

Et le laisser qu’il trouve là son lecteur
comme tous les textes le trouvent.

Aussi celui qui est écrit à l’intérieur de nous,
et il nous paraît impossible que quelqu’un puisse lire.

***

Escribir un texto
y dejarlo abandonado en la pagina.

No volver a leerlo,
no mostrarlo a ninguno,
no enviarlo a parte alguna.
Que quede en su reposo de texto.

Y dejar que allí encuentre su lector,
como todos los textos lo encuentran.

También el que llevamos escrito adentro
y nos parece imposible que alguien pueda leer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Nous allons vidant des éternités (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2019



Nous allons vidant des éternités,
tandis que la lumière nous parvient
d’un lieu obstinément caché.

Rien ne tient entre nos mains,
mais rien ne tient nulle part.

Nous-mêmes tiendrons-nous dans la mort ?

Ou sera-ce à la fin la même chose ?

Lire cela
qui s’il est lu s’efface.

***

Andamos vaciando eternidades
mientras la luz nos llega
de un lugar tercamente escondido.

Nada nos cabe entre las manos,
pero nada cabe en ningún sitio.

¿Cabremos nosotros en la muerte?

¿O al fin será lo mismo?

Leer algo
que se borra si es leído.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Nous devons faire en sorte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
Nous devons faire en sorte que le texte que nous lisons nous lise.
Que la musique que nous écoutons
nous entende.
Que cela que nous aimons
au moins paraisse nous aimer.

Il faut en finir avec l’illusion
d’une réalité à un seul sens.
Il importe à présent
que chaque chose en ait au moins deux,
bien qu’au fond nous sachions
que si une chose n’a pas tous les sens
elle n’en a aucun.

Nous devons faire en sorte que la rose
que nous venons de créer en la regardant
nous crée à son tour.
Et obtenir qu’ensuite
elle engendre à nouveau l’infini.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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POUR lire ce que j’aime lire (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
POUR lire ce que j’aime lire
je devrais l’écrire.
Mais je ne sais pas l’écrire.
Personne ne sait l’écrire.

S’agirait-il d’une écriture perdue
ou peut-être d’une écriture du futur ?

Il se peut que j’aime lire
ce qui ne peut s’écrire.
Ou simplement ce qui ne peut se lire
bien que cela s’écrive.

***

PARA leer lo que quiero leer
tendría que escribirlo.
Pero no sé escribirlo.
Nadie sabe escribirlo.

¿Se tratará de una escritura perdida
o acaso de una escritura del futuro?

Tal vez quiers leer
lo que no se puede escribir.
O simplemente lo que no se puede leer,
aunque se escriba.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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