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Poésie

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Vous écrivez dit-elle (Jacques Robinet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: Edvard Munch
    
Vous écrivez dit-elle
par ennui ou mélancolie
votre peine
embrume les chemins

Où est votre amour
Où le chant de la grive ?
Vous écrivez dit-elle
car je me suis enfuie

On allume des bougies
dans les églises désertes
Vous écrivez pour remplir
mon absence

Peut-être reviendrai-je
avec la marée pour lire
serrée bien contre vous
ce poème sous un ciel étoilé

(Jacques Robinet)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: 125-126
Traduction:
Editions: Arpa EXILS

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EXTRAIT DU JOURNAL D’UN HOMME MÉFIANT (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2019



    

EXTRAIT DU JOURNAL D’UN HOMME MÉFIANT

« Il serait temps que je commence à écrire ces notes à l’envers, comme Léonard de Vinci,
pour dérouter les indiscrets, et surtout l’Indiscret. (Vous savez bien : Celui qui… Mais, suffit!)
Vu l’importance du Bonhomme, allons plus loin :
pas seulement les lettres à l’envers, ni les mots, mais les pensées elles-mêmes!
Car il faut toujours déjouer Ses ruses.

S’Il lui prend envie, pendant que j’écris, de regarder par-dessus mon épaule,
je veux qu’Il ne comprenne rien à ce qu’Il lira.
A dater de ce jour, 21 juin 19..,
je commence un nouveau chapitre de ce Journal Intime,
en écrivant le contraire de ce que j’éprouve, de ce que je pense.
Qui sera bien attrapé? »

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA SOLUTION (Bertolt Brecht)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2019



Illustration: Akbar Behkalam 
    
LA SOLUTION

Après l’insurrection du 17 juin
Le secrétaire de l’union des écrivains
Fit distribuer des brochures dans l’avenue Staline.

On pouvait y lire que le peuple
Avait perdu la confiance du gouvernement

Et ne pouvait le regagner

Que grâce à un travail redoublé. Ne serait-ce
Pas plus simple que le gouvernement

Liquide le peuple et en
Choisisse un autre ?

***

DIE LÖSUNG

Nach dem Aufstand des 17. Juni
Ließ der Sekretär des Schriftstellerverbands
In der Stalinallee Flugblätter verteilen
Auf denen zu lesen war, dass das Volk
Das Vertrauen der Regierung verscherzt habe
Und es nur durch verdoppelte Arbeit
zurückerobern könne. Wäre es da
Nicht doch einfacher, die Regierung
Löste das Volk auf und
Wählte ein anderes?

***

Soluția

Urmare a răscoalei de pe 17 iunie
Secretarul Uniunii Scriitorilor a dispus
Să se împartă broșuri pe Aleea Stalin
În care se putea citi că poporul
Și-ar fi jucat încrederea guvernului
Și că numai prin muncă dublă
O va putea recâștiga.
N-ar fi mai simplu dacă guvernul
Ar dizolva poporul și
Ar alege altul?

(Bertolt Brecht)

 

Recueil: ITHACA 585
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg /

Editions: POINTS

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Mettre ma vie en pages (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019




    
Mettre ma vie en pages
Est-ce bien raisonnable

Récurer
Calembours et calembredaines

Étendre mes rêves
Encore humides

Trouer à mains nues
Les poches de tristesse

Découdre les plaies

Sans gants ni masque
Souffler sur les cadavres

Donner à lire
Ma destinée
Dans les détours de mes viscères

Peut-être vaut-il mieux
Faire la coquette

À l’envi répétant
Que je suis vieille
Malade et moche

Et pauvre aussi

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LES CARACTÈRES ILLISIBLES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
LES CARACTÈRES ILLISIBLES

Ce que tu assembles, ce que tu divises
se passe au fond de ton sang
hors de ta volonté : tu assistes
et tu te révoltes de n’être qu’un témoin
sans nul pouvoir.

Cette faible vie, tu aurais voulu la dominer
et tu ne parviens
(à force de vigilance)
qu’à percevoir en deçà et au-delà
des éclairs indéchiffrables
quelques lointains roulements
annonçant que tout se prépare.

Bientôt ce qui est imprévu sera là
et ce que nous attendions s’enfuira.
Nous serons atteints par surprise
sans avoir compris sans savoir lire
les figures de nos propres rêves
pourtant inscrites en lettres géantes
sur la face changeante des nuages.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Heureuse rose (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019




Si ta fraîcheur parfois nous étonne tant,
heureuse rose,
c’est qu’en toi-même, en dedans,
pétale contre pétale, tu te reposes.

Ensemble tout éveillé, dont le milieu
dort, pendant qu’innombrables, se touchent
les tendresses de ce coeur silencieux
qui aboutissent à l’extrême bouche.

Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu’on ne lira jamais. Livre-mage,

qui s’ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés…,
dont les papillons sortent confus
d’avoir eu les mêmes idées.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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A UNE DEMOISELLE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



A UNE DEMOISELLE

A toute heure la demoiselle lit,
Elle pianote, aime la peinture,
Et veille la nuit, sans en avoir cure,
Et c’est pourquoi, sans doute, elle maigrit.

On croit savoir, et même l’on prétend —
Mais cela reste une chose secrète —
La demoiselle rêve à un poète,
Fort bizarre, solitaire, et dément.

(George Bacovia)

Illustration: Delphin Enjolras

 

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SILENCE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



SILENCE

Quoi de neuf ? Je passe ma nuit à lire
Et je crois bien être vivant, ma foi.
La lampe… Qui l’allume, la fait luire
Quand il est trop tard, maintenant pour moi ?

Sur l’étagère, une montre respire…
Puis-je ne pas savoir tout ce qu’on doit ?
Nuit…
La lampe… Qui l’allume, la fait luire
Quand il est trop tard, maintenant, pour moi ?

(George Bacovia)

 

 

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Cette lettre, ami, ne la froisse pas (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Cette lettre, ami, ne la froisse pas;
Tâche de la lire, amour, jusqu’au bout.
J’en ai assez d’être une inconnue,
D’être sur ta route une étrangère.

Non, pas ces yeux-là, pas cette colère !
Je suis à toi, je suis celle que tu aimes.
Je ne suis ni bergère, ni reine,
Ni non plus, à coup sûr, religieuse…

Dans cette robe grise de tous les jours,
Sur ces talons usés…
Comme avant, mon étreinte brûle,
Et mes grands yeux disent la peur.

Cette lettre, ami, ne la froisse pas,
Le mensonge est de toujours; ne pleure pas.
Mets-la dans ta pauvre musette,
Mets-la, s’il te plaît, tout au fond.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Jonathan Janson

 

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Écrire un texte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019




    
Écrire un texte
et le laisser abandonné sur la page.

Ne pas le relire,
ni le montrer à quiconque,
ni l’envoyer où que ce soit.
Qu’il reste dans son repos de texte.

Et le laisser qu’il trouve là son lecteur
comme tous les textes le trouvent.

Aussi celui qui est écrit à l’intérieur de nous,
et il nous paraît impossible que quelqu’un puisse lire.

***

Escribir un texto
y dejarlo abandonado en la pagina.

No volver a leerlo,
no mostrarlo a ninguno,
no enviarlo a parte alguna.
Que quede en su reposo de texto.

Y dejar que allí encuentre su lector,
como todos los textos lo encuentran.

También el que llevamos escrito adentro
y nos parece imposible que alguien pueda leer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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