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Poésie

Posts Tagged ‘lisière’

Bièvre (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



 

Promenade-le-long-de-la-Bievre_lightbox

Bièvre

[…]

Si dès l’aube on suit les lisières
Du bois, abri des jeunes faons,
Par l’âpre chemin dont les pierres
Offensent les mains des enfants,
A l’heure où le soleil s’élève,
Où l’arbre sent monter la sève,
La vallée est comme un beau rêve.
La brume écarte son rideau.
Partout la nature s’éveille ;
La fleur s’ouvre, rose et vermeille ;
La brise y suspend une abeille,
La rosée une goutte d’eau !

Et dans ce charmant paysage
Où l’esprit flotte, où l’oeil s’enfuit,
Le buisson, l’oiseau de passage,
L’herbe qui tremble et qui reluit,
Le vieil arbre que l’âge ploie,
Le donjon qu’un moulin coudoie,
Le ruisseau de moire et de soie,
Le champ où dorment les aïeux,
Ce qu’on voit pleurer ou sourire,
Ce qui chante et ce qui soupire,
Ce qui parle et ce qui respire,
Tout fait un bruit harmonieux !

[…]

(Victor Hugo)

Illustration

 

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Marées (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Marées

Le monde succombe
Aux mains des égorgeurs
En carcan de haine
Qui déciment les corps innocents

Puis s’échappant comme l’eau
De toute emprise
La liberté jaillit
Hors du joug des violences
Et des harnais du temps

Mais qui ramènera
Des contrées
De l’ombre et des glaives
Ces vies interrompues
Aux lisières de nos vies ?

(Andrée Chedid)

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L’infini microcosme (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



    

L’infini microcosme

Nuit et jour infinis dans une effusion du Temps,
Un seul aperçu au milieu,
Une soirée agréable, un courant d’air,
L’ivresse d’union entre obscurité tamisée et lumière :
Juste à son coeur un jasmin simple et minuscule
Un soupçon de parfum avec une goutte de sourire
A peine accessibles ses toutes petites lèvres
Continue à s’épanouir dans la joie
Avant même sa chute dans la joie.
Au fond de cet aperçu l’Infini tout entier
Devient jasmin en lisière d’une forêt.
L’Infini se manifeste au coeur de l’instant.
Au passage du temps se détache la fleur,
L’Infini rentre en lui-même.

***

Infinity, Miniscule

Infinite day and night in an effusion of Time,
Only one glimpse in its midst,
A lovely evening, a breeze,
The drunkenness of union between soft darkness and light:
Right at its core merely a tiny jasmine,
A shade of perfume with a drop of smile
Hardly approachable its tiny lips
Keeps on blossoming out of its joy
Before it falls even out of its joy.
Entire Infinity within that glimpse
Becomes a jasmine by the side of a forest.
Infinity manifests at the heart of the moment.
With the passing of the moment falls the flower,
Infinity returns within itself.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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ATTENTE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
ATTENTE

Tu restes toujours présent
À la lisière de mes chants,
Mes mélodies sont à Tes pieds
Sans que je puisse T’atteindre.
Le vent supplie avec insistance :
« Ne laisse pas ton rafiot amarré ! »
Gouverne vite pour parvenir
Au centre de mon cœur.

Avec Toi le jeu de mes chants
Est un jeu venant de loin,
Sa flûte émet des notes chagrines
Tout le long du jour.
T’emparant de ma flûte donc, quand voudras-tu
La remplir de Ton souffle,
Dans la dense obscurité
Par une nuit joyeuse et muette ?

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Au printemps (Omar Khayyâm)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



 

jeune femme verre de vin

Au printemps, je vais quelquefois m’asseoir à la lisière d’un champ fleuri.
Lorsqu’une belle jeune fille m’apporte une coupe de vin,
Je ne pense guère à mon salut.
Si j’avais cette préoccupation, je vaudrais moins qu’un chien.

(Omar Khayyâm)

 

 

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À la lisière du temps (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
À la lisière du temps

Quand on marche le soir à la lisière du temps
il monte soudain une bouffée d’enfance
les cris d’hirondelles folles d’un préau d’école
ou le silence de la barque sur fa rivière
à la tombée du jour quand le soleil rase l’eau qui moucheronne
ou bien la sonnette (deux fois) de l’épicerie-mercerie
où on achète après l’école les rouleaux de réglisse Zan
qui barbouillent de noir et font les doigts collants

On tend l’oreille le long du voile de la brume
Quelqu’un parle à voix basse
sans qu’on puisse reconnaître la voix
et sans comprendre les paroles
les mots chuchotés loin à l’envers du silence

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Forêt (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019




    
Forêt

Dans la forêt après la pluie
les arbres brusquement
secouent leurs idées noires
en flaques flasques
sur nos épaules

Parvenus à la lisière
les premières semailles d’automne
brillent vert vif
et le ciel essaie
un arc-en-ciel tout neuf
qui va à merveille
à son gris clair

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Printemps des lisières (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Jean-louis Jabalé   
    
Printemps des lisières,
Les bourgeons du soleil

Percent la coque
De nos insomnies,
Font voler en éclat

Nous arrachent
Au socle pétrifié de l’hiver,

Creusent nos vases mortes
De sillons de lumière,

La dure écorce de nos peurs,
Nous invitent à être là simplement
Dans la joie ample de marcher,

Libèrent en nous
Mille chants d’oiseaux.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Tu n’es personne (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



 

Illustration: Salvador Dali
    
Tu n’es personne. Ce qui tourne
autour de toi, paroles, maisons,
visages, tourne autour d’un centre
qui n’existe pas.

Ton lieu est vers le dehors
dans la nuit de toute langue,
tu vis en lisière,
corps exilé, corps étranger.

Et comme un orchestre caché, tu ne sais
quels instruments en toi
résonnent, cordes ou cuivres, harpes ou tymbales,

Serait-ce le pas des nuits qui s’imprime
sur le sable et se dissout
dans la mémoire éteinte.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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FLEUR DU JAPON (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration: Maurice Ehlinger
    
FLEUR DU JAPON

Fille en fièvre dans un drap d’eau
S’ouvre se ferme s’épanouit
Comme une fleur japonaise.

Le jeu simule une treille
Tout autour de la peau qui luit
Tout au long de la peau complice
Feuilles rouillées feuilles mortes
Sous la chute des soupirs.

Pétales vains papillonneries
Entre deux gouffres de sommeil
Les ailes dorées des caresses
Ne remuent que poussière
Leurs grâces caduques
Ne nous arrêteront plus.

Mais les eaux brunes du regard
Oû dort le bruit de la mer
La terre fauve au fond des yeux
À la lisière de la personne
Aux bords glacés de l’être
Et de la nuit de tous les temps.

Perdre pied gagner l’air
Dans la nuit des bois de la mer.

Une autre vie à d’autres tempes
Dans le noir de toute la vie
Une autre vie obscurément
Sève ruisselant vers la rose
Glace qui casse au printemps
Tourterelles envolées
Dans la crasse d’un ciel de suie.

Puis le sang reflue en ce corps
Qui se croyait le coeur du monde.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

Recueil: L’âge de craie suivi de Dans les années sordides Astyanax et Le Point où j’en suis
Traduction:
Editions: Gallimard

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