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Poésie

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Une dentelle s’abolit (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: Karen Lamonte
    
Une dentelle s’abolit
Dans le doute du Jeu suprême
A n’entr’ouvrir comme un blasphème
Qu’absence éternelle de lit.

Cet unanime blanc conflit
D’une guirlande avec la même,
Enfoui contre la vitre blême
Flotte plus qu’il n’ensevelit.

Mais, chez qui du rêve se dore
Tristement dort une mandore
Au creux néant musicien

Telle que vers quelque fenêtre
Selon nul ventre que le sein,
Filial on aurait pu naître.

(Stéphane Mallarmé)

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Comment s’y rendre (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Fossoyeur! Mon Maître dort ici.
De grâce mène-moi à son lit!
Je suis venue bâtir le Nid,
Et semer la graine Tendre –

Car une fois la neige en allée
De sa porte de chambre –
Les Marguerites – et le Troubadour –
Diront comment s’y rendre.

(Emily Dickinson)

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POÈME ET JOURNÉE D’ÉTÉ (Lu You)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018



POÈME ET JOURNÉE D’ÉTÉ

Toute la journée, ma porte en branchages
Reste fermée au pied de la montagne
Ombragé par les sophoras, le vieux puits est
Envahi par la mousse
Un nouveau poème psalmodié, je reste sans rien faire
Je tire le lit en rotin pour faire une sieste

(Lu You)

 

 

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L’AMIE COMPLAISANTE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Toulouse Lautrec
    
L’AMIE COMPLAISANTE

L’orage a duré toute la nuit. Sélénis aux beaux cheveux était venue filer avec moi.
Elle est restée de peur de la boue et serrées l’une contre l’autre, nous avons empli mon petit lit.

Quand les filles couchent à deux, le sommeil reste à la porte.
« Bilitis, dis-moi, dis-moi qui tu aimes. »
Elle faisait glisser sa jambe sur la mienne pour me caresser doucement.

Et elle a dit, devant ma bouche : « Je sais, Bilitis, qui tu aimes. Ferme les yeux, je suis Lykas. »
Je répondis en la touchant : « Ne vois-je pas bien que tu es fille ? Tu plaisantes mal à propos. »

Mais elle reprit : « En vérité, je suis Lykas, si tu fermes les paupières. Voilà ses bras, voilà ses mains… »
Et tendrement, dans le silence, elle enchanta ma rêverie d’une illusion singulière.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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ATTENTE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Audrey Kawasaki
    
ATTENTE

Le soleil a passé toute la nuit chez les morts depuis que je l’attends, assise sur mon lit, lasse d’avoir veillé.
La mèche de la lampe épuisée a brûlé jusqu’à la fin.

Elle ne viendra plus : voici la dernière étoile. Je sais bien qu’elle ne viendra plus.
Je sais même le nom que je hais. Et cependant j’attends encore.

Qu’elle vienne maintenant ! Oui, qu’elle vienne, la chevelure défaite et sans roses,
la robe souillée, tachée, froissée, la langue sèche et les paupières noires!

Dès qu’elle ouvrira la porte, je lui dirai… mais la voici…
C’est sa robe que je touche, ses mains, ses cheveux, sa peau!
Je l’embrasse d’une bouche éperdue, et je pleure.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ABSENCE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
L’ABSENCE

Elle est sortie, elle est loin, mais je la vois
car tout est plein d’elle dans cette chambre,
tout lui appartient, et moi comme le reste.

Ce lit encore tiède, où je laisse errer ma bouche, est foulé à la mesure de son corps.
Dans ce coussin tendre a dormi sa petite tête enveloppée de cheveux.

Ce bassin est celui où elle s’est lavée; ce peigne a pénétré les noeuds de sa chevelure emmêlée.
Ces pantoufles prirent ses pieds nus. Ces poches de gaze continrent ses seins.

Mais ce que je n’ose toucher du doigt, c’est ce miroir où elle a vu ses meurtrissures toutes chaudes,
et où subsiste peut-être encore le reflet de ses lèvres mouillées.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ÉTREINTE ÉPERDUE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018




    
L’ÉTREINTE ÉPERDUE

Aime-moi, non pas avec des sourires, des flûtes ou des fleurs tressées,
mais avec ton coeur et tes larmes, comme je t’aime avec ma poitrine et mes gémissements.

Quand tes seins s’alternent à mes seins, quand je sens ta vie contre ma vie, quand tes genoux se dressent derrière moi,
alors ma bouche haletante ne sait même plus joindre la tienne.

Étreins-moi comme je t’étreins ! Vois, la lampe vient de mourir, nous roulons dans la nuit;
mais je presse ton corps mouvant et j’entends ta plainte perpétuelle…

Gémis ! gémis ! gémis ! ô femme ! Éros nous traîne dans la douleur.
Tu souffrirais moins sur ce lit pour mettre un enfant au monde que pour accoucher de ton amour.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES SOINS JALOUX (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Marie Laurencin 

    

LES SOINS JALOUX

Il ne faut pas que tu te coiffes, de peur que le fer trop chaud ne brûle ta nuque ou tes cheveux.
Tu les laisseras sur tes épaules et répandus le long de tes bras.

Il ne faut pas que tu t’habilles, de peur qu’une ceinture ne rougisse les plis effilés de ta hanche.
Tu resteras nue comme une petite fille.

Même il ne faut pas que tu te lèves, de peur que tes pieds fragiles ne s’endolorissent en marchant.
Tu reposeras au lit, ô victime d’Érôs, et je panserai ta pauvre plaie.

Car je ne veux voir sur ton corps d’autres marques, Mnasidika,
que la tache d’un baiser trop long,
l’égratignure d’un ongle aigu, ou la barre pourprée de mon étreinte.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE PASSÉ QUI SURVIT (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
LE PASSÉ QUI SURVIT

Je laisserai le lit comme elle l’a laissé, défait et rompu, les draps mêlés,
afin que la forme de son corps reste empreinte à côté du mien.

Jusqu’à demain je n’irai pas au bain, je ne porterai pas de vêtements
et je ne peignerai pas mes cheveux, de peur d’effacer les caresses.

Ce matin, je ne mangerai pas, ni ce soir, et sur mes lèvres
je ne mettrai ni rouge ni poudre, afin que son baiser demeure.

Je laisserai les volets clos et je n’ouvrirai pas la porte,
de peur que le souvenir resté ne s’en aille avec le vent.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA COLOMBE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018




    
LA COLOMBE

Depuis longtemps déjà je suis belle; le jour vient où je ne serai plus femme.
Et alors je connaîtrai les souvenirs déchirants,
les brûlantes envies solitaires et les larmes dans les mains.

Si la vie est un long songe, à quoi bon lui résister?
Maintenant, quatre et cinq fois la nuit je veux la jouissance amoureuse,
et quand mes flancs sont épuisés je m’endors où mon corps retombe.

Au matin, j’ouvre les paupières et je frissonne dans mes cheveux.
Une colombe est sur ma fenêtre; je lui demande en quel mois nous sommes.
Elle me dit : « C’est le mois où les femmes sont en amour. »

Ah ! Quel que soit le mois, la colombe dit vrai, Kypris!
Et je jette mes deux bras autour de mon amant,
et avec de grands tremblements j’étire jusqu’au pied du lit mes jambes encore engourdies.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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