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Poésie

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Chanson du paillasson (François Caradec)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017




    
Chanson du paillasson

Je suis couché devant ta porte
comme une bête grise et morte
ton paillasson.

Tous ceux qui chez toi sont entrés
sur moi ont essuyé leurs pieds
sans dir’ pardon.

Je hais les hommes malpolis
qui vont tout droit jusqu’à ton lit
et puis s’en vont

sans même feindre de me voir
je suis seul à m’apercevoir
de ce qu’ils sont.

(François Caradec)

 

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Entrez donc (François Caradec)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Entrez donc

Si vous voulez mais entrez donc
vous reposer quelques minutes
vous rafraîchir prenez un verre
prenez mon lit mais entrez donc
si vous voulez pour un instant
partager avec moi ma tranche de silence
entrez donc essuyez vos pieds
vous ne mettrez pas très longtemps
à m’oublier

(François Caradec)

 

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La chanson de la rose (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration
    
La chanson de la rose

Je cueillerai la rose,
La rose et le lilas,
La ousta ga ousta!

Je cueillerai la rose aux jardins de ma belle
Dessous les arbres bleus où boivent les gazelles;
Où des faons vont broutant, aux chansons des piverts,
L’ombre des gazons verts.

Hélas! dans cette tour ma belle est endormie;
Pour y cueillir la rose, au baiser de ma mie,
Oiseau bleu, bel oiseau, il faut monter bien haut,
Porte-moi sur ton dos.

O belle, dormez-vous comme en un reliquaire,
Votre anneau d’or au doigt, au fond d’un englivière?
Alors que me conduise un beau poisson nageant
Vers votre lit d’argent.

La rose et le lilas aux jardins de mon rêve
Ne refleuriront plus, car les amours sont brêves;
Le mistral a tari le fleuve, en mon coeur mort,
La tour s’est effondrée avec ses créneaux d’or!

Où donc cueillir la rose,
La rose et le lilas,
La ousta ga ousta!

(Marie Dauguet)

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Frères aveugles (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017




    
Frères aveugles

Pensez à tous ceux qui voient
vous tous qui ne voyez pas
où vont-ils se laissez conduire
ceux qui regardent leur bout de nez
par le petit bout d’une lorgnette

Pensez aussi à ceux qui louchent
à ceux qui toujours louchent vers l’or
vers la mer leur pied ou la mort

à ceux qui trébuchent chaque matin
au pied du mur au pied d’un lit
en pensant sans cesse au lendemain
à l’avenir peut-être à la lune au destin
à tout le menu fretin
ce sont ceux qui veillent au grain

Mais ils ne voient pas les étoiles
parce qu’ils ne lèvent pas les yeux
ceux qui croient voir à qui mieux mieux
et qui n’osent pas crier gare

Pensez aux borgnes sans vergogne
qui pleurent d’un œil mélancolique
en se plaignant des moustiques

Pensez à tous ceux qui regardent
en ouvrant des yeux comme des ventres
et qui ne voient pas qu’ils sont laids
qu’ils sont trop gros ou maigrelets
qu’ils sont enfin ce qu’ils sont

Pensez à ceux qui voient la nuit
et qui se battent à coups de cauchemars
contre scrupules et remords

Pensez à ceux qui jours et nuits
voient peut-être la mort en face

Pensez à ceux qui se voient
et savent que c’est la dernière fois

(Philippe Soupault)

 

 

Recueil: Georgia, Épitaphes, Chansons
Editions: Gallimard

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Chanson de la dernière fois (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Chanson de la dernière fois

J’avais froid sans recours à la poitrine.
Et pourtant je marchais légèrement.
J’ai mis par mégarde à la main droite
Le gant de la main gauche.

J’ai pensé: il y a beaucoup de marches.
II y en a trois. Je le savais.
Entre les érables une voix d’automne
Me chuchotait: «Meurs avec moi! »

II m’a trompée, il est lugubre,
Il est changeant, méchant, mon destin.
J’ai répondu: «Mon amour! mon amour!
Moi aussi. Je vais mourir avec toi! »

C’est la chanson de la dernière fois.
J’ai jeté un coup d’oeil dans la maison obscure.
Rien, sinon, près du lit, dans la chambre,
Les bougies, leur lumière jaune, indifférente.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Mon mari m’a battue avec une ceinture ouvragée (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Mon mari m’a battue avec une ceinture
Ouvragée, qu’il tenait par le milieu.
Pour toi tout contre la fenêtre
Je passe la nuit, avec une lampe.

Voici l’aube. Au-dessus de la forge
Monte une légère fumée.
Hélas, je suis une triste captive.
Encore une fois, tu n’as pas pu venir.

C’est pour toi que j’accepte cette vie,
Cette vie grise, cette vie-torture.
Est-ce que tu aimes une blonde ?
Est-ce une rousse qui t’attire ?

Comment vous cacher, mes plaintes?
Mon coeur est ivre, sombre, lourd.
D’étroits rayons viennent s’étendre
Sur le lit qu’on n’a pas défait.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Lettre à Louise Colet (Gustave Flaubert)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    

Lettre à Louise Colet

Toi, je t’aime comme je n’ai jamais aimé et comme je n’aimerai pas.
Tu es, et resteras seule, et sans comparaison avec nulle autre.

C’est quelque chose de mélangé et de profond,
quelque chose qui me tient par tous les bouts,
qui flatte tous mes appétits et caresse toutes mes vanités.

Ta réalité y disparaît presque.
Pourquoi est-ce que, quand je pense à toi,
je te vois souvent avec d’autres costumes que les tiens?

L’idée que tu es ma maîtresse me vient rarement,
ou du moins tu ne te formules pas devant moi par cela.

Je contemple (comme si je la voyais)
ta figure tout éclairée de joie,
quand je lis tes vers en t’admirant,
alors qu’elle prend une expression radieuse d’idéal,
d’orgueil et d’attendrissement.

Si je pense à toi au lit, c’est étendue,
un bras replié, toute nue,
une boucle plus haute que l’autre,
et regardant le plafond.

Il me semble que tu peux vieillir,
enlaidir même
et que rien ne te changera.

(Extrait de lettre du 21 ao0t 1853)

(Gustave Flaubert)

 

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Je t’aime (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



 

Illustration: Oleg Zhivetin
    
Je t’aime

Je t’aime pour ta voix pour tes yeux sur la nuit
Pour ces cris que tu cries du fond des oreillers
Et pour ce mouvement de la mer pour ta vie
Qui ressemble à la mer qui monte me noyer

Je t’aime pour ton ventre où je vais te chercher
Quand tu cherches des yeux la nuit qui se balance
À mon creux qui te creuse et d’où ma vie blessée
Coule comme un torrent dans le lit du silence

Je t’aime pour ta vigne où vendangent des fées
Et pour cette clairière où j’éclaire ma route
Que balisent tes cris durs comme deux galets
Que le flot de la nuit roule sur ma déroute

Je t’aime pour le sel qui tache ta vertu
Et qui fait un champ d’ombre où ma bouche repose
Pour ce je ne sais quoi dont ma lèvre têtue
S’entête à recouvrer le sens et puis la cause

Je t’aime pour ta gueule ouverte sur la nuit
Quand la sève montant comme du fond des ères
Bouillonne dans ton ventre et que je te maudis
D’être à la fois ma soeur mon ange et ma Lumière

(Léo Ferré)

 

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VOYAGEURS EN EREWHON* (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration
    
VOYAGEURS EN EREWHON*

Tu ouvres ta
Robe sur le lit
Poussiéreux où personne
N’a dormi depuis des années
Une chouette gémit sur le toit
Tu dis mon
Chéri mon
Chéri
Dans la lumière fumante de la vieille lampe
A pétrole tes épaules tes seins tes fesses
Sont comme des fleurs de pêcher
D’énormes étoiles lointaines écartées
Derrière la vitre fêlée
Immenses animaux immortels
Chacun un oeil
Te regardent
Ouvrir ton corps
Nuit sans fin
Forêt sans fin
Maison abandonnée toute une vie
Dans la forêt dans la nuit
Personne n’arrivera jamais
A cette maison
Seule
Dans le monde noir
Au pays des yeux

* Erewhon : anagramme de «nowhere», littéralement : «nulle part».
Titre d’un célèbre roman de Samuel Butfer (N.d.T.).

(Kenneth Rexroth)

 

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SOLITUDE (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
SOLITUDE

Penser à toi écrasée de
Solitude. Entendre ta voix
Au magnétophone dire
«Solitude». Le mot, la voix,
En débordent, et moi,
Sans toi, si perdu en elle —
Perdu dans la solitude et la douleur.

Noire et insoutenable souffrance
De penser à toi de chaque
Corpuscule de ma chair,
A chaque instant de la nuit
Et du jour. O mon amour, toutes les fois
Où nous avons oublié l’amour,
Assis seuls côte à côte.

Nous avons mangé ensemble,
Seuls derrière nos assiettes,
Nous nous sommes cachés derrière des enfants,
Nous avons dormi ensemble dans
Un lit solitaire. Aujourd’hui mon coeur
Se tourne vers toi, éveillé enfin,
Repentant, perdu dans la dernière
Solitude. Parle moi. Dis moi
Quelque chose. Brise le silence noir.

Parle d’un arbre plein de feuilles,
D’un oiseau en vol, de la nouvelle
Lune au soleil couchant, d’un poème,
D’un livre, de quelqu’un — tous ces mots
Simples et réparateurs
De ta voix résonnante et douce.
Le mot liberté. Le mot paix.

(Kenneth Rexroth)

 

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