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GOUTTES DE ROSÉE (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




    
GOUTTES DE ROSÉE

Les gouttes de rosée sur chaque tige d’herbe
ressemblent tant à des gouttes d’argent
que j’ai dû me pencher en marchant
pour voir si c’étaient des perles,
et celles qui parsèment les lits de primevères
entrelacés de lierre sous le noisetier l’aubépine et les érables
ressemblent tant à des perles d’or
que j’ai dû me pencher pour sentir si elles étaient dures,
mais elles ont fondu sous mon doigt.

Et lorsque la rosée repose sur les feuilles
des primevères, des violettes et des aubépines,
elles sont émeraude et béryl
sans être pourtant rien d’autre
que la rosée du matin sur les feuilles en bourgeon
— mieux encore les herbes de la route
sont couvertes de perles d’or et d’argent
et plus on va plus elles paraissent brillantes
comme de l’or ou de l’argent solide.

Ce n’est que l’effet du soleil et de l’ombre
sur elles par ce matin de rosée
— chaque pointe d’épine chaque tige de ronce
a sa tremblante parure —
jusqu’au moment où le vent se fait un peu plus vif,
alors tout est jeté bas
et l’étincelante joaillerie se mue en une commune matinée de printemps
pleine de feuilles en bourgeon de primeroses
de violettes de véroniques de jacinthes d’orchidées
et de choses ordinaires

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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CHANSON (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




    
CHANSON

J’ai cheminé, peinant mille après mille
Tandis qu’amour flamboyait en mon coeur
Pour m’abriter Mary dans ton sourire
Mais à l’amour ne répond que froideur
La froide terre eus-je pour lit et couette
Fidélité ne se dément jamais
Or je n’avais nul chez-moi pour ma tête
Si ce n’étaient mon amour et Mary

Je n’avais nul chez-moi pour mon jeune âge
Quand mon premier amour fut contrarié
Mais que son coeur batte toujours fidèle
Et jamais plus ne serons séparés
Car si changeant que son amour puisse être
Jamais le sien ne saurait varier
Ni jour ni nuit ne suis libre de peine
Moi qui toujours soupire après Mary
Ni jour ni nuit non plus qu’ombre ou soleil
Semaine mois ni vagabonde année
D’amour meurtri ne réparent la brèche
Là-bas folie — ici coeur désolé
Souriait-elle ah repartait la vie
Amour et foi me sont-ils ennemis
De quel espoir me pourrais-je leurrer
Sans nul amour ni chez-moi ni Mary

***

SONG

I’ve wandered many a weary mile
Love in my heart was burning
To seek a house in Mary’s smile
But cold is love returning
The cold ground was a feather bed
Truth never acts contrary
I had no home above my head
My home was love and Mary

I had no home in early youth
When my first love was thwarted
But if her heart still beats with truth
We’ll never more be parted
And changing as her love may be
My own shall never vary
Nor night nor day I’m never free
But sigh for absent Mary
Nor night nor day nor sun nor shade
Week month nor rolling year
Repairs the breach wronged love hath made
There madness — misery here
Life’s lease was lengthened by her smiles
Are truth and love contrary
No ray of hope my life beguiles
I’ve lost love home and Mary

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Voici que le silence a les seules paroles (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



    

Voici que le silence a les seules paroles
Qu’on puisse, près de vous, dire sans vous blesser ;
Laissons pleuvoir sur vous les larmes des corolles ;
Il ne faut que sourire à ce qui doit passer.

À l’heure où fatigués nous déposons nos rôles,
Au même lit secret les dormeurs vont glisser ;
Par chaque doigt tremblant des herbes qui nous frôlent,
Vous pouvez me bénir et moi vous caresser.

C’est à votre douceur que mon sentier m’amène.
De ce sol lentement imprégné d’âme humaine,
L’oubli, lent jardinier, extirpe les remords.

L’impérissable amour erre de veine en veine ;
Je ne veux pas troubler par une plainte vaine
L’éternel rendez-vous de la terre et des morts.

(Marguerite Yourcenar)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Les Charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: La Flûte enchantée

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Laisse laisse se taire (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
laisse
laisse se taire
la mélodie trop claire de tes jambes
étends-toi le mouvement terrestre
ivre à force de veiller
t’accueille au creux de sa paume
la mer hisse les fanions des nuages
et ta nudité t’abrite
de tout ce qui n’est pas nu
humons dans la coupe du soir
le balbutiement des parfums

soudain nous apprenons que dans les feux de brousse
avec les mêmes yeux traqués
fuient les plus forts comme les plus craintifs
réconciliés par l’issue qui les happe
courant dansant galopant
devant le cheval aux sabots de cendre
dont ils ne voient qu’il les encercle
que dans leur folle volte-face

même endormis seuls dans ces lits trop vastes
ou dans l’eau murmurante toujours de l’étreinte
nous dérivons ainsi nativement
naufragés
sans pouvoir retrouver le nom
de l’orage
qui va plus vite

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Souris (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



 

Souris
nous avons un lit
chante
nous avons une cuisine
respire nous avons une mémoire
lit cuisine mémoire
trois carrés de lumière blanche
et trois pyramides d’ombre

notre jardin fermé
ouvre sa porte à l’infini

(Luis Mizón)

 

 

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Brûlent les fleurs (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



 

Brûlent les fleurs
trône le pain
résonne le vin
le crabe est devenu fantôme
les dernières écrevisses
abandonnent leur cuirasse
pour échapper à tes dents
je ferme les yeux pour te surprendre
cachée derrière un autre instant
es-tu rivière
murmure
constellation
dauphin ?

la chambre où tiennent à peine
le lit et la table
abrite bien le ciel
la mer et l’arc en ciel
la guerre de Troie
et les mille et une nuits

(Luis Mizón)

Illustration: Colette Calascione

 

 

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Tu te penches à la fenêtre pour regarder passer les nuages (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



 

Tu te penches à la fenêtre
pour regarder passer les nuages
la panique d’un troupeau de bisons
te réjouit
seul un sillon de silence
pourrait inventer un chemin nouveau
dans le bleu

comme un cheval de lumière qui saute
de poème en poème
tu trébuches entre le miroir et le lit
j’attends que tu tombes
pour prendre ton regard entre mes mains

(Luis Mizón)

Illustration: Salvador Dali

 

 

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ÉROTIQUE (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



Illustration: Andrzej Malinowski
    
ÉROTIQUE

Derrière la cloison elle est nue elle chante
Son linge à terre épand sa gerbe déliée.
Hirondelle au miroir le geste d’essuyer
Ses flancs, rompt d’un envol de caresses l’attente

Dans la chambre qu’un lit juge sévère enchante
L’homme est assis les yeux au sol tout habillé.
La bête qui lui disjoint l’âme le bélier
Est-ce désir battant ou peur impatiente ?

Parais, hiératique idole sur fond rouge!
Seule une torche d’or entre les cuisses bouge
Et polit de ses feux l’armure des seins nus

Elle, humble chair dont la nudité est l’hommage
Innocente se fige et se trouble au visage
De la honte qui vêt ce coupable inconnu.

(Pierre Emmanuel)

 

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Comme les larmes montent aux yeux (René Char)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    

Comme les larmes montent aux yeux puis naissent
et se pressent, les mots font de même.
Nous devons seulement les empêcher
de s’écraser comme les larmes,
ou de refouler au plus profond.

Un lit en premier les accueille :
les mots rayonnent.
Un poème va bientôt se former,
il pourra, par les nuits étoilées,
courir le monde,
ou consoler les yeux rougis.

Mais pas renoncer.

(René Char)

 

Recueil: En trente-trois morceaux et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Heureusement (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



van gogh_chambre-arles

 

Illustration: Vincent Van Gogh
    
Heureusement,
Il y a des lits

Qui font semblant
D’être immobiles.

(Guillevic)

 

 

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