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Posts Tagged ‘loger’

Ruines du coeur (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Trisha Lambi_1038

Ruines du coeur

Mon coeur était jadis comme un palais romain,
Tout construit de granits choisis, de marbres rares.
Bientôt les passions, comme un flot de barbares,
L’envahirent, la hache ou la torche à la main.

Ce fut une ruine alors. Nul bruit humain.
Vipères et hiboux. Terrains de fleurs avares.
Partout gisaient, brisés, porphyres et carrares ;
Et les ronces avaient effacé le chemin.

Je suis resté longtemps, seul, devant mon désastre.
Des midis sans soleil, des minuits sans un astre,
Passèrent, et j’ai, là, vécu d’horribles jours ;

Mais tu parus enfin, blanche dans la lumière,
Et, bravement, afin de loger nos amours,
Des débris du palais j’ai bâti ma chaumière.

(François Coppée)

Illustration:Trisha Lambi

 

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CHAMBRE COMMUNE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2018



Andrej Gorenkov -   (17)

 

CHAMBRE COMMUNE

Le coeur livré
aux libertés
du provisoire,

il y aura
toujours assez
d’eau et de feuilles,

toujours assez
de terre meuble
et de pitié

pour y loger
les aventures
de ton corps.

(Axel Toursky)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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Ce n’est pas seulement une lumière (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Illustration: Rolf Armstrong
    
Ce n’est pas seulement une lumière
tombant sur le monde
qui allonge sur ton corps
sa neige noyée :
la clarté émane
de toi comme si tu étais
éclairée du dedans.

Sous ta peau loge la lune.

(Pablo Neruda)

 

Recueil: Nouvelles odes élémentaires
Traduction: Jean-Francis Reille
Editions: Gallimard

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Celui qui choisit (Guido Gezelle)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Michael Whelan  5 [1280x768]

Celui qui choisit de loger sous les monts,
du soleil, le jour, n’est plus compagnon.
Le soir tombe avant qu’il retrouve son lit.
Trop tôt la clarté se cache de lui.
Celui qui choisit de loger sous les monts
ne peut supporter du vent les façons.
L’été vient trop tard et l’hiver vient trop tôt.
La douceur de l’air n’est jamais son lot.
Humide la plaine, tout flue et tout fuit.
Sèches les hauteurs, tout vole et tout mord.
Monter ou descendre ? Aucun je ne puis.
Ni val, ni sommet, c’est le meilleur sort.
Me garde des dunes, m’écarte des prés.
Vivre entre les deux, c’est vivre à mon gré.

(Guido Gezelle)

Illustration: Michael Whelan 

 

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Loger la source (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018


 


Igor Morski 5f5ea707 

Loger la source

Il avait lu — tant lu.
Un jour il gravit la montagne qui dominait la terre, il fut ému.
Mais il avait tant lu qu’il était comme un dos de livre.
De lui saillaient les feuilles, elles interceptaient, enfermaient,
froissaient toutes les sources et toutes les frondaisons.
Alors fut en lui une lente faim. Il se sentit pesant et aspira le vent.
Le vent l’effeuilla. Il se trouva comme le dos creux d’un livre sans pages.
Et dans ce long creux le fluent et le verdoyant vinrent s’y loger.
Il devint la source et la clairière.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Igor Morski

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Quand on porte une pensée dans son cœur (Chen Zi’ang)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018




    
Quand on porte une pensée dans son cœur
on la loge dans ses yeux
et si les sentiments veulent s’échapper
on les confie a la parole

Chaque beau jour qui s’écoule
s’en va pour ne plus revenir ;
Le printemps suit son cours rapide
et déjà touche à son déclin.
Abîmé dans une rêverie sans fond,
je ne sais où se perdent mes pensées ;
Je suis couché sous les grands arbres,
et je contemple l’œuvre éternelle.

Hélas !
toute fleur qui s’épanouit
doit mourir en son temps,
Les chants plaintifs du ki-kouey
en avertissent mon oreille attristée.
Que d’êtres anéantis, depuis l’âge antique
des grands vols d’oies sauvages !

L’homme le plus populaire des siècles passés,
s’il revenait aujourd’hui, qui le reconnaîtrait ?
Les fleurs appelées Lân et Jo,
depuis le printemps jusqu’à l’été,
Croissent avec vigueur.

Oh ! combien elles sont verdoyantes !
combien elles sont verdoyantes !
Solitaires, au plus profond des bois,
elles développent leur beauté
dans le bosquet désert.
La fleur entrouvre sa corolle odorante,
et s’élance sur sa tige
dans tout l’éclat de ses vives couleurs.

Cependant le soleil s’éloigne
et s’affaiblit peu à peu :
Le vent d’automne surgit
au milieu des feuilles tremblantes ;
Les fleurs de l’année s’épuisent
et tombent entraînées par lui ;

Mais le parfum de la fleur,
enfin, que devient-il ?

(Chen Zi’ang)

 

 

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Tu vas devant le miroir (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



Illustration: René Magritte
    
Tu vas devant le miroir, et vois ce visage
où tu as coutume de vivre. Parfois, tu te demandes
si tu ne loges pas essentiellement dans ton regard.

(Jean-Louis Giovannoni)

 

Recueil: Les mots sont des vêtements endormis
Traduction:
Editions: Unes

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On sait que la lumière (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
On sait que la lumière vient
de l’obscurité, du froid, de la poussière
qui durent au fond de nous ; la lumière
vient des forêts sans clairières, des ciels incertains
d’un corps sans plus d’espace
où loger la douleur.

On sait que la lumière
garde trace de son absence.

(Hélène Dorion)

Recueil: Sans bord sans bout du monde
Traduction:
Editions: La différence

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Le poète (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



 

Le poète

Tu penses que c’est un travail?
Mais c’est l’insouciance de la vie.
Prendre quelque chose à la musique
Puis, en riant, le donner comme sien,

Loger dans de certains vers
Le joyeux scherzo de quelqu’un,
Jurer que son pauvre coeur
Pleure parmi l’éclat des champs.

Écouter ensuite la forêt,
Les pins, qui semblent se taire,
Jusqu’à ce que partout s’élève
Le rideau épais du brouillard.

Je prends à droite et à gauche
Et même, sans me sentir coupable,
Quelque chose à la vie retorse,
Et tout, au silence de la nuit.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Emporte-moi (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Emporte-moi

Emporte-moi, langage, emporte-moi.
Si je suis nu, le mot se fait navire.
Au loin cette île offre-t-elle un asile
ou le point fixe où rêve ma statue ?

Je marcherai s’il le faut sur la mer
pour te trouver, pour adorer tes lettres
et pour scander tes syllabes d’azur,
à tout jamais pour me mêler à toi

car je t’habite en te logeant moi-même,
soleil issu du corps dont je caresse
la chevelure. Et ta bouche salée
vient se poser sur celle qui te nomme.

Le chant du mot danse dans le visible,
le mouvement dessine le silence
où tu parais tel un roi sans couronne
pour te nommer tout en parlant d’un autre.

Emporte-moi langage en tes naufrages,
glissons unis, glissons dans les abysses.
Nous renaîtrons à la faveur d’un signe
de la voix neuve inscrite sur nos fronts.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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