Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘lointain’

La poésie est une vie trop dense (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2022



Illustration
    
que la lecture de poèmes
très vite me fatigue
Les mots cognent sous mes tempes
C’est que la poésie
est une vie trop dense
comme un alcool trop fort
qui brûle le crâne
Cela ne vient pas de la poésie
mais de moi
je ne peux vivre de vraie vie
qu’un instant pas plus

On dit que nul ne peut voir Dieu
sans aussitôt mourir
Moi je crois qu’une seconde
de vie pure
non tempérée non diluée
nous éclaterait le coeur
et que nous ne pourrions la supporter

C’est peut-être quelque chose comme cela
qui arrive
dans la beauté la poésie l’amour
Nous sommes pris soulevés
dans une main de feu
qui heureusement nous repose
sur nos chemins habituels
de salamandres

Ne reste plus qu’à filer
dans les fossés les sous-bois
où le danger est moins grand
et l’amour plus lointain

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Hier est déjà le lointain passé (Akiko Yosano)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022




    
Hier est déjà le lointain passé
Mais aujourd’hui l’est aussi
Comme advenu en plein rêve

***

 

(Akiko Yosano)

Traduction de Camille Loivier

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il est vrai que l’on entend dans les chairs (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2022



Illustration: Andrey Kartashov
    
Il est vrai que l’on entend
Dans les chairs
Ces craquements
Ces coups de sonde sous l’armure
Comme de lointains appels

(qui donc écarte ainsi les fibres
pour faire de la place au vide)

Et l’on voit s’affadir
Le regard
Et passer dans l’iris
Sous les cernes des paupières
Toute la blancheur du temps

L’oeil
De plus en plus souvent
Se fixe
Sur moins que rien

Le temps de redonner au coeur
Un peu de son allant

On voudrait bien poser
La chevalée
Et comme finir
Nous pèse

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Sous l’imperturbable clarté Choix de poèmes 1983-2014
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Besoin d’être tenu (Cyril Dion)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2022




    
Besoin d’être tenu
contenu,
que d’autres peaux, d’autres mains
soulagent le lointain
la béance
besoin que les bras
les claquements de langue
les gorges déployées
repoussent le froid,
le gris,
le raide.

Besoin d’une caresse.

(Cyril Dion)

Recueil: À l’orée du danger
Traduction:
Editions: Acte Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Excursion en montagne un jour d’automne (Sonsu)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2022



Illustration: Tachibana Morikuni
    
Excursion en montagne un jour d’automne

L’oie sauvage d’elle-même vole haut, les eaux d’elles-mêmes coulent,

Nuages blancs, arbres rouges, se mêlent aux cimes des monts.
Les feuilles mortes au bord du torrent au retour vous égarent,
Une cloche lointaine en forêt dissipe votre tristesse.

(Sonsu)

***

 

Recueil: Ivresse de brumes, griserie de nuages
Traduction: Ok-sung / Anne Baron / Jean-François Baron
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je ne demande au bleu… (Marc-Henri Arfeux)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2022



Illustration
    
Je ne demande au bleu…

Je ne demande au bleu de mon absence
Que ce lointain,
Si proche que je le sens frôler ma joue,
Ce peu de songe et de feuillages
En forme de parfum sur un sentier du monde
Où je ne suis que la buée d’un jour
Longtemps porté.

Je ne demande à l’éclosion des heures
Que l’effacement des pas,
La lente fumée du seul silence
Et l’embellie du vide
Pour mieux laisser venir,
Peut-être,
La pure désolation d’un chant
Selon la cendre et la lumière.

(Marc-Henri Arfeux)

 

Recueil: La désir Aux couleurs du poème Anthologie établie par Bruno Doucey et Thierry Renard
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les Syriens aiment s’asseoir à la fenêtre (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2022




    
Les Syriens aiment s’asseoir à la fenêtre

Les Syriens
Aiment s’asseoir à la fenêtre dans les trains
Ils insistent pour changer de place avec les Européens
Qui déjà sortent un livre
Quand eux
Les Syriens
Ont déjà sorti une fenêtre
Pour contempler leur vie
Qui court avec les trains
Les avions
Les voitures
Qui court avec les chevaux
Les bateaux
Qui court avec le jour
La nuit
La vie
Pour se sauver
Autrement
Que serait cette mort
Que seraient ces arbres
Ce courage
Ces routes proches
Et lointaines
Que seraient ces lacs
Ce calme
Cette eau
Que seraient ces ombres

Que serait cette beauté
Dans l’oeil de la gazelle?
  
Prête-moi une fenêtre Traduction de l’arabe par Antoine Jockey

(Hala Mohammad)

 

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lointaine, la beauté fine (Marc-Henri Arfeux)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2022



Illustration
    
Lointaine, la beauté fine

Lointaine, la beauté fine est ascension,
Roseraie de neige
Formant une maison claire
Sur la fumée du bleu.
Le monde ainsi donné
Rejoint l’enfant de son visage
En un matin,
Et ton regard ouvre les passes
Au plus léger de la lumière.
Le jour alors te reconnaît.
La buée rouge des fleurs,
Un chant, qui tout le jour
Accompagne mes yeux,
Tandis que je traverse,
Avec la brise et l’alouette,
Ce monde abandonné.

Où vont les herbes et les nuages,
Les écheveaux de la lumière,
Le papillon d’après-midi devant la lune,
Et ma figure, baignée de tant de paysages
Versant leurs heures,
De proche en proche vers le plus seul?

Ni moi, ni mon cheval ne le savons.
Dormir d’un seul éclat,
Les yeux ouverts
Au seuil des grands parfums d’étoiles.
Se souvenir de la fascination
De la pivoine
Follement donnée
Aux mains de transparence qui peuplent l’air,
En ce jardin de mai où traverser était un geste d’aube,
Puis s’éveiller
Dans le sourire de la lenteur
Sans fin recommencée
Par les allées d’automne
Où les pétales jamais défaits
Rassemblent un avenir
Ganté d’abeilles et de pollen.

Les yeux, cherchant cet or,
Suivent à distance
La mince nuée de la beauté,
Statue mouvante insaisissable,
Épousant l’air de son absence
Sans fin recommencée.

Traversant les reflets,
Tu marches entre les marbres
Hantés d’amour,
Un bouquet nu à tes paupières,
La bouche fardée de nuit,
Pour mieux offrir Le grain de l’aube
A la pulpe du vent.

(Marc-Henri Arfeux)

 

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le grand avenir (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2022



Illustration: Géraldine Alibeu
    
Le grand avenir

Tout n’est pas mort, te dit la nuit qui vient.
Il faut bien que la vie se repose.
Il faut que l’arrivée du jour soit encore une surprise,
que le mot aube demeure toujours un cadeau.

Rien n’est mort avec moi, dit la nuit.
Nuages filants ou étoiles ouvertes comme des huîtres,
soleil très couchant ou vraiment caché,
c’est à minuit pour nous le grand avenir.

Si tu ne me crois pas,
si tu penses que la mort arrive un peu le soir,
je te donne la pleine lune.
Même lointaine, elle ne brille que pour te dire :

— Attends, tu vois, le matin est presque là,
lumineux dans mon cercle.

(Carl Norac)

Recueil: Petits poèmes pour passer le temps
Traduction:Editions: Didier Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

METRONOME (Daniel Birnbaum)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2022



METRONOME

Un voyage
un temps lointain
une corde incertaine
qui oscille dans l’air
comme les bras de mon père
un saut de quelques mètres
un plongeon contrôlé
le sourire de ma mère
le rire dans mes yeux
j’étais le métronome
du rythme du bonheur
sur cette balançoire.

(Daniel Birnbaum)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :