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Poésie

Posts Tagged ‘longer’

Il y en a qui doivent parler (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Illustration : Pierre Faure
    
Il y en a qui doivent
Parler, parler encore à l’ombre dans les coins

Des plaies qui cicatrisent avec beaucoup de mal
Dans la nuit la plus claire

Et des étangs qui bâillent
On dirait contre un mur
Qui les tiendrait couchés.

Il y en a qui doivent
Longer ce mur, le même,
Et tâcher de l’ouvrir

Avec des mots, des noms qu’il s’agit de trouver
Pour tout ce qui n’a pas de forme et pas de nom.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard
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Tu n’as rien appris (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Tu n’as rien appris, sinon que la solitude n’apprend rien, que l’indifférence n’apprend rien:
c’était un leurre, une illusion fascinante et piégée.

Tu étais seul et voilà tout et tu voulais te protéger:
qu’entre le monde et toi les ponts soient à jamais coupés.

Mais tu es si peu de chose et le monde est un si grand mot:
tu n’as jamais fait qu’errer dans une grande ville,
que longer sur quelques kilomètres des façades, des devantures, des parcs et des quais.

L’indifférence est inutile.

(Georges Perec)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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La fraîcheur du matin (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018



    

Illustration: Piet Mondrian Mondrian
    
La fraîcheur du matin vient de la mer,
le champ mouillé vert-cristal au soleil
dans la vapeur légère de l’écume, qui roule
sur le cristal d’un vert d’herbe ; la morsure
de l’air frais s’insinue à l’intérieur, les fenêtres
sont béantes sur la dune je suis assis là
les charmants nuages rouges, dégoulinant de miel,
me passent devant la bouche.

Et c’est amour que je murmure plongé dans la fraîcheur,
et l’amour dévale de la maison il longe la dune,
il court, il prend la terre dans ses bras.

Je suis la source et de moi coule l’eau,
voici d’où vient la source, calme jardin intérieur,
ici est accroché mon coeur, haut siège de la fontaine.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Les commencements sont nombreux (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Illustration: Véronique Wibaux 
    
Les commencements sont nombreux, mais c’est toujours la même histoire,
celle d’un homme que le petit matin dans la rue saisit par le col,
alors qu’il était sorti pour acheter une baguette à la boulangerie.

Et voilà que ce qu’il croyait établi dans sa vie,
le chemin tracé, une femme avec un chat parmi les livres,
voilà que la rue humide et riante sous le premier soleil
avec son odeur de nouveau-né, flanque tout par terre,
le petit matin, le ciel, le chemin, la boulangerie,

et lui ne sait plus rien tout à coup,
ni qu’il avait faim, ni que l’amour existe
et qu’il eut dans sa vie la place du soleil, rien.

Quelque chose comme l’aile d’un ange ou d’un oiseau vient de le toucher,
et c’est comme s’il avait trébuché sur son ombre invisible à cette heure,
et la terre en le recevant ne l’a pas reconnu.

Son corps s’en va devant lui tout seul et il le regarde sans étonnement ni effroi,
longer les couloirs de la ville et se perdre,
avec une sorte de demi-sourire,
comme celui de l’ange du porche dont il ne se souvient plus.

Il pèse tout juste le poids de son silence.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Elle quand un mur arrive (Albane Gellé)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018




    
elle
quand un mur arrive devant ses
yeux, reste en face c’est décidé.
Longer avait peur des portes.

(Albane Gellé)

 

Recueil: Je te nous aime
Traduction:
Editions: Cheyne

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Seul ce qui longe la mer n’est pas bordé (Carole Darricarrère)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Seul ce qui longe la mer n’est pas bordé.
Ce qui fascine le regard n’est pas bordé.
Le Verbe nulle part est bordé.
Ce qui n’est pas bordé n’est pas mathématiquement formulable.
Ni quantifiable.
La parole verticale, qui est pure expansion, n’a pas de bords.
Le Poème nulle part n’est bordé.
Centre advenant du centre, il est partout centre.

(Carole Darricarrère)

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Continuer. Longer (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



Illustration : Pierre Faure
    
Continuer. Longer.

Bête veillée, avec à droite le mur.

C’est peut-être, ce doit être, plus loin.

(Antoine Emaz)

 

Recueil: Caisse claire
Traduction:
Editions: Points

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UN AMOUREUX ATTRISTÉ PAR UNE INSENSIBLE (Su Shi)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



UN AMOUREUX ATTRISTÉ PAR UNE INSENSIBLE

Parmi les fleurs rouges fanées et
Les abricotiers verts
Les hirondelles frôlent l’eau émeraude
Qui entoure une maison
Les chatons du saule s’envolent au gré du vent
Où sur notre terre ne peut-on trouver le parfum de l’herbe ?

Dans le jardin une balançoire
Et de l’autre côté de son enceinte un promeneur
Qui longe le chemin
Qui entend l’éclat de rire d’une beauté
Petit petit s’évanouit le rire
Amoureux, le promeneur s’afflige de l’insensible

(Su Shi)

Illustration: Chai Qiu Nong

 

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Pour penser, deviens un arbre (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2017



Pour penser, deviens un arbre.
Bifurque à gauche, à droite, en éventail,
ne cesse jamais de dédoubler tes branchages dans l’espace grand.

Ramifie, multiplie tes ramilles, envahis le volume,
par la cime et dans le large, capte la lumière.
La généalogie n’invente que si elle bifurque — ainsi parle-t-on d’un arbre généalogique.

Perpétue donc l’arborescence dans le bas comme au haut,
longe lentement le cheminement noir de tes racines souterraines qui savent proliférer au loin,
lance hardiment le jaillissement vertical du tronc, étale vers le ciel, de ton houppier, les musculeuses branches planes,
détaille un feuillage si large qu’il pourrait recouvrir la place du village,

émets la chimie exquise de parfums subtils, piège des abeilles, et de poisons tueurs de chenilles parasites,
chante avec le vent dont les turbulences font vibrer ta ramure dont l’immobilité,
alors, se tord, hante les nids accueillants des pics et des mésanges d’où émanent dix chansons.

Monte des mottes vers les notes.

(Michel Serres)

Illustration

 

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Quand on longe les murs (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017




    
Quand on longe les murs
on trouve un jour des hommes-portes
des hommes-fenêtres
par qui l’on voit le monde
le paysage et les autres hommes
ainsi parfois à l’infini
En passant derrière eux
on finit par suivre
sans savoir un chemin
au bout duquel peut-être
tu t’ouvriras aussi

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Le Pays derrière les larmes
Editions: Gallimard

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