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Le même chemisier de soie (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018




    
Le même chemisier de soie
Noir

Je le porte aux mêmes occasions
Heureuses
Et malheureuses

De lui-même, il change d’odeur.

Le même chemisier de soie
Noir
Chemisier des mêmes occasions
Heureuses
Et malheureuses
Je l’ai esquinté, en changeant ses boutons
En ajustant sa longueur
En coupant ses manches
Et en l’aspergeant de parfum et d’encens.

Il me semble que ce chemisier de soie noir
A cessé
De palpiter.
D’oxygène.

***

(Hala Mohammad)

 

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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Dialogue divague (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018




    
Dialogue divague

— Votre langue divague
Dès que vous écrivez

—C’est que toujours je cherche
Le point parlant de votre corps.

— Vous vivez dans un mythe
Moi je suis sans limite

— Pourquoi dans l’invisible
Glissez-vous votre tête ?

—C’est que je cherche un mur
Qu’aucun mot ne franchit.

—À vous aimer je joue
Aux dés noirs du néant.

— Aimer n’est pas tenter
D’être ma vie seconde.

—Seule votre semblance
Me reconduit au monde.

— Mais je reste au-delà
De votre longueur d’onde.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: La scène primitive
Traduction:
Editions: De la Différence

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LES VIEUX AIMENT BIEN (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Carl Kronberger

    

LES VIEUX AIMENT BIEN

Les vieux aiment bien
les petits faits certains.
Le courrier arrivera
à quatre heures pile, pas environ,
les mots croisés seront
en haut à gauche de la
page vingt-trois.

Le poids d’un enfant,
les longueur et largeur d’une chaussure,
le montant exact d’une facture
et sa date de paiement,

l’endroit de tel événement,
pas sa raison, mais quand précisément.

Les vieux
n’aiment vraiment pas
aller au-delà

de ce qu’ils connaissent le mieux.

Ils ne veulent pas errer dans la purée, encore moins
passer l’avenir au peigne fin
trop loin de chez eux.

Non, les vieux n’aiment pas du tout
s’éloigner beaucoup
de petits faits certains comme ceux susdits,
le nom, la date, le lieu
et le nombre et l’amour et l’appétit…

Mais qu’y a-t-il avec les vieux ?
Tout le monde vieillit un jour ou deux.

***

OLD MEN ARE FOND

Old men are fond
of little certainties.
The mail will arrive
at exactly three-forty-five,
the crossword puzzle will be
in the upper lefthand corner of
page twenty-three.

The weight of a baby,
the length and breadth of a shoe,
the exact amount of a bill
and when it is due,

the place where it happened,
not why, but precisely when.

Old men
are not at all fond
of going beyond

familiar attachments…

They don’t want to roam in the gloam or to comb
the future with a fine-tooth comb
too far from home.

No, old men are not at all fond
of going much distance beyond
such little certainties as those mentioned above,
the name and the date and the place
and the number and hunger and love…

But what about old men?
Everybody gets to be old now and then.

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Je cherche (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 

Illustration
    
Je cherche

Une fois un poème
Trouvé
Je cherche
Le mot interligne
Dans la danse des lettres
Consonnes voyelles
Je palpe la longueur la largeur
Des mots
Cherche et invente
Le mot
Animé du souffle

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Il y a des courbes (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



    
Il y a des courbes qui tendent les bras en passant
Il a des bras tendus que personne ne voit
C’était deux désirs qui s’étaient donné rendez-vous
Mais qui leur avait dit qu’il était l’heure de partir
Qu’importe si le temps était habillé comme un gueux
Puisqu’un désir a toujours du soleil au moins pour deux
Et puis je ne me rappelle plus rien

Quelque chose est resté assis au soleil et n’y pense plus
Ceux qui se croisent ne se rencontrent pas
Et d’ailleurs il y avait entre eux toute la longueur d’une ombre
Cela s’est fait en plein soleil et nul ne s’en souviendra
Mais on ne sait pas si l’ombre sépare ou réunit
Croyez-vous que la couleur de la robe y soit pour quelque chose

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Cylindre (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017


cylindre1

Si l’on quittait la sphère
Pour s’en aller ailleurs,
C’est à travers toi
Que l’on passerait.

J’imagine à peu près
Ce que ça pourrait être :
J’ai connu ta longueur
Dans tant de mauvais rêves.

(Eugène Guillevic)

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Le poème ne se mesure pas à sa longueur (José Àngel Valente)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2016



Le poème ne se mesure pas
à sa longueur, mais à
sa capacité à engendrer,
hors de toute mesure, la durée.
Dialogue avec le corps
dans le corps, dans la matière
corporelle (âme-corps) comme totalité.
Écrire depuis l’attente,
non à partir du dire,

mais de l’écoute de ce
que les mots vont dire

(José Àngel Valente)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Alain Gagnon

 

 

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