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Que mon flacon me semble bon ! (Charles-François Pannard)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2022




    
Que mon
Flacon
Me semble bon !
Sans lui,
L’ennui
Me nuit,
Me suit ;
Je sens
Mes sens
Mourants,
Pesants.
Quand je le tiens,
Dieux ! que je suis bien !
Que son aspect est agréable !
Que je fais cas de ses divins présents !
C’est de son sein fécond, c’est de ses heureux flancs
Que coule ce nectar si doux, si délectable,
Qui rend tous les esprits, tous les coeurs satisfaits.
Cher objet de mes voeux, tu fais toute ma gloire.
Tant que mon coeur vivra, de tes charmants bienfaits
Il saura conserver la fidèle mémoire.
Ma muse, à te louer, se consacre à jamais.
Tantôt dans un caveau, tantôt sous une treille,
Ma lyre, de ma voix accompagnant le son,
Répètera cent fois cette aimable chanson :
Règne sans fin, ma charmante bouteille ;
Règne sans cesse mon cher flacon.

(Charles-François Pannard)

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La belle vieille (François Maynard)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2022



Illustration: Christelle Fontenoy 
    

La belle vieille

Cloris, que dans mon temps j’ai si longtemps servie
Et que ma passion montre à tout l’univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?

N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des yeux qui m’ont brûlé.

Où s’enfuit ta prudence acquise et naturelle ?
Qu’est-ce que ton esprit a fait de sa vigueur ?
La folle vanité de paraître fidèle
Aux cendres d’un jaloux, m’expose à ta rigueur.

Eusses-tu fait le voeu d’un éternel veuvage
Pour l’honneur du mari que ton lit a perdu
Et trouvé des Césars dans ton haut parentage,
Ton amour est un bien qui m’est justement dû.

Qu’on a vu revenir de malheurs et de joies,
Qu’on a vu trébucher de peuples et de rois,
Qu’on a pleuré d’Hectors, qu’on a brûlé de Troies
Depuis que mon courage a fléchi sous tes lois !

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta conquête,
Huit lustres ont suivi le jour que tu me pris,
Et j’ai fidèlement aimé ta belle tête
Sous des cheveux châtains et sous des cheveux gris.

C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu ;
Mais tant que tu brûlas du flambeau d’hyménée,
Mon amour se cacha pour plaire à ta vertu.

Je sais de quel respect il faut que je t’honore
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des confidents qui n’ont jamais parlé.

Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure
Je me plains aux rochers et demande conseil
A ces vieilles forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du soleil.

L’âme pleine d’amour et de mélancolie
Et couché sur des fleurs et sous des orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux mers d’Italie
Et fait dire ton nom aux échos étrangers.

Ce fleuve impérieux à qui tout fit hommage
Et dont Neptune même endure le mépris,
A su qu’en mon esprit j’adorais ton image
Au lieu de chercher Rome en ses vastes débris.

Cloris, la passion que mon coeur t’a jurée
Ne trouve point d’exemple aux siècles les plus vieux.
Amour et la nature admirent la durée
Du feu de mes désirs et du feu de tes yeux.

La beauté qui te suit depuis ton premier âge
Au déclin de tes jours ne veut pas te laisser,
Et le temps, orgueilleux d’avoir fait ton visage,
En conserve l’éclat et craint de l’effacer.

Regarde sans frayeur la fin de toutes choses,
Consulte le miroir avec des yeux contents.
On ne voit point tomber ni tes lys, ni tes roses,
Et l’hiver de ta vie est ton second printemps.

Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit ; ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans amour.

C’est dans peu de matins que je croîtrai le nombre
De ceux à qui la Parque a ravi la clarté !
Oh ! qu’on oira souvent les plaintes de mon ombre
Accuser tes mépris de m’avoir maltraité !

Que feras-tu, Cloris, pour honorer ma cendre ?
Pourras-tu sans regret ouïr parler de moi ?
Et le mort que tu plains te pourra-t-il défendre
De blâmer ta rigueur et de louer ma foi ?

Si je voyais la fin de l’âge qui te reste,
Ma raison tomberait sous l’excès de mon deuil ;
Je pleurerais sans cesse un malheur si funeste
Et ferais jour et nuit l’amour à ton cercueil !

(François Maynard)

 

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Le chardonneret (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022




Le chardonneret

Amour, ni le sang
ni le corps ne te louaient,
le chardonneret seul te louait
en mourant dans le filet.

Amour, ni le sang
ni le corps ne te pleuraient,
le chardonneret seul te pleurait
en mourant dans le filet.

Amour, ni le sang
ni le corps ne te criaient,
le chardonneret seul criait ton nom
en riant au ciel.

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration

 

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Habiter son corps (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022



Habiter son corps
n’est pas aisé
c’est une maison hantée
un champ de mines
il faudrait pouvoir le louer
juste pour des vacances

(Abdellatif Laâbi)


Illustration: Pieter Bruegel l\’Ancien

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Habiter son corps (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022



Habiter son corps
n’est pas aisé
c’est une maison hantée
un champ de mines
il faudrait pouvoir le louer
juste pour des vacances

(Abdellatif Laâbi)

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APRÈS NOTRE PREMIÈRE RENCONTRE (Rainer-Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2022



Illustration: Etienne Adolphe Piot
    
APRÈS NOTRE PREMIÈRE RENCONTRE (4 janvier 1893)

Petits yeux, clairs et bleus
dents si fines et menues,
lèvres roses, belles boucles,
menottes si petites ;
rire de clochette
prompt conquérant !
Si je te loue encore
ce sera encore trop peu.
Être si merveilleux,
ai-je le choix,
comment te nommerai-je ? —
Idéal !

(Rainer-Maria Rilke)

Recueil:
Traduction:
Editions:

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Conter fleurette (Feng Menglong)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2022




    
Conter fleurette
(Chanson sur l’air de la « Branche suspendue »)

Je l’ai dans la peau,
La délicieuse petite,
Je meurs de ne pouvoir d’un coup l’avaler
Comme un grand bol d’eau, tant j’ai soif d’elle !
Des jours et des jours que je ne pense qu’à elle,
Des jours et des jours que j’attends.
En fin de compte, la nécessité me poussant,
J’ai pris tout mon courage,
Me suis avancé et l’ai baisée sur la bouche.
Le Ciel en soit loué, la Terre en soit remerciée :
Elle ne m’a pas repoussé.
« Si j’avais su plus tôt que tu voulais bien,
Je n’aurais pas attendu si tard d’en avoir le coeur net ! »

(Feng Menglong)

 

Recueil: Cent poèmes d’amour de la Chine ancienne
Traduction: André Lévy
Editions: Philippe Picquier

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AUX TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS MORTS POUR LA FRANCE (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2021



Illustration: Karamba Dramé
    
AUX TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS MORTS POUR LA FRANCE

Voici le Soleil
Qui fait tendre la poitrine des vierges
Qui fait sourire sur les bancs verts les vieillards
Qui réveillerait les morts sous une terre maternelle.
J’entends le bruit des canons — est-ce d’Irun?
On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme.
On promet cinq cent mille de vos enfants à la gloire des
futurs morts, on les remercie d’avance futurs morts
obscurs
Die Schwarze schande !

Écoutez-moi, Tirailleurs sénégalais, dans la solitude de la terre noire et de la mort
Dans votre solitude sans yeux sans oreilles, plus que dans ma peau sombre au fond de la Province
Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout contre vous, comme jadis dans la tranchée jadis dans les palabres du village
Écoutez-moi, Tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit.
Nous n’avons pas loué de pleureuses, pas même les larmes de vos femmes anciennes
— Elles ne se rappellent que vos grands coups de colère, préférant l’ardeur des vivants.
Les plaintes des pleureuses trop claires
Trop vite asséchées les joues de vos femmes, comme en saison sèche les torrents du Fouta
Les larmes les plus chaudes trop claires et trop vite bues au coin des lèvres oublieuses.
Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions vos noms dans les mois que vous mouriez
Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous apportons l’amitié de vos camarades d’âge.
Ah ! puissé-je un jour d’une voix couleur de braise, puissé-je chanter
L’amitié des camarades fervente comme des entrailles et délicate, forte comme des tendons.
Écoutez-nous, Morts étendus dans l’eau au profond des plaines du Nord et de l’Est.
Recevez ce sol rouge, sous le soleil d’été ce sol rougi du sang des blanches hosties
Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs sénégalais
MORTS POUR LA RÉPUBLIQUE !

Tours, 1938.

(Léopold Sédar Senghor)

 

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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Lulu (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2021



L’impudique Lulu
Frotte une ultime allumette
Au mur de la chambre à gaz.

Aimez Lulu qui sut
Offrir à son dernier instant
Le luxe d’une flamme
Petite et personnelle.

Défiant le feu du crématoire.

Aimez Lulu
Lulu
Qui se moqua de tout
De l’amour et des hommes
D’elle-même et du reste
Et mourut à seize ans
Lumineusement.

Aimez louez souvent
Le geste saugrenu
Qui fait honneur à toutes.

Sachez l’instant de phosphore
Où le temps fut mis en gloire.

(André Pieyre de Mandiargues)

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Quand tu te tiens dans la proximité du centre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2021



Illustration: Josephine Wall
    
Quand tu te tiens
dans la proximité du centre
la moindre parcelle de vie
est intégrée à la sphère

Avoir la force de t’arracher
aux joies plaisirs émotions
que te donnent tes semblables

Pour boire à cette source
où capiteuse se fait la vie

Combien seul
combien étranger à ce monde
celui que le manque
contraint à chercher
une vie plus haute

Instants
de folle ébriété

Quand un même flux
mêle en son torrent
la lumière et les eaux

Ce feu doux
de l’amour
quand l’oeil
a clarifié la flamme

Femme
c’est de toi
que me vient la vie
et je n’en finirai pas
de te louer te célébrer

que comprendre

comment rendre compte

parfois c’est le dégoût
la détresse

cette fureur du sang
parce que tout avorte

que chaque effort est vain

que rien n’échappe à la faux

ou parfois
c’est cette vénération cette joie
jubilante cette suffocante
lumière

et chaque visage m’émeut
alors jusqu’aux larmes

je déambule
dans la rue
parmi la foule

désobstrué
transparent
anonyme

avec
oui
avec
comme une lumière invaincue
qui pétille
et bat dans mes veines

minutieusement
goulûment
je vois les visages
happe cette vie
qui déferle

je me livre à chacun
je me love en chacun

en moi
s’enlacent des regards
se nouent des étreintes
s’ébauchent des nuits d’amour

et soudain me saisit
le sentiment suffocant
du mystère de la vie

hautes lames
de l’immense

dévotion éperdue

spacieux vertige

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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