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LA CHANSON DU PETIT AIGLON (David Scheinert)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



aiglon

LA CHANSON DU PETIT AIGLON

Petit aiglon dans l’aire,
II faut dormir tout doux.
A la nuit printanière
Succède l’aube des loups.

Petit aiglon dans l’aire,
Il faut te reposer,
Pour égaler ton père
Dans l’art de déchirer.

Petit aiglon dans l’aire,
Il faut fermer les yeux
En louant les bergères
Qui font de toi un dieu.

(David Scheinert)

 

 

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Comme un Joyau Parmi des Ors Divergents (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018


joyau

Ce premier Jour, où tu Me louas, mon Ange,
Me disant que j’étais forte –
Et pouvais être grande, si je voulais,
Ce Jour – d’entre les Jours –

Luit Central – comme un Joyau
Parmi des Ors Divergents –
Le Moindre – qui luisait derrière –
Et celui plus vaste – du Monde –

(Emily Dickinson)

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Arrive un jour (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



    

Arrive un jour où la poésie se fait sans langage, jour où
sont convoqués les grands et les petits désirs disséminés
dans les vers, réunis tout à coup dans deux yeux, ceux-là
mêmes qu’on louait tant dans l’absence frénétique de la page blanche.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Lui que je loue de ma bouche muette nocturne
Murmurant des silences jusqu’au moment où les étoiles
Sont suspendues aux noeuds immobiles de mes vagues tourmentées,
Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière.

Je tisse sur le sol désert de l’espace
La danse nuptiale, je danse les mystères
Qui ont incendié la maison de Penthée.
Son éclat brille jusqu’en mon lieu le plus obscur.

Il pose dans ma tombe profonde ses feux impérissables,
Sa flamme jaillit en moi fontaine arbre et coeur,
Il plane’issu du lit de la nature dans un vol d’oiseau.
Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière.

Mes feuilles attirent de leurs mains vertes le soleil
Et lient en gerbe ses rayons dans la rose sauvage du monde.
J’offre mes miroitantes mers à son visage.
Son éclat brille jusqu’en mon lieu le plus obscur.

***

Him I praise with my mute mouth of night
Uttering silences until the stars
Hang at the still nodes of my troubled waves.
Into my dark I have drawn down his light.

I weave upon the empty floor of space
The bridal dance, I dance the mysteries
That set the house of Pentheus ablaze.
His radiance shines into my darkest place.

He lays in my deep grave his deathless fires,
In me his flame springs fountain tree and heart,
Soars up from nature’s bed in a bird’s flight.
Into my dark I have drawn down his light.

My leaves draw down the sun with their green hands
And bind his rays into the world’s wild rose.
I hold my mirroring seas before his face.
His radiance shines into my darkest place.

(Kathleen Raine)

Illustration: William Blake

 

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Jamais assez de la beauté du monde (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018




Riches de l’unique
Éternelle présence
De tout ce qui est,

Dans l’amour et dans la peine
Qui plongent dans le coeur,
Tout a été à moi

Qui dois bientôt
Quitter comme je suis venue
Tout ce que j’ai été.

Cette enfant était-ce
Moi, qui crie
« Jamais assez

« De la beauté du monde,
« Visages des amis
« Dans les chambres et les maisons

« Riches de bonté,
« Jamais assez,
« De cet inépuisable

« Ici et maintenant
« Sans fin ni commencement ? »
La Présence répond

« Qu’es-tu
« Sinon l’un des multiples
« Multiples-dans-l’un,

« Dans le flot du temps
« Tu as eu ta part
« De mal et de bien,

« Désir et désespoir,
« Blessure et guérison,
« De quête et de prière,

« Porté le fardeau
« Du savoir et de l’être,

« L’irrémédiable
« Inexpugnable
« Registre des jours.

« Mais l’enfant encore à naître
« Est déjà la fleur et la graine
« Du monde

« Des plaies et des larmes,
« De l’abandon et du désir,
« De la découverte et de la quête,

« Car chacun est le tout
« De l’être sans borne,

« Et il est impossible à la fin
« Du temps d’ôter à la vie
« Les jours par myriades de la vie,

« Heures sans nombre
« Des vivants innombrables,
« Musique céleste,

« Expression de la gloire,
« Le bruit et la fureur,
« Le fleuve de la félicité. »

J’écoute et je loue.

***

Rich in the alone
Ever-presence
Of all that is,

In love and sorrow
That sound the heart,
All has been mine

Who must soon
Leave as I came
All I have been.

Was that child
I, who cry
`Never enough

`Of world’s beauty,
`Faces of friends
`In rooms and houses

`Rich in kindness,
`Never enou
`Of the inexhaustible

`Here and now
` Without end or beginning?’
The Presence replies

` What are you
`But one of the many
` Many-in-one,

`In the flow of time
`You have borne your share
`Of evil and good,

`Desire and despair,
`Hurting and healing,
`Of seeking and praying,

`Have carried the burden
`Of knowing and being,

`The irretrievable
`Unexpugnable
`Record of days.

`But the child unborn
`Is already the world’s
`Flower and seed

`Of the wounding and weeping,
The loss and the longing,
The finding and seeking,

`For each is the all
`Of boundless being,

`Nor can the ending
`Of time unlive
`Life’s myriad days,

`Unnumbered hours
`Of the numberless living,
` Music of heaven,

`Utterance of glory,
The sound and the fury,
The river of bliss.’

I listen and praise.

(Kathleen Raine)

Illustration: Josephine Wall

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M’esveillant à minuit, dessillant la paupière (Gabrielle de Coignard)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




    
M’esveillant à minuit, dessillant la paupière,
Je voy tout assoupi au centre du repos,
L’on entend plus de bruit, le travail est enclos
Dans l’ombre de la terre, attendant la lumière.

Le silence est partout, la lune est belle et claire,
Le ciel calme et serain, la mer retient ses flots,
Et tout ce qui se voit dedans ce large clos
Est plein de majesté, et grâce singulière.

La nuit qui va roulant des tours continuels,
Représente à nos yeux les siècles éternels,
Le silence profond du
Royaume céleste :

En fin le jour, la nuit, la lumière et l’obscur,
A louer le haut
Dieu incitent nostre cœur,
Voyant reluire en tout sa grandeur manifeste.

(Gabrielle de Coignard)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

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Les chats (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Les chats

Je veux louer les chats,
Plus caressants qu’un flot s’écoulant à la dune,
Qu’au long d’un toit moussu un bleu rayon de lune,
Les chats voluptueux flairant l’odeur des mains
Et les bouquets fanés qui meurent sur les seins.

Je veux louer les chats aux prunelles languides,
Fluant à pas muets à travers l’herbe humide,
Savants dans l’art de jouir et qui vont dégustant,
Lait pur, l’arôme exquis des jasmins au printemps.

Je veux louer les chats amoureux des nuances
Des coussins japonais, des bergères d’antan,
Des tapis d’Orient à la molle effleurescance
Par qui le dur réel devient inexistant.

Je veux louer les chats dont l’échine se ploie
Agilement aux creux des édredons de soie,
Mais adorant surtout, à l’égal d’un péché,
L’énervante tiédeur des genoux rapprochés.

Je veux louer les chats qui, de leurs ongles fauves,
Dédaigneux des gazons s’étalant en plein jour,
Pétrissent lentement à l’ombre de l’alcôve
L’oreiller langoureux que parfuma l’amour.

Je veux louer les chats par-dessus tout artistes
Qui, lorsque nous dormons, aux lueurs d’améthystes
Des soirs d’Août s’en vont, au bord des toits branlants,
Gémir de mal d’amour dans la nuit s’étoilant.

Je veux louer les chats dont l’âme nous pénètre,
Fins comme les sorciers des anciens fabliaux,
Les chats posant leur front doux au front de leurs maîtres,
Les chats meilleurs que nous, fidèles et loyaux.

(Marie Dauguet)

 

 

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LA JULIE JOLIE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018




    
LA JULIE JOLIE

A la loué’ de la Saint Jean
Un fermier qui s’ râtlait des rentes
Dans l’ champ d’ misér’ des pauvres gens
Alla s’enquéri’ d’eun’ servante.
Après avoir hoché longtemps,
Pour quatr’ pair’s de sabiots par an
Avec la croûte et pis l’ log’ment,
I’ fit embauch’ de la Julie…
La Julie était si jolie !

L’empléya, sans un brin de r’pos
Du fin matin à la nuit grande,
A m’ner pâturer les bestiaux
Dans l’herbe peineus’ de la lande;
Mais un soir qu’il ‘tait tout joyeux
D’avoir liché queuqu’s coups d’vin vieux
l’ s’ sentit d’venir amoureux
Et sauta dans l’ lit d’ la Julie…
La Julie était si jolie !

D’pis c’jour-là, d’venu fou d’amour
I’ t’y paya des amusettes,
Des affutiaux qu’ l’orfév’ du bourg
Vous compt’ toujou’s les yeux d’ la tête;
Pis, vendit brémaill’s et genêts,
Vendit sa lande et son troupet
A seul’ fin d’ se fair’ des jaunets
Pour mett’ dans l’ bas blanc d’ la Julie…
La Julie était si jolie !

Si ben qu’un coup qu’il eut pus ren
Ayant donné jusqu’à sa ferme,
A l’ mit dehors, aux vents du ch’min,
Comme un gâs qui pai’ pus son terme ;
Mais c’ jour-là, c’était la Saint Jean :
Pour quat’ pair’s de sabiots par an
Avec la croûte et pis l’ log’ment,
I’ s’embaucha cheu la Julie…
La Julie était si jolie !

(Gaston Couté)

 

 

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Ghetto (Guy Tirolien)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Ghetto

pourquoi m’enfermerais-je
Dans cette image de moi
Qu’ils voudraient pétrifier?
Pitié je dis pitié!
J’étouffe dans le ghetto de l’exotisme

Non je ne suis pas cette idole
D’ébène
Humant l’encens profane
Qu’on brûle
Dans les musées de l’exotisme

Je ne suis pas ce cannibale
De foire
Roulant des prunelles d’ivoire
Pour le frisson des gosses

Si je pousse le cri
Qui me brûle la gorge
C’est que mon ventre bout
De la faim de mes frères

Et si parfois je hurle ma souffrance
C’est que j’ai l’orteil pris
Sous la botte des autres

Je ne suis pas non plus
Statue figée du révolté
Ou de la damnation
Je suis bête vivante
Bête de proie
Toujours prête à bondir

À bondir sur la vie
Qui se moque des morts
À bondir sur la joie
Qui n’a pas de passeport
A bondir sur l’amour
Qui passe devant ma porte

Je dirai Beethoven
Sourd
Au milieu des tumultes
Car c’est pour moi
Pour moi qui peux mieux le comprendre
Qu’il déchaîne ses orages

Je chanterai Rimbaud
Qui voulut se faire nègre
Pour mieux parler aux hommes
Le langage des genèses

Et je louerai Matisse
Et Braque et Picasso
D’avoir su retrouver sous la rigidité
Des formes élémentales
Le vieux secret des rythmes
Qui font chanter la vie

Oui j’exalterai l’homme
Tous les hommes
J’irai à eux
Le coeur plein de chansons
Les mains lourdes
D’amitié
Car ils sont faits à mon image

(Guy Tirolien)

 

 

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JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Charles Edouard Boutibonne
    
JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE

Certes je ne chanterai pas les amantes célèbres. Si elles ne sont plus, pourquoi en parler?
Ne suis-je pas semblable à elles ? N’ai-je pas trop de songer à moi-même?

Je t’oublierai, Pasiphaê, bien que ta passion fût extrême.
Je ne te louerai pas, Syrinx, ni toi, Byblis,
ni toi, par la déesse entre toutes choisie, Hélênê aux bras blancs!

Si quelqu’un souffrit, je ne le sens qu’à peine.
Si quelqu’un aima, j’aime davantage.
Je chante ma chair et ma vie, et non pas l’ombre stérile des amoureuses enterrées.

Reste couché, ô mon corps, selon ta mission voluptueuse !
Savoure la jouissance quotidienne et les passions sans lendemain.
Ne laisse pas une joie inconnue aux regrets du jour de ta mort .

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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