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Posts Tagged ‘louer’

Les chats (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Les chats

Je veux louer les chats,
Plus caressants qu’un flot s’écoulant à la dune,
Qu’au long d’un toit moussu un bleu rayon de lune,
Les chats voluptueux flairant l’odeur des mains
Et les bouquets fanés qui meurent sur les seins.

Je veux louer les chats aux prunelles languides,
Fluant à pas muets à travers l’herbe humide,
Savants dans l’art de jouir et qui vont dégustant,
Lait pur, l’arôme exquis des jasmins au printemps.

Je veux louer les chats amoureux des nuances
Des coussins japonais, des bergères d’antan,
Des tapis d’Orient à la molle effleurescance
Par qui le dur réel devient inexistant.

Je veux louer les chats dont l’échine se ploie
Agilement aux creux des édredons de soie,
Mais adorant surtout, à l’égal d’un péché,
L’énervante tiédeur des genoux rapprochés.

Je veux louer les chats qui, de leurs ongles fauves,
Dédaigneux des gazons s’étalant en plein jour,
Pétrissent lentement à l’ombre de l’alcôve
L’oreiller langoureux que parfuma l’amour.

Je veux louer les chats par-dessus tout artistes
Qui, lorsque nous dormons, aux lueurs d’améthystes
Des soirs d’Août s’en vont, au bord des toits branlants,
Gémir de mal d’amour dans la nuit s’étoilant.

Je veux louer les chats dont l’âme nous pénètre,
Fins comme les sorciers des anciens fabliaux,
Les chats posant leur front doux au front de leurs maîtres,
Les chats meilleurs que nous, fidèles et loyaux.

(Marie Dauguet)

 

 

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LA JULIE JOLIE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018




    
LA JULIE JOLIE

A la loué’ de la Saint Jean
Un fermier qui s’ râtlait des rentes
Dans l’ champ d’ misér’ des pauvres gens
Alla s’enquéri’ d’eun’ servante.
Après avoir hoché longtemps,
Pour quatr’ pair’s de sabiots par an
Avec la croûte et pis l’ log’ment,
I’ fit embauch’ de la Julie…
La Julie était si jolie !

L’empléya, sans un brin de r’pos
Du fin matin à la nuit grande,
A m’ner pâturer les bestiaux
Dans l’herbe peineus’ de la lande;
Mais un soir qu’il ‘tait tout joyeux
D’avoir liché queuqu’s coups d’vin vieux
l’ s’ sentit d’venir amoureux
Et sauta dans l’ lit d’ la Julie…
La Julie était si jolie !

D’pis c’jour-là, d’venu fou d’amour
I’ t’y paya des amusettes,
Des affutiaux qu’ l’orfév’ du bourg
Vous compt’ toujou’s les yeux d’ la tête;
Pis, vendit brémaill’s et genêts,
Vendit sa lande et son troupet
A seul’ fin d’ se fair’ des jaunets
Pour mett’ dans l’ bas blanc d’ la Julie…
La Julie était si jolie !

Si ben qu’un coup qu’il eut pus ren
Ayant donné jusqu’à sa ferme,
A l’ mit dehors, aux vents du ch’min,
Comme un gâs qui pai’ pus son terme ;
Mais c’ jour-là, c’était la Saint Jean :
Pour quat’ pair’s de sabiots par an
Avec la croûte et pis l’ log’ment,
I’ s’embaucha cheu la Julie…
La Julie était si jolie !

(Gaston Couté)

 

 

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Ghetto (Guy Tirolien)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Ghetto

pourquoi m’enfermerais-je
Dans cette image de moi
Qu’ils voudraient pétrifier?
Pitié je dis pitié!
J’étouffe dans le ghetto de l’exotisme

Non je ne suis pas cette idole
D’ébène
Humant l’encens profane
Qu’on brûle
Dans les musées de l’exotisme

Je ne suis pas ce cannibale
De foire
Roulant des prunelles d’ivoire
Pour le frisson des gosses

Si je pousse le cri
Qui me brûle la gorge
C’est que mon ventre bout
De la faim de mes frères

Et si parfois je hurle ma souffrance
C’est que j’ai l’orteil pris
Sous la botte des autres

Je ne suis pas non plus
Statue figée du révolté
Ou de la damnation
Je suis bête vivante
Bête de proie
Toujours prête à bondir

À bondir sur la vie
Qui se moque des morts
À bondir sur la joie
Qui n’a pas de passeport
A bondir sur l’amour
Qui passe devant ma porte

Je dirai Beethoven
Sourd
Au milieu des tumultes
Car c’est pour moi
Pour moi qui peux mieux le comprendre
Qu’il déchaîne ses orages

Je chanterai Rimbaud
Qui voulut se faire nègre
Pour mieux parler aux hommes
Le langage des genèses

Et je louerai Matisse
Et Braque et Picasso
D’avoir su retrouver sous la rigidité
Des formes élémentales
Le vieux secret des rythmes
Qui font chanter la vie

Oui j’exalterai l’homme
Tous les hommes
J’irai à eux
Le coeur plein de chansons
Les mains lourdes
D’amitié
Car ils sont faits à mon image

(Guy Tirolien)

 

 

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JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Charles Edouard Boutibonne
    
JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE

Certes je ne chanterai pas les amantes célèbres. Si elles ne sont plus, pourquoi en parler?
Ne suis-je pas semblable à elles ? N’ai-je pas trop de songer à moi-même?

Je t’oublierai, Pasiphaê, bien que ta passion fût extrême.
Je ne te louerai pas, Syrinx, ni toi, Byblis,
ni toi, par la déesse entre toutes choisie, Hélênê aux bras blancs!

Si quelqu’un souffrit, je ne le sens qu’à peine.
Si quelqu’un aima, j’aime davantage.
Je chante ma chair et ma vie, et non pas l’ombre stérile des amoureuses enterrées.

Reste couché, ô mon corps, selon ta mission voluptueuse !
Savoure la jouissance quotidienne et les passions sans lendemain.
Ne laisse pas une joie inconnue aux regrets du jour de ta mort .

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Habiter son corps (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Habiter son corps
n’est pas aisé
c’est une maison hantée
un champ de mines
il faudrait pouvoir le louer
juste pour des vacances

(Abdellatif Laâbi)


Illustration: Pieter Bruegel l\’Ancien

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Habiter son corps (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Habiter son corps
n’est pas aisé
c’est une maison hantée
un champ de mines
il faudrait pouvoir le louer
juste pour des vacances

(Abdellatif Laâbi)

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Louons les douceurs (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Louons les douceurs durant abandonnées à elles-mêmes
Respirant de leur peau lente afin de baiser leur objet
Louons la chose de beauté magicienne de lenteur
Et la chose de durée aussi belle à faire l’amour,
L’éternel est une main sur le haut vitrail de matière
Оù l’étincelle fut fixée avec les plus sombres des plombs
L’éternеl est le pli du sein d’une femme grande azurée
Qui ne fait point mouvement sous la caresse des anges,
Ou c’est la voix de l’ouragan dessus le toit du poète,
Alors qu’il gémit doucement du sabot de fer d’un songe.
La beauté du coeur éternel est celle que tu désires
Et la croix du coeur éternеl est cela que tu aspires.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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LOUÉ SOIT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
LOUÉ SOIT

Prends ton envol, ô ma rose charmante,
Et soit loué ton mensonge qui chante !
Sois éternelle, aube frôlant son coeur,
Comme est en moi la séduisante fleur.

Vol d’oiseaux morts sur un rocher sans vie,
Telle est mon âmе aux yeux de mon amie
Qu’elle voie donc cette fleur en son sein,
Même incolore et qui n’exhale rien !

Car je lui dois, et qu’elle en soit louée,
Le grave instant où j’eus l’âme comblée :
A cet instant, dont je surpris le flux,
Tous mes cristaux, en pleurs, se sont fondus.

A son sommet : d’étranges lueurs sombres…
Où glisse-t-elle en moi parmi les ombres ?
De l’intérieur, elle brûle mes yeux.
Mais loués soient ses perfides aveux !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Plus de chants (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

Erte aphrodite.jpg!HD [1280x768]

Plus de chants

À Madame De Simonis

Enfant d’un nid loin du soleil éclos,
Tombée un jour du faîte des collines,
Ouvrant à Dieu mes ailes orphelines,
Poussée aux vents sur la terre ou les flots,
Mon coeur chantait, mais avec des sanglots.

Pour louer Dieu, dès que je pus chanter,
Que m’importait ma frêle voix de femme ?
Tout le concert se tenait dans mon âme.
Que l’on passât sans daigner m’écouter,
Je louais Dieu ! Qui pouvait m’arrêter ?

Le front vibrant d’étranges et doux sons,
Toute ravie et jeune en solitude,
Trouvant le monde assez beau sans l’étude,
Je souriais, rebelle à ses leçons,
Le coeur gonflé d’inédites chansons.

J’étais l’oiseau dans les branches caché,
S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute
Que le faneur fatigué qui l’écoute,
Dont le sommeil à l’ombre est empêché,
S’en va plus loin tout morose et fâché.

Convive sobre et suspendue aux fleurs,
J’ai pris longtemps mon sort pour une fête ;
Mais l’ouragan a sifflé sur ma tête,
Les grands échos m’ont crié leurs douleurs,
Et je les chante affaiblis de mes pleurs.

La solitude est encor de mon goût,
Je crois toujours à l’auteur de mon être :
Mes beaux enfants me l’ont tant fait connaître !
Je monte à lui, je le cherche partout ;
Mais de chansons, plus une ! Oh ! Plus du tout !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Erte

 

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LE RAMONEUR (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018




LE RAMONEUR

Une petite chose noire sur la neige
Crie d’une voix plaintive: « amoneur ! amoneur ! »
– Oû est ton père ? Oû est ta mère ? demandé-je.
– A l’église tous deux, pour prier le Seigneur.

Parce qu’ils me voyaient heureux sur cette lande,
Parce que dans la neige et l’hiver je souris,
Ils m’ont fait mettre en deuil, et puis ils m’ont appris
A chanter d’une voix geignarde et qui quémande.

Puisque joyeux je chante et danse dans le froid,
Ils pensent qu’ils n’ont fait nul tort à leur petit
Et s’en vont louer Dieu, et le prêtre et son roi
Qui ont construit, sur la misère, un paradis.

(William Blake)

 

 

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