Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘(Louis Avenniez-Defeux)’

REMEDE AU MAL (Louis Avenniez-Defeux)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



REMEDE AU MAL

Vous qui coulez avec un bruit de lèvres,
Rêveurs errants des bois bénis,
Ruisseaux où meurt le long frisson des fièvres;
Vous qui dormez, étangs unis ;

Sources, pourquoi les frileuses fougères,
Les ombrages et les roseaux,
Les mille fleurs et les mouches légères
Qui se poursuivent sur les eaux,

Ne peuvent-ils dans vos miroirs fidèles
Fixer leurs multiples contours ?
Pourquoi vos flots, où se trempent tant d’ailes,
Sont-ils purs et vierges toujours?

Dites ! pourquoi le rayon qui se pose
Sur votre surface un moment,
Ne laisse-t-il aucune trace rose
De son court éblouissement?

« Nous préférons qu’en effet tout s’efface
Dans notre cristal effleuré :
Pâlir lorsqu’un nuage blafard passe,
Sourire lorsqu’il a pleuré ;

« Ne rien graver dans notre transparence,
Ne rien regarder et tout voir,
Et conserver la douce indifférence
De notre implacable miroir.

« Tout oublier! — n’est-ce pas, songeur sombre,
Le plus grand bien?… Tout oublier,
Ne plus sentir le passé, dans son ombre,
Renaître et se multiplier ! »

(Louis Avenniez-Defeux)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PRELUDE (Louis Avenniez-Defeux)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



PRELUDE

Les choses à ma chair causent un profond trouble ;
Je sens qu’obscurément le ténébreux destin,
Ainsi qu’à nous, leur donne une substance double
Et jette à leur matière un atome divin.

Je crois que le ciel fit nos natures pareilles ;
Je les regarde avec mon âme dans mes yeux ;
Elles parlent sans mots perçus par les oreilles,
Sans mots disciplinés, mais je les comprends mieux.

Leur langage distrait bégaye en leur silence
Ce qu’en elles les lois de l’univers ont mis,
Et leur esprit, au mien proclamant sa présence,
Mêle son rêve vierge à mes rêves amis.

Leur silence épanché flotte, glisse, ruisselle,
Cueille un autre silence auprès d’autres conduit,
Et cette union vague en soupirs s’amoncelle,
Assemble des frissons pour engendrer le bruit.

Le bruit se fait rumeur, la rumeur se fait ample,
Impérissable encens qui s’élève vers Dieu,
Et c’est pourquoi, toujours, comme la voix d’un temple,
Un immense concert palpite dans l’air bleu.

Que de fois une haleine, une caresse errante,
Un sanglot d’élégie exhalé par le vent,
Le tintement mouillé d’une source courante
M’ont trahi leur secret et m’ont laissé rêvant!

Dans l’antique nature, où rien ne peut se taire,
Que de fois j’ai trouvé quelque chose d’humain,
Et que de fois aussi j’ai senti, sur la terre,
Un battement furtif en y posant la main !

Les choses, qu’un pouvoir irrésistible isole,
Comme nous avons l’être, ont sans doute le leur;
Je comprends leurs leçons, leur muette parole :
Leurs voix, qui vont au coeur, doivent sortir d’un coeur.

(Louis Avenniez-Defeux)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :