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AMOUR DE NOTRE AMOUR (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

Konstantin Kacev  (55)

AMOUR DE NOTRE AMOUR

JE n’ai rien obtenu et j’ai tout désiré,
Corps, triste chair de sang, de muscles et de nerfs,
Insatiable, et ce duel avec une âme,
Ce fantôme qu’on cherche et qui fuit, ce fantôme
Toujours présent, toujours absent…

Je n’ai rien obtenu, ma quarantième année.
Je suis là, tout pareil à celui qui connut,
Naguère, la chance folle de la jeunesse.
Tout pareil, mais avec des cheveux gris aux tempes,
Le coeur désaccordé, les mains plus paresseuses,
Et cet ennui de tout dont on ne guérit pas…

Je n’ai rien obtenu et j’ai tout désiré.
Bonheurs trop douloureux qu’on invente et qu’on trouve
Et qu’il faut peu à peu détruire à coups de dents.
Bonheurs qu’on ne méritait pas, bonheurs trop sûrs
Pour que le ciel soit toujours clair et l’âme bonne…

Je ne vous laisse point dormir en paix, visages
Des êtres trop aimés façonnés par mes mains.
Je vous vois. Je vous sais fidèles à ma voix.
gais qu’êtes-vous, sinon des visages semblables
A ceux que vous portez, à ceux qui me font mal ?

Je ne puis pas me ressembler. Je suis celui
Qui ne peut pas se ressembler et qui demeure
L’enfant qui souriait devant un grand miroir
Qui souriait, et ne savait s’y reconnaître…

Pardonnez-moi, mes ans perdus, d’avoir été
Celui qui s’est trompé de coeur et d’aventure,
Qui n’a pas su mener ses pas où il fallait.
Où il fallait. Mais qui dira où il fallait ?
C’est là-bas, on ne peut dire où, là-bas, très loin,
Dans quelque exil du coeur et du corps emmêlés,
Au milieu d’un grand cercle sage et calme et triste,
Où tout est résolu d’avance, où il n’est point
D’appels, d’envols, de dieux jaloux de leurs paroles,
De choses qui s’en vont dès qu’on veut les saisir…

Pardonnez-moi, si je ne laisse d’autre trace
Qu’un chemin vague, avec des trous d’incertitude,
Si j’ai tout désiré mais n’ai rien obtenu
Que cet âge, entre les deux frontières de la vie,
Où je me perds encore à dire tous mes manques,
Où le silence en moi me ravit à moi-même…

(Louis Emié)

Illustration: Konstantin Kacev

 

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ILE (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

ILE

IL n’existe plus, dans ton âme,
Que cette île, espoir de l’espoir,
Flamme obsédant une autre flamme,
Découverte, un jour, sans la voir.

(Louis Emié)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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La poésie (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



 

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La poésie doit être un acte de recouvrance, de contrition, d’humilité.
Dans sa juste balance, où les aveux pèsent plus lourdement,
l’homme peut recouvrer son équilibre, aménager son nouveau destin.
La poésie se refuse aux mensonges, aux feintes, aux restrictions mentales;
sa pureté native appelle, suscite et provoque la pureté.

(Louis Emié)

 

 

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Ils avaient jusqu’à l’aube attisé leur colère (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



 

Koh Sang Woo _Portrait_of_a_Couple_78

Ils avaient jusqu’à l’aube attisé leur colère,
Unis sur cette couche afin de s’épuiser
— Et la flamme à leur chair ajoutait un baiser
Qui mêlait à cette âme une bouche étrangère.

Vivants tombés du ciel pour payer sur la Terre
Le crime dont la mort cherche à les accuser,
Engloutis dans ce corps qui va les écraser,
Ils n’arrachent au feu que sa part de poussière.

Mais le jour qui se lève ignore qu’ils sont seuls
Et de cet univers dont il fait leurs linceuls
Il suspend sur leurs fronts les charmes et les nombres :

Sur quel astre perdu se sont-ils rassemblés ?
– Beau sang noir de l’Amour, noieras-tu ces décombres
Lorsqu’ils n’ont pas éteint leurs grands feux étoilés ?

(Louis Emié)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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DIALOGUE DE L’AMOUR INCONCEVABLE (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



 

Catherine Besnard  Connivence-Femme-coquillage 3 [1280x768]

DIALOGUE DE L’AMOUR INCONCEVABLE

Enroulé comme un coquillage
Qui cherche et trouve en lui sa fin,
Ton corps, cette île et ce naufrage,
Épuisé, n’a plus soif ni faim.

Tes bras, tes mains, quelle aventure
Les a dispersés tout autour
De ce qui fut, sur ta figure,
Celle qui leur donna le jour?

Cette lueur qui tremble toute
Sur le front que j’ai vu pâlir,
Quel aveu l’a mise en déroute,
Quel regard va l’ensevelir ?

J’interroge en vain le silence
Que nous inventons tous les deux
Dans la sourde et tendre cadence
D’un coeur qui sait ce que je veux.

Sous un ciel qui voudrait se taire
Pour devenir notre séjour,
As-tu découvert l’autre terre
Où l’amour répond à l’amour,

Où cette bouche qui respire
Livre à la flamme un tel secret
Qu’il n’est plus que flamme et délire
Dans la nuit de notre forêt,

Où cette main, sur ma poitrine,
Trace les grands signes de chair
Que tu pressens, que je devine
Dans le langage de l’éclair,

— Où tout ce qui fut et doit être
Nous aura demain confondus
Puisqu’en toi je veux disparaître
Et qu’en moi tu n’es déjà plus ?

(Louis Emié)

Illustration: Catherine Besnard

 

 

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LA nuit donne à la nuit sa forme et sa contrée (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



 

Christian Schloe 70323648_b

La nuit donne à la nuit sa forme et sa contrée :
Ces archipels de lune aux longs chemins mouvants
Et par l’unique étoile une ombre déchirée
– Appel d’un dieu perdu dans le mythe des vents.

La nuit donne à la nuit ses lambeaux de silence,
D’un silence où la mer en nous ne s’entend plus,
Où l’ange en s’endormant visite une autre enfance
Et nous laisse mourir pour ceux qui se sont tus.

La nuit n’attend que nous pour boire une eau plus pure :
L’éloge d’une larme est celui du pardon.
Mortels cloués vivants à la sainte blessure,
Notre couche d’orage à l’amour dit son nom.

– Amour, à cette nuit refuse les visages
Que nous avons subi pour déjouer ta loi !
Le temps ne t’appartient que si tu le partages
Et le jour doit mourir s’il ne meurt que de toi.

Amour, blancheur de l’ange éparse dans les nombres
Dont la nuit dissimule et surprend le pouvoir,
Dans cette solitude interdite aux décombres
Nous as-tu rejetés pour te voir sans me voir ?

(Louis Emié)

Illustration: Christian Schloe

 

 

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LA ROSE DES MERS (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



Christian Broutin 264

LA ROSE DES MERS

Pour avoir déchiffré les signes que l’orage
Suspendait à ces branches folles de l’éclair,
Nous devons arracher nos corps à cette chair
Et la jeter, muette, aux remous du naufrage.

Dans l’exil absolu de ce double rivage
Qui fige entre nous deux et la vague et la mer,
Notre île a dispersé sa forme, et son désert
N’est plus que flamme éteinte et long souffle sans âge.

Cieux promis à l’amour, frères d’une contrée
Tremblante au fond des yeux qui l’avaient ignorée,
Surprendrez-vous ici l’irréelle parole

Qui révèle aux vivants la sentence des morts ?
Elle tourne, silence, autour de ta corolle
Et cherche avec ta bouche un baiser sans remords.

(Louis Emié)

Illustration: Christian Broutin

 

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Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ? (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



 

Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ?
Quelle fuite est la nôtre où nous perdons ses pas ?
Ne serons-nous jamais que les tremblants emblèmes
De l’ombre qui nous porte où nous n’existons pas ?

Quel dieu me donnes-tu qui m’étreint quand tu m’aimes
Dans la forme invisible où je cherche mes bras,
Bonheur, dont le nom seul (est-ce toi qui blasphèmes ?)
Divulgue à tous les vents ceux que tu me tairas ?

— A l’heure où cette voix reconnaît son visage,
Où de sa même chair, elle, chair sans partage,
Epuise enfin le dieu qui l’enchaîne et l’entend,

Bouche à son tour offerte à celle qui l’ignore,
Amour, es-tu le fruit qu’aux branches de l’instant
Une ombre a dérobé pour te survivre encore ?

(Louis Emié)

Illustration

 

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Est-ce toi qui viens d’apparaître (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



 

Alexandra Kirievskaya  8 [1280x768]

— Est-ce toi qui viens d’apparaître
Dans le sillage de ton nom,
Cette rumeur qui voudrait être
Celle où je ferais ma prison ?

Est-ce toi, ce vivant murmure
Qui fait trembler toute la nuit
Autour d’une ombre, ta figure,
Et de ce corps qui m’a détruit?

Est-ce toi, ce beau front limpide,
Ce regard qui porte le mien
Dans celui, toujours plus avide,
Où tu ne me caches plus rien ?

Est-ce toi, mon autre lumière
Éparse au coeur du demi-jour,
Sur cette muraille de lierre
Qui me lie aux vents sans retour ?

Est-ce toi, cette transparence,
Cette image où tu dors en moi
Dans l’incorruptible apparence
De celle où nous n’étions que toi ?

Est-ce toi, ces pas sur le sable
Qui me mènent vers des déserts
Où ton secret insaisissable
Transfigure mon univers ?

Est-ce toi, ma dernière chance,
Mon enlacement absolu,
Forme d’un coeur qui recommence
A souffrir d’un coeur révolu ?

Est-ce toi ? Je ne suis sur terre
Que par la grâce de pouvoir
Au mystère de ton mystère
Donner tous ces yeux pour te voir.

Est-ce toi, belle ombre implacable,
Ma fraîcheur, mon mal et mon bien,
Est-ce toi, ce corps qui m’accable
Dans celui qui n’est plus le mien ?

(Louis Emié)

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

 

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Visage entre tous les visages (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



 

Alexandra Kirievskaya  r  [1280x768]

Visage entre tous les visages
Que je t’ai donnés pour te voir,
Avec eux c’est toi qui partages
Leur multiple et secret pouvoir.

Tu ne retournes sur la terre
Que par la grâce d’un vivant
Dont le nom, ce masque de verre,
T’enchaîne à tous ceux qu’il défend.

Visage entre tous les visages,
C’est le tien qui me fut donné
Pour que ce soit toi qui propages
L’étreinte qui m’a bâillonné.

Je m’égare sur cette route
Qui rejoint nos pas dans tous ceux
Que j’invente et que je redoute :
Sommes-nous si seuls d’être deux ?

Visage entre tous les visages,
Par le tien je suis condamné
A survivre à tous ces naufrages
Dans un grand corps déraciné.

Quand, chaque nuit, tu me visites,
Quel orageux enlacement
Livre à ces formes interdites
Celle où je te vois en dormant ?

Visage entre tous les visages,
Est-ce le tien que je dois fuir
Lorsque la mer où tu voyages
Me disperse et veut m’envahir?

Sur la blancheur de cette couche,
L’aube a la couleur du baiser
Qui ravit à la même bouche
Le vain désir de l’épuiser.

Visage entre tous les visages,
Que n’ai-je aboli dans le tien
L’éternité de ces images
Où ton corps se vouait au mien?

Je m’oublie en toi si je rêve
A ce qui fut et n’est en moi
Que le même jour qui se lève
Sur celui que j’attends de toi.

(Louis Emié)

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

 

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