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Posts Tagged ‘(Louise de Vilmorin)’

L’hirondelle (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



L’hirondelle

« Je n’irai plus aux bois
d’Afrique
Où dansent tous les rois
de pique. »

La dernière hirondelle
se meurt
Elle bat de ses ailes
son cœur.
Du fil télégraphique
désert
Où tremble une musique
d’hiver
Elle crie et appelle
ses sœurs :
« Au secours hirondelles
j’ai peur. »
Mais sa voix trop petite
se perd
Dans le vent qui agite
la mer.
Elle entend un message
d’amant
Passer en son plumage
mourant.
La parole est oiseau
comme elle
Qui pose au manteau
des belles.
« Ton Paul t’aime et t’adore
toujours,
Il pense à nos aurores
d’amour. »
Ah ! beau ciel de paroles
rempli
Toutes les bouches volent
la nuit.
Paupières de voyage
en pleurs
Elle prend le message
et meurt.
Orages de tendresse
l’oiseau
Se console ou se blesse
aux mots.
La dernière hirondelle
est là
Inerte sous son aile
qui bat.

Et moi je suis debout à la fenêtre
Je vois l’hirondelle à terre et pourtant
Je ne pense qu’à celui que j’attends
Celui qui m’aime et me dira peut-être :

« Viens avec moi aux bois
d’Afrique
Où dansent tous les rois
de pique. »

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Sonia Mandel

 

 

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Attendez le prochain bateau (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



Attendez le prochain bateau

Belle, sous la mauvaise étoile,
Un soir, une dame à vapeurs,
Sur le pont d’un bateau à voiles
Soupirait pour un voyageur.
Mais insensible aux vœux d’un cœur
Il aimait une dame à voile
Au bord d’un navire à vapeur.

Oh! Demoiselles fragiles,
Coquettes des miroirs d’eau,
Voici le port, voici l’île,
Attendez le prochain bateau.

Plus tard, devenue dame à voile,
À bord d’un navire à vapeur,
Elle revit ce voyageur
Blanchi aux feux de son étoile.
Mais il avait perdu son cœur
Sur le pont d’un bateau à voiles
Aux pieds d’une dame à vapeurs.

Oh! Demoiselles fragiles,
Coquettes des miroirs d’eau,
Voici le port, voici l’île,
Attendez le prochain bateau.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Claude Théberge

 

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Le garçon de Liège (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



Le garçon de Liège

Un garçon de conte de fée
M’a fait un grand salut bourgeois
En plein vent, au bord d’une allée,
Debout sous l’arbre de la Loi.

Les oiseaux d’arrière-saison
Faisaient des leurs malgré la pluie
Et prise par ma déraison
J’osai lui crier : « Je m’ennuie. »

Sans dire un doux mot de menteur
Le soir dans ma chambre à tristesse
Il vint consoler ma pâleur.
Son ombre me fit des promesses.

Mais c’était un garçon de Liège,
Léger, léger comme le vent
Qui ne se prend à aucun piège
Et court les plaines de beau temps.

Et dans ma chemise de nuit,
Depuis lors quand je voudrais rire
Ah ! beau jeune homme je m’ennuie,
Ah ! dans ma chemise à mourir.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Louis Treserras 

 

 

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Une lettre d’amour ? (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



Une lettre d’amour ? Oui, doux Seigneur
Mais à qui donc l’écrirai-je ?
Tous mes bouquets de bonheur
Sont poussières sous les neiges.

Neige, neige qui n’est pas de beau temps,
Beau temps qui n’est pas d’ivresse,
Neige de mes passe-temps
Et chevelure en détresse.

Ma main ne brode plus de mots d’amour
Doux Seigneur. L’âge m’emporte.
A tel revers nul secours,
Lettre d’amour : lettre morte.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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Au-delà (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



Louise de Vilmorin

Au-delà

Eau-de-vie! Au-delà!
A l’heure du plaisir,
Choisir n’est pas trahir,
Je choisis celui-là.

Je choisis celui-là
Qui sait me faire rire,
D’un doigt de-ci, de-là,
Comme on fait pour écrire.

Comme on fait pour écrire,
Il va par-ci, par-là,
Sans que j’ose lui dire:
J’aime bien ce jeu-là.

J’aime bien ce jeu-là,
Qu’un souffle fait finir,
Jusqu’au dernier soupir
Je choisis ce jeu-là.

Eau-de-vie! Au-delà!
A l’heure du plaisir,
Choisir n’est pas trahir,
Je choisis celui-là.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

 

 

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L’heure d’amour (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



L’heure d’amour

Je voyage et mon ombre porte
Celui qui me porte en m’aimant,
L’amour se tient à notre porte,
Ses soupirs sont mes diamants.
En me voyant ainsi parée
L’heure s’enfuit désemparée
Et retourne à ses battements.

(Louise de Vilmorin)

 

 

 

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Officiers de la garde blanche (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



Officiers de la garde blanche,
Gardez-moi de certaines pensées la nuit.
Gardez-moi des corps à corps et de l’appui
D’une main sur ma hanche.
Gardez-moi surtout de lui
Qui par la manche m’entraîne
Vers le hasard des mains pleines
Et les ailleurs d’eau qui luit.
Épargnez-moi les tourments en tourmente
De l’aimer un jour plus qu’aujourd’hui,
Et la froide moiteur des attentes
Qui presseront aux vitres et aux portes
Mon profil de dame déjà morte.
Officiers de la garde blanche,
Je ne veux pas pleurer pour lui
Sur terre. Je veux pleurer en pluie
Sur sa terre, sur son astre orné de buis,
Lorsque plus tard je planerai transparente,
Au-dessus des cent pas d’ennui.
Officiers des consciences pures,
Vous qui faites les visages beaux,
Confiez dans l’espace au vol des oiseaux
Un message pour les chercheurs de mesure
Et forgez pour nous des chaînes sans anneaux.

(Louise de Vilmorin)

 

 

 

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Plus jamais de chambre pour nous (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2020



Plus jamais de chambre pour nous,
Ni de baisers à perdre haleine
Et plus jamais de rendez-vous
Ni de saison, d’une heure à peine,
Où reposer à tes genoux.

Pourquoi le temps des souvenirs
Doit-il me causer tant de peine
Et pourquoi le temps du plaisir
M’apporte-t-il si lourdes chaînes
Que je ne puis les soutenir ?

Rivage, oh ! rivage où j’aimais
Aborder le bleu de ton ombre,
Rives de novembre ou de mai
Où l’amour faisait sa pénombre
Je ne vous verrai plus jamais.

Plus jamais. C’est dit. C’est fini
Plus de pas unis, plus de nombre,
Plus de toit secret, plus de nid,
Plus de lèvres où fleurit et sombre
L’instant que l’amour a béni.

Quelle est cette nuit dans le jour ?
Quel est dans le bruit ce silence ?
Mon jour est parti pour toujours,
Ma voix ne charme que l’absence,
Tu ne me diras pas bonjour.

Tu ne diras pas, me voyant,
Que j’illustre les différences,
Tu ne diras pas, le croyant,
Que je suis ta bonne croyance
Et que mon coeur est clairvoyant.

Mon temps ne fut qu’une saison.
Adieu saison vite passée.
Ma langueur et ma déraison
Entre mes mains sont bien placées
Comme l’amour en sa maison.

Adieu plaisirs de ces matins
Où l’heure aux heures enlacée
Veillait un feu jamais éteint.
Adieu. Je ne suis pas lassée
De ce que je n’ai pas atteint.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Edvard Munch

 

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CHEMISE DE NUIT (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2020



CHEMISE DE NUIT

En chemise de nuit,
Robe d’étranges rires
Ah! messieurs je m’ennuie,
Je m’ennuie à mourir.

Une heure m’interroge
En son nid de soupirs,
La bête au coeur d’horloge
Tinte mes devenirs.

Sur la vague où mon âme
Attend l’aube à minuit
Toutes les belles dames
Encombrent mon ennui.

Elles rient ou s’étonnent
Sans savoir où je suis
— « Partez, je vous l’ordonne.
Ah! messieurs je m’ennuie. »

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Louis Treserras 

 

 

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OH! MES AMOURS (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2020



OH! MES AMOURS

Dans un beau palais de regrets,
Dans un beau palais tout de même,
Ma belle est morte d’un secret,
La tempe bleue. Oh! mes amours.

Aux colonnes du souvenir
Refleurit la plante première,
Liane aux feuilles de plaisir,
Feuille à cueillir. Oh! mes amours.

Froide à mes voeux un rêve lent
Guida ses pas jusqu’à l’absence.
Elle riait en m’écoutant,
Elle riait. Oh! mes amours.

Sur la table ses gants posés,
Son éventail de perfidie
Gardent le geste apprivoisé
Qu’elle a perdu. Oh! mes amours.

Voyez, voyez l’oiseau du temps
S’envole de sa main lassée.
Va-t-elle rire en son drap blanc
Sur l’autre rive ? Oh! mes amours.

Aux colonnes de l’avenir
Fleurira la plante dernière
Liane aux feuilles à mourir
Feuille à cueillir. Oh! mes amours.

(Louise de Vilmorin)

 

 

 

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