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Poésie

Posts Tagged ‘lucide’

Le voyant (Paul Valet)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



Le voyant

Être lucide
C’est perdre connaissance

Être libre
C’est perdre l’équilibre

Être vengeur
C’est terrasser la vengeance

Être intact
C’est traverser l’évidence

Être aux abois
C’est passer au-delà

Invincible est la détresse
De celui qui voit

(Paul Valet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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Chargé d’offrandes (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2016



Chargé d’offrandes

Prenez ma peine entre vos mains de flamme,
Je suis le roi d’un étrange univers
De pierre et d’ors et d’âpre nuit vêtu.

Je suis d’offrande et de pardon lucide.
Voici des paons la scintillante aurore,
Une alouette est le cri de mon coeur.

Quel est le fruit qui donne la puissance ?
Il vient de l’arbre étonné de nos mains.
Baisez ma lèvre, il vous sera donné.

Prenez mes doigts, prenez ces terres d’ombre
Et posez-les contre vos fronts brûlants.
nous serons mille et naîtrons de l’aurore
Car nous serons dans chacun de nos gestes.

(Robert Sabatier)

 

 

 

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Est-ce ainsi qu’on recommence à aimer ? (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2016



 

Plus lucide en se regardant
et mieux éclairé par l’autre,
est-ce ainsi qu’on recommence à aimer ?

(Robert Mallet)

 

 

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Le chant de l’eau (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2016



Le chant de l’eau

L’entendez-vous, l’entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse.

Là-bas,
Le petit bois de cornouillers
Où l’on disait que Mélusine
Jadis, sur un tapis de perles fines,
Au clair de lune, en blancs souliers,
Dansa ;
Le petit bois de cornouillers
Et tous ses hôtes familiers
Et les putois et les fouines
Et les souris et les mulots
Ecoutent
Loin des sentes et loin des routes
Le bruit de l’eau.

Aubes voilées,
Vous étendez en vain,
Dans les vallées,
Vos tissus blêmes,
La rivière,
Sous vos duvets épais, dès le prime matin,
Coule de pierre en pierre
Et murmure quand même.
Si quelquefois, pendant l’été,
Elle tarit sa volupté
D’être sonore et frémissante et fraîche,
C’est que le dur juillet
La hait
Et l’accable et l’assèche.
Mais néanmoins, oui, même alors
En ses anses, sous les broussailles
Elle tressaille
Et se ranime encor,
Quand la belle gardeuse d’oies
Lui livre ingénument la joie
Brusque et rouge de tout son corps.

Oh ! les belles épousailles
De l’eau lucide et de la chair,
Dans le vent et dans l’air,
Sur un lit transparent de mousse et de rocailles ;
Et les baisers multipliés du flot
Sur la nuque et le dos,
Et les courbes et les anneaux
De l’onduleuse chevelure
Ornant les deux seins triomphaux
D’une ample et flexible parure ;
Et les vagues violettes ou roses
Qui se brisent ou tout à coup se juxtaposent
Autour des flancs, autour des reins ;
Et tout là-haut le ciel divin
Qui rit à la santé lumineuse des choses !

La belle fille aux cheveux roux
Pose un pied clair sur les cailloux.
Elle allonge le bras et la hanche et s’inclina
Pour recueillir au bord,
Parmi les lotiers d’or,
La menthe fine ;
Ou bien encor
S’amuse à soulever les pierres
Et provoque la fuite
Droite et subite
Des truites
Au fil luisant de la rivière.

Avec des fleurs de pourpre aux deux coins de sa bouche,
Elle s’étend ensuite et rit et se recouche,
Les pieds dans l’eau, mais le torse au soleil ;
Et les oiseaux vifs et vermeils
Volent et volent,
Et l’ombre de leurs ailes
Passe sur elle.

Ainsi fait-elle encor
A l’entour de son corps
Même aux mois chauds
Chanter les flots.
Et ce n’est qu’en septembre
Que sous les branches d’or et d’ambre,
Sa nudité
Ne mire plus dans l’eau sa mobile clarté,
Mais c’est qu’alors sont revenues
Vers notre ciel les lourdes nues
Avec l’averse entre leurs plis
Et que déjà la brume
Du fond des prés et des taillis
S’exhume.

Pluie aux gouttes rondes et claires,
Bulles de joie et de lumière,
Le sinueux ruisseau gaiement vous fait accueil,
Car tout l’automne en deuil
Le jonche en vain de mousse et de feuilles tombées.
Son flot rechante au long des berges recourbées,
Parmi les prés, parmi les bois ;
Chaque caillou que le courant remue
Fait entendre sa voix menue
Comme autrefois ;
Et peut-être que Mélusine,
Quand la lune, à minuit, répand comme à foison
Sur les gazons
Ses perles fines,
S’éveille et lentement décroise ses pieds d’or,
Et, suivant que le flot anime sa cadence,
Danse encor
Et danse.

(Emile Verhaeren)

Illustration: Paul Emile Chabas

 

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Les Rocs (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2016



Les Rocs

La danse est en eux,
La flamme est en eux,
Quand bon leur semble.

Ce n’est pas un spectacle devant eux,
C’est en eux.

C’est la danse de leur intime
Et lucide folie.

C’est la flamme en eux
Du noyau de braise.

(Guillevic)

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Renouveler si possible le lucide exercice (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



Renouveler si possible le lucide exercice
de pénétrer en ces lieux où la clarté apporte
la brise au temps et aux lieux inviolés
Alors nous ne savons plus qui nous sommes
dans l’allure des champs que nous traversons
Mais avant tout les détails s’éclairent
et captent l’attention en lui donnant le dur désir
de mieux voir le frémissement de la netteté
où les objets se dessinent comme s’ils
sortaient d’un sommeil viscéral
comme si dans un silence fluide
ils étaient l’illustration du lieu
subtile immanence et gloire pudique
où au plus intime du réel l’objet devient lisible
dans son bonheur inaugural

(António Ramos Rosa)

 

 

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Quand on rentre chez soi, délivré de la rue (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



Quand on rentre chez soi, délivré de la rue,
Aux fins d’automne où, gris cendré, le soir descend
Avec une langueur qu’il n’a pas encore eue,
La chambre vous accueille alors tel qu’un absent…

Un absent cher, depuis longtemps séparé d’elle,
Dont le visage aimé dormait dans le miroir;
O chambre délaissée, ô chambre maternelle
Qui, toute seule, eût des tristesses de parloir.

Mais pour l’enfant prodigue elle n’a que louanges…
L’ombre remue au long des murs silencieux :
C’est le soir nouveau-né qui bouge dans ses langes;
Les lampes doucement s’ouvrent comme des yeux,

Comme les yeux de la chambre, pleins de reproche
Pour celui qui cherche dehors un bonheur vain;
Et les plis des rideaux, qu’un frisson lent rapproche,
Semblent parler entre eux de l’absent qui revint.

*

La chambre fait accueil; et le miroir lucide
Pour l’absent qui s’y mire est soudain devenu
Son Portrait — grâce à quoi lui-même il élucide
Tant de choses sur son visage mieux connu,

Des choses de son âme obscure qui s’avère
Dans ce visage à la dérive où transparaît
Son identité vraie au fil nu du portrait,
Pastel qui dort dans le miroir comme sous verre !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Cyn McCurry

 

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Saison des hommes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2016



Saison des hommes

Sachant qu’elle nous sera ôtée,
Je m’émerveille de croire en notre saison,
Et que nos coeurs chaque fois
Refusent l’ultime naufrage.
Que demain puisse compter,
Quand tout est abandon ;
Que nous soyons ensemble
Égarés et lucides,
Ardents et quotidiens,
Et que l’amour demeure après le discrédit.

Je m’émerveille du rêve qui sonde l’avenir,
Des soifs que rien ne désaltère.
Que nous soyons chasseurs et gibiers à la fois,
Gladiateurs d’infini et captifs d’un mirage.

Les dés étant formels et la mort souveraine,
Je m’émerveille de croire en notre saison.

(Andrée Chedid)

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LA FILLE LA PLUS NUE (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2016



Diego Dayer rouge

LA FILLE LA PLUS NUE

Je suis la fille la plus nue du monde.
Je n’ai que ma bouche et mes seins légers,
je n’ai que mon ombre entourée de flammes,
et les fuseaux orageux de mes jambes pour tisser la soie des jours amoureux.
Je n’ai de trésor que moi-même.
Je suis l’abeille solitaire perdue dans le grand soleil,
loin des herbages, loin des sources,
l’abeille mère de la ruche, et le miel coule goutte à goutte de ma plus intime blessure.

Le désir me prend, le désir me quitte, je suis toujours nue et toujours entière,
et dans le plaisir où je plonge aveugle, c’est encore ma vie que je persécute,
c’est encore le feu que je poursuis à perdre haleine.

La mer lointaine, riche en semences, riche en merveilles diamantines,
baigne mon corps de part en part et le traverse.
La mer danse au fond de mes veines avec le sang brutal et cajoleur.
La mer salée palpite entre mes jambes, et le bruit des petites vagues couvre la voix de l’univers.

Ô bouche qui me mets au monde, mains qui donnez épaisseur à ma chair,
mains viriles qui me sacrez dans ma vérité opulente,
Ô regards débordants de sève, que serais-je encore sans vous !
Je ne suis rien, mais je suis reine quand l’ovation du désir mâle soulève vers moi ses couronnes lucides…
Au fond des ténèbres, dans l’enchevêtrement des muscles et du sang,
repose l’oeuf de lumière que le plaisir va féconder.
Certitude de la vie !

Il ne faut qu’un cri pour éclore, il ne faut qu’un cri pour nommer la récompense fabuleuse.
La marée sombre qui m’enlève quand je me referme sur l’homme si dur,
dresse mes seins, gonfle mes lèvres, et couvre mes paupières minces d’un sable d’or et de feu.
C’est un orage consolant, c’est un diamant roulé dans ma gorge profonde,
c’est un ciel de pierre et de limon pour répondre au stupide azur !

Au pied des monts et des forêts, au pied de la haute falaise givrée de sueurs et de larmes,
j’étends mon corps nu et sans tache, comme un miroir.
Miroir à capturer la flamme, miroir à cajoler la mer,
face ruisselante de sperme où l’espoir de l’homme, loup traqué, graine d’eau pure,
reconnaîtra toujours son plus certain visage.

(Luc Decaunes)

Illustration: Diego Dayer

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Coup de silence (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2016



 

Carry Akroyd _flight

Coup de silence
la distance détale
Echo de sans bruit
le premier cri rejoint la douleur décalée
décapité lucide

Le printemps dégorge un froid miocène
Déjà l’été courcit le jour
Et le retard annonce
Et le premier succède

(Michel Deguy)

Illustration: Carry Akroyd

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