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Posts Tagged ‘(Lucien Becker)’

LES DIMENSIONS DU REGARD (I) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
LES DIMENSIONS DU REGARD (I)

Chaque regard est le point final
que l’homme met à sa solitude
et il est impossible d’aller au-delà sans rencontrer
l’épaisseur de mille vies dont une est à peine vécue.

Le ciel est un peu de buée sur la fenêtre
au milieu de laquelle on s’égare comme en pleine mer.
Adossé à l’ombre comme à un contrefort,
on voit les maisons couler de toutes leurs voilures.

Il suffit qu’on reconnaisse son visage dans les vitres
pour que le monde redevienne la place
où le couchant se lisse comme un grand oiseau
et où les femmes sont les seules choses qu’on peut tenir contre soi.

Mais la plupart des jours sont des jours perdus
qui portent une date comme un soldat son matricule
et ils font du passé où ils reculent
la foule anonyme qui accompagne l’homme à sa mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LES DIMENSIONS DU REGARD (II) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

LES DIMENSIONS DU REGARD (II)

Reposant sur le socle des toits,
le bleu de l’air reste à l’avant du ciel.
Il touche parfois la terre
dans le regard des nouveau-nés.

L’existence n’a pas de rebord.
Elle donne à même le vide
et nombreux sont ceux qui en tombent
sans avoir le temps de voir d’où vient le soleil.

Les paysages sont tout seuls dans la verdure et la clarté
loin des villes que l’homme ne peut quitter
parce que ses pas sont inscrits d’avance
dans toutes les rues où sa statue bouge.

Sa vie tâtonne dans un tunnel
au flanc duquel des visages de femmes
posent une lueur vite dépassée par l’ombre
qui recouvre en lui toutes les sources du jour.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LES DIMENSIONS DU REGARD (V) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
LES DIMENSIONS DU REGARD (V)

A la même heure dans toutes les villes
les femmes s’abreuvent longuement aux vitrines.
Elles ont du soleil jusqu’au fond de la gorge
avec des dents toujours plantées comme en plein fruit.

Elles sont pour les sens le seul objet
sur lequel ils s’exercent complètement.
C’est contre elles que la caresse perd son ombre,
que le corps de l’homme recouvre ses vraies dimensions.

Les passants entrent dans leur regard
sans y rester plus longtemps
qu’une forêt dans l’averse.

On les devine blanches sous leurs robes
comme les plantes vivant loin du jour
et elles peuvent ensoleiller toute une chambre
avec la seule clarté qui monte de leurs jambes.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La campagne s’abandonne (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



Illustration
    
La campagne s’abandonne au premier ruisseau venu.
C’est contre ses berges, c’est par-dessus son eau
qu’elle arrondit sa pleine poitrine d’herbes,
c’est en lui qu’elle se sent la plus nue.

On passerait sa vie à rester immobile
loin des villages caillés, loin des routes trop sûres,
avec la respiration du jour sur le visage,
avec le bleu du ciel dans la bouche entr’ouverte.

On voudrait mourir ici
avec le soleil soudé aux yeux comme une applique,
avec la tête prise dans la grande maille de l’espace,
avec au cou le collier des moissons.

Mais je reste tout entier dans la pierre
que le silence a jetée du haut du monde,
retenu seulement par le fil
que mon coeur tend à mon poignet.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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DERNIER POÈME (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
DERNIER POÈME

Tu es née sur un ordre de la lumière
qui partage avec toi ses richesses
comme le feu partage son or avec la nuit,
pourtant pleine jusqu’aux montagnes.

Ton corps s’éclaire de l’intérieur
comme la moisson ou comme la rivière
lorsque la clarté se suspend encore
au couchant coupé soudain du jour.

Il ne faut pas que tu aies peur
dans l’immense bagne de l’horizon
puisque ton coeur peut battre à l’aise
derrière mes doigts tendus sur toi.

L’amour nous donne alors la force
de poursuivre l’aventure du soleil
à la seule lueur de nos veines
entre des murs qui nous serrent à la gorge.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Sur les fleuves (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
Sur les fleuves que le soir fait déborder,
dans les champs qui deviennent au loin un horizon,
au-dessus des arbres soudain changés en ciel,
j’ai vu la joie paraître à visage découvert.
Elle avait souffert des siècles durant
de devoir vivre entre le regard des hommes,
à la merci d’une larme qui coule au moment
où l’espace s’élève de tout son monument de lumière,
à la merci des pays inconnus
qui s’étendent d’une tempe à l’autre,
à la merci des déserts que la mort élargit
entre des êtres qui se comptent à l’heure des repas.
Mais je ne l’ai vu que le temps de la reconnaître.
Elle s’en est allée d’un seul coup
comme une branche chargée de fruits
qui échappe des mains de qui veut la retenir.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LA LUMIÈRE TUE LE COEUR (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



    

LA LUMIÈRE TUE LE COEUR

La lumière tue le coeur.
Aussi s’est-il enfoui
dans le sol noir de la chair
tel un charbon sous la cendre.

Malgré le soleil qui perce les fenêtres,
malgré la nuit qui entre par mes lèvres,
je suis pris dans mon corps
comme une taupe dans ses galeries.

L’ombre que je porte sous la peau
est une ombre qui se nourrit de sang.
Elle est pour mon désir
la plus sûre des plates-formes.

La tête est pesante sous la main
parce que le monde s’appuie contre elle
et que la vie se jette contre ses tempes de papier.
Mais la bouche reste légère comme un oiseau dans l’air.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je n’ai que mon désir (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
Je n’ai que mon désir pour te faire prisonnière
alors que je suis lié à tes paroles et à cet amour
n’ayant pour limites que celles que veut tracer la mort
devant chaque pas qui me conduit vers toi.

Tu jaillis de toute ta gorge dans mes rêves,
tout d’un coup riants comme un village d’été.
Je peux t’attendre ainsi des nuits entières
avec ton épaule ou même tes cils pour horizon.

Un peu de foudre veille à l’entrée de ta chair
vers laquelle je viens battre comme une lame de fond
et je n’ai de cesse que quand tu n’es plus pour moi
qu’un passage dans une terre douce à en mourir.

Là, le silence est transparent comme une vitrine
et, derrière, il n’y a rien que nous à la recherche
d’un univers où le dépaysement est tel
qu’à chaque minute nous redevenons un inconnu l’un pour l’autre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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A travers les vergers (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



 Illustration
    
A travers les vergers tu vas et tu viens
sans faire bouger une feuille,
sans déranger l’espace rempli d’abeilles
et l’herbe se relève sur ta foulée.

Le ciel ne pourra pas retrouver ta trace
parce qu’il n’est plus qu’un pan de vitre
cassé en mille morceaux dans les branches d’arbres
qui vont jusqu’à toucher amicalement ton front.

Nous ne pouvons nous guider dans la nuit
qu’en nous tenant aux cordages de rosée
tendus de plante haute en plante haute
sous le regard étonné de quelques pierres sans sommeil.

Dans l’air du matin mal assuré,
notre baiser est fait de verre brisé,
mais il remontera vite jusqu’à tes tempes
où toute la tendresse de la terre est déposée.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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J’ai décharné tous les mots (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
J’ai décharné tous les mots jusqu’aux os
Ils n’ont plus de sens que celui que je leur accorde
Seul le mot amour revient, inchangé,
parce qu’il est tout de tendresse, de corps partagés.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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