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LES QUATRE TEMPÉRAMENTS (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



LES QUATRE TEMPÉRAMENTS

L’oeil scrutateur mue les rayons du soleil en matraques
policières.
Et le soir: les rires d’une fête dans l’appartement du
dessous
qui jaillissent comme des fleurs irréelles par les rainures
du plancher.

Je roulais dans la plaine. Obscurité. La camionnette
semblait ne pas vouloir quitter les taches.
Un contre-oiseau criait dans le vide étoilé.
Le soleil albinos se dressa au-dessus des lacs opaques
et changeants.

*

Un homme tel un arbre arraché au feuillage croassant
et un éclair au garde-à-vous virent un soleil aux odeurs
de bête sauvage se lever parmi les ailes crépitantes de
l’île rocheuse

et de l’univers pour jaillir derrière les drapeaux d’écume
la nuit comme
le jour avec des oiseaux marins glapissant
sur le pont et tous avaient un billet pour le Désordre.

*

Il suffit de fermer les yeux pour entendre distinctement
que les mouettes font tinter les cloches dominicales au-
dessus des paroisses infinies de l’océan.
Une guitare pince la corde des ronces et le nuage avance

doucement comme le fait la luge verte du printemps
– où est attelée la lumière hennissante –
qui arrive en glissant sur les glaces.

*

Réveillé par les talons de l’amie qui claquaient dans le
rêve
et dehors deux congères pareilles à des gants oubliés
par l’hiver
alors que les tracts du soleil tombaient sur la ville.

La route ne prend jamais fin. L’horizon se hâte de
filer.
Les oiseaux secouent les branches. Et la poussière
danse autour de la roue.
Toutes ces roues qui tournent et réfutent la mort!

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Tu as dit (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



 

Tu as dit : Mon visage est navire, mon corps est une île,
et l’eau, organes désirants.
Tu as dit : Ta poitrine est une vague,
nuit qui déferle sous mes seins.

Le soleil est ma prison ancienne,
Le soleil est ma nouvelle prison,
La mort est fête et chant.

M’as-tu entendu ? Je suis autre que cette nuit, autre
Que son lit souple et lumineux.
Mon corps est ma couverture, tissu
Dont j’ai cousu les fils avec mon sang.
Je me suis égaré et dans mon corps était mon errance…

J’ai donné les vents aux feuilles,
J’ai laissé derrière moi mes cils,
De rage j’ai joué l’énigme avec la divinité
Et j’ai habité l’évangile de l’allaitement
Pour découvrir dans mes vêtements
la pierre itinérante

M’as-tu reconnu ? Mon corps est ma couverture,
La mort est mon chant et palais de mes cahiers,
L’encre m’est tombe et antichambre,
Mappemonde clivée par la désolation
En laquelle le ciel a vieilli,
Luge noire que traînent les pleurs et la souffrance.

Me suivras-tu ? Mon corps est mon ciel,
J’ai ouvert tout grand les couloirs de l’espace
J’ai dessiné derrière moi mes cils,
Routes menant vers une idole antique.

Me suivras-tu ? Mon corps est mon chemin.

(Adonis)

 

 

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J’aime l’haleine quand il gèle (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2015



J’aime l’haleine quand il gèle,
L’hiver l’aveu léger de la buée :
Ici le je, et là-bas le réel.

Un gamin aux pommettes rouges
S’est élancé tête baissée
Seigneur et tyran de sa luge.

Et moi, parlant avec le monde, avec la liberté,
Je cède à la contagion du traîneau
Dans les franges, les parenthèses argentées,

Et le siècle plus léger que l’écureuil tomberait,
Plus léger que l’écureuil au bord moelleux du ruisseau,
Avec un demi-ciel dans les feutres, dans les jambes !

(Ossip Mandelstam)

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