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Posts Tagged ‘lugubre’

CRÉPUSCULE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



CRÉPUSCULE

Vois les corbeaux — ah ! les « Corbeaux »
Du poète Demetresco —
Ils passent dans la nuit, s’enfuient
Par-dessus la ville transie,

Et tout au loin ils disparaissent…
Cependant que toute d’argent
Dans le crépuscule d’argent
La lune s’allume et caresse

De rayures couleur d’argent
Le vaste et lugubre caveau…
Ah ! ma chérie, ah ! les « Corbeaux »
Du poète Demetresco…

(George Bacovia)

Illustration

 

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Le dernier souvenir (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Euan MacLeod  - Diver

Le dernier souvenir

J’ai vécu, je suis mort. – Les yeux ouverts, je coule
Dans l’incommensurable abîme, sans rien voir,
Lent comme une agonie et lourd comme une foule.

Inerte, blême, au fond d’un lugubre entonnoir
Je descends d’heure en heure et d’année en année,
À travers le Muet, l’Immobile, le Noir.

Je songe, et ne sens plus. L’épreuve est terminée.
Qu’est-ce donc que la vie ? Étais-je jeune ou vieux ?
Soleil ! Amour ! – Rien, rien. Va, chair abandonnée !

Tournoie, enfonce, va ! Le vide est dans tes yeux,
Et l’oubli s’épaissit et t’absorbe à mesure.
Si je rêvais ! Non, non, je suis bien mort. Tant mieux.

Mais ce spectre, ce cri, cette horrible blessure ?
Cela dut m’arriver en des temps très anciens.
Ô nuit ! Nuit du néant, prends-moi ! – La chose est sûre :

Quelqu’un m’a dévoré le coeur. Je me souviens.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Euan MacLeod

 

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Aux morts (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo 13

Aux morts

Après l’apothéose après les gémonies,
Pour le vorace oubli marqués du même sceau,
Multitudes sans voix, vains noms, races finies,
Feuilles du noble chêne ou de l’humble arbrisseau ;

Vous dont nul n’a connu les mornes agonies,
Vous qui brûliez d’un feu sacré dès le berceau,
Lâches, saints et héros, brutes, mâles génies,
Ajoutés au fumier des siècles par monceau ;

Ô lugubres troupeaux des morts, je vous envie,
Si, quand l’immense espace est en proie à la vie,
Léguant votre misère à de vils héritiers,

Vous goûtez à jamais, hôtes d’un noir mystère,
L’irrévocable paix inconnue à la terre,
Et si la grande nuit vous garde tout entiers !

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Qui es-tu ? (Bogusław Adamowicz)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Alberto Donaire

Qui es-tu ?

J’ai l’impression de descendre au fond d’un gouffre obscur,
Plus bas, plus bas, et toujours plus profond, dans le remous noir de l’ombre…
Et je marche dans des pas inconnus…Qui es-tu ? Qui est devant moi ?
Qui es-tu et d’où viens-tu, mon maître, mon prophète ?

Qui es-tu, toi qui m’éclaires du flambeau du danger sanguinaire ?
Es-tu Virgile ? qui mena Dante sur le lit des Enfers ?
Es-tu l’ombre lugubre de Manfred ? qui avançait en tenant une arme ?
Ou bien, étranger aux bienheureux, es-tu le sombre Baudelaire ?

Qui que tu sois — après toi, dans ces cercles de l’enfer,
Je descends, frère de la malédiction éternelle, réclamant la ténèbre,
Dans la Nuit, le Désarroi, dans le cœur même mourant du chaos…
— Qui que tu sois, devant moi — montre-moi ton visage…
— Es-tu Satan ?…

(Bogusław Adamowicz)

Découvert ici: poetespolonais

Illustration: Alberto Donaire

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Chansons (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018




Chansons

I

Mon coeur est vaste comme une mer,
ton visage y sourit baigné de soleil,
en profonde, douce solitude,
où délicatement vague sur vague se brise.

Est-ce la nuit ? Est-ce le jour ?
Je ne sais.
Mais ton visage baigné de soleil me sourit,
si charmant et si doux,
et je suis heureux comme un enfant.

II

C’est le vent à minuit
qui frappe à ma fenêtre.
C’est l’averse tendre,
qui tombe goutte à goutte délicate à mon toit.
C’est le rêve de mon bonheur,
qui passe sur mon coeur caressant comme le vent.
C’est l’haleine de ton regard
qui passe sur mon coeur comme un baume de pluie.

III

Dans la solitude j’aperçois d’aveuglants éclairs
qui, traversant le bleu ténébreux du ciel nocturne,
jaillissent des sourcils sombrement voûtés,
d’ondoyantes nuées.
Dans la solitude, flamboie au loin le tronc des pins
aux flancs vaporeux de la montagne.
Plus loin, environnée de rouge clarté,
la pâle fumée fuit vers le bois.
Dans les lueurs d’un ciel lointain
ruisselle la pluie délicate et sans bruit,
triste et lugubre à sa façon.

En tes yeux mouillés de larmes,
se prolonge un regard,
qui douloureusement, d’un chagrin cordialement
dissipé de toi et moi,
d’heures disparues et d’un bonheur enfui,
a rappelé le souvenir commun.

IV

Aux heures paisibles je pense souvent
à ce qui avec tant d’attrait m’angoisse et m’effraie,
quand, inattendu, à mon insu,
un doux rêve s’étend sur moi.
Je ne sais ce qu’ici je pense et je rêve,
je ne sais ce qu’il me reste à vivre;
– et pourtant quand je mis ainsi ravi,
le coeur me bat avec un tel désir.

(Friedrich Nietsche)

Illustration

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Le voyou (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Le voyou

Je m’balade le soir
Au fond des vieilles ruelles
Au milieu des poubelles
Sous un grand ciel tout noir

Les deux mains dans les poches
Je parcours l’boulevard
Sifflant comme un gavroche
Ou un oiseau bavard

Tous les pauvres gamins
De mon triste quartier
Se tiennent par la main
Assis des jours entiers

Je leur dis des merveilles
Sous leur regard farouche
Un rire fend leur bouche
Des lèvres aux oreilles

Ces gosses qui ne voient
En leurs quatre saisons
Qu’un lugubre horizon
Sont pendus à ma voix

Eux qui pour jouer n’ont
Qu’un désert terrain vague
Ils rêveront qu’ils sont
Soulevés par la vague

Je leur dis que l’oiseau
Chante en do ou en si
Perché sur un roseau
Qui pousse loin d’ici

Ils n’veulent pas me croire
Et pourtant mon histoire
Je la certifie vraie
Et l’écris à la craie.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Frayeur (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



Frayeur

Il y avait un homme sous mon lit,
j’en étais sûr.
D’un doigt tremblant,
j’éteignis la lumière,
puis je m’allongeai sur le lit,
les yeux clos,
et me mis à gémir longuement
dans le creux de mes mains nouées,
comme dans une conque.
J’imaginais
combien il devait avoir peur,
dans l’ombre,
en entendant cette plainte lugubre
et incompréhensible.
A la fin,
il dut se sauver.
En effet, quand,
ayant rallumé la lampe,
j’osai regarder sous le lit,
il n’y était plus.

(Luc Decaunes)


Illustration

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LAMENTATION DU CHEVALIER (Robert Burns)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
LAMENTATION DU CHEVALIER

Les petits oiseaux se réjouissent du retour des feuilles vertes,
Le ruisseau murmurant serpente limpide à travers la vallée.

Les aubépines fleurissent dans la rosée du matin ,
Et les primevères éparses çà et là ornent le pré vert.

Mais quelle chose peut faire plaisir ou peut paraître belle,
Quand les heures languissantes sont comptées par le souci ?

Pas de fleur poussant gaiement , pas d’oiseau chantant mélodieusement
Qui puissent soulager le triste cœur du lugubre désespoir.

(Robert Burns)

 

 

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Envolés les rêves souriants (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




Envolés les rêves souriants,
Envolé le passé,
Le présent est lugubre,
L’avenir confus et lointain.

Je n’ai jamais éprouvé
La joie ni le bonheur de vivre.
Vers des temps anciennement disparus,
Je me tourne avec tristesse.

J’ignore ce que j’aime,
N’ai ni paix ni repos ;
Je ne sais ce que je crois :
Pourquoi vivre encore, à quoi bon ?

Je voudrais mourir, mourir,
Dormir sur la lande verte ;
Les nuages passent au-dessus de moi,
Autour de moi, la solitude de la forêt.

Les roues éternelles de l’univers
Continuent leur cours circulaire;
Le ressort rouillé du globe terrestre
Sans cesse de lui-même se remonte.

Belle occupation que de faire ainsi comme l’air
Le tour du globe qui tourne en rond,
De se glisser dans tous les recoins
De se fondre à l’univers en suspension!

Beau plaisir que d’étreindre le monde
Dans son élan universel,
Et puis d’écrire un article de magazine
Sur les proportions du cosmos.

Au gouffre de mon ventre,
J’ai réduit de force l’infini,
Puis prouvé par mille raisons
Qu’étaient finis monde et temps.

L’homme n’est pas la noble image
De la divinité.

Moi-même de jour en jour plus alambiqué
[…]
C’est à l’instar de mon caractère natif
Que je m’imagine aussi Dieu.

Je fus réveillé de rêves pesants
Par un sourd tintement de cloches.

(Friedrich Nietsche)

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L’abîme avait fini par entrer dans sa forme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018




L’abîme avait fini par entrer dans sa forme.
La condamnation, lourde, lépreuse, énorme,
S’était, sur cet archange à jamais rejeté,
Lentement déposée en monstruosité.
L’impur typhus sortait de son haleine amère.
Parfois, dans ce puits sombre et rempli de chimère
Que la vision seule aperçoit et connaît,
Quelque ruissellement de lueur dessinait
Son dos ou la membrane immonde de son aile.
La rondeur de sa rouge et luisante prunelle
Semblait, dans la terreur de ces lieux inouïs,
Une goutte de flamme au fond du puits des nuits.
Sa face était le masque effaré du vertige.
A de certains moments, phases du noir prodige,
Un flamboiement, sortant de lui, glissait sur lui ;
L’abîme aveugle était brusquement ébloui ;
Alors, une vision noire à travers l’insondable,
A travers l’inconnu qui n’est pas regardable,
Dans l’étrange épaisseur du gouffre devenu
Glauque autour du colosse inexprimable et nu,
Satan apparaissait dans toute sa souffrance ;
Le démon fulgurant, dans cette transparence,
Horrible, se tordait comme un éclair noyé.
Puis la nuit revenait, glacée et sans pitié ;
La vaste cécité refluait sous la voûte
De l’éternel silence et l’engloutissait toute ;
Et l’enfer, un instant montré, se refermant,
Lugubre, s’emplissait d’évanouissement.

(Victor Hugo)

Illustration

 

 

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