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Poésie

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Un jour il comprit (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



bras nuage

Un jour il comprit que ses
bras n’étaient
Faits que de nuages

Impossible avec des nuages d’étreindre à fond
Un corps, une chance.
La chance est ronde et compte lentement
Des étoiles d’été.
Font défaut des bras sûrs comme le vent,
Et comme la mer un baiser.
Mais lui avec ses lèvres
Avec ses lèvres il ne sait dire que des mots

Mots au plafond,
Mots au plancher,
Et ses bras sont des nuages qui font de la vie
Un air navigable.

(Luis Cernuda)

Découvert chez Lara ici

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La vie (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Jean Libon
    
La vie

Ainsi que le soleil éclaire
Quelque recoin de la terre
Et rachète sa misère,
La peuplant de rires verts,

Ta présence ainsi se lève
Sur mon existence obscure
L’exaltant et lui donnant
Splendeur, jouissance, beauté.

Mais toi aussi tu t’éclipses
Comme le soleil, et croissent
Tout autour de moi les ombres :
Solitude, vieillesse et mort.

***

Como cuando el sol enciende
Algún rincón de la tierra,
Su pobreza la redime,
Con risas verdes lo llena,

Así tu presencia viene
Sobre mi existencia oscura
A exaltarla, para darle
Esplendor, gozo, hermosura.

Pero también tú te pones
Lo mismo que el sol, y crecen
En torno mío las sombras
De soledad, vejez, muerte.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Poèmes pour un corps
Traduction: Bruno Roy
Editions: Fata Morgana

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Cette humiliante servitude (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
Cette humiliante servitude,
Besoin d’user notre tendresse
Dans un être que nous créons
Avec notre pensée,
Qui vit de notre vie.

Lui, donne le prétexte ;
Tu l’as donné, toi qui existes
Comme l’ombre de quelque chose,
L’ombre parfaite
De ce désir, celui de l’amant, le mien.

Si je te disais
Comment l’amour donne
Sa raison à la vie, sa folie,
Tu ne comprendrais pas.
Aussi je ne dis rien.

La beauté, inconsciente
De son embuscade, ravit sa proie
Et passe. Ainsi, pour chaque instant
De joie, le prix est-il payé :
Enfer d’angoisse et de désir.

***

Esta humillante servidumbre,
Necesidad de gastar la ternura
En un ser que llenamos
Con nuestro pensamiento,
Vivo de nuestra vida.

El da el motivo,
Lo diste tú ; porque tú existes
Afuera como sombra de algo,
Una sombra perfecta
De aquel afán, que es del amante, mío

Si yo te hablase
Cómo el amor depara
Su razón al vivir y su locura,
Tú no comprenderias.
Por eso nada digo.

La hermosura, inconsciente
De su propia celada, cobró la presa
Y sigue. Así, por cada instante
De goce, el precio está pagado :
Este infierno de angustia y de deseo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Poèmes pour un corps
Traduction: Bruno Roy
Editions: Fata Morgana

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Nous luttons (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




    
Nous luttons pour fixer notre désir,
Comme s’il y avait quelqu’un,
plus fort que nous,
Qui gardait en mémoire notre oubli.

(Luis Cernuda)

 

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Dans quelques jours (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 

Illustration: Kazuya Akimoto
    
Chair de la mer

Dans quelques jours très courts ce sera l’automne
en Virginie,
Lorsque les chasseurs, le regard de pluie,
Regagnent le pays natal, l’arbre qui n’oublie pas,
Moutons terribles à voir,
Dans quelques jours très courts ce sera l’automne
en Virginie.

Oui, dans l’étreinte étroite des corps,
Lèvres sur la clé la plus intime,
Que dira-t-il, lui, peau de naufrage
Ou douleur avec la porte close,
Douleur face à douleur,
N’attendant pas non plus d’amour ?

L’amour s’en vient, s’en va, regarde ;
L’amour s’en vient, s’en va,
Sans faire l’aumône aux nuages mutilés,
Ses vêtements sont des haillons de terre,
Et lui il ne sait pas, il ne saura jamais plus rien.
Inutile aujourd’hui de passer la main sur l’automne.

***

Carne de mar

Dentro de breves días será otoño en Virginia,
Cuando los cazadores, la mirada de lluvia,
Vuelven a su tierra nativa, el árbol que no olvida,
Corderos de apariencia terrible,
Dentro de breves días será otoño en Virginia.

Sí, los cuerpos estrechamente enlazados,
Los labios en la llave más íntima,
c Qué dirá él, hecho piel de naufragio
O dolor con la puerta cerrada,
Dolor frente a dolor,
Sin esperar amor tampoco ?

El amor viene y va, mira;
El amor viene y va,
Sin dar limosna a nubes mutiladas,
Por vestidos harapos de tierra,
Y él no sabe, nunca sabrá más nada.
Ahora inútil pasar la mano sobre otoño .

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Drame ou porte fermée (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    
Drame ou porte fermée

La jeunesse sans escorte de nuages,
Les murs, volonté de tempêtes,
La lampe comme un éventail dedans ou dehors,
Disent éloquemment ce qu’on n’ignore pas,
Ce qu’un beau jour faiblement
On abandonne devant la mort même.

Os écrasé par la pierre des rêves,
Que faire, privés d’issue
Autre que le pont jeté par l’éclair
Pour unir deux mensonges,
Mensonge de vie ou mensonge de chair ?

Nous ne savons que sculpter des biographies
Sur des musiques hostiles ;
Nous ne savons que compter affirmations
Ou négations, chevelure de nuit ;
Nous ne savons qu’invoquer tels des enfants le froid
De peur de nous en aller seuls à l’ombre du temps.

***

Drama o puerta cerrada

La juventud sin escolta de nubes,
Los muros, voluntad de tempestades,
La lámpara, como abanico fuera o dentro,
Dicen con elocuencia aquello no ignorado,
Aquello que algún día débilmente
Ante la muerte misma se abandona.

Hueso aplastado por la piedra de sueños,
e Qué hacer, desprovistos de salida,
Si no es sobre puente tendido por el rayo
Para unir dos mentiras,
Mentira de vivir o mentira de carne ?

Sólo sabemos esculpir biografías
En músicas hostiles;
Sólo sabemos contar afirmaciones
O negaciones, cabellera de noche ;
Sólo sabemos invocar como niños al frío
Por miedo de irnos solos a la sombra del tiempo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Dors, mon garçon (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 
    
Dors, mon garçon

La rage de la mort, les corps torturés,
La révolution, éventail en mains,
Impuissance du puissant, faim de l’assoiffé,
Doute aux mains de doute et aux pieds de doute ;

La tristesse, qui bouge ses colliers
Pour divertir un peu tant de vieillards ;
Tout cela parmi des tombes comme des astres,
Des luxures comme des lunes ;

La mort, la passion dans les chevelures,
Somnolent aussi minuscules qu’un arbre,
Somnolent aussi petites ou aussi grandes
Qu’un arbre poussé jusqu’à toucher le sol.

Aujourd’hui pourtant il est fatigué aussi.

***

Duerme, muchacho

La rabia de la muerte, los cuerpos torturados,
La revolución, abanico en la mano,
Impotencia del poderoso, hambre del sediento,
Duda con manos de duda y pies de duda;

La tristeza, agitando sus collares
Para alegrar un poco tantos viejos;
Todo unido entre tumbas como estrellas,
Entre lujurias como lunas;

La muerte, la pasión en los cabellos,
Dormitan tan minúsculas como un árbol,
Dormitan tan pequeñas o tan grandes
Cómo un árbol crecido hasta llegar al suelo.

Hoy sin embargo está también cansado.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Laissez-moi seul (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 
Illustration: ArbreaPhotos
    
Laissez-moi seul

Une vérité est couleur de cendre,
Une autre vérité est couleur de planète ;
Mais toutes les vérités, du sol jusqu’au sol,
Ne valent la vérité sans couleur de vérité,
La vérité qui ne sait comment l’homme souvent s’incarne dans la neige.

Quant au mensonge, il suffit de lui dire « j’aime »
Pour que pousse entre les pierres
Sa fleur, qui pour des feuilles montre des baisers
Des épines au lieu d’épines.

La vérité, le mensonge,
Comme des lèvres bleues,
L’une dit, l’autre dit ;
Mais jamais vérités ou mensonges ne prononcent leur torve secret ;
Vérités ou mensonges
Sont oiseaux qui émigrent à la mort des yeux.

***

Dejadme solo

Una verdad es color de ceniza,
Otra verdad es color de planeta;
Mas todas las verdades, desde el suelo hasta el suelo,
No valen la verdad sin color de verdades,
La verdad ignorante de cómo el hombre suele encarnarse
en la nieve.

En cuanto a la mentira, basta decirle « quiero »
Para que brote entre las piedras
Su flor, que en vez de hojas luce besos,
Espinas en lugar de espinas.

La verdad, la mentira,
Como labios azules,
Una dice, otra dice;
Pero nunca pronuncian verdades o mentiras su secreto
torcido;
Verdades o mentiras
Son pájaros que emigran cuando los ojos mueren.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Chambre d’à côté (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Eugène Carrière
    
Chambre d’à côté

A travers une nuit en plein jour
Vaguement j’ai rencontré la mort.
Nul lévrier ne l’accompagne ;
Elle vit dans les étangs disséqués,
Fantômes gris de pierre nébuleuse.

Pourquoi dans le sommeil, glissée avec la peur,
Cette peur imprévue fait-elle frémir le dormeur ?
Voyez l’oubli vaincu et la peur de tant d’ombres blanches
Sur les pâles dunes de la vie,
Ni ronde ni bleue, mais lunatique,
Avec ses blanches lagunes, ses bois
Où le chasseur s’il le veut fait la chasse au velours.

Mais aucun lévrier n’accompagne la mort.
D’un grand amour elle n’aime que les oiseaux,
Oiseaux toujours muets, comme l’est le secret,
Et ses grandes couleurs formant un tourbillon.
Tout autour du regard fixement métallique.

Et les dormeurs défilent comme des nuages
Au fil d’un ciel trompeur où se heurtent les mains,
Les mains d’ennui qui chassent des velours, des nuages négligents.

Sans vie il vit solitaire profondément.

***

Habitación de al lado

A través de una noche en pleno día
Vagamente he conocido a la muerte.
No la acompaña ningún lebrel;
Vive entre los estanques disecados,
Fantasmas grises de piedra nebulosa.

c Por qué soñando, al deslizarse con miedo,
Ese miedo imprevisto estremece al durmiente ?
Mirad vencido olvido y miedo a tantas sombras blancas
Por las pálidas dunas de la vida,
No redonda ni azul, sino lunática,
Con sus blancas lagunas, con sus bosques
En donde el cazador si quiere da caza al terciopelo.

Pero ningún lebrel acompaña a la muerte.
Ella con mucho amor sólo ama los pájaros,
Pájaros siempre mudos, como lo es el secreto,
Con sus grandes colores formando un torbellino
En torno a la mirada fijamente metálica.

Y los durmientes desfilan como nubes
Por un cielo engañoso donde chocan las manos,
Las manos aburridas que cazan terciopelos o nubes descuidadas.

Sin vida está viviendo solo profundamente.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Je suis fatigué (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 

Illustration: Giovanni Battista Tiepolo
    
Je suis fatigué

Etre fatigué a des plumes,
Plumes gracieuses comme un perroquet,
Plumes qui bien sûr ne volent jamais,
Mais balbutient pareilles au perroquet.

Je suis fatigué des maisons.
Soudainement en ruines sans un geste ;
Je suis fatigué des objets
Palpitation de soie montrant vite leur dos.

Je suis fatigué d’être en vie,
Mais être mort serait plus fatigant ;
Je suis fatigué d’être fatigué
Entre plumes légères sagacement,
Plumes du perroquet si triste ou familier,
Le perroquet du toujours être fatigué.

***

Estoy cansado

Estar cansado tiene plumas,
Tiene plumas graciosas como un loro,
Plumas que desde luego nunca vuelan,
Mas balbucean igual que loro.

Estoy cansado de las casas,
Prontamente en ruinas sin un gesto;
Estoy cansado de las cosas,
Con un latir de seda vueltas luego de espaldas.

Estoy cansado de estar vivo,
Aunque más cansado sería el estar muerto;
Estoy cansado del estar cansado
Entre plumas ligeras sagazmente,
Plumas del loro aquel tan familiar o triste,
El loro aquel del siempre estar cansado.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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