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Posts Tagged ‘lunaire’

Et l’illumination ? (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



Illustration: Fra Angelico

    

Et l’illumination ? L’un des sens de ce mot
Outre le sens commun d’éclairement,
D’enluminure, et autres, est celui-ci :

Instant extraordinaire où l’esprit flamboie
Dans une pure joie, avant la mort —
Le bon larron en nous écoutant la promesse !

Voyez-le donc à la droite du Christ, du promontoire
Scrutant l’espace vide, le corps si disloqué qu’il semble
Qu’on ne pourra le translater dans la béatitude

Qu’appellent, à la frange lunaire de son front,
Sur la face obscure de son cerveau les cratères des clous :
Ce soir tu seras avec moi à la droite du Père.

***

And lightening? One meaning of that
Beyond the usual sense of alleviation,
Illumination, and so on, is this:

A phenomenal instant when the spirit flares
With pure exhilaration before death —
The good thief in us harking to the promise!

So paint him on Christ’s right hand, on a promontory
Scanning empty space, so body-racked he seems
Untranslatable into the bliss

Ached for at the moon-rim of his forehead,
By nail-craters on the dark side of his brain:
This day thou shalt be with Me in Paradise.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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LUNAIRE (Edmond Blanguernon)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



Paul Delvaux-le-voyage-légendaire [800x600]

LUNAIRE

Aux grises allées
Du parc endormi,
Douces ont frémi
Les brises ailées.

Aux herbes perlées
De rosée emmy
Le silence ami,
Des formes voilées,

Lentes vaguement,
Vagues lentement,
Chimères et songes

Glissent dans la nuit,
Dames de mensonge
Que mon âme suit.

(Edmond Blanguernon)

Illustration: Paul Delvaux

 

 

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L’AMANT TOUJOURS PROCHE (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



    

L’AMANT TOUJOURS PROCHE

Je pense à toi quand le rayon solaire
Brûle les flots ;
Je pense à toi quand la lueur lunaire
Se peint sur l’eau.

Tu m’apparais quand monte de la route
Un poudroiement
Ou bien la nuit, quand le passant redoute
Le pont tremblant.

J’entends ta voix quand la vague s’éveille,
Meurt et renaît.
Je vais souvent au bois prêter l’oreille,
Quand tout se tait.

Si loin sois-tu, l’espace ne sépare
Jamais nos pas !
Le soir descend, l’étoile se prépare.
Que n’es-tu là !

***

NAHE DES GELIEBTEN

Ich denke dein, wenn mir der Sonne Schimmer
Vom Meere strahlt;
Ich denke dein, wenn sich des Mondes Flimmer
In Quellen malt.

Ich sehe dich, wenn auf dem fernen Wege
Der Staub sich hebt;
In tiefer Nacht, wenn auf dem schmalen Stege
Der Wandrer bebt.

Ich bore dich, wenn dort mit dumpfem Rauschen
Die Welle steigt.
Im stillen Haine geh ich oft zu lauschen,
Wenn alles schweigt.

Ich bin bei dir, du seist auch noch so ferne,
Du bist mir nah !
Die Sonne sinkt, bald leuchten mir die Sterne.
O wärst du da !

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

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Les douves (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
Les douves

J’irai cueillir la fleur que cerne l’eau des douves
Avec sa pâleur morne, avec sa chair lunaire
Dans l’ombre sans merci des créneaux qui la couve
S’ouvrant comme une étoile au pré crépusculaire.

J’irai cueillir la fleur où mon rêve se frôle,
La fleur hiératique et que sertit la maille
D’un vitrail reflétant au ras des vases molles
Quelque écusson brisé dont le fronton s’écaille,

Et dont la splendeur morte au creux des joncs se terre.
La livide corolle en son odeur de fièvre,
Mes doigts la saisiront, effeuillant son mystère,
Et son pollen glacé parfumera ma lèvre.

Alors s’évoquera à son malsain arôme
Le couple enseveli par les verts marécages,
Et j’y verrai dormant les humides fantômes
De la reine adultère et de son jeune page,

Partageant à jamais, telle qu’ils l’ont choisie,
Avec son traversin sombre, la même couche,
Grisés du même amour où leur coeur s’extasie,
Rigides, les yeux clos, et bouche contre bouche.

(Marie Dauguet)

 

 

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CRÉPUSCULE SPIRITUEL (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2017



Illustration
   
CRÉPUSCULE SPIRITUEL

Aux lisières du bois, les bêtes sombres
Ont trouvé le repos.
Le vent du soir meurt sans bruit sur la colline.

La plainte du merle s’est tue,
Et les douces flûtes de l’automne
Font silence dans les roseaux.

Sur un noir nuage
Tu parcours ivre de pavot
L’étang nocturne.

Le ciel d’étoiles.
La voix lunaire de la soeur chante sans trêve
Par la nuit spirituelle.

(Georg Trakl)

 

Recueil: Ving-quatre poèmes
Traduction: Gustav Roud
Editions: La Délirante

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A un ami (Tou Mou)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



Illustration: Jenny Wong
    
A un ami

La montagne bleue apparaît, disparaît,
l’eau coule vers l’Infini.

L’automne s’achève au Sud du Fleuve,
mais l’herbe n’est pas flétrie.

Les vingt-quatre ponts brillent
dans la nuit lunaire,

D’où, homme de jade,
faites-vous jouer de la flûte?

(Tou Mou)

 

 

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À CHAQUE POÈME SA RESPIRATION (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
À CHAQUE POÈME SA RESPIRATION

Chutes
Épiphanies
Plongées noires
Échappées lumineuses
C’est le nectar de la nuit
J’en reviens tous sens ouverts
Plus bouleversé encore
Ce qui s’ouvre en cet instant
M’électrise le fond de l’âme
Laisse en moi une empreinte scintillante
Une fluidité rauque
Un swing lunaire

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Fragment basaltique (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



    

Fragment basaltique
Chu
d’un haut désastre

Chu du rêve lunaire
Dont nous sommes longtemps
sevrés

Intact là
Tout le champ sidéral
Intacte la nuit originelle

Mille cristaux
Irradiant d’émeraude
Restituant un coeur qui bat

Nôtre

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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L’aubaine des jours (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2017



Je sais un rosier où s’ouvre une rose
Il n’est plus de nuit pour l’ombre qu’elle est
D’un parterre errant de lumières closes
Où vibrait l’essaim des jours écoulés

Nul feu dans le noir que le ciel ne l’ait
Avec mon amour mort à tant de choses
Contraint de filer aux voeux envolés
Le linceul d’un pleur où s’ouvre une rose

Aube d’une vie étrangère aux jours
L’oubli des hasards morts de notre amour
Eclôt dans la fleur les mains qui la serrent

Et cueillant sans moi la rose des nuits
Une soeur de cendre en quittant nos terres
Rend leur corps lunaire aux morts que je suis

(Joë Bousquet)

Illustration: Sylvie Lemelin

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Dans la hutte de neige (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Dans la hutte de neige

Soleil couchant chemins que bleuit le verglas.
Douces couleurs de somnolence dans mon âme.
Luit d’une hutte dans le val un pâle éclat,
Sous la neige l’ensevelit le soir en flammes.
Aux vitres les forêts-à-prodiges déboulent
De magiques traîneaux tintent en carrousel,
À l’angle du grenier des colombes roucoulent
Et déroucoulent mon visage. Sous le gel
Rayé par des cristaux dont la pointe fulgure,
Presqu’irréel l’Irtich se noue en palpitant.
Sous des coupoles de silence et de froidure
Fleurit ce monde : un enfant de sept ans.

Dans ta neigeuse et limpide pénombre,
Hutte de mon enfance en Sibérie,
Naissent des fleurs aux pupilles de l’ombre,
Mercure en fleur qui sans fin refleurit.
Dans les recoins où se meurt la lumière
La lune expire un souffle, un halo bleu,
Mon père est blanc de la pâleur lunaire
Et sur ses mains de silence neigeux
Il tranche le pain noir, lame aiguisée
Mais charitable.
Et bleuissent ses traits.
Moi par ma pensée neuve et divisée,
Je trempe de sel, père, ton pain frais.

Le père. Le couteau. Une mèche qui fume.
Une enfance. L’enfant. Une ombre a dérobé
Au mur le violon. Plus fins que fine écume
Des sons de neige sur ma tête sont tombés.
Silence. Car le père joue. Les sons s’égrènent,
Se gravent dans les airs où le gel les sertit.
Bleuis les grains d’argent que sème mon haleine
Sur la neige de lune en verre convertie.
A travers le carreau en pelisse de glace
Un loup flaire la chair de musique, sa proie,
Silence. Au pigeonnier un petit pigeon casse,
Pique, pique, cet œuf dont il sort dans le froid.

[…]

(Avrom Sutzkever)

 Illustration: Marc Chagall

 

 

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