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J’ai besoin d’amour mais m’en passe (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



J’ai besoin d’amour mais m’en passe
et quand on monte l’escalier
souvent je ferme à double tour
pour ne pas avoir à souffrir
de voir femme ou homme apparaître
pour me faire souffrir encore
L’amitié j’en connais le baume
et la douleur bien davantage
Allez plus on avance en âge
moins on a de temps à donner
à ceux qui n’ont besoin de nous
que luxueusement C’est tout
ce que ce soir j’ai à chanter.

(Georges Perros)

Illustration: George Hunter

 

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Portrait d’une ville (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Portrait d’une ville

Elle porte nom de rivière cette ville
où les rivières jouent à cache-cache.
Ville faite de montagne
indissolublement mariée
à la mer.

Ici
le jour se lève comme dans n’importe quel autre endroit du
monde
mais vibre le sentiment
que les choses se sont aimées pendant la nuit.

Les choses se sont aimées. Et s’éveillent
plus jeunes, avec l’appétit de vivre
de la lumière dans l’écume,
la topaze du soleil dans le feuillage,
l’irisation de l’heure
sur le sable déployé à perte de vue.

Des formes adolescentes ou adultes
se découpent sculptées dans l’eau éclaboussée.
Un rire clair, venu d’avant la Grèce
(venu de l’instinct)
couronne la sarabande du bord de mer.

Regarde, regarde ce corps
qui est fleur en acte de fleurir
entre ce parasol et cette planche de surf,
luxueusement fleur, gratuitement fleur
offerte à la vue de celui qui passe
dans l’acte de voir et non de cueillir.

Voici qu’une frénésie gagne ce peuple
griffe l’asphalte de l’avenue, heurte l’air,
Rio prend forme de sambista.
C’est carnaval pur, douce folie,
retentissant dans le chant de mille bouches,
dix mille, trente mille, cent mille bouches,
dans un rituel d’abandon à un dieu ami,
dieu rapide qui passe et laisse
un sillage de musique dans l’espace
pour le reste de l’année.

[…]

Le Christ, une statue? Une présence,
du haut, non pas des astres,
mais du Corcovado, bien plus proche
de l’humaine contingence,
préside au vivre général, sans grand effort,
car la loi carioca
(ou destin carioca, peu importe)
il faut mélanger tristesse, amour et musique,
travail, blague, loterie,
dans le même coquillage du moment
qu’il est indispensable d’avaler jusqu’à sa dernière
goutte de miel et de nerfs, pleinement.

La sensualité voletant
par des chemins ombreux et au plein jour
des collines et des baies,
dans l’air tropical infuse l’essence
des rondes voluptés partagées.
Tout autour de la femme
un système de gestes et de voix
va se tramant. Et va se définissant
l’âme de Rio: voir la femme en tout.
Dans le contour des jardins, dans la taille svelte
du palmier, dans la tour circulaire,
dans le profil du morne et l’écoulement de l’eau
femme femme femme femme.

(Carlos Drummond de Andrade),

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Les adieux du coq (Raymond Radiguet)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2016




Les adieux du coq

Que le coq agite sa crête
(Où l’entendent les girouettes ;
Adieu, maisons aux tuiles rouges,
Il y a des hommes qui bougent.

Ame ni mon corps n’étaient nés
Pour devenir cette momie
Bûche devant la cheminée
Dont la flamme est ma seule amie.

Vénus aurait mieux fait de naître
Sur le monotone bûcher
Devant lequel je suis couché,
La guettant comme á la fenêtre.

Nous ne sommes pas en décembre ;
Je ne serais guère étonné
Pourtant, si dans la cheminée,
Un beau matin je vois descendre

Vénus en pleurs du ciel chassée,
Vénus dans ses petits sabots.
(De Noël les moindres cadeaux
Sont luxueusement chaussés.)

Mais, Echo ! je sais que tu mens.
Par le chemin du ramoneur,
Comme en un miroir déformant,
Divers fantômes du bonheur,

A pas de loup vers moi venus,
Surprirent corps et âme nus,
– Bonheur, je ne t’ai reconnu
Qu’au bruit que tu fis en partant.

Reste étendue, il n’est plus temps,
Car il vole, âme, et toi tu cours,
Et déjà mon oreille avide,
Suspendue au-dessous du vide,

Ne perçoit que la basse-cour.
Coq, dans la gorge le couteau
Du criminel, chantez encor :
Je veux croire qu’il est trop tôt.

(Raymond Radiguet)

Illustration: Pablo Picasso

 

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