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Posts Tagged ‘luxure’

Dors, mon garçon (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 
    
Dors, mon garçon

La rage de la mort, les corps torturés,
La révolution, éventail en mains,
Impuissance du puissant, faim de l’assoiffé,
Doute aux mains de doute et aux pieds de doute ;

La tristesse, qui bouge ses colliers
Pour divertir un peu tant de vieillards ;
Tout cela parmi des tombes comme des astres,
Des luxures comme des lunes ;

La mort, la passion dans les chevelures,
Somnolent aussi minuscules qu’un arbre,
Somnolent aussi petites ou aussi grandes
Qu’un arbre poussé jusqu’à toucher le sol.

Aujourd’hui pourtant il est fatigué aussi.

***

Duerme, muchacho

La rabia de la muerte, los cuerpos torturados,
La revolución, abanico en la mano,
Impotencia del poderoso, hambre del sediento,
Duda con manos de duda y pies de duda;

La tristeza, agitando sus collares
Para alegrar un poco tantos viejos;
Todo unido entre tumbas como estrellas,
Entre lujurias como lunas;

La muerte, la pasión en los cabellos,
Dormitan tan minúsculas como un árbol,
Dormitan tan pequeñas o tan grandes
Cómo un árbol crecido hasta llegar al suelo.

Hoy sin embargo está también cansado.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Le miroir brûle la fille (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017




    
Le miroir brûle la fille,
fardée des cils jusqu’aux seins,
toute seule dans le miroir,
et l’été froisse ses élytres.

Sous le fruit d’or est un noyau,
tout imprégné de cendre rouge,
et une rose de doux fardeau
effeuille ses pétales lisses.

La chambre est pleine d’odeurs
oublieuses de leurs fleurs natales,
vierge impure, selle ton cheval,
de violette et de narcisse.

N’oublie pas ton armure
de chèvre feuille et de jasmin,
car il te reste à combattre
dans le soleil et la neige,
et la sueur et le sang rude
— si le ciel foudroie sans remords
tes libres cuisses de lavande —
un grand chevalier de luxure.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Marco (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Mikhaïl Vroubel
    
Marco

Quand Marco passait, tous les jeunes hommes
Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes
Où les feux d’Amour brûlaient sans pitié
Ta pauvre cahute, ô froide Amitié ;
Tout autour dansaient des parfums mystiques
Où l’âme, en pleurant, s’anéantissait.
Sur ses cheveux roux un charme glissait ;
Sa robe rendait d’étranges musiques
Quand Marco passait.

Quand Marco chantait, ses mains, sur l’ivoire
Évoquaient souvent la profondeur noire
Des airs primitifs que nul n’a redits,
Et sa voix montait dans les paradis
De la symphonie immense des rêves,
Et l’enthousiasme alors transportait
Vers des cieux connus quiconque écoutait
Ce timbre d’argent qui vibrait sans trêves,
Quand Marco chantait.

Quand Marco pleurait, ses terribles larmes
Défiaient l’éclat des plus belles armes ;
Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin
Et son désespoir n’avait rien d’humain ;
Pareil au foyer que l’huile exaspère,
Son courroux croissait, rouge, et l’on aurait
Dit d’une lionne à l’âpre forêt
Communiquant sa terrible colère,
Quand Marco pleurait.

Quand Marco dansait, sa jupe moirée
Allait et venait comme une marée,
Et, tel qu’un bambou flexible, son flanc
Se tordait, faisant saillir son sein blanc ;
Un éclair partait. Sa jambe de marbre,
Emphatiquement cynique, haussait
Ses mates splendeurs, et cela faisait
Le bruit du vent de la nuit dans un arbre,
Quand Marco dansait.

Quand Marco dormait, oh ! quels parfums d’ambre
Et de chair mêlés opprimaient la chambre !
Sous les draps la ligne exquise du dos
Ondulait, et dans l’ombre des rideaux
L’haleine montait, rhythmique et légère ;
Un sommeil heureux et calme fermait
Ses yeux, et ce doux mystère charmait
Les vagues objets parmi l’étagère,
Quand Marco dormait.

Mais quand elle aimait, des flots de luxure
Débordaient, ainsi que d’une blessure
Sort un sang vermeil qui fume et qui bout,
De ce corps cruel que son crime absout :
Le torrent rompait les digues de l’âme,
Noyait la pensée, et bouleversait
Tout sur son passage, et rebondissait
Souple et dévorant comme de la flamme,
Et puis se glaçait.

(Paul Verlaine)

 
Découvert ici: https://marinegiangregorio.wordpress.com/

Recueil: Poèmes saturniens
Traduction:
Editions:

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Blonde au froid coloris (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Alexey Steele
    
Blonde au froid coloris

Blonde au froid coloris, perverse et virginale,
Toi qui, dans la moiteur des nuits de bacchanale,
Mêles des lys meurtris à tes cheveux défaits,
Tu n’aimes que les lits de paresse et de paix,

La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Et j’ignore pourquoi, dans un silence amer,
Tu me livres l’ennui languissant de ta chair.

Compagne au front distrait de ma lugubre couche,
Tu me livres l’ennui languissant de ta bouche,
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés…

La neige qui fleurit les monts immaculés
Est moins froide à frôler que ta pâle luxure.
Oh ! Le charme et l’horreur de ta blancheur impure !

(Renée Vivien)

 

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MESSALINE (Alcide Bonneveau)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: Eugène Brunet
    
MESSALINE

Messaline, je t’aime, ô superbe païenne,
Pour ton corps merveilleux, tes puissantes amours,
Et l’impudicité de tes désirs de chienne
Errant, inassouvie, à tous les carrefours !

Oui,je t’aime ! Et je veux, prêtresse des luxures.
Dont rameur infini jamais ne fut vénal.
Religieusement panser les meurtrissures
Dont te cingla jadis le fouet de Juvénal.

Tu fus sincère, au moins, grande voluptueuse !
Rome ne t’a point vue hésiter ni choisir.
Sans souci de l’amant ta chair impétueuse
Se ruait, frémissante, à l’assaut du plaisir.

A tous tu prodiguais les splendeurs de ta forme,
Tes baisers énervants, ton regard velouté,
Et ton beau corps était comme une amphore énorme
D’où sans cesse coulait à flots la volupté.

Aussi, comme ils devaient tressaillir, tous ces mâles,
Blonde Lycisca, lorsque, vivant trésor,
Ta gorge pantelante aux tons roses et pâles
Brusquement surgissait de la résille d’or.

Je vous vois : eux rompus, la face convulsée.
Le front vide roulant dans la lourde épaisseur
De tes cheveux, et toi, non encore lassée.
Criant, criant toujours ton désir obsesseur.

Voilà pourquoi je t’aime, ô Femme entre les femmes !
Et pourquoi je méprise avec férocité
Les filles d’aujourd’hui, ces machines infâmes.
Sans passion, sans nerfs, sans force et sans beauté !

(Alcide Bonneveau)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Femme (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Femme

Nuage arrêté sur le clair d’un ciel de printemps
et qui déplume lentement sa divine tiédeur,
Nuage que crevasse la luxure violette
et où se noient — oh ! cette mer où bondissent
à la fois cataclysmes et soleils –
les auréoles rouges d’yeux
couchés sur un long sillon de volupté épaisse
comme des fleurs crucifiées par les charrues.

Plus haut éclatent deux gros orages
qui secouent leur pluie molle sur les chairs esclaves.
Nuage collé au sourire de cette étoile
qui décharné parfois son œil splendide au front de l’amour
écume qu’éveillent deux ruisseaux parfaits
dans le blanc baiser d’une union orgueilleuse.

Cela, c’est tout elle.
Elle dont les oiseaux reflètent la voix,
elle dont les fumées ont copié la chevelure,
elle dont la bouche mange aux lits des rivières
ces cailloux qui remuent des éclairs sous le soleil.

(Lucien Becker)

Illustration: Andor Novák

 

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Désir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Désir

Elle est lasse, après tant d’épuisantes luxures,
Le parfum émané de ses membres meurtris
Est plein de souvenirs des lentes meurtrissures.
La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.

Et la fièvre des nuits avidement rêvées
Rend plus pâles encor ses pâles cheveux blonds.
Ses attitudes ont des langueurs énervées.
Mais voici que l’Amante aux cruels ongles longs

Soudain la ressaisit, et l’étreint, et l’embrasse
D’une ardeur si sauvage et si douce à la fois,
Que le beau corps brisé s’offre, en demandant grâce.
Dans un râle d’amour, de désirs et d’effrois.

Et le sanglot qui monte avec monotonie,
S’exaspérant enfin de trop de volupté,
Hurle comme l’on hurle aux moments d’agonie,
Sans espoir d’attendrir l’immense surdité.

Puis, l’atroce silence, et l’horreur qu’il apporte,
Le brusque étouffement de la plaintive voix,
Et sur le cou, pareil à quelque tige morte,
Blêmit la marque verte et Sinistre des doigts.

(Renée Vivien)

Illustration: Pascal Renoux

 

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L’enfer est à nos trousses (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



 

Fidel Garcia  10411

L’enfer est à nos trousses

L’enfer nous poursuit chacun tous les jours.
Même le prêtre le plus saint a l’enfer à ses trousses.

La colère nous mord les talons.
La paresse est pareille à du plomb sur les mains.

La gourmandise nous griffe l’estomac.
L’orgueil est pareil à de l’air dans la tête.

La luxure palpite dans les entrailles.
La haine est pareille à de l’eau de mer dans les poumons.

On ne peut échapper à l’enfer en fuyant.
L’amour seul peut le tuer.

(Pensées celtiques)

Illustration: Fidel Garcia

 

 

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La Satyresse (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



La Satyresse

O Vierges qui goûtez la fraîcheur des fontaines,
Etres de solitude avides d’infini,
Fuyez la Satyresse aux prunelles hautaines,
Au regard que l’éclat du soleil a terni.
Sa fauve chevelure est semblable aux crinières
Et son pas est le pas nocturne des lions.
Sa couche a le parfum du thym et des bruyères.
Elle veut l’heure intense où sombrent les rayons :
C’est l’heure qu’elle attend pour emporter sa proie,
Les seins inviolés, les fronts et les yeux purs,
Qu’elle aime et qu’elle immole à l’excès de sa joie,
Qu’elle imprègne à jamais de ses désirs obscurs.
Son passage flétrit la fraîcheur des fontaines,
Son haleine corrompt les songes d’infini
Et verse le regret des luxures hautaines
Au rêve que l’odeur des baisers a terni.

(Renée Vivien)

Illustration: Lori Earley

 

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LE soir, doux berger (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



LE soir, doux berger, développe
Son rustique solo…
Je mâche un brin d’héliotrope
Comme Fra Diavolo.
La nuit latente fume, et cuve
Des cendres, tel un noir Vésuve,
Voilant d’une vapeur d’étuve
La lune au blanc halo.
La Nuit latente

Je suis la fervente disciple
De la mer et du soir.
La luxure unique et multiple
Se mire à mon miroir…
Mon visage de clown me navre.
Je cherche ton lit de cadavre
Ainsi que le calme d’un havre,
O mon beau Désespoir !

Ah ! la froideur de tes mains jointes
Sous le marbre et le stuc
Et sous le poids des terres ointes
De parfum et de suc !
Mon âme, que l’angoisse exalte,
Vient, en pleurant, faire une halte
Devant ces parois de basalte
Aux bleus de viaduc.

Lorsque l’analyse compulse
Les nuits, gouffre béant,
Dans ma révolte se convulse
La fureur d’un géant.
Et, lasse de la beauté fourbe,
De la joie où l’esprit s’embourbe,
Je me détourne et je me courbe
Sur ton vitreux néant.

(Renée Vivien)

Illustration

 

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