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Poésie

Posts Tagged ‘luzerne’

Que faire de la petite voix (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2019




Que faire de la petite voix
Sans voix
Qui dit des choses
Qu’on ne dit pas
Même
A l’oreille qui n’entend pas

On la connaît grain de sable
Tombée des meules
De la montagne
Où presque personne ne va

On la savait goutte de pluie
D’une pluie
Dont les dernières
Moussons faisaient cadeaux

On traîne ce lambeau d’âme
Comme une carie
Parmi les canines aiguisées
Du quotidien

Et les molaires
Mâcheuses de crépuscules

La parole sans verbe envoie
Ses marteaux-piqueurs
Défoncer
La mosaïque de nos images

Et les parpaings mal ajustés
Du silence
Ecrasent le reste en tombant

Laissant
Sur ces gravats
Les luzernes dorées et folles

(Werner Lambersy)

Illustration: Jeana Sohn

 

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La fille aux cheveux de lin (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Lauri Blank -    (39)

La fille aux cheveux de lin

Sur la luzerne en fleur assise,
Qui chante dès le frais matin ?
C’est la fille aux cheveux de lin,
La belle aux lèvres de cerise.

L’amour, au clair soleil d’été,
Avec l’alouette a chanté.

Ta bouche a des couleurs divines,
Ma chère, et tente le baiser !
Sur l’herbe en fleur veux-tu causer,
Fille aux cils longs, aux boucles fines ?

L’amour, au clair soleil d’été,
Avec l’alouette a chanté.

Ne dis pas non, fille cruelle !
Ne dis pas oui ! J’entendrai mieux
Le long regard de tes grands yeux
Et ta lèvre rose, ô ma belle !

L’amour, au clair soleil d’été,
Avec l’alouette a chanté.

Adieu les daims, adieu les lièvres
Et les rouges perdrix ! Je veux
Baiser le lin de tes cheveux,
Presser la pourpre de tes lèvres !

L’amour, au clair soleil d’été,
Avec l’alouette a chanté.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Lauri Blank

 

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Est-ce ainsi que les hommes vivent (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Lucie Llong
    
Est-ce ainsi que les hommes vivent
(adaptation de Léo Ferré)

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays.

Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit.

C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola.

Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu.

Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

(Louis Aragon)

 

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RETRAITE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



RETRAITE

Ah qu’il fait bon dans son village
Dormir le nez au ras des blés
En remontant sa montre à clé,
Montre venue du fond des âges.

Ah qu’il fait bon dans sa contrée
Boire le vin rusé du cru
Fraîche et septembrale purée
Âpre, redoutée des recrues.

Ah qu’il fait bon sur son terroir
Caresser les filles farouches
Qui ne s’ouvrent que dans le noir,
Dans l’ombre épaisse de leur bouche !

Ah qu’il fait bon dans la galerne
La bise aigre le vent crachin
— Le caban roussi des lanternes
Sa vieille pipe et son vieux chien —
Fouler du sabot les luzernes.

Tous les chagrins roulés en berne
Boquain, plainier ou maraîchin,
C’est tempérament sauvagin !
Dans la cage á pluies où j’hiberne
Seul, que j’aime mieux mon prochain !

Sur la suie de ma cheminée
Brillent les signes du destin.
J’écoute couler les années,
— Le monde est neuf chaque matin —

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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BERGERE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



BERGERE
1

Tu as ce rire de fille
D’un cristal si pur
Que j’y vois vibrer
Le reflet de ta joie

Ta vache paisible paît
L’herbe verte de la prairie
Enclose de haies épaisses
Et n’a pas besoin de surveillance

Nous pouvons poursuivre
Les papillons de couleur
Cueillir des bouquets de fleurs
Et des trèfles à quatre feuilles

Tu poses ta chevelure rousse
Sur la couche de mousse
Au pied du pommier
Et je peux caresser
Ta joue si douce
Et baiser ta bouche.
2
A califourchon sur l’échalier
Je te regarde garder ta vache
Dans le pré de luzerne
Un foulard sur la tête

Je te rejoins
Et tu abandonnes ton tricot
Ou ton « Nous Deux »
Et nous sommes toi et moi

Tu calmes
Ton gros chien noir
Qui grogne de jalousie
Et dont je me méfie

J’aime ton rire clair
Comme un ruisseau
Sur un lit de cailloux
Et je baise tes lèvres
Dont j’apaise
L’amoureuse fièvre.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: William Holman Hunt

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Dit-elle (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017




Amour me tient à l’aurore nouvelle
comme la mer qui berce la nacelle
guettant l’ami veillant en sentinelle
à la persienne en haut de la tourelle
amour me tient en ardente chapelle
jusqu’à l’instant où s’éteint ma prunelle
comme ceux-là qui vont à Compostelle
amour me tient hors de ma vie charnelle

Amour me tient qui me brûle et me cerne
me glace au coeur me conforte et me berne
et me rudoie m’éjouit et m’hiverne
amour me tient qui toujours me gouverne
comme le vent fait pencher les luzernes
et je le chante aux tables des tavernes
je le maudis sous la pâle lanterne
le pleure enfin aux muettes poternes

Amour me tient servante en son église
coiffée de blanc vêtue de toile bise
bouche mouillée comme chair de cerise
seins tout menus et ceinture bien prise
amour me tient en ses chambres soumise
par diable heureux toutes folies permises
me font chanter en la langue requise
les mille morts de la guerre promise.

(Henri Gougaud)

Illustration: Alexandre-Auguste Hirsch

 

 

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Boeuf volé Complainte que chantait le bœuf à l’âne (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



Boeuf volé
Complainte que chantait le bœuf à l’âne

Moi je suis le boeuf. Je suis boeuf c’est vrai.
Un enfant a dit un jour Maman regarde le boeuf
J’ai su que j’étais boeuf.
Je suis intelligent comme un boeuf.
C’est confortable d’être boeuf.
On est à l’aise dans une grande peau.
Je ne suis pas mécontent d’être boeuf.
On tient sur ses quatre pattes
et on n’a qu’à baisser la tête pour manger.

Parfois je rêve.
Je rêve en marchant
en marchant de long en large comme un gendarme
qui se promène.
Alors je rêve que je suis oiseau.
Ça doit être drôle d’être oiseau.
On a des plumes on a des ailes.
Un oiseau ça vole. C’est tout dire.

Une fois j’étais déjà boeuf
– mais pas autant que maintenant –
il y a très longtemps
il y a bien deux cents boeufs depuis
de père en fils
– s’il m’est permis de m’exprimer ainsi
mais il y a des secrets dans toutes les familles
bon j’étais déjà bœuf
et j’ai vu quelque chose de pas banal pour un boeuf.
Il faisait nuit. Il y avait une étoile qui jouait
comme une grosse mouche d’or
entre mes cornes.
Parfois je rêve.
Je rêve en mangeant.
Je rêve que je suis mouche.
Ce doit être drôle d’être mouche.
Une mouche ça vole c’est tout dire.
On peut embêter les bœufs.
Tandis que quand on est bœuf
on ne peut pas embêter les mouches.
Je suis intelligent.
Forcément je suis boeuf.

Il faisait nuit oui nuit nuit.
Je me promenais sur mes quatre pattes
une après l’autre.
J’ai vu une porte ouverte.
J’ai passé ma tête de boeuf.
Il y avait là une jeune femme brune
un homme et sa barbe
et un petit enfant.
Pourquoi je suis entré je ne sais pas.
Cela m’a fait comme si une voix ordonnait :
entre donc front de boeuf
une voix comme qui dirait d’un Grand Boeuf.

Parfois je rêve.
Je rêve en mangeant avec mes cinq estomacs.
Je rêve que je me promène dans le ciel.
Ça doit être drôle d’être étoile.
Une étoile ça vole c’est tout dire.
C’est bête les rêves.
Ça vous vient quand on a trop mangé d’herbe
à boeuf
ou de trèfle
ou de luzerne
ou de simples.

Je me souviens bien. J’ai une mémoire de bœuf.
J’étais déjà bœuf et j’étais entré dans la crèche
et là il y avait un enfant nu.
C’est petit tout petit
petit comme une tête de boeuf
un enfant nu.
C’est rose un enfant nu.
C’est une rose.
C’est plus nu qu’un poussin qui sort de l’oeuf
plus nu qu’un colchique d’automne
quand ça a froid.

Parfois je rêve.
Je rêve entre mes cornes.
Chacun sait que j’ai l’air songeur.
Je rêve que je suis oeuf.
J’éclate en petits morceaux
blancs et je sors de l’oeuf
boeuf
avec mes quatre pattes
ma queue qui balance
et mes cornes qui avancent
quand je fais semblant
de n’être pas content.

Je me souviens. Moi bon boeuf
couleur des colchiques.
Je baisse la tête vers l’enfant
et je souffle. Comme un boeuf:
bien doucement.

vois l’enfant je
Parfois je rêve.
Je rêve que je suis souffle.
Je flotte dans l’air du soir
au-dessus de la mare
à la hauteur des peupliers
et du rouge soleil couché.
Alors je fais meuh.
Les enfants de l’école
qui cassent du bois
pour le premier feu
disent entre eux :
c’est le bœuf
Ils ne se trompent pas :
je suis le boeuf.

Mais je me souviens. J’ai soufflé tendrement
sur l’enfant
comme un bon boeuf
veuf
et l’enfant a ri.
Et la mère a souri.
Et le père a dit :
Marie.

Moi je suis le boeuf dont la tête brille en or
sur la boutique rouge du boucher
– et qui se demande bien pourquoi
parfois.

(Armand Lanoux)


Illustration

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Dans la luzerne de ta voix (René Char)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2016



 

Christian Schloe    6

Dans la luzerne de ta voix
tournois d’oiseaux
chassent soucis de sécheresse.

(René Char)

Illustration: Christian Schloe

 

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Chèvre-feuille (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2015



Chèvre-feuille

[Le prince Charmant épousa Chevrette, une jeune chevrière,
et l’emmena à la cour, où l’étiquette et le cérémonial
la rendirent très malheureuse. Elle se décida à s’enfuir.]

En quittant la cour, Chevrette se demanda ce qu’elle allait faire.
Parbleu, se dit-elle, je garderai encore les chèvres.
Mais où trouver un troupeau?
Elle était au milieu de ces perplexités,
lorsqu’un joyeux bêlement se fit entendre derrière elle.
C’était sa chèvre, sa chèvre favorite qu’elle avait emmenée avec elle à la cour,
et qui, la voyant partie, s’était échappée du palais pour la suivre.

— Tu m’aimes bien, lui disait-elle, ma pauvre chèvre, tu es heureuse de me revoir;
hélas! je n’ai rien à te donner, pas même un brin de luzerne
ni un petit toit pour te mettre le soir à l’abri du loup.

Non loin de Chevrette, un jeune chevrier nommé Jasmin errait dans les bois,
triste et désolé, parce qu’il avait perdu Chevrette qu’il aimait.
Mais Chevrette ne le savait pas.
En le voyant elle se sentit rassurée; elle l’appela: Jasmin!
Il s’approcha et elle lui raconta son malheur. Jasmin, à son tour,
lui parla en pleurant de tout ce qu’il avait souffert pendant son absence.
Chevrette essuya ses larmes, et lui dit de se consoler:
si elle avait su son amour, jamais elle n’eût consenti à épouser le prince Charmant.
Le chevrier suivit le conseil de la chevrière.
Il essuya ses larmes et se consola.
Chevrette lui permit de la suivre au fond de la forêt;
ils y vécurent heureux, chevrier et chevrière, Jasmin et Chèvre-Feuille, mais après s’être mariés.

(J.J. Grandville)

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La fille aux cheveux de lin (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2015



Daniel F. Gerhartz - Tutt'Art (11) [800x600]

La fille aux cheveux de lin

Sur la luzerne en fleur assise,
Qui chante dès le frais matin ?
C’est la fille aux cheveux de lin,
La belle aux lèvres de cerise.

L’amour, au clair soleil d’été,
Avec l’alouette a chanté.

Ta bouche a des couleurs divines,
Ma chère, et tente le baiser !
Sur l’herbe en fleur veux-tu causer,
Fille aux cils longs, aux boucles fines ?

L’amour, au clair soleil d’été,
Avec l’alouette a chanté.

Ne dis pas non, fille cruelle !
Ne dis pas oui ! J’entendrai mieux
Le long regard de tes grands yeux
Et ta lèvre rose, ô ma belle !

L’amour, au clair soleil d’été,
Avec l’alouette a chanté.

Adieu les daims, adieu les lièvres
Et les rouges perdrix ! Je veux
Baiser le lin de tes cheveux,
Presser la pourpre de tes lèvres !

L’amour, au clair soleil d’été,
Avec l’alouette a chanté.

(Leconte de Lisle)

Illustration: Daniel F. Gerhartz 

 

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