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Poésie

Posts Tagged ‘mâcher’

La vache (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018




La vache

Je regarde la vache,
La vache me regarde.
Elle mâche, elle mâche,
pansue et goguenarde.

Lentement, elle arrache
Des feuilles de moutarde,
Puis elle me regarde,
Goguenarde, la vache.

Faut-il que je me fâche?
Non, non, je la regarde
Et, comme par mégarde,
Lui montre son attache.

Comprend-elle, la vache?
Hé! toujours goguenarde,
Doucement, elle arrache
Sans que j’y prenne garde,
Mon lacet… et le crache.

(Maurice Carême)

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LE COEUR BRISÉ (John Donne)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



    

LE COEUR BRISÉ

Il est fol a lier, qui dit
Être amoureux depuis une heure :
Non que l’amour si tôt se meure,
Mais peut en moins de temps dévorer plus de dix.
Qui me croira quand je proteste
Que depuis un an j’ai la peste?
Qui ne rirait de moi si j’allais déclarer
Que j’ai vu poire à poudre au long d’un jour brûler?

Ah! c’est peu de chose qu’un coeur
Quand aux mains d’Amour il se trouve :
Tout autre mal que l’on éprouve,
Ne prenant que sa part, laisse aux autres la leur.
Lui ne vient point, mais nous arrache,
Nous avale, et jamais ne mâche;
Il fauche rangs entiers, comme un train de boulets,
Et nos coeurs sont fretin pour ce tyran brochet.

Sinon, qu’est mon coeur devenu
Le jour où je t’ai rencontrée?
J’en avais un à mon entrée,
Mais lorsque je sortis je n’en possédais plus.
S’il s’était mis chez toi, je gage
Qu’il eût au tien appris l’usage
D’un peu plus de pitié pour moi; c’est donc, hélas,
Que comme verre Amour d’un seul coup le brisa.

Rien pourtant ne s’anéantit,
Et le vide absolu n’existe;
Je crois donc qu’en mon sein subsistent
Encor tous ces morceaux, bien qu’ils ne soient unis.
Comme on voit aux glaces brisées
Cent images rapetissées,
Mon coeur peut, en lambeaux, désirer, adorer,
Mais après tel amour il ne peut plus aimer.

***

THE BROKEN HEART

He is Starke mad, who ever sayes,
That he hath beene in love an honre,
Yet not that love so soone decayes,
But that it can tenne in Jesse space devour;
Who will beleeve mee, if I sweare
That I have had the plague a yeare 1
Who would not laugh at mee, if I should say,
I saw a flaske of powder burne a day?

Ah, what a trifle is a heart,
If once into loves hands it come !
All other griefes allow a part
To other griefes, and aske themselves but some
They come to us, but us Love draws,
Hee swallows us, and never chawes:
By him, as by chain’d shot, whole rankes doe dye,
He is the tyran Pike, our hearts the Frye.

If ’twere not so, what did become
Of my heart, when I first saw thee ?
I brought a heart into the roome,
But from the roome, I carried none with mee:
If it had gone to thee, I know
Mine would have taught thine heart to show
More pitty unto mee: but Love, alas,
At one first blow did shiver it as glasse.

Yet nothing can to nothing fall,
Nor any place be empty quite,
Therefore I thinke my breast hath all
Those peeces still, though they be not unite;
And now as broken glasses show
A hundred lesser faces, so
My ragges of heart can like, wish, and adore,
But after one such love, can love no more.

(John Donne)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: J.Fuzier et Y. Denis
Editions: Gallimard

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La solitude souffre (Gaspard Hons)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



La solitude souffre,
elle écrit des poèmes très ordinaires,
la solitude descend au fond des mots,
ferme toutes les portes,
pleure doucement sur les malheurs du monde.

La solitude se détache du monde,
elle devient étrangère au monde, aux choses, aux êtres.

La solitude se tait, mâche le désespoir,
assiste impuissante à la destruction du monde.
L’odeur du café, le ricanement du tiroir, la présence de l’ange,
la température trop basse pour la saison, l’ombre des âmes mortes,
… tout cela aussi connaît la solitude

(Gaspard Hons)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Salvador Dali

 

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L’HOMME SOLITAIRE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017




    
L’HOMME SOLITAIRE

Ma chaise s’berce-berce dehors toute la journée
Personne jamais n’arrive â m’arrêter,
Personne jamais n’arrête dans mon allée.

Mes dents mâchent-mâchent jusqu’à l’os un jambon,
Je lave tout seul gamelles et bidons,
Tout seul je fais la vaisselle pour de bon.

Mes pieds clopinent sur le bois du plancher
Parce qu’on n’achète pas l’amour au marché,
Ne veux pas d’un amour qu’il faut payer.

L’horloge tictaque près de mon lit étroit
Et la lune lorgne ma tête qui ne dort pas,
La lune se marre d’une tête de vieux gaga.

***

LONESOME MAN

My chair rock-rocks by the door all day
But nobody ever stops my way,
Nobody ever stops by my way.

My teef chaw-chaw on an old ham bone
An’I do the dishes all alone,
I do the dishes all by my lone.

My feet clop-clop on the hardwood floor
Cause I won’t buy love at the hardware store,
I don’t want love from the mercantile store.

Now the clock tick tocks by my single bed
While the moon looks down at my sleepless head,
While the moon grins down at an ole fool’s head.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Pavots (Ana Mafalda Leite)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2017



 

Illustration
    

Pavots

Je suis opiacée de toi
et tu parcours tous mes nerfs
avec des pavots des papillons rouges

mon corps est entrelacé de rêves
et il les sent qui cheminent par-dedans

je t’aspire
comme si l’air me manquait
et les parfums dansent en moi

quelque chose comme une drogue bien forte
corps et âme
récitent de petites prières
gestes rythmés en t’étreignant comme qui étreint
des rêves

chose étrange

opiacée je dois être ou seulement vêtue de pavots et
de beaucoup de soleil avec des lunes par-dedans

pour pouvoir mâcher ces rêves
réels comme des mandragores

(Ana Mafalda Leite)

 

Recueil: L’inventaire des choses (Anthologie)
Traduction: Marie-Claire Vromans
Editions: Action Poétique

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De la terre émerge une petite vie (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



De la terre émerge une petite vie,
palpe le sein de lumière,
hésite entre l’insecte, l’iris et l’oiseau,
élit demeure et langage.
Sa joie fleurit la vitre d’un éclair.
L’ordre pâteux se perpétue
en des graphies éblouissantes.
Vient la pluie. Sous la toison,
la terre s’ouvre et mâche la merveille.

(Jean Joubert)


Illustration: http://arbreaphotos.wordpress.com/

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Lecture (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2016



La vie passe au-dehors
et sa vitesse est celle de la lumière.
Les deux mains sur un globe de papier transparent,
contemplant les flocons d’encre noire
qui tombent à l’intérieur,
il épouse la vitesse plus considérable encore de la lenteur.
Il regarde impassible les blocs de temps pur,
venus d’un ciel sans profondeur :
Eloge de l’immobile.
Supplique du muet.

Les noms possibles du lecteur :
Méditant par grand froid.
Mâche-le-vent.
Creuse-l’azur.
Songe-blanc.
Passeur.
Hirondelle du ras de la page.

(Christian Bobin)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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L’ortie amère (Jean-Paul Hameury)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



Qui s’arrête
et se tient sur la berge
mâche sans fin
l’ortie amère du temps.

(Jean-Paul Hameury)

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A une pauvre vieille femme (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2016



A une pauvre vieille femme

mâchant une prune dans
la rue un sac de papier
plein dans la main
Quel goût elles ont pour elle
Quel goût elles ont
pour elle. Quel goût
elles ont pour elle.

(William Carlos Williams)

Illustration

 

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Les cailloux (Paul Fournel)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2015


cailloux

 

Les cailloux se font messe basse
ils s’ensecrètent
ils se broient du blanc
ils s’ébrouent
mâchent le vent
que le vent désordonne
Je me retourne et demande qui parle
ils font les étonnés
pas bougé pas parlé
cailloux

(Paul Fournel)

 

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