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Poésie

Posts Tagged ‘madame’

Vous partez, Madame ? (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Vous partez, Madame ?

Pourquoi ce coeur indifférent
Bat-il si vite ?

Vous partez ? Vous passez : c’est tout.
A souhait j’en pourrais sourire.
Pourquoi en souffrir, et surtout
Pourquoi le dire ?

(Fernando Pessoa)

 

Recueil: Poèmes français
Traduction:
Editions: de la Différence

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La fente (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration:  Gustave Courbet
    
La fente

Si je regarde en toi fente

dans tes pentes dans tes plis sondant
Descendant par l’ombre et la moire à ton noir
Si je rôde et respire à tes alentours
Glissant du relief par la zone rose
Au secret gorgé de ce noir À la faille à la gorge, fente dans sa plissure avisant

Maintenant scrutant la buée belle à voir
Ce glissement à ta chaleur déjà liquide
Madame la fente où règne l’Odeur

O regardant par l’entaille le délice

de sueur, de fétide miel
Dans le val ce silence noir
De sombre suc musicien
Si descendant rôdant encore à cette orée
Je me tue à percer un chemin autre À la caverne visiteur épuisé de zèle
Quand la tonne parfumée exhale
Et coule en pluie à ta paroi

ruisselante robe définitive À ma bouche bien avant le drap des morts

O fente si je viens en toi

Par la langue et l’œil ouvrant ta nuit sacrée

Descendant par les haltes un songe noir comme un fleuve

Enfoui l’oubli muet dans tes pentes
Si j’allume au fond de la chambre
Cette lampe, fente, tes alentours sur la strie
Noire à l’ombre offrant la glu à me tuer
Visiteur encore rêvant mangeant la lumineuse suie

(Jacques Chessex)

 

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OBSCURITÉ (Mourid Al-Barghouti)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
OBSCURITÉ

Quelle est donc la belle qui insiste pour voir nos visages
se pénétrer de nos traits
les cheveux, le front, les yeux, les lèvres
nos traits précis ?
Ne voyez-vous pas Madame que l’obscurité est profonde ?
Ne voyez-vous pas que nous donnons notre vie pour
un cierge
à la clarté duquel
nous espérons vous voir ?

(Mourid Al-Barghouti)

 

Recueil: Adbdellatif Laâbi La poésie palestinienne contemporaine anthologie
Traduction:
Editions: Messidor

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Celui que l’Amour range à son commandement (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Nicole Helbig  01

Celui que l’Amour range à son commandement
Change de jour en jour de façon différente.
Hélas ! j’en ai bien fait mainte preuve apparente,
Ayant été par lui changé diversement.

Je me suis vu muer, pour le commencement,
En cerf qui porte au flanc une flèche sanglante,
Depuis je devins cygne, et d’une voix dolente
Je présageais ma mort, me plaignant doucement.

Après je devins fleur, languissante et penchée,
Fuis je fus fait fontaine aussi soudain séchée,
Epuisant par mes yeux toute l’eau que j’avais.

Or je suis salamandre et vis dedans la flamme,
Mais j’espère bientôt me voir changer en voix,
Pour dire incessamment les beautés de Madame.

(Philippe Desportes)

Illustration: Nicole Helbig

 

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Et avec ça, madame ? (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



 

Christian Schloe - Austrian Surrealist Digital painter - Tutt'Art@ (90)

Et avec ça, madame ?

Insiste, persiste, essaye encore.
Tu la dompteras cette bête aveugle qui se pelotonne.
Aujourd’hui des fous et des sots se promènent par la ville.
Parole, on les prend pour des sages.
L’équilibre et la lucidité sont un des cas de la folie humaine.
Insiste, persiste, essaye encore.
Connaissant de ton destin ce qu’homme digne du nom doit en connaître.
Résolu comme un homme digne de ce nom doit être résolu.
Revenu de bien des illusions dans le domaine du rêve et de l’amitié.
Rêvant et aimant autant qu’en ta jeunesse,
Moins la duperie.
Insiste et persiste encore
Capable de parler des étoiles et du ciel et de la nuit et du jour, de la mer,
des montagnes et des fleuves.
Mais plus dupe.
Ni désespéré.
Moins encore résigné.
Dur comme la pierre et t’effritant comme elle.
En marche vers la force dont le chemin est aussi celui de la mort
Mais résolu à aller aussi loin, aussi longtemps que possible.
C’est-à-dire vivre.

(Robert Desnos)

Illustration: Christian Schloe

 

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Comptine de la fillette qui ne doit pas jouer avec la serrure (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



Comptine de la fillette qui ne doit pas jouer avec la serrure

Il ne roule plus le train
regarde il est rouge
il est beau ton coq madame
ce n’est pas une poule
il ne mord pas ton coq madame
parce qu’il n’a pas de dents
parce qu’il n’ouvre pas le bec
le coq
le bec
les poules non plus ne mordent pas
même pas les petites filles
qui ne sont pas sages.

-Elle a trois ans.
-Elle s’exprime bien pour son âge.
-Elle a causé de bonne heure
avant la mort de sa mère
c’est dire.
-Ah vous êtes veuf

Le coq
le bec
le veuf.

La dame au coq
mange un oeuf.

-On l’appelle
Belle.
Mais c’est Annie.

Le coq
le noir
le veuf
la belle
et l’oeuf
et la soif
et le soir.
La morte
la porte
et toujours trop de serrures.

-Que c’est mignon
on ne voudrait pas les voir grandir.
Qui c’est qui s’appelle Annie
Anna Annette Annie ma mie?

-Je m’appelle
Belle
jamais Annie.
Quand je serai grande
je jouerai avec la serrure
je caresserai le coq
je me pencherai par la portière
je casserai un oeuf
je ferai partir le train
et je me marierai en noir
avec papa
pour qu’il ne soit plus coq
pour qu’il ne soit plus bec
pour qu’il ne soit plus veuf.

-Ça pose des questions les enfants.
-Et il faut avoir réponse à tout.

(Armand Lanoux)

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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Non, madame (Voltaire)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



vases japonais

[…]

Non, madame, tous ces tapis
Qu’a tissus la Savonnerie,
Ceux que les Persans ont ourdis,
Et toute votre orfèvrerie,
Et ces plats si chers que Germain
A gravés de sa main divine,
Et ces cabinets où Martin
A surpassé l’art de la Chine ;
Vos vases japonais et blancs,
Toutes ces fragiles merveilles ;
Ces deux lustres de diamants
Qui pendent à vos deux oreilles ;
Ces riches carcans, ces colliers,
Et cette pompe enchanteresse,
Ne valent pas un des baisers
Que tu donnais dans ta jeunesse.

(Voltaire)

 

 

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Ma concierge… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Ma concierge…

Ma concierge est jolie jolie.
Quand je m’en vais de la maison
Je me sens triste sans raison
Et j’attends l’ soir
Pour la revoir
Et lui dir’ d’une voix polie

Refrain
Bonsoir madame
Mon coeur est en flamme.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: Konstantin Razumov

    

SONNET

Je ne vous ferai pas de vers,
Madame, blonde entre les blondes,
Vous réduiriez trop l’univers,
Vous seriez reine sur les mondes.

Vos yeux de saphir, grands ouverts,
Inquiètent comme les ondes
Des fleuves, les lacs et des mers
Et j’en ai des rages profondes.

Mais je suis pourtant désarmé
Par la bouche, rose de mai,
Qui parle si bien sans parole,

Et qui dit le mot sans pareil,
Fleur délicieusement folle
Éclose à Paris, au soleil.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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La Place de la Concorde (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    
La Place de la Concorde

Il n’y avait ce jour-là
il n’y avait ce jour-là
que deux personnes dans Paris
dans Paris
un petit Monsieur à Montmartre
une petite dame à Montsouris
à Montsouris.

Du sud au nord du nord au sud
de bon matin ils sont partis
sont partis
sur la place de la Concorde
sur la place de la Concorde
ils se sont rencontrés à midi
à midi.

Bonjour Monsieur bonjour Madame
bonjour Madame bonjour Monsieur
ah je vois bien dit-il dit-elle
c’est pour ça que nous étions partis
étions partis.
Mais nom de nom dit-il dit-elle
mais où sont donc les habitants?
les habitants?

Elle lui répond il lui répond :
chacun mon bon chacun ma belle
chacun croit qu’il n’y a personne
sinon l’amour de lui pour elle
sinon l’amour d’elle pour lui,
d’elle pour lui.

C’est ainsi mon bon ma belle
c’est ainsi ma belle mon bon
c’est ainsi qu’il n’y a personne
c’est ainsi qu’on est des millions
des millions.

(Jean Tardieu)

 

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