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Poésie

Posts Tagged ‘madrigal’

MADRIGAL (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2020



Illustration: Anne-Marie Zylberman
    
MADRIGAL

Faut-il crier chérie
puisque j’entends qu’on veut vous tuer
à petits coups avec des mots
des petits sourires des clins d’oeil

Faut-il crier mon amour
puisqu’on vous étouffe peu à peu
avec des mots tendres comme les oeufs
avec des souvenirs d’enfance

Faut-il crier petite fille
puisqu’on vous assassine gentiment
en vous berçant en vous souriant
en vous jouant les airs connus

Je crie je crie et je crierai
comme crient les paralysés
les lépreux les intouchables
les enfants malades

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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MADRIGAL (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019



MADRIGAL

Du temps qu’on l’aimait lasse d’elle-même
Elle avait juré d’être cet amour
Elle en fut le charme et lui le poème
La terre est légère aux serments d’un jour

Le vent pleurait les oiseaux de passage
Berçant les mers sur ses ailes de sel
Je prends l’étoile avec un beau nuage
Quand la page blanche a bu tout le ciel

Dans l’air qui fleurit de l’entendre rire
Marche un vieux cheval couleur de chemin
Connais à son pas la mort qui m’inspire
Et qui vient sans moi demander sa main

(Joë Bousquet)

 

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MADRIGAL (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



MADRIGAL

Je crois trouver en vous, Madame, l’étrangère
Qu’il nous faut éviter selon les livres saints,
Et dans vos yeux trop grands que leur cerne exagère
Je n’ose présumer que de vénals desseins.

Mais depuis si longtemps parmi les foules j’erre
Sans rencontrer un frère et pas même un cousin,
Qu’en tout bien tout honneur je ne saurais moins faire
Que de vous proposer un verre sur le zinc.

Acceptez sans façons ! Nous nous connaissons d’Eve
Et d’Adam. Il suffit. Chère amante, je lève
Ma coupe en bénissant le soir qui nous unit.

A défaut de l’amour et de la foi qui sauve
Je vous offre ce coeur, bon compagnon d’alcôve
Et complice discret dans le désert d’un lit.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Marc Chagall

 

 

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MADRIGAL ÉCRIT EN HIVER (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




MADRIGAL ÉCRIT EN HIVER

Au fond profond de la mer profonde,
dans la longue nuit aux rais de lumière,
ainsi qu’un cheval au galop
silencieux ton nom de silence.

Place-moi sur ton dos, ay, accueille-moi,
apparais-moi dans ton miroir, soudain,
sur la feuille solitaire, nocturne,
surgie de l’ombre, dans ton dos.

Fleur de la douce et totale lumière,
offre-moi ta bouche de baisers,
violente de séparations,
ta bouche fine et décidée.

C’est vrai, de loin en loin,
d’oubli en oubli résident avec moi
les rails, le cri de la pluie :
ce que la sombre nuit protège.

Accueille-moi dans la trame du soir,
quand l’aube de la nuit apprête
son habit et que palpite dans le ciel
une étoile pleine de vent.

Que ton absence me saisisse jusqu’au fond,
lourdement, et qu’elle m’aveugle,
que ton existence me traverse, tout comme si
mon coeur en devenait néant.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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Madrigal (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018




Madrigal

Si c’est aimer, Madame, et de jour, et de nuit
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit :

Si c’est aimer que de suivre un bonheur qui me fuit,
De me perdre moi même et d’être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci, et m’en voir éconduit :

Si c’est aimer que de vivre en vous plus qu’en moi même,
Cacher d’un front joyeux, une langueur extrême,
Sentir au fond de l’âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite :

Honteux, parlant à vous de confesser mon mal !
Si cela est aimer : furieux je vous aime :
Je vous aime et sait bien que mon mal est fatal :
Le coeur le dit assez, mais la langue est muette.

(Pierre de Ronsard)

Illustration: Marie Lefrancq

 

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À E… (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



À E…

O TOI,
chaude comme l’enfer,
Ô toi, froide comme l’hiver,
Douce et dure, on dirait du fer
Et de la mousse,

Dure et douce comme la mousse
Et le fer, si dure et si douce,
Va ! sois toi-même ! Un vent te pousse.
Vent de printemps

Et vent d’automne, et tant d’autans
Et de zéphyrs sont palpitants
Dans tes grands yeux mahométans
De catholique

Que j’en reste mélancolique
Et joyeux: et sans plus d’oblique
Madrigal, je t’aime !
Ô réplique,
Diable angélique.

(Paul Verlaine)

Illustration: Jose Maria Bernardo

 

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Madrigal lyrique (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Madrigal lyrique

Vous êtes grande de tout un corps charmant
Dont l’ombre est à vos pieds, parmi les roses
Qu’effeuillent vos mains en rêvant ;
La douce fleur, pétale à pétale, se pose
En papillons légers et lents ;
La tige, peu à peu, s’envole de sa rose,
Et la flûte à l’écho s’accorde dans le vent.
Vous êtes belle de tout un visage qui sourit,
De vos yeux clairs qui vous font douce
À votre bouche
Où le sourire en sa grâce s’endolorit
Comme l’espoir
Qui, lèvre à lèvre, joint et touche
Les lèvres de la tristesse qui lui sourit
En son miroir…
La flûte avec le vent s’est tue au fond du soir.
Vous êtes belle de toute votre vie et de vos jours
Qui, un à un, vers vous s’en viennent
Menant l’Amour
Nu dans sa robe d’or et de laine
Avec sa gourde et son diadème ;
A vos roses il mêlera ses épis lourds
Et, pas à pas, la main dans la sienne,
Vous irez vers l’aurore et, dans la nuit sereine,
Où s’est brisée avec le vent ma flûte vaine,
Vous entendrez,
Une à une, sous les roses et les cyprès,
Chanter dans l’ombre les fontaines.

***

Lyrical Madrigal

You are tall, all your body a charm,
Its shadow at your feet among the roses
Plucked by your dreaming hands;
The gentle flower petal by petal, alights
As light, slow butterflies;
The stems gradually rises from the rose
And the flute tunes itself to the windy echo.
You are beautiful, all your face a smile
From your bright eyes that give you tenderness
To your mouth
Where a graceful smile aches
Like hope
That lip to lip joins and touches
The lips of the sadness that smiles to it
In its mirror…
The flute with the wind has fallen silent in the depths of the evening.
You are beautiful with all your life and all your days
That, one by one, come towards you
Leading love
Naked in its dress of gold and wool
With its gourd and diadem;
It will join its heavy spikes to your roses
And, step by step, your hand in his,
You will walk towards the dawn and in the tranquil night,
When my unavailing flute broke in the wind,
You will hear,
One by one beneath the roses and the cypress trees,
The fountains singing in the shadows.

(Henri de Régnier)

 

 

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Madrigal (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2015


Je regardais tes yeux,
Etant tout jeune et sage.
Et toi, tu m’effleuras
La bouche d’un baiser.

(Les montres ont toujours la même cadence
Les nuits les mêmes étoiles.)

Mon coeur s’épanouit
Tel la fleur au soleil
Pétales de luxure
Etamines de rêve.

(Les montres ont toujours la même cadence
Les nuits les mêmes étoiles.)

Chez moi je sanglotai
Comme un prince de fable
Pour la bergère d’or
Qui s’en fut des tournois.

(Les montres ont toujours la même cadence
Les nuits les mêmes étoiles.)

Je m’éloignais de toi
(Je t’aimais en secret.)
J’ignore comment sont tes yeux
Tes mains ou bien ta chevelure,

Mais il me reste sur le front
Le papillon de ton baiser.

(Les montres ont toujours la même cadence
Les nuits les mêmes étoiles.)

(Federico Garcia Lorca)

Illustration

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