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Poésie

Posts Tagged ‘magie’

Dire la Beauté (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



Dire la Beauté
serait affadir
Déchoir
qu’exprimer
la Magie

(Emily Dickinson)

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Mon Âme est gourde (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018



J’ai lâché mon Cerveau – Mon Âme est gourde –
Les Veines qui jadis coulaient
S’arrêtent, figées – Paralysie
Mieux rendue dans la pierre –

Vitalité Sculptée et froide –
Mon nerf gît dans du marbre –
Femme Respirante
Hier – dotée de Paradis.

Non muette — quelque chose bougeait —
Un Sens en éveil, en émoi –
Des instincts de Danse — un art de pirouette –
Une Aptitude d’Oiseau —

Qui a fait oeuvre de Carrare en moi
Et buriné mon chant
Que ce soit magie – que ce soit la Mort –
Si j’ai une chance de tendre

À l’Être, quelque part – au Mouvement – au Souffle –
Fût-ce par-delà les Siècles,
Et chaque limite une Décennie –
Je frémirai, comblée.

***

I’ve dropped my Brain – My Soul is numb —
The Veins that used to run
Stop palsied – ’tis Paralysis
Done perfecter in stone –

Vitality is Carved and cool —
My nerve in marble lies —
A Breathing Woman
Yesterday – endowed with Paradise.

Not dumb – I had a sort that moved –
A Sense that smote and stirred —
Instincts for Dance – a caper part —
An Aptitude for Bird –

Who wrought Carrara in me
And chiselled all my tune
Were it a witchcraft – were it Death –
I’ve still a chance to strain

To Being, somewhere – Motion – Breath –
Though Centuries beyond,
And every limit a Decade –
I’ll shiver, satisfied.

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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LE ROYAUME INVISIBLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




LE ROYAUME INVISIBLE

NOTRE SAVOIR dépasse ce que nous savons
Nous qui voyons toujours la multiplicité déconcertante,
Foisonnante du spectacle commun.

Il vient à la main de l’artiste
De tels raffinements de forme, de lumière,
Jardins, présences,

Visages d’une si tendre beauté
Que nous nous demandons par quelle science jamais apprise on les voit,
Au-delà du lieu commun les aspects

Cachés du mystère, secrets
Que seule connaît l’âme,

Que seul connaît l’amour, incommensurable
Sagesse qui grandit par le labeur de nos propres mains,
Expression d’une connaissance qui ne nous est pas propre
Et cependant guide le pinceau et la plume, obéissant

À une omniscience que, bien qu’ignorants, nous partageons
Nous dont les coeurs réagissent et répondent
À la musique de Schubert, et à celle de Mozart, eux qui ne savent pas plus

Que nous des célestes harmonies
Qu’ils entendaient au-dessus de la continuelle dissonance
Que l’immédiat impose.

Cependant incessante
La musique des sphères, la magia de la lumière,
Connaissance de l’esprit en son flux

Renvoyant continuellement l’image du tout
Dont chaque instant est la présence
Se révélant à celui qui écoute, celui qui voit au coeur

Contemple dans le fleuve du temps
Le visage jamais changé qui toujours change.

***

THE INVISIBLE KINGDOM

WE KNOW more than we know
Who see always the bewildering proliferating
Multiplicity of the common show.

There come to the artist’s hands
Such subtleties of form, of light,
Gardens, presences,

Faces so tenderly beautiful
We wonder with what untaught knowledge seen,
Beyond the commonplace the hidden

Aspects of mystery, secrets
Known only to the soul,
Known only to love, immeasurable

Wisdom from our own hands’work grown,
Expression of a knowledge not our own
Which yet guides brush and pen, obedient

To an omniscience we, though ignorant, yet share
Whose hearts respond and answer
To Schubert’s music, and Mozart’s, they knowing no more

Than we of the celestial harmonies
They heard above the continual dissonance
The immediate imposes.

Yet unceasing
The music of the spheres, the magia of light,
Spirit’s self-knowledge in its flow

Imaging continually the all
Of which each moment is the presence
Telling itself to the listener, the seer in the heart

Contemplates in time’s river
The ever-changing never-changing face.

(Kathleen Raine)

Illustration: Salvador Dali

 

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Toujours (Paul Henri Lezac)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



arc-en-ciel
Aujourd’hui encore et toujours
Comme hier demain chaque jour
Trouver en chaque petit rien
De quoi farder le quotidien

Trouver dans les gouttes de pluie
du merveilleux de la magie,
En chaque rayon de soleil
La promesse d’un arc en ciel

Voir le matin dans la rosée
Tous les bonheurs de la journée,
Entendre en les rires d’enfant
Chanter la vie et le printemps

Se plonger tout dans un sourire
Par la joie se faire envahir,
Cueillir la beauté et l’amour
Aujourd’hui encore et toujours.

(Paul Henri Lezac)

Textes de Prisonniers: lecercledespoetesdetenus

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Secret (Rabah Belamri)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



dans le creux de ton rire
l’herbe nous cache
ta jambe reprend la magie des lucioles
notre théâtre sera secret

(Rabah Belamri)

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Elle est brise embaumée (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Oleg Zhivetin
    
Elle est brise embaumée qui vient guérir mon mal,
parfum délicieux, savoureuse haleine.

Elle me fait signe, d’un doigt délicat,
et va d’un pas gracieux, la magie relevant encore le fard de ses yeux.

Au creux de la ramure, elle rayonne, fidèle, dans la nuit,
lumière à l’état pur, tout imbibée de musc.

Quand, de sa paume ouverte, elle m’offre des fleurs de jasmin,
ce sont blanches étoiles que je cueille sur cette lune épanouie.

Corps habillé de grâce, être tout de douceur,
enveloppe de pur parfum, vin capiteux,

Elle berce mon coeur de mots que je savoure comme autant de rêves,
comme une rencontre, au bout de l’exil.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE

Une Souris tomba du bec d’un Chat-Huant :
Je ne l’eusse pas ramassée ;
Mais un Bramin le fit ; je le crois aisément :
Chaque pays a sa pensée.
La Souris était fort froissée :
De cette sorte de prochain
Nous nous soucions peu : mais le peuple bramin
Le traite en frère ; ils ont en tête
Que notre âme au sortir d’un Roi,
Entre dans un ciron, ou dans telle autre bête
Qu’il plaît au Sort. C’est là l’un des points de leur loi.
Pythagore chez eux a puisé ce mystère.
Sur un tel fondement le Bramin crut bien faire
De prier un Sorcier qu’il logeât la Souris
Dans un corps qu’elle eût eu pour hôte au temps jadis.
Le sorcier en fit une fille
De l’âge de quinze ans, et telle, et si gentille,
Que le fils de Priam pour elle aurait tenté
Plus encor qu’il ne fit pour la grecque beauté.
Le Bramin fut surpris de chose si nouvelle.
Il dit à cet objet si doux :
« Vous n’avez qu’à choisir ; car chacun est jaloux
De l’honneur d’être votre époux.
– En ce cas je donne, dit-elle,
Ma voix au plus puissant de tous.
– Soleil, s’écria lors le Bramin à genoux,
C’est toi qui seras notre gendre.
– Non, dit-il, ce nuage épais
Est plus puissant que moi, puisqu’il cache mes traits ;
Je vous conseille de le prendre.
– Et bien, dit le Bramin au nuage volant,
Es-tu né pour ma fille ? – Hélas non ; car le vent
Me chasse à son plaisir de contrée en contrée ;
Je n’entreprendrai point sur les droits de Borée. »
Le Bramin fâché s’écria :
« Ô vent donc, puisque vent y a,
Viens dans les bras de notre belle! »
Il accourait : un mont en chemin l’arrêta.
L’éteuf passant à celui-là,
Il le renvoie, et dit : « J’aurais une querelle
Avec le Rat ; et l’offenser
Ce serait être fou, lui qui peut me percer. »
Au mot de Rat, la Damoiselle
Ouvrit l’oreille ; il fut l’époux.
Un Rat ! un Rat ; c’est de ces coups
Qu’Amour fait, témoin telle et telle :
Mais ceci soit dit entre nous.

On tient toujours du lieu dont on vient. Cette Fable
Prouve assez bien ce point : mais à la voir de près,
Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits :
Car quel époux n’est point au Soleil préférable
En s’y prenant ainsi ? Dirai-je qu’un géant
Est moins fort qu’une puce ? elle le mord pourtant.
Le Rat devait aussi renvoyer, pour bien faire,
La belle au chat, le chat au chien,
Le chien au loup. Par le moyen
De cet argument circulaire,
Pilpay jusqu’au Soleil eût enfin remonté ;
Le Soleil eût joui de la jeune beauté.
Revenons, s’il se peut, à la métempsycose :
Le sorcier du Bramin fit sans doute une chose
Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté.
Je prends droit là-dessus contre le Bramin même :
Car il faut, selon son système,
Que l’homme, la souris, le ver, enfin chacun
Aille puiser son âme en un trésor commun :
Toutes sont donc de même trempe ;
Mais agissant diversement
Selon l’organe seulement
L’une s’élève, et l’autre rampe.
D’où vient donc que ce corps si bien organisé
Ne put obliger son hôtesse
De s’unir au Soleil, un Rat eut sa tendresse ?
Tout débattu, tout bien pesé,
Les âmes des souris et les âmes des belles
Sont très différentes entre elles.
Il en faut revenir toujours à son destin,
C’est-à-dire, à la loi par le Ciel établie.
Parlez au diable, employez la magie,
Vous ne détournerez nul être de sa fin.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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LE RIRE DU ROI DU DADA (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



 

cimetiere

LE RIRE DU ROI DU DADA

Ordre du jour numéro 35 :
Subitement il est apparu
Que le rouge du soir
Est dangereux pour l’Etat.
C’est pourquoi on enfermera
Le rouge du soir chaque fois
Qu’il apparaîtra,
Dans la mer noire.
Sur la mosaïque dorée du cimetière
Brille un rouge du soir
Etincelant.
Un cheval solitaire se promène
Par le champ.
Magie du rouge du soir.
Le cheval est mélancolique.

(Srecko Kosovel)

Illustration

 

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Ondes (Isabelle Minière)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018


 

Ondes

Quand tu en as besoin
ou bien
quand tu ne vas pas bien
je t’envoie des ondes
des ondes minuscules
des micro ondes

Je les enveloppe
avec beaucoup de soin
je les place tout au milieu
de quelques gouttes d’eau
c’est mon paquet cadeau
Et quand il pleut
sur tes cheveux
sur ta peau
sur ton chemin
ce n’est pas que de l’eau
cette pluie-là
ce sont mes pensées pour toi
tombées du ciel

Ou bien encore
avec beaucoup d’attention
j’éparpille mes petites ondes
minuscules
sur la paume de ma main
et puis je souffle, doucement
je sème
c’est mon jardinage
magique
microscopique

Et quand tu sens
sur ton visage
sur ta peau
sur ton chemin
cette petite bise
venue du ciel
ce sont mes pensées pour toi

Parfois tu ne les perçois pas
Ce n’est que de l’eau
Ce n’est que du vent
Mais souvent
tu les reçois
cinq sur cinq

J’aime cette magie-là
abracadabra
Tu vois, c’est juste ça :
on est sur la même longueur d’ondes

(Isabelle Minière)

 

 

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Le menacé (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



Le menacé

C’est l’amour. Je devrais me cacher ou fuir.

Les murs de ma prison grandissent, comme en un rêve atroce.
Le beau masque a changé, mais comme toujours c’est le seul.
De quoi peuvent me servir mes talismans :
l’exercice des lettres, la vague érudition,
l’apprentissage des mots dont l’âpre Nord se servit pour chanter ses mers et ses épées,
la sereine amitié, les galeries de la Bibliothèque, les choses courantes, les coutumes,
le jeune amour de ma mère, l’ombre militaire de mes morts, la nuit intemporelle, la saveur du sommeil ?

Etre avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de mon temps.

Déjà la cruche se brise sur la fontaine, déjà l’homme se lève à la voix de l’oiseau,
déjà s’assombrissent ceux qui regardent aux fenêtres mais l’ombre n’a pas apporté la paix.

C’est, je le sais bien, l’amour : le désir anxieux d’entendre sa voix,
l’attente et la mémoire, l’horreur de vivre dans la succession.

C’est l’amour avec ses mythologies, avec ses petites magies inutiles.

Il y a un coin de rue où je n’ose passer.

Déjà les armées m’encerclent, les hordes.

(Cette chambre est irréelle, elle ne l’a pas vue.)

Le nom d’une femme me dénonce.

J’ai mal à une femme dans tout mon corps.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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