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LA MORT DES PAUVRES (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Marcel Roux  l'ouvrier malheureux  02 [800x600]

LA MORT
LA MORT DES PAUVRES
C’est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ;
C’est le but de la vie, et c’est le seul espoir
Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre,
Et nous donne le coeur de marcher jusqu’au soir ;

A travers la tempête, et la neige, et le givre,
C’est la clarté vibrante à notre horizon noir ;
C’est l’auberge fameuse inscrite sur le livre,
Où l’on pourra manger, et dormir, et s’asseoir ;

C’est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques
Le sommeil et le don des rêves extatiques,
Et qui refait le lit des gens pauvres et nus ;

C’est la gloire des Dieux, c’est le grenier mystique,
C’est la bourse du pauvre et sa patrie antique,
C’est le portique ouvert sur les Cieux inconnus !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Marcel Roux 

 

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LA MER (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018




LA MER

J’ai besoin de la mer car elle est ma leçon :
je ne sais si elle m’enseigne la musique ou la conscience :
je ne sais si elle est vague seule ou être profond
ou seulement voix rauque ou bien encore conjecture
éblouissante de navires et de poissons.
Le fait est que même endormi
par tel ou tel art magnétique je circule
dans l’université des vagues.

I1 n’y a pas que ces coquillages broyés
comme si une planète tremblante
annonçait une lente mort,
non, avec le fragment je reconstruis le jour,
avec le jet de sel, la stalactite,
et avec une cuillerée de mer, la déesse infinie.

Ce qu’elle
m’a appris, je le conserve! C’est
l’air, le vent incessant, l’eau et le sable.

Cela semble bien peu pour l’homme jeune
qui vint ici vivre avec ses feux et ses flammes,
et pourtant ce pouls qui montait
et descendait à son abîme,
le froid du bleu qui crépitait
et l’effritement de l’étoile,
le tendre éploiement de la vague
qui gaspille la neige avec l’écume,
le pouvoir paisible et bien ferme
comme un trône de pierre dans la profondeur,
remplacèrent l’enceinte où grandissait
la tristesse obstinée, accumulant l’oubli,
et soudain mon existence changea:
j’adhérai au mouvement pur.

(Pablo Neruda)

Illustration: ArbreaPhotos

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ROUGE HORIZON (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017




    
ROUGE HORIZON

j’avance
le long de ce fil rouge qui court
entre nos vies

tout au long
de cette ligne de plein coeur
qui fuse en continu

fil tendu
entre deux rêves
prisme de tous les possibles

j’avance
par cette ligne de faille
ligne de force

ligne de feu
ligne de chance
au fil des aubes

j’avance
sur cette ligne de partage des âmes
au fil des secondes éclairantes

ou crépusculaires
au fil des secondes cuivrées
et je glisse

chaviré
jusqu’au jour des jours
jusqu’à la nuit des nuits

danseur de corde
sur le rouge poudroyant
des vents magnétiques

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Lourde étoffe écumeuse (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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Lourde étoffe écumeuse érodant le rocher
La mer est le champ clos d’un sommeil extatique
Étendu et repris sur un feu desséché
La paille et le grain vert des sommeils magnétiques.

Grasse flaque de chair aux cambrures rythmiques
Les coups de rein du ciel arc-boutent l’élément
Élastique, foré de chauds silos d’enfants
Dérobant d’azur noir le long spasme atlantique.

Vénus, mère du sang qui déferle dans l’homme
Déchira l’eau salée, le corps ciré d’embruns ;
Des poissons l’escortaient, des animaux, des pommes ;
Une crevette rose ourlait son ventre brun.

(Luc Bérimont)

Illustration: Kazuya Akimoto

 

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VALSE MYSTIQUE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



coeurs-volants

VALSE MYSTIQUE

Le soir, quand paraît la première étoile,
Les cœurs de tous ceux qui sont morts d’amour
Viennent vers la terre et fendent le voile
Qui les cache aux yeux des vivants, le jour.
Alors, dans la nuit brune et fantastique,
Leur sang meurtri pleut et retombe en pleurs
Sur l’herbe, troublant la mélancolique
Chanson de sanglots du vent dans les fleurs.
Et les cœurs en peine, et les pauvres cœurs
Dansent dans les airs la valse mystique !…

Ils accourent tous !… le cœur du poète
Et de son amante aux yeux langoureux,
Le cœur de l’éphèbe à la blonde tête,
Le cœur torturé des vieux amoureux,
Le cœur de la vierge aimante et pudique,
Le cœur de la femme aux baisers trompeurs,
Ils accourent tous !… pris d’un nostalgique
Besoin de revoir le val des douleurs.
Et les cœurs en peine, et les pauvres cœurs
Dansent dans les airs la valse mystique !…

Ils tournent noyés dans des flots d’extase,
Parmi des parfums lourds et capiteux
Tandis que la lune au front de topaze
Etincelle au fond du ciel nébuleux ;
Et leur tourbillon noir et magnétique
Poursuit son chemin, semant des lueurs
D’or en fusion dans la magnifique
Splendeur de l’espace aux vagues pâleurs.
Et les cœurs en peine, et les pauvres cœurs
Dansent dans les airs la valse mystique !…

Mais, sitôt que perce un clair rayon d’aube
Et qu’un chant d’oiseau bruit dans le vallon,
Leur essaim léger au loin se dérobe
Et plus rien !… alors, plaintifs, ils s’en vont,
Pour rentrer, passer sous le grand portique
D’azur diaphane enlacé de fleurs
D’opale où le Dieu calme et pacifique
Dénombre, un par un, le troupeau des cœurs.
Et le lendemain, tous les pauvres cœurs
Reviennent danser la valse mystique.

(Gaston Couté)

 

 

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Aux lecteurs (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



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Aux lecteurs

Je vous écris de près
entre votre malheur et votre peau

Entre
j’essaie de mettre un tournesol

Je n’ose pas
employer de grands mots en voyage magnétique
des mots orgueilleux d’être
pour affréter les invisibles continents

Vous
moi
c’est ovation timide vers le monde.

(Marie-Claire Bancquart)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 

 

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Orage magnétique (Ban’ya Natsuishi)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2016



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Orage magnétique
la terre
peut-elle rentrer à la maison ?

(Ban’ya Natsuishi)

 Illustration: Olivier Grunewald

 

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Fin de soirée (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2016



En fin de soirée, la montée de l’écoeurement est un phénomène inévitable.
Il y a une espèce de planning de l’horreur.
Enfin, je ne sais pas; je pense.
L’expansion du vide intérieur.
C’est cela.
Un décollage de tout événement possible.
Comme si vous étiez suspendu dans le vide,
à équidistance de toute action réelle,
par des forces magnétiques d’une puissance monstrueuse.

Ainsi suspendu,
dans l’incapacité de toute prise concrète sur le monde,
la nuit pourra vous sembler longue.
Elle le sera, en effet.
Ce sera, pourtant, une nuit protégée;
mais vous n’apprécierez pas cette protection.
Vous ne l’apprécierez que plus tard,
une fois revenu dans la ville,
une fois revenu dans le jour,
une fois revenu dans le monde.
Vers neuf heures,
le monde aura déjà atteint son plein niveau d’activité.
Il tournera souplement, avec un ronflement léger.
Il vous faudra y prendre part, vous lancer
un peu comme on saute sur le marchepied d’un train
qui s’ébranle pour quitte
Une fois de plus, vous attendrez la nuit –
qui pourtant, une fois de plus,
vous apportera l’épuisement, l’incertitude et l’horreur.

Et cela recommencera ainsi,
tous les jours,
jusqu’à la fin du monde.

(Michel Houellebecq)

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Le succube (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2015



Le succube

On creuse la nuit
Dans mon crâne un puits
On ouvre une sape
Pour capter la nappe
Fossile des eaux
Douces d’un cerveau.

On perce ma roche
Pour vider la poche
D’or de mes secrets
Un escroc trafique
Le champ magnétique
De mes minerais.

On entaille à vif
À coups d’explosif
Mes filons de rêves
Et le coq hâbleur
Chasse mon voleur
Quand l’aube se lève.

Pour ton œuvre au noir,
Fouilleur de mémoire,
Mineur clandestin,
Pilleur de placers,
Que peux-tu bien faire
De tout ce butin ?

(Bernard Lorraine)


Illustration: Johann Heinrich Füssli

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