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Poésie

Posts Tagged ‘maillon’

En ce temps-là (Max-Henri de Larminat)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



En ce temps-là, les nuages formulaient à chaque instant de nouveaux animaux,
et je lisais dans le ciel l’histoire de la création

Couché dans l’herbe,
il m’arrivait pourtant de m’endormir inconsidérément.
Quelques maillons de l’évolution des espèces
m’échappaient pour toujours.

(Max-Henri de Larminat)


Illustration

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Saisir (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



Saisir

Recueillir le grain des heures
Étreindre l’étincelle
Ravir un paysage
Absorber l’hiver avec le rire
Dissoudre les noeuds du chagrin
S’imprégner d’un visage
Moissonner à voix basse
Flamber pour un mot tendre
Embrasser la ville et ses reflux
Écouter l’océan en toutes choses
Entendre les sierras du silence
Transcrire la mémoire des miséricordieux
Relire un poème qui avive
Saisir chaque maillon d’amitié.

(Andrée Chedid)

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Tu rêves toi (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Tu rêves toi

Tu rêves toi d’être un peu tous les autres.
Pour te traduire il te faut cent langages.
Rien n’y suffit, pas même la nature
avec les voix de son choeur innombrable.

Petit maillon fragile dans la chaîne,
poumon léger du grand souffle cosmique,
aurais-tu peur de rester seul au monde
quand la seconde assassine le siècle ?

Tu es issu d’un poème sans fin
et tu le lis comme on soulève un roc
pour établir le socle millénaire
de l’inconnu qui dirige ta quête.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Vie individuelle… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Dominique TREMOIS-CHAZOT
    
Vie individuelle…

Vie individuelle, être soi, duperie!
Chaîne qui vous enfonce au poignet son maillon!
Du monde conscient mon désir m’expatrie,
J’ai fait craquer ma gaine et tomber mon haillon.

Nature, prends mon coeur, prends-la, ma chair meurtrie,
Dissous dans ton creuset ce somptueux haillon
Et roule avec la boue au flot qui la charrie,
Ce corps qu’exténua un douloureux rayon.

Vois, je fuis ma pensée et je me réfugie
Dans ton sommeil profond et dans ta léthargie,
Et me voici dressé, attendant à ton seuil,

Lassé d’être celui que seul tu fis esclave,
L’évanouissement de ce Moi qui m’entrave
Et portant ma chair d’homme ainsi qu’on porte un deuil.

(Marie Dauguet)

 

 

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La chaîne (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2017




    
La chaîne est une chaîne
pour être une chaîne
dans l’eau des maillons.

Elle est une chaîne
qui circule et verse les maillons
dans ce petit puits qu’est un maillon à l’autre.

La chaîne est chaîne par halage
et par étirement
de la chaîne dans la chaîne.

La chaîne est un trafic de seaux.

L’eau
qui coule
s’emplit de sa fuite.

La chaîne est l’échine
de la chaîne dans l’échine.

(Laurent Albarracin)

 

Recueil: Le Secret secret
Editions: Flammarion

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Le vide (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2016


faire-le-vide

le flux de sensations engendrées
par le vide
inonde les faisceaux, les dérives
et la chaîne aux maillons brisés

(Jacques Dupin)

Illustration: Daniel Martineau

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Cheptel (Pascal Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2016



 

Cheptel

Le temps humain n’avait plus cours.
Nous n’étions plus que de simples maillons
dans la chaîne alimentaire des machines,
leur cheptel.

(Pascal Boulanger)

 

 

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Attendre, écouter et prendre patience (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2016



Attendre, écouter et prendre patience.
Et s’adonner aux choses de tous les jours.
Et être de plus en plus soi-même.
Et cependant un maillon de la chaîne.

(Etty Hillesum)

 

 

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CORPS NOCTURNE (Elías Nandino)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



Nicole Helbig (1)

 

CORPS NOCTURNE

Quand, la nuit, seul, dans les ténèbres,
fatigué de je ne sais quel épuisement
mon corps s’effondre et s’accommode
à l’impassible surface obscure
qui lui sert d’appui et de linceul,
je m’étends aussi et je me limite
au contour désarmé qui me livre
à l’île de l’oubli où l’on se perd.
Séparé de lui et fondu en lui,
je me souviens que je le porte tout le jour
comme prison de fièvre qui m’opprime,
comme lèvres qui tiennent d’autres discours,
comme instinct qui se moque de mes désirs
ou actions déliées de ma force ;
mais à le regarder ainsi, sans le distinguer,
indifférent dans son attitude de pierre,
tigre de bronze, mare de silence,
colonne de cynisme abattue,
figure aveugle dans sa leçon de mort :
je le vois comme une chair intruse,
comme mal d’une plaie étrangère,
complice d’un destin que je ne comprends pas,
mutisme que n’atteint pas ma parole,
bourreau dans l’anesthésie séquestré.
Et pour cela à me sentir divisé de lui,
et à la fois de son moule prisonnier,
j’analyse, je doute, je réfléchis
que ses murs chétifs qui me cernent
sont flamme orpheline, terre spoliée,
eau assujettie à des veines submergées,
et humeur sans air arraché au vent ;
je suis prisonnier d’éléments
en combustion profonde qui cherchent
à fondre les maillons qui les unissent
afin de retrouver la pureté intacte
du lieu universel où ils étaient libres :
la terre demande son repos à la terre,
l’air, son acrobatie diaphane,
le feu, le délice de sa flamme,
et l’eau, la blancheur de son givre,
sa voie ou le prodige d’être nuage.

À son côté, ailé mais enraciné,
je le touche, je l’examine du dedans :
intérieur d’une église ensanglantée,
arcs gothiques, jungles musculaires,
pulsion entrelacée de lierres,
labyrinthe de clarté, de coquelicots,
entrailles de crypte où se dissimule
la numérique blancheur du squelette.
Et moi, en plein milieu, juge et coupable,
envahisseur rebelle et envahi,
voir qui découvre et se découvre,
unité qui contemple ses parties,
questionnement privé de réponse,
spectateur qui souffre en son propre sang,
usure corporelle de qui lui viennent
ses réserves croissantes d’agonie.

Si je suis son maître, pourquoi me semble-t-il étrange au toucher ?
Détaché de moi, ombre d’un arbre,
écorce suffocante de mon angoisse,
pansement qui me dissimule, étaie fragile,
aimant qui me réunit et me diffuse,
matière que je porte et qui m’emporte.
Et je suis en lui, présent inévitable,
uni dans le monologue et l’attente,
grandi malgré lui et trahi
par ses mains, ses yeux, ses passions,
la brûlante angoisse de ses délires,
la brume de ses moments de naufrage
et les éclairs de son allégresse.

Du dedans au dehors, de la racine au faîte,
je m’appuie, je me soulève, je largue mes forces
pour creuser, pour terminer les murs
qui survivent de me garder prisonnier ;
las, un amour naît en moi et me retient,
un fanatisme du refuge vital
l’attachement de l’âme et des cellules,
l’intimité de la forme et du fond,
accouplant leurs aveugles surfaces ;
et je me résigne, paisible
dans la prison ajustée qui m’épouse
afin de continuer de former le noeud de fièvre
par lequel je sais qu’en vérité je suis.

Eau, terre, feu et air, en continuelle
aspersion de leurs cajoleries chimiques,
immergés dans la fougue de leurs appétits,
dans un enchaînement caché d’élans,
ordonnant et aspirant leurs limites,
faisant et défaisant ce qu’ils tracent,
se dévorant eux-mêmes, recréant
la seule valeur de leur structure
en oppositions, attirances et obstacles
parce qu’ils aiment, désirent, cherchent, bâtissent
l’agir persistant qui les rend
à leur forme d’origine.

Cette unité d’éléments, ce nid
de luttes physiques, d’incessantes
réactions, est mon seul appui,
la source tragique de la force
qui me soutient au fond de mes soliloques.

(Elías Nandino)

Illustration: Nicole Helbig

 

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