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LES HEURES, COMME UN FLOT… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Mary Cassatt the-pensive-reader [800x600]

Les heures, comme un flot, viennent mourir en toi.
Pourquoi guetter un bruit de pas dans le silence ?
Ah! Le coeur n’est pas mort de ton adolescence.
Veux-tu donc le traîner toujours, comme une croix ?

Mon enfant, mon enfant, regarde dans la glace
Ce visage meurtri, ta bouche déjà lasse,
Ton front déjà plus vaste et plus grave — et tes yeux
Où ne vit plus l’espoir immuable et joyeux.

Mon enfant, mon enfant, accepte et prends un livre.
Et qui sait si l’amour ne viendra pas plus tard ?
Tu marches vers des mains, des lèvres, un regard,
Vers l’amour que contient ce qui te reste à vivre.

Le sombre azur du ciel emplit les vitres closes.
Ton front sent la douceur des anciens baisers —
Et voici que reflue, en ton coeur apaisé,
La pieuse et souffrante humilité des choses.

(François Mauriac)

Illustration: Mary Cassatt

 

 

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Les champs sont noir (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Abraham Poincheval 
    
Les champs sont noirs comme la bouche d’un tunnel
Ne quitte pas cette route qui vient des villes :
Le calme a des bordures qui cèdent comme des trappes.
Ne lève pas la main pour toucher le ciel bas.

Les nuages tombent de l’autre côté du monde,
lourds comme des forêts enfermées dans le vent,
larges comme les plaines qu’ils étouffent
et les pierres montrent les débris de chair de la terre.

Quelles douces mains s’accouvent sur nos fronts,
sous quels beaux miroirs se plaignent nos mémoires ?
Quand la pluie tombe, un grand fond de détresse
fait vaciller la joie qui monte dans l’homme.

Un geste indifférent résume le passé,
le coeur en battant a peur de faire du bruit,
la nuit ne peut consoler le cri des sirènes :
le monde est seul comme une bouteille bue.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Par-Delà la Mort persiste le Désir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Claude Monet  
    
Par-Delà la Mort persiste le Désir

Ô ma Maîtresse morte, aux yeux de pâle azur,
Je te vois dans ton lit que lave la rosée,
Dans ton cercueil fétide où coule un flot impur,
Et sans fin je t’adore, ô chair décomposée.

La nacre des baisers, des longs baisers d’hier,
Donne à ton corps brisé ce bleu de meurtrissure,
Ce vert, ce violet voluptueux et clair.
J’aspire ton parfum d’ombre et de moisissure.

Je te convoite avec des râles et des cris,
Moi qui reviens cueillir sur tes lèvres livides
Ces baisers d’autrefois, empestés et pourris,
T’étreindre et regarder sous tes paupières vides.

Tu m’attends, allongée au fond du soir troublant,
Et je viens m’enivrer de ton affreuse haleine
En me disant : « C’est elle, et voici son cou blanc,
Voici ses clairs cheveux, voici ses mains de reine.

« Que notre solitude est douce, ô mon Désir !
« Quel merveilleux silence où mon sanglot se brise !
« C’est elle que je vois divinement pâlir…
« Voici la nuit d’amour si tendrement promise.

« Quelle nuit de caresse et de fièvre ! Oh ! les seins
« Frais et fleuris, les flancs d’une forme suprême !
« Le velouté du ventre et la rondeur des reins
« La voici tout entière, et telle que je l’aime ! »

« Je suis le Ver qui vit de ton corps bien-aimé,
Qui dans l’ombre a rampé jusqu’à ta froide porte,
Le Ver toujours tenace et toujours affamé,
Dont l’éternel désir se repaît de chair morte.

(Renée Vivien)

 

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Ce que devient ton cœur sous les pois de senteur (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Ce que devient ton cœur sous les pois de senteur
Tes mains dures et dorées par les saisons elles changent
Ton cœur est sous tes mains et toi sous les fleurs.

(Valérie Rouzeau)

 

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La terre que je tire (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017




    
La terre que je tire est moins lourde que mon corps
et je suis lié à elle par les pas que je fais.
Devant moi elle est toujours prête à s’ouvrir
d’une tombe qu’il me faut sauter à chaque instant.

Minute par minute, je réchauffe mon coeur pour vivre.
Dès que j’entends le sang ruisseler sous mes tempes
l’amour se met à battre de mon regard à un autre regard
et de deux vies fait deux fleuves qui se côtoient.

Le soleil en plongée dans les bois
remonte en prenant la couleur de la terre,
tandis que mes yeux regardent le monde
comme des souterrains qui viennent du fond d’une existence.

Ma main tendue est une cime
dont le ciel se détourne avec indifférence
parce qu’elle ne peut se libérer du poids
qui la fait se rabattre sur un front sans chaleur.

Toute vie se passe renvoyée à un autre être
comme les carreaux se renvoient certains reflets
et c’est pour toujours l’obscurité des eaux
dont on ne connaît pas la profondeur.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les incendies se succèdent (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Artem Chebokha   
    
Les incendies se succèdent dans la nuit
découvrant ce que les murs ont de hagard,
ce que le regard de l’homme a d’inutile
quand il se mesure à la hauteur du ciel.

A peine éveillé, je me trouve à un carrefour
parce que les carrefours avancent avec moi,
avancent avec celui que mon coeur fait
pour que la mort arrive sans erreur jusqu’à lui.

Les mains sont faites pour être devant le visage
des barreaux de prison.
Ne cherche pas la rue par où tu crois fuir:
le poids du sang est partout le même.

La mémoire est là, dressée comme une statue
à chaque détour où je m’engage pour trouver l’oubli.
Tout brûle et le monde se tord comme des entrailles
où le jour fait en se levant un bruit de baiser.

Il faudra des siècles de ce moment de clarté
pour que je sache comment peut naître la joie.
Il faudra me pencher sur ce gouffre
d’où l’air respire à toutes les sources de l’espace
pour sentir la fraîcheur d’un seul visage de femme.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La Terre est à jamais fermée sous mes pas (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
La Terre est à jamais fermée sous mes pas
avec autour d’eux le désir insensé des moissons.
Je ne suis en vie que dans la nuit d’une chambre
située à n’importe quel étage du monde.

Des mots que je ne peux, que je ne sais pas dire,
des visages mal remplis par le souvenir que j’en ai
m’abordent avec l’insistance du feu
qui fait se lever et se coucher chaque jour.

Je passerai toute ma vie à chercher
les mots qui ont soudé mon visage au tien.
Mon front à peine haut comme la main
contient le ciel qui tombe de toutes parts.

Le désir est un souffle chaud qui m’accable
et se plaque contre moi comme le vent :
il ne reste pas sous ma peau une goutte de sang
qui ne vienne, mal éclairée, à sa rencontre.

Le désir est en moi, englué dans ma chair,
comme une forêt l’est en pleine terre.
C’est lui qui me force à crier mon chant de vie
quand la mort bat plus fort que mon coeur
et qu’elle est déjà couchée sur moi, front contre front.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Amour (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Cesar Santos   
    
Amour, crassier où le vent s’allume
crispé comme une main qui ne peut pas se rompre,
il n’y a sous tes cendres qu’un cri mal refermé,
un cri qui s’est repu de fièvre et de clarté
et pour lequel les gorges n’étaient pas assez rauques
et la bouche pas assez meurtrie, pas assez chaude.

Tous les baisers ont une odeur de brûlé.
Les mains tombent des seins comme des larves
et pendent insatisfaites autour de l’homme
hanté de toute cette chair qui s’est faite femme
et vers laquelle il tend un monde de désirs
qui roule dans son sang comme un noyé qui ne peut pas mourir.

Amour intime et tiède comme des entrailles,
toute ta force tient dans l’éclat d’un regard
apparu comme un peu d’eau parmi l’herbe,
dans la fermeté d’un sein qu’on froisse à travers sa lingerie,
dans quelques mots qui sous une apparence banale
ouvrent des chemins vertigineux autour des êtres,
dans quelques caresses qui collent à la peau
si exactement qu’elles prennent la forme d’un autre corps.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Il faut aimer la femme (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Il faut aimer la femme comme un objet
qui n’a de valeur que par la forme ou l’apparence.
Elle n’a que sa peau pour faire l’amour
de la même façon que le ciel n’a que l’eau
où descendre pour devenir terre parmi les flaques.

Les mots d’amour n’ont pas plus de sens
qu’une belle moisson qu’on va couper
et les regards que chacun tire de sa nuit
ne font pas durer le jour un moment de plus.

Les mains où l’on tient captive une femme
comme quelque chose qui va fondre
entrent dans son corps toujours ouvert
et s’y déploient comme une forêt de fougères.

Violent de tout ce que le désir couve en moi,
obsédé par la mort qui n’en finit pas de m’attendre,
je m’oriente vers vous, femmes de tous les jours,
comme une plante vers les hautes fenêtres du jour

Car je me souviens des routes qui font du monde
un lieu où l’on ne se rencontre jamais
parce que la mort tourne plus vite que lui,
laissant dépasser des têtes vides à chaque horizon.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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METRO (Henri Lacheze)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



 

METRO

Ne vous séparez pas de vos personnes âgées
Assurez-vous qu’aucun enfant n’a été oublié sous un siège
Signalez-nous toute femme abandonnée

Si vous parlez à un inconnu
Prenez des gants
Les mots laissent des traces

Elle vous a fait de l’oeil
Vous croyez avoir un ticket
Attention il n’est peut-être pas valable

Ne laissez pas vos mains sans surveillance
Elles pourraient s’égarer
Ne laissez pas traîner vos regards
Ils risquent de se perdre

Madame assurez-vous
Que c’est bien la main de votre voisin qui s’est fourvoyée
Avant de lui donner un aller et retour

Aidez-nous
Contrôlez-vous
Avant que ne le fassent nos agents

Veillez soigneusement à vos objets personnels
Surveillez votre tension,
Et votre taux de cholestérol

Et profitez de nos promotions
Achetez un billet sans retour
Vous verrez, vous n’en reviendrez pas

(Henri Lacheze)

Illustration

 

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