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Poésie

Posts Tagged ‘main’

LA ROSE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



LA ROSE,
ce matin, a osé desserrer
le bouton de ses lèvres :
« Je t’aime », murmure-t-elle,
et d’heure en heure
elle se fait plus belle.
A midi elle chante,
et le soir elle crie :
« Je t’aime ! Et toi,
m’aimes-tu aussi ?

Mais lui, bien sûr, en aime une autre.
Cela souvent se passe ainsi :
passent l’amour, la fleur de l’âge,
puis vient le vent du large
sur son cheval d’oubli…

Mais elle, aux mains de courage,
arrache ses pétales
le long du rivage endormi,
plonge parmi les étoiles
et se noie, toute nue,
dans la nuit.

(Christiane Barrillon)

Illustration: Jean Paul Avisse

 

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Ils portaient en eux (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



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Ils portaient en eux
plusieurs montures

Avaient des désirs
lourds de feuillages
aux mains multiples

L’espace appelait
Un rossignol affolait
les bois de l’été

(Georges Bonnet)

 Illustration: Max Ernst

 

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Ah dis ah dis ah dis ah bonjour (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2017



 

Ah dis ah dis ah dis ah bonjour

Quel est, dans le bois, ce lumineux coquelicot?
C´est le soleil plus matinal que tes jolis yeux ma chérie.
Quel est, dans le ciel, cet écho, ce cocorico?
C´est la chanson d´un jeune coq qui chante sur la prairie.
Quelle est cette goutte sur la joue de cette fleur?
C´est la rosée qui met partout qui met des larmes de bonheur.
Quelle est cette ardeur qui vient avec le gai printemps?
C´est du désir. Réveille-toi. La nature a vingt ans.

Ouvre ton cœur à l´amour.
Ouvre ta fenêtre au jour.
Laisse entrer chez toi le gai soleil et dis,
Ah dis, ah dis, ah dis : Ah Bon-jour!
Cueille la fleur, la plus belle.
Chante une chanson nouvelle
Et va-t´en courir sur les chemins
Qui sont de la nature les lignes de la main.

Prends un bain dans la rivière.
Sèche-toi dans la clairière
Et n´assieds pas ton derrière
Sur les orties familières…
Dis-toi que le temps est court,
Qu´il faut penser à l´amour.
Ouvre ton cœur et ta fenêtre au jour
Et dis : Ah dis, ah dis, ah dis : Ah Bon-jour!

Quel est cet oiseau qui, gentiment, nous applaudit?
C´est l´hirondelle de mon cœur qui chante, chante jour et nuit.
Quel est ce château qui nous sourit à l´horizon?
C´est le mirage le plus beau ma chérie : c´est notre maison.
Qui est ce gros chien qui jappe au bas de l´escalier?
C´est le gardien, le gros Médor dont le visage est familier.
Quel est cet étang qui nous invite à canoter?
C´est le bon temps, l´avenir, c´est le printemps et l´été.

(Charles Trenet)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Quand les pétales de rose tombent (Grâce Minlibé)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2017



 

Quand les pétales de rose tombent
Ne les laisse pas traîner sur le chemin
Recueille-les entre tes mains

(Grâce Minlibé)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Illustration

 

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Ce n’était pas une nuit pour dormir (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2017



 

Ce n’était pas une nuit pour dormir
mais une nuit Souple et légère
où la douceur de la main livre
sans compter son savoir
une nuit à aimer
comme les arbres aiment la terre

(Georges Bonnet)

Illustration: Marc Chagall

 

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On trouvait au jardin (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



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On trouvait au jardin trois ruches
sous les noisetiers au ras d’un escalier de pierre
l’eau claire d’un bassin
à la recherche d’un visage
Le matin une rosée maternelle
comme une main posée sur une autre main

L’agonie d’un rosier
sanglotée alentour
des outils amoncelés
qui ne vieillissent plus

(Georges Bonnet)

 Illustration

 

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Mon amour en légers atours (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



Mon amour en légers atours
Va passant parmi les pommiers,
Là où les vents joyeux ne rêvent
Que de courir de compagnie.

Où s’attardent les vents joyeux
Pour courtiser les jeunes feuilles
Mon amour s’en va lentement
Penchée vers son ombre dans l’herbe.

Où le ciel tend sa coupe bleue
Par-dessus la terre qui rit,
Mon amour relève, légère,
Sa robe d’une exquise main.

***

My love is in a light attire
Among the apple-trees,
Where the gay winds do most desire
To run in companies.

There, where the gay winds stay to woo
The young leaves as they pass,
My love goes slowly, bending to
Her shadow on the grass;

And where the sky’s a pale blue cup
Over the laughing land,
My love goes lightly, holding up
Her dress with dainty hand.

(James Joyce)

Illustration

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Le corps d’Eurydice (2/4) (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



Certains soirs elle ne savait pas
Ce qui, d’elle, était devenu insaisissable:
Une poignée de plumes rousses
Sur le ciel lisse, où volaient les fleurs du cerisier.
Où l’atteignait, porté par quelque souffle,
Un parfum indéfinissable. Etait-ce
Le laurier rose, dont la feuille est empoisonnée?
Sinon quel souvenir, ou quel désir
Aurait meublé les couches de lumière déclinante,
Et l’espace qui était en elle ce miroir
Obscurci, ce point de fuite, une heure
Avec de légers nuages sur le ciel pâle?
Un moment du monde aurait passé:

« Reprendre le chemin qui ramène
Vers ce lieu de moi-même où tout s’apaise
Et s’équilibre, est-ce tellement difficile
Mère mauvaise? Et me fondre dans ce qui m’appelait:
La nuit accueillante où le corps ne vieillit pas. »

Une vivante. Elle a fait son deuil d’elle-même.
Elle a erré parmi les petits noms de l’amour,
Les objets familiers: beaucoup de fleurs,
D’étoffes, de bijoux, pour embellir une vivante.
Pour retenir sur elle la lumière. Et la passion?
Et le manque, et le besoin, et le plaisir?
Enfin pour finir cette chambre
Sans lit et sans miroirs, où elle se dévisageait
Un moment dans une fenêtre blanche,
Avant de se détourner tout à fait du dehors,
Respirant profondément l’odeur douceâtre
Des bouquets fanés sur la table:

« Nue dans la mémoire, comme dans l’amour,
C’est là que j’ai appris à être impitoyable
Avec ma vie, à n’être plus que du temps
Sans désir comme le soleil sur les pierres nues,
Les pages, désertées d’êtres écrites. »

Ce qui, d’elle, était devenue méconnaissable,
Une partie d’elle-même donc, sa main seulement
Ou sa personne tout entière, les concours
De ce qu’on nomme l’âme? Et beaucoup plus tard
Ce furent d’autres fleurs, celles des paulownias
Qui forment une sorte de ciel mauve
Quand le vrai ciel s’emplit de noir.
Ce qu’il faudrait, de toute urgence, ressaisir,
Elle ne savait toujours pas. – Et pourquoi
Saisir plutôt que se laisser saisir?
Elle regardait alors ces grappes de fleurs,
Respirait cette brume mauve. Elle était capable
D’en jouir. Puis le bleu plus profond
Se mettait tout autour, c’était
Un chef-d’oeuvre de tendresse,
De distraction, ou de destruction:

« Mère mauvaise, non, je n’ai pas changé ma vie.
Mais je suis revenue, parmi les miens, quel que fût
Cet inconnu qui me forçait à aimer l’amour.
Dérobée à lui-même, mes gestes mutilés,
Ceux d’une autre? Sa tête perdue. »

(Claude Adelen)

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Caresse (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



 

Lauri Blank -    (46)

Caresse

Tu m’as pris jeune, simple et beau,
Joyeux de l’aurore nouvelle ;
Mais tu m’as montré le tombeau
Et tu m’as mangé la cervelle.

Tu fleurais les meilleurs jasmins,
Les roses jalousaient ta joue ;
Avec tes deux petites mains
Tu m’as tout inondé de boue.

Le soleil éclairait mon front,
La lune révélait ta forme ;
Et loin des gloires qui seront
Je tombe dans l’abîme énorme.

Enlace-moi bien de tes bras !
Que nul ne fasse ta statue
Plus près, charmante ! Tu mourras
Car je te tue – et je me tue.

(Charles Cros)

Illustration: Lauri Blank

 

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Un soleil, un silence, une source (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



Un soleil, un silence, une source
le vol transparent d’une libellule
l’ombre bleue où lézarde un parfum d’herbe rousse
tous les présents joyeux des canicules
désirés par les coeurs et par les brins de mousse
heureux mais alarmés de tant de chaleurs douces

et ma main solitaire se brûle
malgré l’amitié de l’eau fraîche
sur la pierre polie et sèche
au souvenir des vies offertes
et des corps qui désertent.

(Robert Mallet)

Illustration

 

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