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Poésie

Posts Tagged ‘main’

Pesante douceur (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Pascal Renoux

Pesante douceur

La douceur est
dans le creux de nos mains,
quand la paume
consent à la forme étrangère.

La douceur est
dans le ciel et sa voûte nocturne,
quand le lointain
à la terre s’accommode.

La douceur est
dans ta main et la mienne,
quand la proximité brusquement
nous enferme.

La mélancolie est
dans ton regard et le mien,
quand la pesanteur
nous accorde l’un à l’autre.

***

Schwere Sanftmut

Sanftmut ist
Im inneren unserer Hände,
wenn die Fläche sich
zur fremden Form bequemt.

Sanftmut ist
Im Nacht-gewölbten Himmel,
wenn die Ferne sich
der Erde anbequemt.

Sanftmut ist
In deiner Hand und meiner,
wenn die Nähe jäh
uns gefangen nimmt.

Schwermut ist
In Deinem Blick und meinem,
wenn die Schwere uns
ineinander stimmt.

(Hannah Arendt)

Illustration: Pascal Renoux

 

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JAMAIS PLUS ! (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



JAMAIS PLUS !

Quand le printemps revient, sous l’ombre des saulaies,
Mirer son jeune front à la fraîcheur des eaux,
Et rendre au bois feuillu toutes les notes gaies
Qu’en bâtissant leur nid fredonnent les oiseaux,

Quand la fleur d’aubépin se courbe sous une aile,
Que le blé qui grandit estompe les sillons,
Que le muguet s’entr’ouvre, et que, sur sa dentelle,
A travers le soleil, volent les papillons,

L’esprit chargé de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je vais, comme l’on va vers une ensevelie,
Écarter un linceul et contempler l’amour.

Il est là, pâle et froid, la paupière fermée,
Le coeur ne battant plus, et, cependant, si beau!
Insensible à ma voix, jadis la voix aimée,
Endormi pour jamais dans la nuit du tombeau.

Je mets, les yeux en pleurs, ma lèvre sur sa bouche,
Je lui dis : « Viens, je t’aime!… Ecoute, tout renaît!
Viens! C’est moi qui te parle et c’est moi qui te touche!»
Mais il ne me répond ni ne me reconnaît.

« Mon amour, mon amour, éveille-toi, c’est fête!
La violette a mis son étoile au gazon,
C’est la saison d’aimer, pour aimer je suis prête,
C’est la délicieuse et divine saison!

« Viens !… nous irons encor, sous la lune attiédie,
Redire les serments que tu m’as répétés ! »
Mais sa main de ma main s’échappe, refroidie,
Et l’arc brisé d’Eros demeure à ses côtés.

Il n’est plus ! je maudis le sourire des choses,
Le velours de la mousse et la paix des étangs;
Je maudis la nature et ses métamorphoses,
Je maudis le soleil, je maudis le Printemps,

Et, l’esprit plein de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je laisse ma jeunesse, hélas! ensevelie,
S’endormir pour jamais au tombeau de l’Amour!

(Noël Bazan)

Illustration: Emile Vernon

 

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Tristesse (Napoléon Aubin)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Tristesse

Seul bien que j’envie,
Amour! douce erreur!
Viens, ma triste vie
S’éteint de langueur.
Ô coupe d’ivresse,
Pourquoi te tarir?
Ô fleur de jeunesse,
Pourquoi te flétrir?

Une fièvre ardente
Consume mes os :
Chacun se tourmente
Pour changer de maux,
On suit sa chimère,
On fait des projets…
Et bientôt la terre
Les couvre à jamais.

Comme un flot se brise
Aux rochers du bord,
Ma vigueur s’épuise
À vaincre le sort.
Mal qui me possèdes,
Abrège ton cours!
Combien tu m’obsèdes,
Ô fardeau des jours!

Seul parmi la foule
Je m’en vais rêvant,
Et sans but je roule
Au pouvoir du vent.
J’offre, en ma détresse,
J’offre à tous la main,
Mais nul ne la presse;
Ils vont leur chemin…

Ô mélancolie
Qui partout me suit,
Vois, mon âme se plie
Aux faix des ennuis!
Chaque doux prestige
A fui devant toi :
Monde où tout m’afflige
Que veux-tu de moi?

La joie est donnée
À nos jeunes ans.
La vie et l’année
N’ont qu’un seul printemps.
Malheur à qui chasse
Les tendres plaisirs;
L’hiver bientôt glace
Et fleurs et désirs…

Je vis une rose
Au déclin du jour;
Que ma main t’arrose,
Dis-je, ô fleur d’amour!
Pour qu’elle te cueille
Demain sans retard.
Je vins… mais sa feuille
Volait au hasard.

(Napoléon Aubin)

 

 

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La Caresse (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



La Caresse

Mes chaudes mains, baigne-les
Dans les tiennes… Rien ne calme
Comme d’amour ondulés
Les passages d’une palme.

Tout familiers qu’ils me sont,
Tes anneaux à longues pierres
Se fondent dans le frisson
Qui fait clore les paupières

Et le mal s’étale, tant,
Comme une dalle est polie,
Une caresse l’étend
Jusqu’à la mélancolie.

(Paul Valéry)

 

 

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LA CARESSE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

LA CARESSE

Mes chaudes mains, baigne-les
Dans les tiennes…. Rien ne calme
Comme d’amour ondulés
Les passages d’une palme.

Tout familiers qu’ils me sont,
Tes anneaux à longues pierres
Se fondent dans le frisson
Qui fait clore les paupières

Et le mal s’étale, tant,
Comme une dalle est polie,
Une caresse l’étend
Jusqu’à la mélancolie.

(Paul Valéry)

Illustration: Bénédicte Pontet

 

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A L’ABSENTE (Georges Druilhet)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



A L’ABSENTE

Que n’es-tu près de moi, sous tes fins cheveux blonds !…
Nous qui parle pouvoir d’un coup d’œil nous troublons,
Nous, poètes pensifs qu’une parole enivre,
Avons besoin surtout de tendresse pour vivre.
Sans la femme et le guide amical de sa main,
Nous ne saurions risquer nos pas sur le chemin
Que la vie a tendu de perfides embûches…
— Oh ! lorsqu’en l’âtre clair et gai flambent les bûches,
Je voudrais te sentir ici, près des landiers ;
Ou, quand les vastes cieux semblent incendiés
Au couchant, j’aimerais te conduire à l’orée
Du bois où se diffuse une cendre dorée.
Le crépuscule est doux aux amants. Lorsque à deux
Ils marchent, en suivant un sentier hasardeux,
Leurs mains s’enlacent mieux ; les prunelles en flammes
Eclairent les secrets cochés au fond des âmes ;

Et l’amer sentiment qu’ici-bas tout finit.
Que la feuille s’envole avec l’herbe du nid,
A l’heure où la forêt, veuve d’ombre, abandonne
Sa parure éphémère aux souffles de l’automne,
Cette angoisse des cœurs, si prompte à les saisir
Qu’elle devrait glacer aux veines le désir,
Bien au contraire ajoute à sa toute-puissance…
— Rien ne lasse l’Amour, rien, pas même l’absence,
Tu le sais, puisque loin de toi je rêve encor
A ton visage pur nimbé de rayons d’or.

(Georges Druilhet)

 

 

 

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Le meilleur moment des amours (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Le meilleur moment des amours
N’est pas quand on a dit : « Je t’aime. »
Il est dans le silence même
À demi rompu tous les jours ;

Il est dans les intelligences
Promptes et furtives des cœurs ;
Il est dans les feintes rigueurs
Et les secrètes indulgences ;

Il est dans le frisson du bras
Où se pose la main qui tremble,
Dans la page qu’on tourne ensemble
Et que pourtant on ne lit pas.

Heure unique où la bouche close
Par sa pudeur seule en dit tant ;
Où le cœur s’ouvre en éclatant
Tout bas, comme un bouton de rose ;

Où le parfum seul des cheveux
Parait une faveur conquise !
Heure de la tendresse exquise
Où les respects sont des aveux.

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Raymond Peynet

 

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Eveil amoureux (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Eveil amoureux

A travers les volets, un rayon de soleil
Se glisse pour venir colorer de vermeil
Ton sourire épanoui sur le coin de ta bouche.
Au réveil du matin, quand bourdonne la mouche,
Ton regard de tendresse annonce le baiser
Et promet la caresse à mon corps apaisé

Le geste de ta main conjugue la luxure
D’une chair qui se donne à l’âme la plus pure.
Les courbes de ton corps dessinent l’horizon
Que ma main peut toucher au sein de la maison.
Qu’elle soit allumée ou qu’elle soit éteinte,
La lumière en nos cœurs éclaire notre étreinte.

Il n’est rien de plus saint que ce divin péché
Auquel nous succombons au lever, au coucher
Et j’ose proclame .  » Ce n’est pas un blasphème
De s’unir dans la chair du moment que l’on s’aime »

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Francine Van Hove

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Ondes (Isabelle Minière)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018


 

Ondes

Quand tu en as besoin
ou bien
quand tu ne vas pas bien
je t’envoie des ondes
des ondes minuscules
des micro ondes

Je les enveloppe
avec beaucoup de soin
je les place tout au milieu
de quelques gouttes d’eau
c’est mon paquet cadeau
Et quand il pleut
sur tes cheveux
sur ta peau
sur ton chemin
ce n’est pas que de l’eau
cette pluie-là
ce sont mes pensées pour toi
tombées du ciel

Ou bien encore
avec beaucoup d’attention
j’éparpille mes petites ondes
minuscules
sur la paume de ma main
et puis je souffle, doucement
je sème
c’est mon jardinage
magique
microscopique

Et quand tu sens
sur ton visage
sur ta peau
sur ton chemin
cette petite bise
venue du ciel
ce sont mes pensées pour toi

Parfois tu ne les perçois pas
Ce n’est que de l’eau
Ce n’est que du vent
Mais souvent
tu les reçois
cinq sur cinq

J’aime cette magie-là
abracadabra
Tu vois, c’est juste ça :
on est sur la même longueur d’ondes

(Isabelle Minière)

 

 

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VIVRE D’ATTENDRE (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



 

enfant Varsovie

VIVRE D’ATTENDRE

vivre d’attendre
attendre de vivre
mais le ciel est en nous
puisque nous le respirons
l’enfant ne passe toujours pas
en moi
c’est lui qui voit
par moi
c’est moi qui marche par lui
les bras levés dans la tête
le vélo vole à travers champs
maintenant les bombes
explosent ailleurs
les autres tombent quelque part en moi
c’est pourquoi j’ai mal
mais c’est ainsi qu’on se parle
entre inconnus si proches
nous nous racontons nos guerres
les souvenirs ont la main
sur le ventre pour s’endormir

(Henri Meschonnic)

 

 

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