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Poésie

Posts Tagged ‘malaise’

Que ma présence (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



Que ma présence qui vous cause
énigmatique malaise,
haine sans rémission,
soit météore
dans votre âme.

(René Char)

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LENTO (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018


 


 

Alex-Alemany-4

Lento

Je veux ensevelir au linceul de la rime
Ce souvenir, malaise immense qui m’opprime.

Quand j’aurai fait ces vers, quand tous les auront lus
Mon mal vulgarisé ne me poursuivra plus.

Car ce mal est trop grand pour que seul je le garde
Aussi, j’ouvre mon âme à la foule criarde.

Assiégez le réduit de mes rêves défunts,
Et dispersez ce qu’il y reste de parfums.

Piétinez le doux nid de soie et de fourrures;
Fondez l’or, arrachez les pierres des parures.

Faussez les instruments. Encrassez les lambris;
Et vendez à l’encan ce que vous aurez pris.

Pour que, si quelque soir l’obsession trop forte
M’y ramène, plus rien n’y parle de la morte.

Que pas un coin ne reste intime, indéfloré.
Peut-être, seulement alors je guérirai.

(Avec des rhythmes lents, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

Un jour, j’ai mis mon coeur dans sa petite main
Et, tous en fleur, mes chers espoirs du lendemain.

L’amour paye si bien des trésors qu’on lui donne!
Et l’amoureuse était si frêle, si mignonne!

Si mignonne, qu’on l’eût prise pour une enfant
Trop tôt belle et que son innocence défend.

Mais, elle m’a livré sa poitrine de femme,
Dont les soulèvements semblaient trahir une âme.

Elle a baigné mes yeux des lueurs de ses yeux,
Et mes lèvres de ses baisers délicieux.

(Avec des rhythmes doux, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

Mais, il ne faut pas croire à l’âme des contours,
A la pensée enclose en deux yeux de velours.

Car un matin, j’ai vu que ma chère amoureuse
Cachait un grand désastre en sa poitrine creuse.

J’ai vu que sa jeunesse était un faux dehors,
Que l’âme était usée et les doux rêves morts.

J’ai senti la stupeur d’un possesseur avide
Qui trouve, en s’éveillant, sa maison nue et vide.

J’ai cherché mes trésors. Tous volés ou brisés!
Tous, jusqu’au souvenir de nos premiers baisers!

Au jardin de l’espoir, l’âpre dévastatrice
N’a rien laissé, voulant que rien n’y refleurisse.

J’ai ramassé mon coeur, mi-rongé dans un coin,
Et je m’en suis allé je ne sais où, bien loin.

(Avec des rhythmes sourds, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

C’est fièrement, d’abord, que je m’en suis allé
Pensant qu’aux premiers froids, je serais consolé.

Simulant l’insouci, je marchais par les rues.
Toutes, nous les avions ensemble parcourues!

je n’ai pas même osé fuir le mal dans les bois.
Nous nous y sommes tant embrassés autrefois!

Fermer les yeux? Rêver? Je n’avais pas dans l’âme
Un coin qui n’eût gardé l’odeur de cette femme.

J’ai donc voulu, sentant s’effondrer ma raison,
La revoir, sans souci de sa défloraison.
Mais, je n’ai plus trouvé personne dans sa forme.
Alors le désespoir m’a pris, lourd, terne, énorme.

Et j’ai subi cela des mois, de bien longs mois,
Si fort, qu’en trop parler me fait trembler la voix.

Maintenant c’est fini. Souvenir qui m’opprimes,
Tu resteras, glacé, sous ton linceul de rimes.

(Charles Cros)

Illustration: Alex Alemany

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RIMES DU COEUR (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



RIMES DU COEUR

De ce temps si vite passé
Rien n’est resté à la patience.

Je n’eus pas le temps d’y penser
Ni de faire un traité d’alliance
J’ai tout pris et tout dépensé.

Chaque plaisir, chaque malaise
Trouvaient les mots qui font pâlir.

Rimes du cœur sous les mélèzes,
La forêt comprend le désir
Et pleurait pour que mieux je plaise.

J’ai pris le rire en sa saison
Quand il venait en avalanche.

Quand parfumés de déraison
S’ouvraient les jasmins à peau blanche
J’acceptais la comparaison.

Il faisait bon si j’étais bonne
Meilleur si je faisais semblant.

Les vœux qu’on ne dit à personne
Éveillés par le cri des paons
Chantaient au remords qui fredonne.

La neige tombe, ohé! traîneau
Je vais partir en promenade.

La neige anoblit mon manteau
Je suis la reine des nomades
Dans mon lit à quatre chevaux.

Je suis la reine sans coutumes
Qui connaît tous les jeux anciens.

La parole était mon costume
Et la lune mon petit chien
Jaloux d’un astre qui s’allume.

Une larme au bord de mes cils
Je dois poursuivre mon voyage.

Beau château restez de profil,
Pour rebroder vos personnages
Je prends mon aiguille et mon fil.

Le bonheur est un invalide
Qui passe en boitant comme moi.

Il n’a pas l’épaule solide
Mais je sais ce que je lui dois:
Mon cœur est plein, j’ai les mains vides.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

 

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On marche (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018


Le_voyage_Talbot_Large_

 

on marche

les yeux n’accrochent pas
ils glissent
sur les marguerites d’automne

un malaise

on ne sait pourquoi

comme une fêlure fine
un aigu faible
dans le silence
du dimanche

(Antoine Emaz)

Illustration

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Les serres et les bois (Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



    

Les serres et les bois

Dans les serres silencieuses
Où l’hiver invite à s’asseoir,
Sous un jour blême comme un soir
Fument les plantes précieuses.

L’une, raide, élançant tout droit
Sa tige aux longues feuilles sèches,
Darde au plafond, comme des flèches,
Les pointes d’un calice étroit.

Une autre, géante à chair grasse,
Que hérissent de durs piquants,
Ne sourit que tous les cinq ans
Dans une éclosion sans grâce.

Une autre, molle en ses efforts,
Grimpe au vitrail, et la captive
Regarde en pitié l’herbe active
Qui tient tête au vent du dehors.

Pas un souffle ici, rien ne bouge ;
Toutes versent avec lenteur,
A flots lourds, la fade senteur
De leur floraison fixe et rouge.

Celui qu’elles charment d’abord,
Dans cet air qui bientôt lui pèse,
Envahi par un grand malaise,
Descend de l’ivresse à la mort.

Ah ! Que mille fois plus aimée
La violette, fleur des bois !
Et que plus saine mille fois
La chambre qu’elle a parfumée !

Son baume, loin d’appesantir,
Allège et fait l’âme nouvelle ;
mais fine, il faut s’approcher d’elle,
La baiser, pour la bien sentir.

(Sully Prudhomme)

 

 

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Je suis comme la licorne (Thibaut de Champagne)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018


 


 

Je suis comme la licorne
Qui s’ébahit en regardant
La jeune fille
Eprouvant un si doux malaise
Qu’elle se pâme en son giron ;
Alors on la tue par trahison.
C’est ainsi que m’ont blessé à mort
l’Amour et ma dame, en vérité :
Ils ont pris mon coeur que je ne puis ravoir.

Dame, quand je fus devant vous
Et que je vous vis pour la première fois,
Mon coeur était si tremblant
Qu’il resta, entre vos mains, quand je partis.
Il fut alors conduit, sans rançon,
Captif en la douce prison
Dont les piliers sont de désir,
Et les portes de beau regard,
Et les anneaux de bon espoir.

(Thibaut de Champagne)

 

 

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Etre poète (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2018



Etre poète,
c’est avoir de l’appétit
pour un malaise
dont la consommation,
parmi les tourbillons
de la totalité des choses
existantes et pressenties,
provoque,
au moment de se clore,
la félicité.

(René Char)

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Que ma présence (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    

Que ma présence qui vous cause énigmatique malaise,
haine sans rémission,
soit météore dans votre âme.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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De chaque instant naît un nouvel instant (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



De chaque instant naît un nouvel instant,
qui comporte de nouvelles possibilités
et s’avère parfois, de façon inattendue, être un nouveau cadeau.
Et l’on ne doit jamais retenir ni prolonger inutilement un moment de malaise,
parce que l’on risque d’entraver ainsi la naissance d’un moment plus riche.

(Etty Hillesum)

 

 

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Être poète (René Char)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



René Charjpg

Être poète, c’est avoir de l’appétit pour un malaise dont la consommation,
parmi les tourbillons de la totalité des choses existantes et pressenties,
provoque, au moment de se clore, la félicité.

(René Char)

 

 

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