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Poésie

Posts Tagged ‘malédiction’

LA MALÉDICTION (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Illustration: Helene Fuhs
    
LA MALÉDICTION

Je vous aime je vous aime
je n’en finis plus de croiser vos sosies
je fais un nid avec mes peines
un herbier avec mes soucis

Dans l’attente l’amour est modèle réduit
petit moteur qui fait du bruit
mais inapte au voyage
je n’en finis plus d’aimer vos sosies

Votre nom rue dans mes vertèbres
je me retourne je dis oui
je me résigne aux joies funèbres
je n’en finis plus d’inventer vos sosies

De l’un à l’autre je suis fidèle
amour je relève le défi
Dieu nous a mis du plomb dans l’aile
sous la nuit morte l’eau sourit.

(Jean Sénac)

 

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Poursuis, poète (David Gascoyne)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



 

Poursuis, poète

Poursuis, poète, poursuis toujours
Jusqu’au fond de la nuit,
De ta voix ouverte et libre
Persuade nous encore de nous réjouir,
Par la culture du poème,
Fais de la malédiction une vigne,
Chante l’échec de l’homme
Dans une extase de douleur ;
Dans les déserts du cœur
Que jaillisse la fontaine salvatrice ;
Dans la prison de ses jours
Enseigne à l’homme libre a louange.

(David Gascoyne)

Illustration: SknijKunst

 

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Chagrin d’enfant (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: William Blake
    
Chagrin d’enfant

Ma mère gémit, mon père pleura ;
Je sautai dans ce monde dangereux,
Désarmé, nu, pépiant à tue-tête
Comme un démon caché dans un nuage.

Me débattant dans les mains de mon père
Me démenant dans mes langes
Ficelé et las, je préférais
Bouder sur le sein de ma mère.

Quand je vis que la rage était vaine
Que bouder ne servirait de rien
Après bien des espiègleries et des ruses
Je commençai à m’apaiser et à sourire.

Je m’apaisai de jour en jour.
Le moment vint où je tins debout sur le sol
Et je souris nuit par nuit
N’ayant de but que le plaisir.

Et je vis devant moi briller
Des grappes de la vigne sauvage
Et nombreux, des arbres et des fleurs charmants
Étendirent sur moi leur floraison printanière.

Mon père alors, avec les yeux d’un saint,
Un livre saint dans les mains
Prononça des malédictions sur ma tête
Et me lia à l’ombre d’un myrte.

***

INFANT SORROW

My mother groand! my father wept.
Into the dangerous world I leapt:
Helpless, naked, piping loud;
Like a fiend hid in a cloud.

Struggling in my fathers hands:
Striving against my swadling bands:
Bound and weary I thought best
To sulk upon my mothers breast.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

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Amour (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018




Amour

Sur ma palette, j’ai dessiné l’arc-en-ciel de l’amour,
L’amour sur tous ses tons.
Ah! L’amour…
Il y a:
L’amour-passion
Qui renie toute raison,
L’amour-tendresse
Qui console des tristesses…
L’amour-toujours,
On ne se quitte pas un jour…
L’amour déchaîné
L’amour éperdu
L’amour enchaîné
L’amour-prison…
L’amour-isolation…
L’amour-amitié
L’amour-bonté
L’amour-pitié…
L’amour-habitude,
L’amour-solitude
L’amour -platitude
L’amour platonique
L’amour-tromperie,
L’amour-duperie,
L’amour-gâterie
L’amour-haine
L’amour aberration,
L’amour-malédiction,
L’amour funeste…
L’amour-ennui
L’amour d’une nuit…
L’amour-idolâtrie,
L’amour-divagation,
L’amour-dévastation…
L’amour-papillon…
L’amour concertation
L’amour-complicité
L’amour secret…
L’amour ardent,
L’amour éclatant,
L’amour absolu :
L’amour céleste…
L’amour-consolation…
L’amour heureux
L’amour malheureux…

ET toi ?
Dis-moi qui tu es…

(Mireille Gaglio)

Illustration

 

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Je me fête et me hais moi-même (Leopoldo María Panero)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Je me fête et me hais moi-même
je palpe le mur où il faudra graver mon absence
tandis que le poème s’écrit contre moi,
contre mon nom
contre une malédiction du temps.

Je crache ces vers dans le refuge de Dieu
où rien n’existe
sinon le poème contre moi.

***

Me celebro y me odio a mí mismo
palpo el muro en que habrà de grabarse mi ausencia
mientras el poema se escribe contra mí,
contra mi nombre
como una maldición del tiempo.

Escupo estos versos en la guarida de Dios
donde nada existe
sino el poema contra mí.

(Leopoldo María Panero)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Les germes (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2017



   
    
Les germes, souvent presque invisibles, ne semblent rien,
et cependant ils portent en eux déjà leur splendeur ou leur malédiction futures,
en eux, dans cette force interne, mystérieuse,
qui les appelle à vivre, les fait monter vers la lumière, leur impose une forme,
— la forme d’où naîtra leur destinée à venir, leur joie et leur orgueil,
ou leur indicible misère, la joie, l’orgueil d’Hélène et de Cléopâtre,
ou la misère du pauvre, de l’idiot, du lépreux, du scrofuleux couvert d’ulcères.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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N’ayant pas droit à la lumière (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



N’ayant pas droit à la lumière
je me noircirai davantage,
je détournerai sur moi les ténèbres,
afin, mon âme ayant bu toute l’ombre,
que la beauté en soit lavée
[…]

Je m’efforcerai de rendre cette malédiction
si profonde et si sombre
qu’elle en soit belle
[…]

je l’utiliserai pour faire briller les ténèbres
[…]

Ne pouvant être au cœur de la beauté,
je serai la Nuit.

(Lydie Dattas)

Illustration: Christian Schloe 

 

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Tout comme une femme (Bob Dylan)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



tout-comme-une-femme

Tout comme une femme

Personne ne ressent la moindre douleur
Ce soir tandis que je suis sous la pluie
Tout le monde sait
Que Baby a des vêtements neufs
Mais récemment j’ai vu que ses rubans et ses nœuds
Sont tombés de ses boucles.
Elle prend comme une femme, oui, c’est ça
Elle fait l’amour comme une femme, oui, c’est ça
Et elle souffre comme une femme
Mais elle rompt comme une petite fille.

La Reine Marie est mon amie
Oui je pense que j’irai la revoir
Personne ne doit croire
Que Baby ne peut être bénie
Jusqu’à ce qu’elle voit finalement qu’elle est comme tous les autres
Avec sa brume, ses amphétamines et ses perles.
Elle prend comme une femme, oui, c’est ça
Elle fait l’amour comme une femme, oui, c’est ça
Et elle souffre comme une femme
Mais elle rompt comme une petite fille.

Il pleuvait depuis le début
Et moi je mourais de soif là-bas
Alors je suis entré ici
Et ton ancienne malédiction fait encore mal
Mais ce qui est pire
C’est cette douleur ici
Je ne peux rester ici
N’est-il pas clair que…

Je ne suis simplement pas à ma place
Oui je crois qu’il est temps pour nous de nous séparer
Quand nous nous reverrons
Présentés comme des amis
Je t’en prie ne dévoile pas que tu me connaissais quand
J’avais faim et que c’était ton monde.
Oh, tu fais semblant comme une femme, oui, c’est ça
Tu fais l’amour comme une femme, oui, c’est ça
Puis tu souffres comme une femme
Mais tu rompts comme une petite fille.

***

Just Like A Woman

Nobody feels any pain
Tonight as I stand inside the rain
Ev’rybody knows
That Baby’s got new clothes
But lately I see her ribbons and her bows
Have fallen from her curls.
She takes just like a woman, yes, she does
She makes love just like a woman, yes, she does
And she aches just like a woman
But she breaks just like a little girl.

Queen Mary, she’s my friend
Yes, I believe I’ll go see her again
Nobody has to guess
That Baby can’t be blessed
Till she sees finally that she’s like all the rest
With her fog, her amphetamine and her pearls.
She takes just like a woman, yes, she does
She makes love just like a woman, yes, she does
And she aches just like a woman
But she breaks just like a little girl.

It was raining from the first
And I was dying there of thirst
So I came in here
And your long-time curse hurts
But what’s worse
Is this pain in here
I can’t stay in here
Ain’t it clear that–

I just can’t fit
Yes, I believe it’s time for us to quit
When we meet again
Introduced as friends
Please don’t let on that you knew me when
I was hungry and it was your world.
Ah, you fake just like a woman, yes, you do
You make love just like a woman, yes, you do
Then you ache just like a woman
But you break just like a little girl.

(Bob Dylan)

 

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Mort en poésie (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Une fin comme une autre
ou une mort en poésie…

Si tu savais comme je lutte de tout mon souffle
contre la malédiction de bâtiments qui craquent
telles ces forces de naufrage qui me hantent
tel ce goût de l’être à se défaire que je crache

et quoi dire que j’endure dans toute ma charpente
ces années vides de la chaleur d’un autre corps
je ne pourrai pas toujours, l’air que je respire
est trop rare sans toi, un jour je ne pourrai plus

ce jour sera la mort d’un homme de courage inutile
venue avec un froid dur de cristaux dans ses membres
mon amour, est-ce moi plus loin que toute la neige
enlisé dans la faim, givré, yeux ouverts et brûlés

(Gaston Miron)


Illustration: John William Waterhouse

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Présence de l’absence (Rina Lasnier)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Présence de l’absence

Tu es né mêlé à moi comme à l’archaïque lumière les eaux sans pesanteur,
Tu es né loin de moi comme au bout du soleil les terres noyautées de feu,
Tu nais sans cesse de moi comme les mille bras des vagues courant sur la mer toujours étrangère;
C’est moi ce charroi d’ondes pour mûrir ton destin comme midi au sommet d’une cloche;

Cette gorgée d’eau qui te livre la cime du glacier, c’est mon silence en toi,
Et c’est le sillage de mon défi cette odeur qui t’assujettit à la rose;
Cette pourpre dont tu fais l’honneur de ton manteau, c’est le deuil violent de mon départ;
C’est moi l’amour sans la longue, la triste paix possessive…

Moi, je suis en toi ce néant d’écume, cette levure pour la mie de ton pain;
Toi, tu es en moi cette chaude aimantation et je ne dévie point de toi;

C’est moi qui fais lever ce bleu de ton regard et tu couvres les plaies du monde.
C’est moi ce remuement de larmes et tout chemin ravagé entre les dieux et toi.
C’est moi l’envers insaisissable du sceau de ton nom.

Si ton propre souffle te quittait, je recueillerais pour toi celui des morts dérisoires;
Si quelque ange te frustrait d’un désir, ce serait moi la fraude cachée dans la malédiction.
Toi, tu nais sans cesse de moi comme d’une jeune morte, sans souillure de sang;
De ma fuite sont tes ailes, de ma fuite la puissance de ton planement;
De moi, non point l’hérédité du lait, mais cette lèvre jamais sauve du gémissement.

Je suis l’embrasement amoureux de l’absence sans la poix de la glutineuse présence.

(Rina Lasnier)

Illustration: Eric Fortune

 

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