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Poésie

Posts Tagged ‘malheur’

Villanelle (Joachim du Bellay)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020




Villanelle

En ce mois délicieux,
Qu’amour toute chose incite,
Un chacun à qui mieux mieux
La douceur du temps imite,
Mais une rigueur dépite
Me fait pleurer mou malheur.
Belle et franche Marguerite
Pour vous j’ai cette douleur.

Dedans votre oeil gracieux
Toute douceur est écrite,
Mais la douceur de vos yeux
En amertume est confite,
Souvent la couleuvre habite
Dessous une belle fleur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ai cette douleur.

Or, puis que je deviens vieux,
Et que rien ne me profite,
Désespéré d’avoir mieux,
Je m’en irai rendre ermite,
Pour mieux pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ai cette douleur.

Mais si la faveur des Dieux
Au bois vous avait conduite,
Ou, d’espérer d’avoir mieux,
Je m’en irai rendre ermite,
Peut être que ma poursuite
Vous ferait changer couleur.
Belle et franche Marguerite
Pour vous j’ai cette douleur.

(Joachim du Bellay)

Illustration: Alfons Mucha

 

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Avenir (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020




Avenir

Sautons un millier d’années…
Les hommes ont évolué
Et ne sont plus que pensée.

Ils n’ont plus ni mains, ni pieds,
Ils se sont tant développés…
Et ils ont même un cœur d’acier !

Pour conjuguer le verbe  » aimer  »
Doivent s’en référer
Aux rapports ultra secrets
D’un monde dépassé.
Pour respirer, n’ont plus de nez,
D’ailleurs à quoi bon respirer,
Puisqu’ils ne sont plus que pensée… ?
Ils ne connaissent plus la beauté
Car elle est surannée !
Non, ils ne sont plus que pensée…
Les fleurs, les odeurs,
Le bonheur, le malheur,
Ne savent plus ce que c’est…
Même mourir, c’est terminé !
– Insensé ! –

A vivre sont condamnés,
Dans ce monde d’acier
Sans beauté…

(Mireille Gaglio)

Illustration

 

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ANGOISSE (Kadia Molodowski)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019



Illustration: Mako Moya
    
ANGOISSE

Ma plume tremblante
Et ma main de glace,
Un bout de papier,
Bougie clignotante,
Ombre qui nuage
Par-dessus ma main,
Et c’est un cercle et ce cercle prend fin.
Mais dans cet abîme
Où je suis assise
Passe en frémissant
Ainsi qu’un éclair
Ce visage en moi toujours qui me point.
Et l’angoisse
Flotte sur moi comme une écharpe,
Recouvre ma tête,
Le bout de papier,
Le vin de la vie
Et la lueur de la bougie
Et le malheur de la clarté.
Dans l’ombre ma table
Qui vient et qui va
Saoule se balance
Par-ci et par-là,
Chaque planche à part
Fendue et taillée,
Assurément c’est pour rire
Que je suis assise à présent
Croyant que j’écris
Et croyant que c’est un chant.

(Kadia Molodowski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La vie a noué sa cravate (Moshe Nadir)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019




    
La vie a noué sa cravate,
s’est aspergée d’eau de Cologne
et s’en est allée au théâtre.

Elle a chaussé ses lunettes
– la vie est un peu myope –
et s’est mise à observer la scène.

Au premier acte, sur le plateau,
c’était une fête exceptionnelle,
une fête comme elle n’en avait jamais vu.

Des amoureux apparaissaient
qui parlaient un langage tel que la vie, depuis qu’elle vit,
n’en avait jamais entendu.

Dieu, la vie ouït-elle jamais de pareils propos !
Au deuxième et au troisième acte survinrent des malheurs
si originaux que la vie dut ôter ses lunettes pour les essuyer.

Jamais, en nul lieu, en nul temps,
la vie n’avait vu des gens se comporter de cette façon.
Le rideau est tombé sur le dernier acte
et la vie a applaudi, crié bravo.

Quand la vie a quitté la représentation, il était déjà tard.
Elle a comparé ce qu’elle avait vu au théâtre
et en a conclu que la vie ne sait pas du tout vivre.
Qu’il lui faudrait, de temps à autre, faire un saut au théâtre
pour apprendre comment les gens se comportent,
afin de savoir quoi faire en des circonstances analogues.

Et, depuis lors, la vie va régulièrement au théâtre,
et la vie devient chaque jour plus intéressante,
meilleure, plus raffinée, plus dramatique.

(Moshe Nadir)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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GESTES (Moshe Nadir)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019




    
GESTES

J’ai feint d’être joyeux, et l’on m’a cru.
J’ai feint d’être amoureux et l’on a eu pitié de moi.
J’ai feint d’être désespéré et les gens ont pleuré sur mon malheur.

Mais une fois j’ai renoncé à toute feinte et j’ai dit la vérité,
que je ne cesse de feindre parce que la vie est si terriblement vide.

Alors tout le monde a hoché la tête et l’on m’a dit :
– Cet homme ne fait que feindre !
Et personne ne m’a cru.

(Moshe Nadir)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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MALHEUR À MOI (Moshe Nadir)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019




    
MALHEUR À MOI

Tant de ciel, tant de soleil, tant de terre,
et moi je suis assis et j’écris. Je suis bimane.
Je suis bipède, et j’ai des muscles vigoureux.

Cependant je suis assis et j’écris.
Je suis assis et j’écris parce qu’écrire est un travail aisé.
Un travail pur. Un travail agréable.

Creuser les champs ? Labourer la terre ? Abattre des troncs ?
Merci beaucoup ! Ce n’est pas pour moi.
Je dois rester assis à ma petite table
et expliquer à l’univers la beauté du travail.

(Moshe Nadir)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La folle complainte (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2019



homme _poussiere
    
La folle complainte

Les jours de repassage,
Dans la maison qui dort,
La bonne n´est pas sage
Mais on la garde encore.
On l´a trouvée hier soir,
Derrière la porte de bois,
Avec une passoire, se donnant de la joie.
La barbe de grand-père
A tout remis en ordre
Mais la bonne en colère a bien failli le mordre.
Il pleut sur les ardoises,
Il pleut sur la basse-cour,
Il pleut sur les framboises,
Il pleut sur mon amour.

Je me cache sous la table.
Le chat me griffe un peu.
Ce tigre est indomptable
Et joue avec le feu.
Les pantoufles de grand-mère
Sont mortes avant la nuit.
Dormons dans ma chaumière.
Dormez, dormons sans bruit.

Berceau berçant des violes,
Un ange s´est caché
Dans le placard aux fioles
Où l´on me tient couché.
Remède pour le rhume,
Remède pour le cœur,
Remède pour la brume,
Remède pour le malheur.

La revanche des orages
A fait de la maison
Un tendre paysage
Pour les petits garçons
Qui brûlent d´impatience
Deux jours avant Noël
Et, sans aucune méfiance,
Acceptent tout, pêle-mêle :
La vie, la mort, les squares
Et les trains électriques,
Les larmes dans les gares,
Guignol et les coups de triques,
Les becs d´acétylène
Aux enfants assistés
Et le sourire d´Hélène
Par un beau soir d´été.

Donnez-moi quatre planches
Pour me faire un cercueil.
Il est tombé de la branche,
Le gentil écureuil.
Je n´ai pas aimé ma mère.
Je n´ai pas aimé mon sort.
Je n´ai pas aimé la guerre.
Je n´ai pas aimé la mort.
Je n´ai jamais su dire
Pourquoi j´étais distrait.

Je n´ai pas su sourire
A tel ou tel attrait.
J´étais seul sur les routes
Sans dire ni oui ni non.
Mon âme s´est dissoute.
Poussière était mon nom.

(Charles Trenet)

 

 

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Les limites du malheur (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2019



Les limites du malheur

Mes yeux soudain horriblement
Ne voient pas plus loin que moi
Je fais des gestes dans le vide
Je suis comme un aveugle-né
De son unique nuit témoin

La vie soudain horriblement
N’est plus à la mesure du temps
Mon désert contredit l’espace
Désert pourri désert livide
De ma morte que j’envie

J’ai dans mon corps vivant les ruines de l’amour
Ma morte dans sa robe au col taché de sang.

(Paul Eluard)

 

 

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Lumière (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



Ce n’est pas vrai
Que tout amour décline.

Ce n’est pas vrai
Qu’il nous donne au malheur.

Ce n’est pas vrai
Qu’il nous mène au regret.

Quand nous voyons à deux
La rue vers l’avenir.

Ce n’est pas vrai
Que tout amour dérive.

Quand les forces qui montent
Ont besoin de nos forces.

Ce n’est pas vrai
Que tout amour pourrit.

Quand nous mettons à deux
Notre force à l’attaque.

Ce n’est pas vrai
Que tout amour s’effrite.

Quand le plus grand combat
Va donner la victoire.

Ce n’est pas vrai du tout
Ce qu’on dit de l’amour.

Quand la même colère
A pris les deux qui s’aiment.

Quand ils font de leurs jours
Avec les jours de tous
Un amour et sa joie.

(Guillevic)

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ILS ONT TUÉ TROIS PETITES FILLES… (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

Sophie Anderson-« Un nouvel ami »

ILS ONT TUÉ TROIS PETITES FILLES…

Ils ont tué trois petites filles
Pour voir ce qu’il y a dans leur coeur.

Le premier était plein de bonheur;
Et partout où coula son sang,
Trois serpents sifflèrent trois ans.

Le deuxième était plein de douceur,
Et partout où coula son sang,
Trois agneaux broutèrent trois ans.

Le troisième était plein de malheur,
Et partout où coula son sang,
Trois archanges veillèrent trois ans.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Sophie Anderson

 

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