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Poésie

Posts Tagged ‘malheur’

Je vis, je meurs (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2022



Je vis, je meurs: je me brûle et me noie,
J’ai chaud extrême en endurant froidure;
La vie m’est et trop molle et trop dure,
J’ai grands ennuis entremélés de joie.

Tout en un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure,
Mon bien s’en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être en haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

(Louise Labé)


Illustration

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La fête d’abord (Claude Haller)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2022



Illustration
    
La fête d’abord

Il y a des rabat-joie
Je serai relève-joie

Il y a des bonnets de nuit
Je serai bonnet de jour

Il y a des souffre-douleur
Je serai sauve-douleur
Ne me parlez plus d’oiseaux de malheur
Je veux être pour toujours
Un petit — même tout petit —
Marchand de bonheur

À chaque jour suffit sa joie
N’est-ce pas

(Claude Haller)

Recueil: Poèmes du petit matin
Traduction:
Editions: Hachette

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Entrer en religion et vouloir tout quitter (Shede)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2022




    
Entrer en religion et vouloir tout quitter,
Affligé à l’idée des souffrances humaines,
Aider à diffuser la croyance au Bouddha,
Que son enseignement soit sur la bonne voie.
Réussit-on jamais à sauver du malheur?
Caprice de pensée qui ne crée que désordre.
Un seul moment suffit pour nous noyer ensemble
Et nous faire tomber dans la trappe profonde.

(Shede)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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SILENCE (Antoine Tudal)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2022



Illustration: Marie-Christine Thiercelin
    
SILENCE

Je veux faire un poème
Rien qu’avec du silence
Que je ponctuerai
De points exclamatifs
Un silence, un soupir
Silence entre guillemets
Silence grave aigu
Ou interrogatif
Silence triomphant
Et silence coupable.
J’y mêlerai des larmes
Je le déchirerai
Par des cris de douleur
Je l’amplifierai
Par un peu de vacarme
Et beaucoup de malheur
Suivi de bruits de pas
Et ainsi que le jour
Frappant un clair de lune
La mort en s’y glissant
Ne s’y entendra pas.

(Antoine Tudal)

 

Recueil: Souspente
Traduction:
Editions: Le bruit du Temps

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LE LUNATIQUE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



    

LE LUNATIQUE

Le soleil amorti s’absorbe dans la brume;
Ainsi qu’un astre mort mon amour s’est couché.
Le long des quais salis l’aveugle nuit s’allume;
Mon coeur est aussi vieux qu’Hérode et son péché.

Chaque vivant, moyeu d’un univers caché,
Bat, victime et bourreau, son malheur sur l’enclume;
Et les visages gris sont des flocons d’écume
Dans le noir flot humain sur l’asphalte épanché.

Amour, où sommes-nous? Est-il sûr que nous sommes? La
lune qui pâlit d’avoir pitié des hommes
Au bord des toits déserts verse un sanglot d’argent.

Et l’oeil fou des cités regarde sans envie,
Froidement lumineux et fixement changeant,
Cet astre déjà mort et plus pur que la vie.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ivan Pidkova (Taras Chevtchenko)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Taras Chevtchenko
Illustration: Ivan Kramskoï
    
Ivan Pidkova

Il fut un temps, en Ukraine,
Où les canons grondaient ;
Il fut un temps où les Zaporogues
Savaient régner.
Ils régnaient et gagnaient
Leur gloire et leur liberté ;
Cela est passé, seules sont restées
Des tombes dans la plaine.
Hautes sont les tombes
Où sombrèrent dans le repos
Les corps blancs des Cosaques,
Drapés dans une toile écarlate.
Hautes sont ces tombes,
Noires, semblables aux montagnes,
Qui conversent à voix basse, dans la plaine,
De la liberté avec les vents.
Ces témoins de la gloire des ancêtres
Discutent avec le vent,
Tandis que leur descendant porte sa faux
dans la rosée,
En reprenant leur chant.
Il fut un temps, en Ukraine,
Où le malheur dansait,
Le chagrin s’enivrait à la taverne
D’hydromel par seaux entiers.
Il fut un temps où il faisait bon
En cette Ukraine…
Souvenons-nous-en ! Notre cœur, peut-être,
Connaîtra un répit.

(Taras Chevtchenko)

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La folle complainte (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021



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La folle complainte

Les jours de repassage,
Dans la maison qui dort,
La bonne n´est pas sage
Mais on la garde encore.
On l´a trouvée hier soir,
Derrière la porte de bois,
Avec une passoire, se donnant de la joie.
La barbe de grand-père
A tout remis en ordre
Mais la bonne en colère a bien failli le mordre.
Il pleut sur les ardoises,
Il pleut sur la basse-cour,
Il pleut sur les framboises,
Il pleut sur mon amour.

Je me cache sous la table.
Le chat me griffe un peu.
Ce tigre est indomptable
Et joue avec le feu.
Les pantoufles de grand-mère
Sont mortes avant la nuit.
Dormons dans ma chaumière.
Dormez, dormons sans bruit.

Berceau berçant des violes,
Un ange s´est caché
Dans le placard aux fioles
Où l´on me tient couché.
Remède pour le rhume,
Remède pour le cœur,
Remède pour la brume,
Remède pour le malheur.

La revanche des orages
A fait de la maison
Un tendre paysage
Pour les petits garçons
Qui brûlent d´impatience
Deux jours avant Noël
Et, sans aucune méfiance,
Acceptent tout, pêle-mêle :
La vie, la mort, les squares
Et les trains électriques,
Les larmes dans les gares,
Guignol et les coups de triques,
Les becs d´acétylène
Aux enfants assistés
Et le sourire d´Hélène
Par un beau soir d´été.

Donnez-moi quatre planches
Pour me faire un cercueil.
Il est tombé de la branche,
Le gentil écureuil.
Je n´ai pas aimé ma mère.
Je n´ai pas aimé mon sort.
Je n´ai pas aimé la guerre.
Je n´ai pas aimé la mort.
Je n´ai jamais su dire
Pourquoi j´étais distrait.

Je n´ai pas su sourire
A tel ou tel attrait.
J´étais seul sur les routes
Sans dire ni oui ni non.
Mon âme s´est dissoute.
Poussière était mon nom.

(Charles Trenet)

 

 

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Combien je garde en mon coeur de malheur (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2021



 

 


 

Je ne saurais dire combien
Je garde en mon coeur de malheur
Serré d’une vieille ceinture,
Puisque c’est le cours de nature.

(Charles d’Orléans)


Illustration

 

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A LA GRACE (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2021


 


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A LA GRACE

Par-delà mes ruines
toujours fraichissantes
écho non coupable
dans l’obscure arène
où je me débats
sans nulle manoeuvre
soudain apparue
égarée peut-être
énergie lointaine
je ne sais pour qui
je ne sais pas où

Echappée au temps
éclat non complice
dans ses lents replis
Misère et vaillance
mon sol dérobé
élue sans contrainte
égalant mon voeu
elle est la secrète
et brille au-dessus
du chant qui implore
du chant qui accuse
par-dela ma voix

A demain mes morts
continuement fraîches
comme il fut hier
comme il est aujourd’hui
la vie devenant

A travers mon cœur
et autres emblèmes
où il s’accomplit
l’Esprit s’est levé
d’entre ses combats

J’affirme sans preuve
Je tiens le contraire
Il n’importe pas

Il n’est pas de père
Aucun parchemin
ne m’a convaincu

Je crois en la grâce
Je parie pour elle
C’est la respirer
que d’en être épris

J’ai tant fait d’appels
sana avoir de signes
tant de vains efforts
A force de rage
et n’acceptant rien
que tout assumer
l’âme sourirait ?

Faveur inouïe
car la récompense
n’est pas méritée
Non plus le malheur

M’élevé-je en elle
Je n’ai plus de poids
Je chante à la grâce
même s’il n’est rien
que par mon amour

(André Frénaud)

Illustration: Adrian Borda

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Mes possessions sont trop claires (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2021



 

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Mes possessions sont trop claires je les hais
ces limites des joies et du malheur.

(André Frénaud)

Illustration: Jacek Yerka

 

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