Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘malheureuse’

Chanson pour une amie malheureuse (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



Ce matin, les oiseaux se sont réveillés avant l’arbre.
Un fantôme qui passait, siffla.
L’arbre l’entendit et s’étira.

Les oiseaux se posèrent, alors, sur chaque pensée,
comme l’abeille gourmande sur le jour.
Les oiseaux, le fantôme et l’eau lourde;
puis un poisson tiré au sort.

Nous étions dix sous l’arbre à écosser l’amande.
La route était jonchée de morts.
Les manches relevées jusqu’au coude,
complice, une femme enterrait l’amour.

(Edmond Jabès)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

La Mer (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018




La Mer

La mer pousse une vaste plainte,
Se tord et se roule avec bruit,
Ainsi qu’une géante enceinte
Qui des grandes douleurs atteinte,
Ne pourrait pas donner son fruit ;

Et sa pleine rondeur se lève
Et s’abaisse avec désespoir.
Mais elle a des heures de trêve :
Alors sous l’azur elle rêve,
Calme et lisse comme un miroir.

Ses pieds caressent les empires,
Ses mains soutiennent les vaisseaux,
Elle rit aux moindres zéphires,
Et les cordages sont des lyres,
Et les hunes sont des berceaux.

Elle dit au marin : « Pardonne
Si mon tourment te fait mourir ;
Hélas ! Je sens que je suis bonne,
Mais je souffre et ne vois personne
D’assez fort pour me secourir ! »

Puis elle s’enfle encor, se creuse
Et gémit dans sa profondeur ;
Telle, en sa force douloureuse,
Une grande âme malheureuse
Qu’isole sa propre grandeur !

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Brigitte Perrault

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

J’ai le coeur dans les pieds (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



J’ai le coeur dans les pieds …
le coeur trop salé …
Une malheureuse averse oh rien de bien énorme.

(Valérie Rouzeau)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

A UNE FLEUR DE SOUCI (Gilles Durant)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



 

A UNE FLEUR DE SOUCI

J’aime la belle violette
L’oeillet et la pensée aussi ;
J’aime la rose vermeillette,
Mais surtout j’aime le souci.

Belle fleur, jadis amoureuse
Du Dieu que nous donne le jour,
Te dois-je nommer malheureuse
Ou trop constante en ton amour ?

Ce Dieu qui en fleur t’a changée
N’a point changé ta volonté ;
Encor, belle fleur orangée,
Sens-tu l’effort de ta beauté.

Toujours ta face languissante
Aux rais de son oeil s’épanit
Et quand sa lumière s’absente,
Soudain la tienne se ternit.

Je t’aime, souci misérable,
Je t’aime, malheureuse fleur,
D’autant plus que tu m’es semblable
Et en constance et en malheur.

J’aime la belle violette
L’oeillet et la pensée aussi ;
J’aime la rose vermeillette,
Mais surtout j’aime le souci.

(Gilles Durant)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chanson pour mon encre fidèle (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Si tu étais verte, tu serais les larmes de l’arbre.
Si tu étais bleue, tu serais le socle de l’air.
Mais tu es moi-même
et ce sont d’austères châteaux que nous élevons ensemble.

Il y a une Princesse malheureuse
dans chacun d’eux que je délivre.
Il y a une aimée pour
chaque page et c’est toujours celle que j’aime

Si tu étais blanche, tu te noierais dans les yeux
Si tu étais rouge, tu serais l’amante du feu.

Noire, tu es à ma portée
et nous faisons ensemble des
miracles redoutés.

(Edmond Jabès)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’est ton souffle (Frédérica Dubois)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2015


paquerettes

 

Plus le soir tombe
Et plus je suis malheureuse
De ne plus te voir
Pour que ma voix t’atteigne
Dans le firmament
On avait ouvert la fenêtre
On avait vu toutes les petites pâquerettes
Qui poussent sur le gravier
Là en bas
C’est ton souffle
Dans le vaste établi
De ta naissance
Heureuse

(Frédérica Dubois)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LA CHANSON DE L’OUVRIÈRE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2015



LA CHANSON DE L’OUVRIÈRE

Les heurs crèvent comme une bombe ;
À l’espoir notre jour qui tombe
Se mêle avec le confiant.

Pique aiguille! assez piqué, piquant!
Les heurs crèvent comme une bombe.

Ici-bas tout geint, casse ou pleure ;
Rien de possible ne demeure
À ce qui demeurait avant.

Pique aiguille ! assez piqué, piquant !
Ici-bas tout geint, casse ou pleure.

Je suis lasse de cette vie,
Je veux dormir, ô bonne amie,
Laisse-moi reposer, assez !

Non, pique aiguille ! assez piquant, piqué !
Je suis lasse de cette vie.

Hâve par ma forte journée
Je blasphème ma destinée,
Feuille livide au mauvais vent;
Un peu de sang sur mes doigts coule,
L’heure râle, pleure et s’écoule.
Ah ! mon pain me rend suffocant.

N’importe, pique aiguille! piqué, piquant !
L’heure râle, pleure et s’écoule.

Pourquoi donc Dieu me rend-il malheureuse?
Je suis très pauvre et je vis presque en gueuse.
Hélas ! la peine est un fardeau pesant.

N’importe, pique aiguille ! piqué, piquant !
Pourquoi donc Dieu me rend-il malheureuse?

Tout dans l’abandon je le passe
Mon gagne-pain passe et repasse
Dans un seul même tournement.

N’importe, pique aiguille ! piqué, piquant !
Tout dans l’abandon je le passe.

(Emile Nelligan)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »