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Posts Tagged ‘malheureux’

Comment sont les autres (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2019



Georges Perros
    
Comment sont les autres
Font les autres
Vivent les autres
Si c’est comme moi
Et qu’ils font cette tête souriante quand je les vois
Alors oui nous sommes tous damnés
Car mes jours et mes nuits
Je ne les souhaite à personne
Je ne suis pas malheureux
Restez calmes je vous en prie
Non ce n’est pas cela
Que je veux dire
Mais nous sommes vraiment seuls
A penser certaines choses
Qui nous empêchent
De croire en qui
En quoi que ce soit
Vraiment seuls
A se croire seuls à les penser
C’est que tout le monde les cache
Et comment allez-vous
Cher ami
Beau temps et pluie
C’est la saison
Ce n’est pas mépris
Même l’amour y a sa part
Si l’on n’aimait pas
On ne penserait pas ces choses
Non c’est tout simple
Et positivement horrible
Se suicider
En devient ridicule.

(Georges Perros)

 

Recueil: Poèmes bleus
Traduction:
Editions:

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Femmes (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2019



Claude Sauzet  (9)

 

Femmes avares gonflées de dons,
généreuses, dont les mains sont prisonnières
d’une vertu ou d’un devoir,
filles dont les cheveux sont des sillages,
voici que je deviens pour vous sans consistance.
Vous me traversez, tel un vent pressé
qui ne prend pas souci du paysage.
Votre dédain vient souligner de craie
mes cheveux blancs
et de fusain mes rides.
Me voici devenu le fantôme d’un homme,
plus malheureux qu’un chien perdu.

(Paul Fort)

Illustration: Claude Sauzet

 

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Hier soir (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2018




    
Hier soir, comme Léila
me quittait très froidement,
je lui dis : « Ah ! reste encore ! »
Elle de me répliquer
que ma tête est grisonnante.
A l’indiscrète railleuse
je dis : « Chaque heure a ses goûts
et le noir parfum du musc
en camphre s’est vu changé. »
Le propos fut malheureux,
Léila ne fit qu’en rire
et dit : « Si le musc éveille
l’ardeur des jeunes époux,
laissons le camphre aux cercueils. »

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Le Désir de peindre (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



 

Le Désir de peindre

Malheureux peut-être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire!

Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite,
comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit.
Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu!

Elle est belle, et plus que belle; elle est surprenante.

En elle le noir abonde: et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond.
Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère,
et son regard illumine comme l’éclair:
c’est une explosion dans les ténèbres.

Je la comparerais à un soleil noir,
si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur.
Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a marquée de sa redoutable influence;
non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée,
mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d’une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent;
non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs,
mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée,
que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée!

Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie.
Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible,
éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse,
qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.

Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles;
mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.

(Charles Baudelaire)

 

 

 

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A LA NUIT (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

Rupert Bunny -portrait-Jean-AICARD

A LA NUIT

Toujours le malheureux t’appelle,
Ô nuit, favorable aux chagrins !
Viens donc, et, porte sur ton aile
L’oubli des perfides humains.
Voile ma douleur solitaire ;
Et, lorsque la main du Sommeil
Fermera ma triste paupière,
Ô dieux ! reculez mon réveil ;
Qu’à pas lents l’aurore s’avance
Pour ouvrir les portes du jour :
Importuns, gardez le silence,
Et laissez dormir mon amour.

(Evariste Parny)

Illustration: Rupert Bunny

 

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Ballade du dernier amour (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Nik Helbig mj-gone-too-soon

Ballade du dernier amour

Mes souvenirs sont si nombreux
Que ma raison n’y peut suffire.
Pourtant je ne vis que par eux,
Eux seuls me font pleurer et rire.
Le présent est sanglant et noir ;
Dans l’avenir qu’ai-je à poursuivre ?
Calme frais des tombeaux, le soir !…
Je me suis trop hâté de vivre.

Amours heureux ou malheureux,
Lourds regrets, satiété pire,
Yeux noirs veloutés, clairs yeux bleus,
Aux regards qu’on ne peut pas dire,
Cheveux noyant le démêloir
Couleur d’or, d’ébène ou de cuivre,
J’ai voulu tout voir, tout avoir.
je me suis trop hâté de vivre.

je suis las. Plus d’amour. je veux
Vivre seul, pour moi seul décrire
Jusqu’à l’odeur de tes cheveux,
Jusqu’à l’éclair de ton sourire,
Dire ton royal nonchaloir,
T’évoquer entière en un livre
Pur et vrai comme ton miroir.
je me suis trop hâté de vivre.

ENVOI

Ma chanson, vapeur d’encensoir,
Chère envolée, ira te suivre.
En tes bras j’espérais pouvoir
Attendre l’heure qui délivre ;
Tu m’as pris mon tour. Au revoir.
je me suis trop hâté de vivre.

(Charles Cros)

Illustration: Nik Helbig

 

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Comme ils disent (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2018




    
Comme ils disent

J’habite seul avec maman
Dans un très vieil appartement
Rue Sarasate
J’ai pour me tenir compagnie
Une tortue, deux canaris
Et une chatte

Pour laisser maman reposer
Très souvent je fais le marché
Et la cuisine
Je range, je lave, j’essuie
À l’occasion je pique aussi
À la machine

Le travail ne me fait pas peur
Je suis un peu décorateur
Un peu styliste
Mais mon vrai métier
C’est la nuit
Où je l’exerce travesti
Je suis artiste

J’ai un numéro très spécial
Qui finit a nu intégral
Après strip-tease
Et dans la salle je vois que
Les mâles n’en croient pas leurs yeux
Je suis un homme, oh!
Comme ils disent

Vers les trois heures du matin
On va manger entre copains
De tous les sexes
Dans un quelconque bar-tabac
Et là, on s’en donne a cœur joie
Et sans complexes
On déballe des vérités
Sur des gens qu’on a dans le nez
On les lapide
Mais on le fait avec humour
Enrobé dans des calembours
Mouillés d’acide

On rencontre des attardés
Qui pour épater leur tablée
Marchent et ondulent
Singeant ce qu’ils croient être nous
Et se couvrent, les pauvres fous
De ridicule

Ça gesticule et parle fort
Ça joue les divas, les ténors
De la bêtise
Moi, les lazzis, les quolibets
Me laissent froid, puisque c’est vrai
Je suis un homme, oh!
Comme ils disent

À l’heure où naît un jour nouveau
Je rentre retrouver mon lot
De solitude
J’ôte mes cils et mes cheveux
Comme un pauvre clown malheureux
De lassitude

Je me couche mais ne dors pas
Je pense à mes amours sans joie
Si dérisoires
À ce garçon beau comme un dieu
Qui sans rien faire a mis le feu
À ma mémoire
Ma bouche n’osera jamais
Lui avouer mon doux secret
Mon tendre drame
Car l’objet de tous mes tourments
Passe le plus clair de son temps
Au lits des femmes

Nul n’a le droit en vérité
De me blâmer, de me juger
Et je précise
Que c’est bien la nature qui
Est seule responsable si
Je suis un homme, oh!
Comme ils disent

(Charles Aznavour)

 

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ON NE SAIT JAMAIS (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



 

ON NE SAIT JAMAIS

On ne sait jamais
Comment l’amour vient aux amants
Comment il fait ou il s’y prend
Pour nous tenir dans ses filets
Mais tout à coup c’est merveilleux
II y a des larmes pleins nos joies
Des caresses au bout de nos doigts
Et des rêves au fond de nos yeux.
On ne sait jamais
Mais pourquoi chercher à savoir
Nul n’a jamais eu ce pouvoir
On oublie tout quand l’amour naît
Plus rien ne peut nous retenir
Et fous d’amour et de désirs
On se dit :
 » Tant pis
Si l’on ne sait jamais.
On ne sait jamais  »

Quand on est pris par le bonheur
Si c’est l’esprit ou bien le coeur
Qui nous apporte ce bienfait
On a confiance en l’avenir
C’est à la vie comme à la mort
Et tant pis si l’on a eu tort
On met ça dans les souvenirs.
On ne sait jamais
Mais l’on se fiche éperdument
Du qui, du quoi ou du comment
On est heureux comme l’on est
Plus rien ne compte à notre vue
Que ce bonheur à coeur perdu
Qui nous dit
 » Tant pis
Si l’on ne sait jamais.  »

On ne sait jamais
L’amour fait de nous ce qu’il veut
On est heureux ou malheureux
Tout est parfait ou rien n’est vrai
Parfois il reprend d’une main
Ce que de l’autre il a donné
Mais quand tout semble s’écrouler
Lorsque l’on croit n’avoir plus rien.
On ne sait jamais
Nos yeux sont à peine séchés
Qu’un autre amour vient s’annoncer
Et tout est à recommencer
On est fébrile et haletant
A chaque fois comme à vingt ans
Nous faisons toujours d’autres folies
Au cours de notre vie
Tout ça parce qu’on ne sait jamais.

(Charles Aznavour)

Illustration

 

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BARBERINE (Wolfgang Amadeus Mozart)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018



    

BARBERINE

Je l’ai perdue, quel malheur !
Qui sait où elle est?
Je ne la trouve pas,
que je suis malheureuse !
Ma cousine ?
Mon patron,
que va-t-il dire ?

***

BARBARINA

L’ho perduta, me meschina!
Ah chi sa dove sarà?
Non la trovo. L’ho perduta.
Meschinella!
E mia cugina? E il padron,
cosa dirà?

Explications: http://ambitrad.hypotheses.org/223

(Wolfgang Amadeus Mozart)

Recueil: Les Noces de Figaro

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LE DESHERITE (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



LE DESHERITE

On voit à peine son visage
Les malheureux n’ont l’air de rien
Son père dit qu’il n’a plus d’âge
Sa mère dit je l’aimais bien

Des jours brisés qu’il se rappelle
Il n’est pas sûr qu’il ait souffert
Tant sa douleur est naturelle
Son sourire est mort l’autre hiver

ll pleut des jours le jour en pleure
L’avril périt de ses parfums
Et comme lui les regrets meurent
Sait-on d’un mort s’il fut quelqu’un

lls iront le voir à l’asile
ll a des frères il a des soeurs
Jouer aux sous dans sa sébile
Nul ne peut rien à son malheur

S’il a vécu comme personne
Souvenez-vous par charité
Qu’un monstre attend qu’on lui pardonne
L’affreux bonheur d’avoir été

(Joë Bousquet)

Illustration

 

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