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Poésie

Posts Tagged ‘malheureux’

Voix douces (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017




    
Voix douces

Plus douces sont les voix qui éternellement
se sont tues, et qui tristement
dans nos coeurs malheureux, et en eux seuls, résonnent.

Humbles, mélancoliques et timides voix,
dans les rêves on les reçoit,
qui dans notre mémoire souffrante ramènent

ceux qui sous terre, froids, dorment, nos disparus
bien-aimés, ceux qui ne voient plus
le printemps qui fleurit, le matin qui rayonne.

Les voix douces soupirent, et l’âme alors entend
la poésie des premiers temps
de notre vie — musique dans la nuit, lointaine.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Mon malheureux ami (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
Mon malheureux ami

Il n’y a pas de sons, pas de senteurs, pas de formes,
De saveurs et d’états, palpables, abornés.
Il n’y a que des illusions conformes
A la quinte des sens humains hallucinés.

Et l’on va s’incliner, les yeux criblés de larmes,
Sur l’atroce néant d’un être qu’on aimait.
Or, cet être néant qui cause nos alarmes
Ne peut pas n’être plus, puisqu’il ne fut jamais.

Naissance, vie et mort sont chimères d’optique,
Claires obscurités, silences phonétiques,
Glaciales chaleurs, raisons d’hurluberlus.

Le monde est impossible et l’homme seul insiste,
Parmi tous les vivants, à croire qu’il existe,
Qu’il existe, qu’un jour il n’existera plus.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Malheur à qui chérit sans qu’on l’aime en retour (Adam Mickiewicz)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



 

Malheur à qui chérit sans qu’on l’aime en retour;
Plus malheureux qui souffre en son coeur froid et vain;
Mais celui est surtout pauvre entre les humains
Qui, n’aimant plus, ne peut oublier son amour.

Dès qu’un rire effronté, d’impudiques atours
Éveillent son plaisir — le souvenir revient.
Et s’il rencontre un ange, il fuira son chemin,
N’osant lui faire don d’un coeur fané et lourd.

Ainsi — plein de mépris, de regrets qui le minent,
Fuyant l’amour profane et les amours divines,
A leur approche il sent tout espoir le quitter.

Et son coeur est pareil à ces temples en ruines,
Ébréchés par les vents, par les pluies effrités,
Où Dieu ne venant plus, l’homme n’ose habiter.

(Adam Mickiewicz)
Illustration: ArbreaPhotos

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Ombre cette ombre (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2017



    

Ombre cette ombre monstrueuse
qui vient du fond des âges,
cette ombre grave et malheureuse
remontée jusqu’à nos visages,
nous la traînerons elle-même
comme au soleil une fumée
jusque sous l’arche de l’amour.

(Jean Tardieu)

 

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Comptine (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    

Comptine
(Voix d’enfant; zézaiement recommandé.)

J’avais une vache
elle est au salon

j’avais une rose
elle est en chemise
et en pantalon

j’avais un cheval
il cuit dans la soupe
dans le court-bouillon

j’avais une lampe
le ciel me l’a prise
pour les nuits sans lune

j’avais un soleil
il n’a plus de feu
je n’y vois plus goutte
je cherche ma route
comme un malheureux.

(Jean Tardieu)

 

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Je ne sais (Gabriel-Joseph Guilleragues)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2017




    
Je ne sais, ni ce que je suis,
ni ce que je fais, ni ce que je désire:

je suis déchirée par mille mouvements contraires:
Peut-on s’imaginer un état si déplorable?

Je vous aime éperdument,
et je vous ménage assez pour n’oser, peut-être,
souhaiter que vous soyez agité des mêmes transports

[…]

Adieu, je voudrais bien ne vous avoir jamais vu.
Ah! je sens vivement la fausseté de ce sentiment,
et je connais dans le moment que je vous écris,
que j’aime bien mieux être malheureuse en vous aimant
que de ne vous avoir jamais vu ;

je consens donc sans murmure à ma mauvaise destinée,
puisque vous n’avez pas voulu la rendre meilleure.
Adieu, promettez-moi de me regretter tendrement,
si je meurs de douleur

[…]

cependant je vous remercie dans le fond de mon coeur
du désespoir que vous me causez,
et je déteste la tranquillité, où j’ai vécu,
avant que je vous connusse.

(Gabriel-Joseph Guilleragues)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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À l’usage des humbles (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2017



A l’usage des humbles, de ceux qui s’aiment,
j’écris que la terre est dure, que tout passe, hormis l’amour.
J’écris ce que je sais et ce que nous savons,
mais que nous avons à mieux connaître pour vivre,
Que la fougère épouse le houblon,
Que l’amour n’est jamais malheureux.

J’écris à longue haleine
parce qu’au bout du souffle il y a le rire à délivrer.
J’écris le monde qui sera.

Ce n’est pas en un jour qu’il viendra,
mais après un long respect, une longue connaissance.

J’écris pour assumer le bonheur.
Et que m’importe comment si l’herbe au crépuscule a un langage stellaire.
Si je dis que tout est familier,
ceux qui s’aiment entrent sans hésiter dans le système des gravitations.

M’entendez-vous ?
La mer est à ma porte et je ne la retiens que par un tout petit peu d’imagination.

M’entendez-vous lorsque j’accorde audience aux grands thèmes de passage.
Je me bats avec les éclats de rire, les armes de la jeunesse,
avec la centaurée sauvage, la bourrache et le lotier.

J’appelle au nom de la santé des prés,
de la houle des sainfoins, de la sueur des hommes.
J’appelle au nom des cheveux de l’aimée,
d’une main prise sur l’épaule, d’un avenir commencé à deux.
Avec les armes du plaisir, avec les larmes du désir.

J’écris le bonheur sur la table.

(Jean Malrieu)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Malheureux je suis (Coplas Poèmes Andalous)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2017



Illustration: Gabriel Gebka
    
Malheureux je suis
jusque dans ma marche,
les pas que je fais
s’en vont en arrière.

(Coplas Poèmes Andalous)

 

Recueil: Coplas Poèmes de l’amour andalou
Traduction: Guy Lévis Mano
Editions: Allia

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LONDRES (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




LONDRES

Je traîne à travers les rues à putains
Prés de la Tamise, cette drôlesse.
Sur chaque visage, je vois le coin
De la douleur ou bien de la faiblesse.

Dans chaque cri de l’homme ou de l’enfant,
Dans chaque plainte, dans toutes les voix
Qui gémissent ou maudissent, j’entends
Tinter les chaînes que l’esprit forgea.

Et le cri du ramoneur guenilleux
Qui fait trembler les obscures églises,
Et le soupir du soldat malheureux,
Aux murs du Palais, c’est du sang qui glisse.

Surtout, dans les rues de minuit, j’entends
Comment la jeune putain qui blasphème
Etouffe les pleurs de l’enfant naissant
Et souille le corbillard de l’hymen.

(William Blake)

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On ne badine pas avec l’amour ! (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: René Julien
    
On ne badine pas avec l’amour !

Tous les hommes sont menteurs,
Inconstants, faux, bavards,
Hypocrites, orgueilleux, lâches,
Méprisables et sensuels.

Toutes les femmes sont perfides,
Artificieuses, vaniteuses,
Curieuses et dépravées.

Le monde n’est qu’un égout sans fond
Où les phoques les plus informes
Rampent et se tordent
Sur des montagnes de fange.

Mais il y a au monde,
Une chose sainte et sublime :
C’est l’union de deux de ces êtres,
Si imparfaits et si laids…

On est souvent trompé en amour,
Souvent blessé
Et souvent malheureux.

Mais au bord de la tombe,
on se retourne
Pour regarder en arrière
Et on se dit :

« J’ai souffert souvent,
Je me suis trompé quelquefois
Mais j’ai aimé.
C’est moi qui ai vécu

Et non un être factice
Créé par mon orgueil et mon ennui. »

(Alfred de Musset)

 

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