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Poésie

Posts Tagged ‘malheureux’

Sous les navires unis aux nuages (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018




    
Sous les navires unis aux nuages
Elle sentait le sable, et les coquilles
L’endroit merveilleux des marées

Le soir marin
Près de ses traînes grises, quand elle était
La nudité d’elle-même
Avec des ombres malheureuses, et elle était
La noire odeur du sang des voûtes

Le chant accumulé
La ligne des pierreries de la mer là-bas
Ses bras comme les courants
Les mains posées sur les perfections éphémères.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre
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Dans votre propre coeur (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
Dans votre propre coeur
Entendez-vous le pas,
Mais c’est plutôt la voix
D’une femme qui pleure?
Dans la chair sans issue
A peine elle remue
Pour ne pas effrayer
Son malheureux geôlier.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Y a des punaises dans le rôti de porc (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018




    
Y a des punaises dans le rôti de porc

1
Lorsqu’attablés avec des camarades
Autour d’un moribond vous rêvez d’avenir
En versant les vins en cascades
Dites-vous pour vous endormir
Que ça va mal et que demain
Vous irez mendier votre pain.
Oui, de Paris à Malakoff
Et de Sydney jusqu’à Melun
Ce ne sont que tourments, chagrins et catastrophes!

Refrain
Ah! ça va mal! Ah! ça va mal!
Le beefsteack est en cheval
Et mêm’ plus fort que le roq’fort
Y’a des punais’s dans l’ rôti d’ porc!
Y’a des pu pu! Y’a des nénesses
Y’a des punais’s dans l’ rôti d’ porc

2
Enfants, prenez garde à votre cervelle,
Ne la surmenez pas, ça la fatiguerait
Trop manger use la vaisselle
Trop penser abîm’ le portrait.
Les chauv’s n’ont jamais mal aux ch’veux,
Les culs-d’-jatte envient les boiteux,
Les cabots envient les sous-off’,
Tout le monde est bien malheureux
Ce ne sont que tourments, chagrins et catastrophes!

3
L’heureux auteur de cette chansonnette
L’a faite avec l’espoir de gagner de l’argent
Pour ach’ter une clarinette
Car il n’est pas très exigeant
Manger c’est bon, ça c’est certain,
Mais il faut manger à sa faim
Et chacune de ces trois strophes
Et ces vers tombant un à un
Ce ne sont que tourments, chagrins et catastrophes!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Le papillon malade (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Le papillon malade

Apologue

Las des fleurs, épuisé de ses longues amours,
Un papillon dans sa vieillesse
(Il avait du printemps goûté les plus beaux jours)
Voyait d’un oeil chagrin la tendre hardiesse
Des amants nouveau-nés, dont le rapide essor
Effleurait les boutons qu’humectait la rosée.
Soulevant un matin le débile ressort
De son aile à demi-brisée :

 » Tout a changé, dit-il, tout se fane. Autrefois
L’univers n’avait point cet aspect qui m’afflige.
Oui, la nature se néglige ;
Aussi pour la chanter l’oiseau n’a plus de voix.
Les papillons passés avaient bien plus de charmes !
Toutes les fleurs tombaient sous nos brûlantes armes !
Touchés par le soleil, nos légers vêtements
Semblaient brodés de diamants !
Je ne vois plus rien sur la terre
Qui ressemble à mon beau matin !
J’ai froid. Tout, jusqu’aux fleurs, prend une teinte austère,
Et je n’ai plus de goût aux restes du festin !
Ce gazon si charmant, ce duvet des prairies,
Où mon vol fatigué descendait vers le soir,
Où Chloé, qui n’est plus, vint chanter et s’asseoir,
N’offre plus qu’un vert pâle et des couleurs flétries !
L’air me soutient à peine à travers les brouillards
Qui voilent le soleil de mes longues journées ;
Mes heures, sans amour, se changent en années :
Hélas ! Que je plains les vieillards !

 » Je voudrais, cependant, que mon expérience
Servît à tous ces fils de l’air.
Sous des bosquets flétris j’ai puisé ma science,
J’ai défini la vie, enfants : c’est un éclair !
Frêles triomphateurs, vos ailes intrépides
S’arrêteront un jour avec étonnement :
Plus de larcins alors, plus de baisers avides ;
Les roses subiront un affreux changement.

 » Je croyais comme vous qu’une flamme immortelle
Coulait dans les parfums créés pour me nourrir,
Qu’une fleur était toujours belle,
Et que rien ne devait mourir.
Mais le temps m’a parlé ; sa sévère éloquence
A détendu mon vol et glacé mes penchants :
Le coteau me fatigue et je me traîne aux champs ;
Enfin, je vois la mort où votre inconséquence
Poursuit la volupté. Je n’ai plus de désir,
Car on dit que l’amour est un bonheur coupable :
Hélas ! D’y succomber je ne suis plus capable,
Et je suis tout honteux d’avoir eu du plaisir.  »

Près du sybarite invalide,
Un papillon naissait dans toute sa beauté :
Cette plainte l’étonne ; il rêve, il est tenté
De rentrer dans sa chrysalide.

 » Quoi ! Dit-il, ce ciel pur, ce soleil généreux,
Qui me transforme et qui me fait éclore,
Mon berceau transparent qu’il chauffe et qu’il colore,
Tous ces biens me rendront coupable et malheureux !
Mais un instinct si doux m’attire dans la vie !
Un souffle si puissant m’appelle autour des fleurs !
Là-bas, ces coteaux verts, ces brillantes couleurs
Font naître tant d’espoir, tant d’amour, tant d’envie !
Oh ! Tais-toi, pauvre sage, ou pauvre ingrat, tais-toi !
Tu nous défends les fleurs encor penché sur elles.
Dors, si tu n’aimes plus ; mais les cieux sont à moi :
J’éclos pour m’envoler, et je risque mes ailes !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

 

 

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La fleur d’eau (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Paul Chabas Painting 25

La fleur d’eau

Fleur naine et bleue, et triste, où se cache un emblème,
Où l’absence a souvent respiré le mot : J’aime !
Où l’aile d’une fée a laissé ses couleurs,
Toi, qu’on devrait nommer le colibri des fleurs,
Traduis-moi : porte au loin ce que je n’ose écrire ;
Console un malheureux comme eût fait mon sourire :
Enlevée au ruisseau qui délasse mes pas,
Dis à mon cher absent qu’on ne l’oubliera pas !

Dis qu’à son coeur fermé je vois ce qui se passe ;
Dis qu’entre nos douleurs je ne sens pour espace
Que ton voile charmant d’amitié, que toujours
Je puise dans ma foi les voeux que tu lui portes,
Que je les lui dédie avec tes feuilles mortes,
Frêles et seuls parfums répandus sur mes jours ;
Dis qu’à veiller pour lui mon âme se consume,
Qu’elle a froid, qu’elle attend qu’un regard la rallume !

Dis que je veux ainsi me pencher sous mes pleurs,
Ne trouver nulle joie au monde, au jour, aux fleurs ;
Que la source d’amour est scellée en mon âme,
Que je sais bien quelle âme y répondrait encor,
Dont je serais la vie, et qui serait ma flamme ;
Il le sait bien aussi : mais cette âme, elle dort ;
Elle dort dans l’absence où s’effeuille ma vie,
Où tu me dis pourtant que j’en serai suivie,
Et ranimée un jour. Mais qu’il nous faut encor,
Lui, brûler ; moi, languir pour contenter le sort.

Va donc comme un oeil d’ange éveiller son courage ;
Dis que je t’ai cueillie à la fin d’un orage ;
Que je t’envoie à lui comme un baiser d’espoir
Et que se joindre ainsi c’est presque se revoir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Paul Chabas

 

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BALLADE DU DERNIER AMOUR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Christian Vernet  paintings-21

BALLADE DU DERNIER AMOUR

Mes souvenirs sont si nombreux
Que ma raison n’y peut suffire.
Pourtant je ne vis que par eux,
Eux seuls me font pleurer et rire.
Le présent est sanglant et noir ;
Dans l’avenir qu’ai-je à poursuivre ?
Calme frais des tombeaux, le soir !…
Je me suis trop hâté de vivre.

Amours heureux ou malheureux,
Lourds regrets, satiété pire,
Yeux noirs veloutés, clairs yeux bleus,
Aux regards qu’on ne peut pas dire,
Cheveux noyant le démêloir
Couleur d’or, d’ébène ou de cuivre,
J’ai voulu tout voir, tout avoir.
Je me suis trop hâté de vivre.

Je suis las. Plus d’amour. Je veux
Vivre seul, pour moi seul décrire
Jusqu’à l’odeur de tes cheveux,
Jusqu’à l’éclair de ton sourire,
Dire ton royal nonchaloir,
T’évoquer entière en un livre

(Charles Cros)

Illustration: Christian Vernet

 

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LES PAQUES A NEW-YORK (Blaise Cendrars)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



Green Cityscape Painting by Paul Brent; Green Cityscape Art Print for sale

LES PAQUES A NEW-YORK

Seigneur, l’aube a glissé froide comme un suaire
Et a mis tout à nu les gratte-ciel dans les airs.

Déjà un bruit immense retentit sur la ville.
Déjà les trains bondissent, grondent et défilent.

Les métropolitains roulent et tonnent sous terre.
Les ponts sont secoués par les chemins de fer.

La cité tremble. Des cris, du feu et des fumées,
Des sirènes à vapeur rauquent comme des huées.

Une foule enfiévrée par les sueurs de l’or
Se bouscule et s’engouffre dans de longs corridors.

Trouble, dans le fouillis empanaché des toits,
Le soleil, c’est votre Face souillée par les crachats.

Seigneur, je rentre fatigué, seul et très morne …
Ma chambre est nue comme un tombeau …

Seigneur, je suis tout seul et j’ai la fièvre …
Mon lit est froid comme un cercueil …

Seigneur, je ferme les yeux et je claque des dents
Je suis trop seul. J’ai froid. Je vous appelle …

Cent mille toupies tournoient devant mes yeux .. .
Non, cent mille femmes … Non, cent mille violoncelles

Je pense, Seigneur, à mes heures malheureuses …
Je pense, Seigneur, à mes heures en allées …

Je ne pense plus à Vous. Je ne pense plus à Vous.

(Blaise Cendrars)

Illustration: Paul Brent

 

 

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CHANSONS INNOCENTES II (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



    

CHANSONS INNOCENTES
II
petit arbre
petit arbre de Noël silencieux
tu es si petit
tu ressembles davantage à une fleur

qui t’a trouvé dans la verte forêt
et as-tu eu de la peine de le quitter?
viens je vais te consoler
parce que tu sens si bon

je vais embrasser ton écorce fraîche
et te serrer très fort contre moi
tout comme le ferait ta mère,
seulement n’aie pas peur

regarde les paillettes
qui dorment toute l’année dans une boîte noire
en rêvant de sortir et de pouvoir briller,
les boules les girandoles rouge et or les guirlandes duveteuses,

lève tes petits bras
et je vais tout te donner à porter
chaque doigt aura son anneau,
et il n’y aura pas le moindre endroit sombre ou malheureux

alors quand tu seras tout habillé
tu te mettras à la fenêtre pour que tout le monde te voie
et comme ils t’admireront!
oh mais tu seras très fier

et ma petite soeur et moi nous prendrons la main
et regardant notre bel arbre
nous danserons et chanterons
« Noël Noël »

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: XLI Poèmes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Nerthe

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Voix douces (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017




    
Voix douces

Plus douces sont les voix qui éternellement
se sont tues, et qui tristement
dans nos coeurs malheureux, et en eux seuls, résonnent.

Humbles, mélancoliques et timides voix,
dans les rêves on les reçoit,
qui dans notre mémoire souffrante ramènent

ceux qui sous terre, froids, dorment, nos disparus
bien-aimés, ceux qui ne voient plus
le printemps qui fleurit, le matin qui rayonne.

Les voix douces soupirent, et l’âme alors entend
la poésie des premiers temps
de notre vie — musique dans la nuit, lointaine.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Mon malheureux ami (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
Mon malheureux ami

Il n’y a pas de sons, pas de senteurs, pas de formes,
De saveurs et d’états, palpables, abornés.
Il n’y a que des illusions conformes
A la quinte des sens humains hallucinés.

Et l’on va s’incliner, les yeux criblés de larmes,
Sur l’atroce néant d’un être qu’on aimait.
Or, cet être néant qui cause nos alarmes
Ne peut pas n’être plus, puisqu’il ne fut jamais.

Naissance, vie et mort sont chimères d’optique,
Claires obscurités, silences phonétiques,
Glaciales chaleurs, raisons d’hurluberlus.

Le monde est impossible et l’homme seul insiste,
Parmi tous les vivants, à croire qu’il existe,
Qu’il existe, qu’un jour il n’existera plus.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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