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Poésie

Posts Tagged ‘mandoline’

Vie petite vie (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



Vie petite vie

La vieille fille et son pied de bégonia
la vieille fille et son chat tout gris
la vieille fille et son gâteau aux amandes
la vieille fille et son tricot à dentelle
la vieille fille et sa revue de mode
la vieille fille et son missel
la vieille fille et son armoire fermée
la vieille fille et sa fenêtre
la vieille fille et son regard vide
la vieille fille et ses bandeaux grisaille
la vieille fille et sa mandoline
la vieille fille et le portrait de son fiancé
la vieille fille et son temps infini
la vieille fille et son oreiller
ardent, trempé
de larmes.

(Carlos Drummond de Andrade)

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CANTINES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Robert Doisneau cantine

CANTINES

Jour d’usine en hiver où l’aurore à midi
s’ouvre sur le repas tapageur des cantines,
le ragoût a beaucoup vieilli
mais le vin malmené chante dans les chopines.

Par la fenêtre on voit les arbres de la cour
— squelettes biscornus dont le front dodeline —
allonger entre eux leurs bras courts
pour barrer le chemin qui mène à l’aubépine.

Le pétrole a rongé tout le cambouis des mains,
le pain prendra l’odeur de son puits d’origine.
Bah ! ne dit-on pas que c’est sain ?
Le pain des travailleurs a souvent goût d’usine.

On étale un journal qui servit de panier
à l’amour conjugal parfumé de cuisine
et l’on se prend à caresser
le corps d’une femelle ornant un magazine.

Les gamelles choquées sur l’assiette en métal
larguent un fond de sauce ou bien de gélatine
Ah ! jeunots, parlez-moi d’un bal
où le fer-blanc a des mélos de mandoline.

Est-ce mardi ? ou bien jeudi ? Pas samedi
mon compagnon, car on croquerait l’orpheline
un jour où tu joues l’affranchi
pour six journées que lentement on assassine.

Prisonniers de la vie ne vous attardez pas
à rêvasser au futur labeur des machines
l’usine a besoin de vos bras
car c’est demain que le Progrès vous extermine.

(Pierre Béarn)

Illustration: Robert Doisneau

 

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MERS-EL-KÉBIR (Valéry Larbaud)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2018



Illustration: Alphonse Etienne Dinet
    
MERS-EL-KÉBIR

J’aime ce village, où sous les orangers,
Sans se voir, deux jeunes filles se disent leurs amours
Sur deux infiniment plaintives mandolines.
Et j’aime cette auberge, car les servantes, dans la cour,
Chantent dans la douceur du soir cet air si doux
De la « Paloma ». Écoutez la paloma qui bat de l’aile…
Désir de mon village à moi, si loin; nostalgie
Des antipodes, de la grande avenue des volcans immenses;
0 larmes qui montez, lavez tous mes péchés!
Je suis la paloma meurtrie, je suis les orangers,
Et je suis cet instant qui passe et le soir africain;
Mon âme et les voix unies des mandolines.

(Valéry Larbaud)

 

Recueil: Les Poésies de A.O. Barnabooth
Traduction:
Editions: Gallimard

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Adieu, soleil! (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



Illustration
    
Adieu, soleil!

Je sais bien que tu es la lune
mais je
ne le dirai à personne,
soleil.
Tu te caches
derrière le rideau
et voiles ton visage
de poudre de riz.
Le jour, guitare
du paysan,
la nuit, mandoline
de Pierrot.
Qu’importe!
Ton rêve
est de créer le jardin
multicolore.
Adieu, soleil!
N’oublie pas combien t’aiment
l’escargot
et la petite vieille
à son balcon
et moi…
qui joue à la toupie avec mon…
coeur…

(Federico Garcia Lorca)

 

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Vagant (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



&

Illustration
nbsp;   
Vagant

I
j’aime pour ma vie liberté errance
vienne que pourra
si je voulais me contraindre
ça ne m’irait pas

et je sais des chansons éternelles
l’hiver sans souliers
dans le froid écoutez-la ma mandoline
mais où coucher

plus d’une belle fille s’étonne
je lui plairais bien
si je n’étais un misérable
propre-à-rien

belle fille Dieu t’accorde
riche mari
si nous étions tous deux ensemble
mon chant cesserait de vivre

2
si le soleil brillait l’adorable
soleil du sud tiède et bleu
je prendrais ma mandoline
sur le pré nappe de feu

la nuit mon amour écoute
à sa fenêtre et ne dort pas
comme la nuit serait douce
souhaite-nous la douce nuit

si le soleil brillait l’adorable
soleil du sud tiède et bleu
je prendrais ma mandoline
sur le pré nappe de feu

4
tu es triste éraillé
viens sur mon coeur
fort ôte-moi le souffle
pince taquine
soupirant
joue contre joue
pour mon oreille
chante au fond de la cour
chat et chien hurlent
et le voisin est furieux
mais que nous importe
le monde violon mon doux violon

***

Der wandernde Musikant

I
Wandern lieb ich fir mein Leben,
Lebe eben wie ich kann,
Wollt ich mir auch Mühe geben,
Paßt es mir doch gar nicht an.

Schöne alte Lieder weiß ich,
In der Kälte, ohne Schuh
Draußen in die Saiten reiß ich,
Weiß nicht, wo ich abends ruh.

Manche Schöne macht wohl Augen,
Meinet, ich gefiel’ ihr Behr,
Wenn ich nur was wollte taugen,
So ein armer Lump nicht war. —

Mag dir Gott ein’n Mann bescheren,
Wohl mit Haus und Hof versehn !
Wenn wir zwei zusammen wãren,
Möcht mein Singen mir vergehn.

2
Wenn die Sonne lieblich schiene
Wie in Welschland lau und blau,
Ging’ ich mit der Mandoline
Durch die überglänzte Au.

In der Nacht dann Liebchen lauschte
An dem Fenster süß verwacht,
Wünschte mir und ihr, uns beiden,
Heimlich eine schöne Nacht.

Wenn die Sonne lieblich schiene
Wie in Welschland lau und blau,
Ging’ ich mit der Mandoline
Durch die überglänzte Au.

4
Bist du manchmal auch verstimmt,
Drück dich zärtlich an mein Herze,
Daß mir’s fast den Atem nimmt,
Streich und kneif in süßem Scherze,
Wie ein rechter Liebestor
Lehn ich sanft an dich die Wange
Und du singst mir fein ins Ohr.
Wohl im Hofe bei dem Klange
Katze miaut, Hund heult und bellt,
Nachbar schimpft mit wilder Miene —
Doch was kümmert uns die Welt,
Suße, traute Violine !

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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Un chant de mandarine (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
Un chant de mandarine,
Autre que mandoline,
Dans le vent dodeline.

Éclatante rondeur
Au soleil de matin,
La saison en offrande !

Les quartiers formant cercle
Autour d’un centre vide
À l’infinie saveur…

L’éternité, un jour
Ici, ô minuscule
Fruit du vaste univers !

Dans le vent dodeline,
Autre que mandoline,
Ce chant de mandarine.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Sérénade (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2017



 

Sofia Vergara  mandoline  [1280x768]

Sérénade

Comme la voix d’un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.

Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.

Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx
Purs de toutes ombres,
Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx
De tes cheveux sombres.

Comme la voix d’un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.

Puis je louerai beaucoup, comme il convient,
Cette chair bénie
Dont le parfum opulent me revient
Les nuits d’insomnie.

Et pour finir, je dirai le baiser,
De ta lèvre rouge,
Et ta douceur à me martyriser,
— Mon Ange ! — ma Gouge !

Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline :
Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.

(Paul Verlaine)

Illustration

 

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GRETCHEN LA PÂLE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



GRETCHEN LA PÂLE

Elle est de la beauté des profils de Rubens
Dont la majesté calme à la sienne s’incline.
Sa voix a le son d’or de mainte mandoline
Aux balcons de Venise avec des chants lambins.

Ses cheveux, en des flots lumineux d’eaux de bains,
Déferlent sur sa chair vierge de manteline;
Son pas, soupir lacté de fraîche mousseline,
Simule un vespéral marcher de chérubins.

Elle est comme de l’or d’une blondeur étrange.
Vient-elle de l’Éden ? de l’Érèbe ? Est-ce un Ange
Que ce mystérieux chef-d’oeuvre du limon ?

La voilà se dressant, torse, comme un jeune arbre.
Souple Anadyomène… Ah ! gare à ce démon !
C’est le Paros qui tue avec ses bras de marbre!

(Emile Nelligan)


Illustration: Jean-Auguste-Dominique Ingres

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Corporel (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Corporel

L’arabesque en forme de femme
balance des feuilles tendres sur le blanc
de la peau.
Elle transmue des cuisses en rythmes,
des genoux en tulipes. Et elle danse
en reposant. Maintenant s’incline
en turgides, promettantes collines.

Tout s’allonge: c’est une terre
parsemée de minéraux arrondis,
bracelets, anneaux multipliés,
mandolines de douceur aux reins chantant.

Où s’apaise le mouvement, naît
spontanée la parabole,
et un orbe, un sein, une baie
font s’écouler, sans fin,
la modulation de la ligne.

De cinq, dix sens, s’enfle
l’arabesque, pomme
polie dans la rosée
de corps qui s’enlacent et se déprennent
dans la courbe courbe courbe bien-aimée,
et ce que le corps invente est chose ailée.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Jean-Baptiste Valadié

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Venise (Boris Pasternak)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2016



Venise

Je fus réveillé à l’aube
Par le timbre d’un carreau.
Craquelin de craie qui trempe,
Venise flottait sur l’eau.

Aucun bruit. Mais comme en rêve,
J’avais entendu un cri
Qui troublait encore la grève
Comme un signe évanoui.

Cri lointain d’une victime?
Trident du scorpion, sous lui
Le miroir des mandolines,
Apaisé, dormait sans bruit.

Fourche fichée dans la brume
Jusqu’au manche, il se taisait,
Et le Grand Canal en fuite,
Ricanant, se retournait.

Loin, près du débarcadère,
Du rêve naissait le vrai,
Et Venise, Vénitienne,
Se jetait à l’eau du quai.

(Boris Pasternak)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Paul Signac

 

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