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Poésie

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CHANSON DE MARCHE (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
CHANSON DE MARCHE

L’épi mangé grain par grain
par le vent et par les chiens

le coeur pris de saint en saint
par le feu et dans le poing

la nuit chaude sur ton sein
ses deux yeux pareils aux tiens

le passé joyeux qui vient
s’enivrer du premier vin

premier mort mon vert raisin
qui passez de main en main

la fleur folle qui se plaint
de la larve et de l’essaim

et la noire pluie de la fin
qui s’allume et qui s’éteint.

(Jean Cayrol)

 

Recueil: Poèmes de la nuit et du brouillard
Traduction:
Editions: Seuil

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LENDEMAIN (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



 

LENDEMAIN
A Henri Mercier.

Avec les fleurs, avec les femmes,
Avec l’absinthe, avec le feu,
On peut se divertir un peu,
Jouer son rôle en quelque drame.

L’absinthe bue un soir d’hiver
Eclaire en vert l’âme enfumée,
Et les fleurs, sur la bien-aimée
Embaument devant le feu clair.

Puis, les baisers perdent leurs charmes,
Ayant duré quelques saisons.
Les réciproques trahisons
Font qu’on se quitte un jour, sans larmes.

On brûle lettres et bouquets
Et le feu se met à l’alcôve,
Et, si la triste vie est sauve,
Restent l’absinthe et ses hoquets.

Les portraits sont mangés des flammes ;
Les doigts crispés sont tremblotants…
On meurt d’avoir dormi longtemps
Avec les fleurs, avec les femmes.

(Charles Cros)

Illustration: Viktor Oliva

 

 

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PURGATOIRE (Joyce Mansour)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2016



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PURGATOIRE

Morts – prêtres – nudités – autels
Peintures – cercueils – racines,
Pensées mangées par les vers
Des vers nourris de péchés avortés.
Des fleurs mourantes sur des morts déjà morts
Font ce monde plein de cris étouffés.
Il fait noir – touffu dans le tombeau
Le murs bougent sans rythme;
Les pensées sont des cris monotones
Des hurlements plus forts prennent l’air
Et volent autour de nos têtes sans cheveux
C’est long.

(Joyce Mansour)

Illustration

 

 

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Chanson (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2015



 

Chanson

Les sapins, dans la nuit, pleurent
Et la voix du sort
Appelle à chaque heure
La mort.

II
Sur les dolmens de Bretagne,
Merlin vient le soir,
Quand vals et montagnes
Sont noirs.

III
Et les enfants dans leurs langes
Sanglotent tout bas
Quand le bruit étrange
S’en va.

IV
Tout tremble, mers et nuages…
Libre est l’aquilon,
Et le sombre orage,
Frelon.

(Robert Desnos)

 

 

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GRAND ARBRE BLANC (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



GRAND ARBRE BLANC

à l’Orient vieilli
la ruche est morte
le ciel n’est plus que cire sèche

sous la paille noircie
l’or s’est couvert de mousse

les dieux mourants
ont mangé leur regard
puis la clef

il a fait froid

il a fait froid
et sur le temps droit comme un i
un œil rond a gelé

grand arbre
nous n’avons plus de branches
ni de Levant ni de Couchant
le sommeil s’est tué à l’Ouest
avec l’idée de jour

grand arbre
nous voici verticaux sous l’étoile
et la beauté nous a blanchis

mais si creuse est la nuit
que l’on voudrait grandir
grandir
jusqu’à remplir ce regard sans paupière
grand arbre
l’espace est rond
et nous sommes
Nord-Sud
l’éventail replié des saisons
le cri sans bouche
la pile de vertèbres

grand arbre
le temps n’a plus de feuilles
la mort a mis un baiser blanc
sur chaque souvenir
mais notre chair
est aussi pierre qui pousse
et sève de la roue

grand arbre
l’ombre a séché au pied du sel
l’écorce n’a plus d’âge
et notre cœur est nu
grand arbre
l’œil est sur notre front
nous avons mangé la mousse
et jeté l’or

pourtant
le chant des signes
ranime au fond de l’air
d’atroces armes blanches

qui tue
qui parle

le sang
le sang n’est que sens de l’absence
et il fait froid

grand arbre
il fait froid
et c’est la vanité du vent
morte l’abeille
sa pensée nous fait ruche
les mots
les mots déjà
butinent dans la gorge

grand arbre
blanc debout
nos feuilles sont dedans
et la mort qui nous lèche
est seule bouche du savoir

(Bernard Noël)

 

 

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