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Poésie

Posts Tagged ‘manger’

Enfance (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022




    
Enfance

Colère devant l’enfant sans pain
ni mère qui mange de la terre
dessine des hélicoptères reste
debout dans son sommeil

Colère devant l’enfant au ventre outré
araignée de la misère
qui joue avec la terre
sous un soleil touriste

Colère devant l’enfant courant devant la guerre
jusqu’aux frontières
depuis sept ans sans s’arrêter
s’il ne se couche dans la terre

Colère devant la terre entière
la terre qui est le pain qui
est la joie
la maison et la mort

(Anna Gréki)

Recueil: Guerre à la guerre
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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BELLE (Pierre Seghers)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2022



Illustration: Paul Delvaux
    
BELLE

Belle à charmer les miroirs,
Belle à vivre, belle à voir,
Belle comme on n’est plus belle,
Mon amour,
De quel pays me viens-tu,
Belle, longue, lisse et nue,
Mon amour …

Je t’attendais … En rêvant
J’écoutais la voix du vent
Qui me disait « Qu’elle est belle ! »
Mon amour
Et soudain tu m’es venue
Belle, longue, lisse et nue,
Mon amour

Te voici dans ma maison,
Ma belle, ma déraison,
Toi, ma saison la plus belle,
Mon amour,
Et tu danses dans ma rue
Belle, longue, lisse et nue,
Mon amour …

Cest au creux de tes miroirs
Belle à vivre, belle à voir,
Belle comme on n’est plus belle,
Mon amour
Que tu fuiras, éperdue,
Belle. longue, lisse et nue,
Mon amour …

Au fond de tes yeux profonds
Tes miroirs te mangeront,
Pour eux tu étais trop belle
Mon amour
Toi. mes roses disparues,
Belle. longue, lisse et nue,
Mon amour …

(Pierre Seghers)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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CENTURIES (Bhartrihari)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2022



Illustration: Etienne Adolphe Piot
    
CENTURIES

Dans tout ce qui existe à voir, est-il objet plus beau
que le visage d’une jeune fille aux yeux d’antilope et
vous souriant d’amour ?

Dans les choses que l’on respire, y a-t-il rien de plus suave
que le souffle de sa bouche ? Dans ce que l’on entend, est-il
rien de plus harmonieux que sa voix ?

Dans les choses que l’on mange, est-il rien de plus délicieux
que la saveur du frais bourgeon de ses lèvres ?
Dans le domaine du toucher, sent-on rien de plus doux que son corps ?

Qu’y a-t-il de mieux à voir en pensée que l’image
d’une jeune fille nouvelle éclose ? Partout, ceux dont le coeur
est aimant éprouvent une émotion qui vient d’elle !

(Bhartrihari)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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Je vais me déguiser en framboise (Eurydice El-Etr)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2022




    
Je vais me déguiser en framboise
pour être mangée par maman.

(Eurydice El-Etr)

 

Recueil: Je tousse de la lumière
Traduction:
Editions: La Délirante

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Rire de papillon (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2022




    
Rire de papillon

Au milieu de notre assiette de porridge
Se trouvait peint un papillon bleu,
Chaque matin nous cherchions à être le premier à l’atteindre.
Alors Grand-mère disait: « Ne mangez pas le pauvre papillon ».
Cela nous faisait rire.
Elle nous le disait toujours et toujours nous nous mettions à rire.
Cela semblait une si petite et douce plaisanterie.
J’étais certaine qu’un beau matin
Le papillon s’envolerait des assiettes,
Riant du rire le plus ténu du monde,
Et se percherait sur les genoux de Grand-mère.

***

Butterfly Laughter

In the middle of our porridge plates
There was a blue butterfly painted
And each morning we tried who should reach the butterfly first.
Then the Grandmother said: `Do not eat the poor butterfly. »
That made us laugh.
Always she said it and always it started us laughing.
It seemed such a sweet little joke.
I was certain that one fine morning
The butterfly would fly out of the plates,
Laughing the teeniest laugh in the world,
And perch on the Grandmother’s lap.

(Katherine Mansfield)

Recueil: Villa Pauline Autres Poèmes
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Les quatre-heures (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2022




Illustration: Daniel Ridgway
    
Les quatre-heures

A quatre heures, sous un arbre, on boit le café.

Une petite fille bien sage
l’a apporté dans un panier
avec le pain et le fromage;
il n’est ni trop froid ni trop chaud
il est tout juste comme il faut.

Les hommes et les femmes sont assis en rond,
chacun sa tasse à la main; ils parlent
du temps qu’il fait, de la moisson
qui va venir, et des ouvrages
qui changent selon les saisons,
mais sont toujours aussi pressants,
si bien qu’on n’a jamais le temps…

Le temps de quoi?… on se demande.

Un oiseau bouge dans les branches, les
sauterelles craquent dans le foin…
Oui, le temps de quoi?… Et on se regarde.

Mais, dès qu’on a vidé sa tasse, dès
qu’on a mangé à sa faim: «Est-ce
qu’on y va?… » Vous voyez bien: on
n’a jamais le temps de rien.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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La Vieille Lise (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2022




    

La Vieille Lise

Quelquefois, le soir, quand on est assis
et qu’il commence à faire nuit,
la vieille Lise
se met à parler du temps passé.

Elle dit:
« On était plus heureux qu’aujourd’hui,
pour sûr, on ne sait pas pourquoi;
on travaillait peut-être davantage,
mais on savait mieux s’amuser;
ça vient des temps qui sont changés,
ce qui est passé est passé. »

Elle reste un moment sans parler,
tout le monde fait silence.

« Quand la moisson était finie,
tard vers la nuit tombante on rentrait;
les filles étaient perchées au fin haut du char,
les hommes suivaient,
on chantait
toutes les chansons qu’on savait.
On avait fait un vrai repas de noces;
il y avait du rôti, du poulet,
les gens étaient assis jusque sur le pas de la porte.
Et encore que le vin n’était pas ménagé
et pour rire, on sait rire, et, quand on a mangé,
ah! ces histoires qu’on se raconte !
Les vieux d’autrefois aimaient à parler.
La jeunesse dans la cour
brûlait la dernière gerbe.
On faisait un grand feu et on dansait autour.

Même qu’une fois pour rire
ils m’ont pris mon chapeau,
ils l’ont mis dans le feu.
C’était un chapeau tout neuf,
tout garni de grands rubans roses.
Et, comme j’avais l’air fâchée:
« Ne vous fâchez pas, ça porte bonheur. »
Et la ronde était commencée,
et 1a ronde tournait plus fort
pendant que mon chapeau brûlait. »

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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SOMMEIL ET REPAS (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2021



Illustration: Eugène Carrière
    
SOMMEIL ET REPAS

Le souffle de la nuit est ton drap, la ténèbre se couche contre toi.
Elle t’effleure la cheville et la tempe, te réveille à vie et sommeil,
elle te traque et déniche dans un mot, un désir, une pensée,
elle couche avec chacun d’eux, elle t’appâte et débusque.
Elle te peigne le sel des cils et te le donne à manger, à l’écoute de tes heures,
elle en recueille le sable et te le sert à table.
Et ce que, rose, elle fut, ombre et eau, elle te le verse.

(Paul Celan)

Recueil: Choix de poèmes
Traduction: Jean-Pierre Lefebvre
Editions: Gallimard

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L’Impossible (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2021


fleur-seringat

Manger de la belle amour
Faire boîter Poséidon
Rythmer les battements nocturnes du silence
Nous continuerons bien sûr
De faire l’impossible
Avant de nous évaporer comme
L’odeur du seringa.

(Jean Rousselot)

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CAGE D’OISEAU (Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021



Sam Wolfe Connelly bbl

CAGE D’OISEAU

Je suis une cage d’oiseau
Une cage d’os
Avec un oiseau

L’oiseau dans ma cage d’os
C’est la mort qui fait son nid

Lorsque rien n’arrive
On l’entend froisser ses ailes

Et quand on a ri beaucoup
Si l’on cesse tout à coup
On l’entend qui roucoule
Au fond
Comme un grelot

C’est un oiseau tenu captif
La mort dans ma cage d’os

Voudrait-il pas s’envoler
Est-ce vous qui le retiendrez
Est-ce moi
Qu’est-ce que c’est

Il ne pourra s’en aller
Qu’après avoir tout mangé
Mon coeur
La source du sang
Avec la vie dedans

Il aura mon âme au bec.

(Saint-Denys Garneau)

Illustration: Sam Wolfe Connelly

 

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