Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘manger’

Je suis une image (Gilles Weinzaepflen)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2019




    
Je suis une image que tu manges et digères
Ainsi moi-même ma propre image
Je te deviens moi et mon image
Avec toutes les images que j’ai mangées

(Gilles Weinzaepflen)

 

Recueil: Noël Jivaro
Traduction:
Editions: Le clou dans le fer

Posted in méditations | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Jésus (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



 

jesus-premier-pretre-ouvrier

Jésus est dans la rue en tenue de travail
avec le sac au dos de plaines ouvrières,
Jésus est en chômage, en quête de salaire,
et sa vieille blessure à la jambe fait mal.

Jésus n’est pas d’ici, on lui veut des misères,
son permis de séjour est bien près d’expirer
et Jésus pense au temps du charpentier son père,
à Marie, comme lui, soucieuse du loyer.

Jésus s’en est allé pour l’embauche à l’usine
avec son casse-croûte à manger sur le tas.

Il n’est plus revenu, Madeleine voisine :
on dit qu’on l’a revu au chemin de Damas.

(Géo Libbrecht)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le pli (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2019



Illustration: Elisa Fantozzi
    
Le pli

Ô pli rose

dans tes pentes de nacre j’ose
Poser ma bouche à ta lèvre
Et fouir dans ta moire rose

Toi soie rose

si la vaste mort m’échoit
Qu’au moins ta gloire me noie
A l’odeur épaisse j’ose
Manger le miel et le sel
La figue et la mer morose

du piège bel
Ourlet où je me repose

Ô pli chose

d’ornement et de secret
Pour l’averse dans le val rose
Pluie lente épaisse dose
Quand jamais la mort m’échoit avant elle
Que j’y perde dans la soie

Ô pli rose

La figue et le songe de la mer
avant la mort
La fin du jeu même pas amer

(Jacques Chessex)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

UN SOUPCON (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



UN SOUPCON

Se balançais légère
Riait légère
Sautait légère
Tombait légère
Riait légère
Fuyait légère
Rêvait légère
Mangeait légère
Dormait légère
Tissait légère
Rêvait légère
Luttait légère
Tombait légère
Se relevait légère
Il l’aimait sans la connaître.

(René Char)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

OU SE FABRIQUENT LES CRAYONS (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



OU SE FABRIQUENT LES CRAYONS

La dernière hirondelle
A tresser une corbeille
Pour retenir la lumière
La dernière à dessiner
Cet œil déserté

Dans la paume du village
Le soir vient manger les graines
Du sommeil animal

Bonne nuit à la pensée

Et j’appelle le silence
Par son plus petit nom.

(René Char)

Illustration: Sonia Mandel

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je dis que c’est bien moi qui ai vécu (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2019



Jean-François Millet 01 [800x600]

 

Je dis que c’est bien moi qui ai vécu
Je dis que c’est bien moi qui suis venu, qui pars
Je le prouve en parlant plus haut que les miroirs
Je dis que j’ai ma place entre les gens qui bougent
Je le prouve en fumant leur tabac, leur chagrin
Je dis que j’ai des droits sur la Colchide
Je le prouve en montrant sa forme en creux dans ma poitrine
Je dis que j’ai des droits sur le néant lui-même
Je le prouve en mangeant mon pain
Le coude sur ma bêche au-dessus de ma tombe.

(Jean Rousselot)

Illustration: Jean-François Millet

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une ligne (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019




    
Une ligne

Ouvrir un livre
au hasard
une phrase ou deux
suffiront
ouvrir le jour
comme un livre
choisir une ligne
la manger

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | 4 Comments »

L’éléphant (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2019




    
L’éléphant

Tu es
l’éléphant ivre
qui mange des fleurs
à l’intérieur de mon coeur

j’ai la solidité
des parfums de pivoine
lorsque tu me piétines

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sur le banc devant la maison (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019




    
Sur le banc devant la maison

Viens t’asseoir à côté de moi sur le banc devant la maison,
femme, tu en as bien le droit,
voici quarante ans que nous sommes ensemble.

Cette fin d’après-midi, alors qu’il fait si beau,
c’est aussi le soir de notre vie.
Tu as bien mérité, vois-tu, un peu de repos.

Maintenant, les enfants sont placés.
Ils sont allés chacun de son côté et nous sommes de nouveau rien que les deux,
comme quand nous avons commencé.

Femme, te souviens-tu?
Nous n’avions rien pour commencer, tout était à faire.
Et nous nous sommes mis à l’ouvrage.

Ça n’allait pas tout seul, il nous en a fallu du courage !
Il nous en a fallu de l’amour,
et l’amour n’est pas ce qu’on croit au commencement.

Se serrer l’un contre l’autre, s’embrasser, se parler tout doux à l’oreille.
Ça, c’est bon pour le jour de la noce !
Le temps de la vie est grand, mais le jour de la noce ne dure qu’un jour.

C’est seulement après, qu’a commencé la vie.
Les enfants viennent; il leur faut quelque chose à manger,
des vêtements et des souliers, ça n’a pas de fin.

Il est aussi arrivé qu’ils étaient malades, alors tu devais passer toute la nuit à veiller
et moi, j’étais à l’ouvrage d’avant le jour jusqu’à la nuit tombée.
Nous croyions être arrivés à quelque chose, puis après, tout était en bas et à recommencer.

Des fois, nous étions tout dépités de voir que nous avions beau faire,
nous piétinions sur place et même, nous repartions en arrière.
Te souviens-tu, femme, de tous ces soucis ?

Mais nous sommes restés fidèles l’un à l’autre,
et ainsi, j’ai pu m’appuyer sur toi, et toi la même chose sur moi.
Nous avons eu de la chance d’être ensemble, les deux.

On s’est mis à l’ouvrage, nous avons duré et tenu le coup.
Le véritable amour n’est pas pour un jour.
C’est toute la vie que nous devons nous aimer, s’aider et se comprendre.

Puis, les affaires sont allées du bon côté, les enfants ont tous bien tourné.
Mais aussi, on leur avait appris à partir sur le bon chemin.
Nous avons un petit quelque chose au soleil et dans le bas de laine.

C’est pourquoi, cette fin d’après-midi, alors qu’il fait si beau,
assieds-toi à côté de moi.
On veut pas parler, nous n’avons plus rien à nous dire.

Nous n’avons besoin que d’être les deux
et laisser venir la nuit,
bienheureux d’avoir bien rempli notre vie.

(Traduction du texte patois)

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A MERCI (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



A MERCI

Mon pied droit sur ta nuque et l’autre sur la terre
Je pèse. Mon talon s’enfonce dans ton cou.
Ne bouge plus. Mange la terre, homme de terre,
Mange l’angoisse, et pour jamais sache le goût
Du monde.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Eugène Delacroix

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :