Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘manifestation’

J’écris peut-être pour maintenir l’ouverture de la source (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

J’écris peut-être pour maintenir l’ouverture de la source,
même si je ne peux pas la découvrir.

Ce que j’appelle parole n’est rien de plus
que les harmoniques d’un accord juste,
le plus juste possible.

Ce n’est pas pour parler que j’écris, mais pour entendre,
ou plutôt, être capable d’entendre.

J’accueille dans sa nudité douloureuse
ce qui est sans nom ni figure.

Entre nous il n’y a aucun lien,
mais une liaison qui ne devrait pas exister,
et qui existe cependant :
cela même qui refuse de se manifester est pourtant l’origine
de la manifestation dans sa totalité.

Il faut que le don accueille le don
et que le silence remercie la parole,
le silence qui est à son tour remercié.

Mes paroles aimeraient être une pure confidence.
Car mes paroles vont à la rencontre de ce moment inouï
où l’inconnu se retourne dans la vive transparence d’un contact subtil.

Ce qui produit les choses, le monde, et qui n’est rien de ce monde,
et cependant qui n’est pas en dehors de lui,
ce que je ressens en même temps comme présence et absence,
crée la plénitude d’un visible transparent qui s’enracine dans l’invisible.

Et pourtant je ne pourrai jamais dire que je l’ai rencontré.
La rencontre est toujours impossible, problématique, incertaine.
Je sais néanmoins qu’elle n’adviendrait pas si je n’écrivais pas.

J’écris en essayant d’entendre la rumeur de l’inconnu.
Ce que j’écris dépend de cette relation ténue
à quelqu’un d’invisible qui attend et supplie.

C’est donc ce que j’écris qui rend possible la rencontre,
le dire diaphane de l’altérité.

J’écris, et ce que j’écris ne mène nulle part.

Les mots sont pauvres, blancs, transparents.
Peut-être qu’ils sont une silencieuse irradiation du vide.

Mais c’est ainsi que je m’approche du dieu inconnu.

(António Ramos Rosa)

Illustration: Danielle Decollonge

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Donjons de Dieu! Poètes ! (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018




    
Donjons de Dieu! Poètes !
Paratonnerres célestes,
qui résistez aux plus violents des orages,
tels des crêtes muettes,
tels des cimes agrestes,
des éternités vous êtes le barrage !

Une Espérance magique le jour nous prédit
au cours duquel, sur le rocher d’harmonie
périra la sirène aux perfides atours.
Espérez donc, espérons donc toujours !

Espérez donc toujours.
L’élément bestial se divertit
dans la haine de la poésie
et les races s’offensent tour à tour.

L’insurrection d’en bas
s’étend aux Excellents.
Le cannibale convoite sa proie,
le rouge aux gencives et l’écume aux dents.

Donjons, mettez un sourire au pavillon.
Opposez aux craintes et aux manifestations malignes
d’une brise la superbe inspiration,
brise d’une tranquillité céleste et marine…

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Attendre (Séverine Daucourt-Fridriksson)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos     
    
dans sa foulée longtemps immobile au milieu du jour
attendre les manifestations physiques de l’inédit

(Séverine Daucourt-Fridriksson)

 

Recueil: A trois que le qui-vive
Traduction:
Editions: La lettre volée

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La poésie (Hugo Friedrich)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



On en arriva à une rupture brutale avec la tradition ;
le poète refusa les normes et trouva dans ce refuge la justification de son originalité.
La poésie se voulut expression d’une souffrance enfermée dans ce cercle sans issue.
[…]
Elle s’affirma comme la manifestation la plus haute et la plus pure de la création littéraire ;
[…]
elle s’arrogea la liberté de dire tout ce que lui inspiraient une imagination impérieuse,
une intériorité élargie aux mesures de l’inconscient
et enfin un jeu avec une transcendance qui ne se réfère plus à rien.

(Hugo Friedrich)

Illustration: René Magritte

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE PLAISIR DE LA FAUSSETÉ (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



LE PLAISIR DE LA FAUSSETÉ

chaque être humain
est une erreur chancelante
coincée entre des cris désespérés
et le silence

chaque être humain
est le champ de bataille
d’une manifestation permanente
contre la prison de son propre corps

la tête est une usine délabrée
dans laquelle des cohortes de rats
ne rêvent qu’à s’échapper

l’impression d’exister
n’est que l’émergence éphémère
d’un flocon de neige

ayant perdu le goût de l’authenticité
nous nous ruons constamment
vers la fausseté

mais nous ne pouvons
même plus te connaître
le faux de l’imitation du faux

chaque être humain
est une photocopie
de la convulsive maladie d’être

***

THE DELIGHT OF FALSENESS

every human being is
a staggering error
squeezed between
desperate cries and silence

every human being is
the battlefield
of a permanent protest
against the prison of being

every human being is
a photocopy
of the convulsive
sickness of being

so say certain human beings
do not believe them
it’s not that bad

(Raymond Federman)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fais-moi exister par la vertu de ton regard (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017



    

Ô toi qui considères le monde comme existant en dehors de toi, écoute!
Ces montagnes et ces déserts, ces océans et ces pierres,
Ce monde des couleurs et des parfums, sont notre bouquet,
Etrangers à nous et cependant intimement liés à nous.
Un seul regard du moi a réuni
La terre et le ciel, le soleil et la lune.

Notre coeur possède vers eux une voie d’accès secrète
Car tout être n’existe que par la grâce du regard.
Si nul ne le voit, le monde est sans valeur,
Si quelqu’un le voit, il devient montagnes et océans.
Le monde n’est précieux que parce que nous le voyons.
Son arbre croit en même temps que nous.
Le problème du sujet et de l’objet est un mystère;
De chaque atome s’élève une prière :

« Ô toi qui vois, fais de moi ton objet,
Fais-moi exister par la vertu de ton regard. »

La perfection pour une chose c’est d’être là,
Son imperfection, de n’être pas devant nos yeux,
De ne pas être illuminée par notre conscience.
Le monde n’est que notre manifestation
Car sans nous ce spectacle de sons et de lumières n’existerait pas.

(Mohammad Iqbal)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je suis en tout (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2016



Je suis en tout, tout est en moi,
Hors de moi, il n’y a rien.

Je me suis dilaté à la mesure des trois mondes,
Et la transmigration est le jeu que je joue…

Les six systèmes ne décrivent que mon vêtement :
Je suis transcendant, sans formes ni division.

Je me suis donné à moi-même le nom de Kabîr,
Moi-même, j’ai donné cette manifestation de moi-même.

(Kabîr)


Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il s’est voilé (Paroles Soufies)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2016



 

Oleg Korolev - Tutt'Art@ (13)

Il s’est voilé par l’excès de Sa manifestation
Et échappe aux regards par l’intensité de Sa lumière.

(Paroles Soufies)

Illustration: Oleg Korolev

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Comment combiner parole et silence sans altérer la Réalité? (Fêng Hsüeh)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2015




Un moine demanda un jour à maître Fêng Hsüeh:
« La parole altère la transcendance (de la Réalité),
et le silence altère la manifestation.
Comment combiner parole et silence sans altérer la Réalité? »

Le maître répondit:
« Je me souviendrai toujours du paysage printanier que je vis un jour dans le Chiang Nan.
Les perdrix gloussaient parmi les fleurs parfumées, alors dans leur éclat! »

(Fêng Hsüeh)

Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

DIALOGUE AVEC DAJAL AL-DIN RÙMI (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2015



 

DIALOGUE AVEC DAJAL AL-DIN RÙMI

Le vent montre la poussière
ou la branche qui remue

On ne voit pas le vent
mais la poussière ou la branche

On ne voit pas l’ivresse
mais que sa manifestation

On ne voit pas l’image
mais le miroir qui ne reflète pas l’image

Détruire le miroir
est la condition de l’image
comme la destruction de la poussière
ou de la branche qui remue
sont la condition de voir le vent

Uniquement le miroir
peut voir le miroir

Le vent ne peut se voir lui-même
mais que ses manifestations

(Serge Pey)

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »