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Poésie

Posts Tagged ‘manifeste’

Ô inconnue discrète (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Ô mes amis, vous tous, je ne renie
aucun de vous; ni même ce passant
qui n’était de l’inconcevable vie
qu’un doux regard ouvert et hésitant.

Combien de fois un être, malgré lui,
arrête de son oeil ou de son geste
l’imperceptible fuite d’autrui,
en lui rendant un instant manifeste.

Les inconnus. Ils ont leur large part
à notre sort que chaque jour complète.
Précise bien, ô inconnue discrète,
mon coeur distrait, en levant ton regard.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Eugène de Blaas

 

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La poésie n’est plus l’attribut du poème (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



La poésie n’est plus l’attribut du poème,
mais un attribut caché de ce qui existe,
son horizon dans l’âme des hommes,
c’est-à-dire l’horizon, dans ce qui aspire à l’être,
de ce qui aspire à la mort.

Nous n’avons plus à cristalliser la beauté dans le vase clos d’une oeuvre,
nous portons en nous la cristallisation poétique de tout ce qui est manifesté.
L’amour du réel n’est que le pressentiment de la beauté à y dévoiler.
L’image, l’acte poétique vaudront par le changement qu’ils seront susceptibles d’opérer dans la vision.

(Joë Bousquet)

Illustration

 

 

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M’esveillant à minuit, dessillant la paupière (Gabrielle de Coignard)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




    
M’esveillant à minuit, dessillant la paupière,
Je voy tout assoupi au centre du repos,
L’on entend plus de bruit, le travail est enclos
Dans l’ombre de la terre, attendant la lumière.

Le silence est partout, la lune est belle et claire,
Le ciel calme et serain, la mer retient ses flots,
Et tout ce qui se voit dedans ce large clos
Est plein de majesté, et grâce singulière.

La nuit qui va roulant des tours continuels,
Représente à nos yeux les siècles éternels,
Le silence profond du
Royaume céleste :

En fin le jour, la nuit, la lumière et l’obscur,
A louer le haut
Dieu incitent nostre cœur,
Voyant reluire en tout sa grandeur manifeste.

(Gabrielle de Coignard)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

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Fait étrange (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018




    
Fait étrange : une fois perçu, ce qui s’annonce au loin
Se transforme en présage ;
Et ce qui advient n’est manifeste

Qu’à la lumière de ce qu’on a vécu.
Le septième ciel, peut être :
Toute la vérité d’un sixième sens disparu.

N’importe : le jour où la lumière se brisera sur moi
Comme naguère sur la route après Coleraine
Où le vent s’est fait plus salé, le ciel plus prompt,

Où un lamé d’argent a frémi sur la Bann
Au milieu du canal, entre les poteaux peints,
J’habiterai ce qui m’échappe.

***

Strange how things in the offing, once they’re sensed,
Convert to things foreknown;
And how what’s come upon is manifest

Only in light of what has been gone through.
Seventh heaven may be
The whole truth of a sixth sense come to pass.

At any rate, when light breaks over me
The way it did on the road beyond Coleraine
Where wind got saltier, the sky more hurried

And silver lamé shivered on the Bann
Out in mid-channel between the painted poles,
That day I’ll be in step with what escaped me.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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C’est par une naissance (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017




    

C’est par une naissance
que tu es venu dans ce monde des quatre directions,
c’est par une autre naissance
que tu peux t’en échapper
et que se peuvent briser les chaînes qui te lient.
Mais celle-là n’est pas d’eau et d’argile,
seul la connaît celui qui a le coeur en éveil.

L’une est contrainte,
l’autre est libération,
l’une est voilée,
l’autre manifeste.

L’une est pétrie de pleurs,
l’autre de rires;
l’une est le symbole de celui qui cherche,
l’autre de celui qui trouve.

L’une est séjour parmi les choses créées,
l’autre errance en dehors des dimensions du monde sensible.
L’une est besoin de jours et de nuits,
jours et nuits ne sont que le destrier de l’autre.

L’enfant naît de l’éclatement du ventre maternel,
l’homme naît de l’éclatement du monde…
Lorsque surgit dans le corps une âme en éveil,
ce vieux palais du monde
se trouve ébranlé dans ses fondations!

… Ô toi qui ressembles à un mort
dans les profondeurs du sépulcre,
sache que la résurrection est possible
sans que retentisse la Trompette Divine.

Tu as dans la gorge des mélodies suaves et délicates,
combien de temps demeureras-tu sur la terre
à coasser comme un crapaud ?
Enfourche le Temps et l’Espace…

Aiguise tes yeux et tes oreilles,
que ton intelligence en éveil absorbe tout ce que tu vois!
Apprends de moi ce regard qui brûle tous les voiles,
ce regard qui ne sera jamais prisonnier à l’intérieur d’un oeil!

(Mohammad Iqbal)

 

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Sans pensée, sans invention, tu n’aurais pas été, ô Épée (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



épe de Moïse

Les murs ne tombent pas
[11]

Sans pensée, sans invention,
tu n’aurais pas été, ô Épée,

sans idée et sans la médiation de la Parole,
tu serais restée

non manifeste dans la dimension vague
où réside la pensée,

et au-delà de la pensée et de l’idée,
leur procréateur,

Rêve,
Vision.

***

Without thought, invention,
you would not have been, O Sword,

without idea and the Word’s mediation,
you would have remained

unmanifest in the dim dimension
where thought dwells,

and beyond thought and idea,
their begetter,

Dream,
Vision.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Le non-manifesté (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



 

Le non-manifesté
se mirant dans le vide
avait-il une intention?
le manifesté
se meut-il par une fin?

émerveillée
je courbe un peu plus
l’axe de l’éternel questionnement.

(Aïcha Arnaout)

Recueil: L’inventaire des choses (Anthologie)
Traduction: Aïcha Arnaout
Editions: Action Poétique

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Ô ce mot mystérieux (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2017



Ô ce mot mystérieux,
comment pourrais-je jamais le prononcer ?

Oh, comment puis-je dire :
Il n’est pas comme ceci et Il est comme cela ?

Si je dis qu’il est en moi,
l’Univers a honte de mes paroles;

Si je dis qu’Il est en dehors de moi,
je mens.

Des mondes intérieurs et extérieurs
Il fait une indivisible unité;

Le conscient et l’inconscient
sont les tabourets de ses pieds.

Il n’est ni manifesté ni caché ;
Il n’est ni révélé ni irrévélé.

Il n’y a pas de mot pour dire ce qu’Il est.

(Kabîr)

 

 

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Ce mot secret (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2017



Ce mot secret, oh! comment jamais le puis-je proférer?
Oh ! comment puis-je dire : c’est à ceci et non pas à cela qu’Il ressemble ?
Si je dis qu’Il est au-dedans de moi,
c’est à l’univers que je fais honte
Si je dis qu’Il est hors de moi, cela est faux.
Du monde intérieur et du monde extérieur
Il ne fait qu’un indivisible;
Le conscient et l’inconscient sont ses deux marchepieds
Il n’est non plus manifeste que caché;
Il n’est révélé, ni irrévélé.
Pour exprimer ceci qu’Il est,
je sais qu’il n’existe pas de paroles.

***

O how may I ever express that secret word ?
O how can I say He is not like this, and He is like that?
If I say that He is within me, the universe is ashamed :
If I say that He is without me, it is falsehood.
He makes the inner and the outer worlds to be indivisibly one;
The conscious and the unconscious, both are His footstools.
He is neither manifest nor hidden, he is neither revealed nor unrevealed :
There are no words to tell that which He is.

(Kabîr)

 

 

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J’habiterai ce qui m’échappe (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017


 



Fait étrange: une fois perçu, ce qui s’annonce au loin
Se transforme en présage;
Et ce qui advient n’est manifeste

Qu’à la lumière de ce qu’on a vécu.
Le septième ciel, peut-être:
Toute la vérité d’un sixième sens disparu.

N’importe: le jour où la lumière se brisera sur moi
Comme naguère sur la route après Coleraine
Où le vent s’est fait plus salé, le ciel plus prompt,

Où un lamé d’argent a frémi sur Bann
Au milieu du canal, entre les poteaux peints,
J’habiterai ce qui m’échappe.

***

Strange how things in the offing, once they’re sensed,
Convert to things foreknown;
And how what’s come upon is manifest
Only in light of what has been gone through.

Only in light of what has been gone through.
Seventh heaven may be
The whole truth of a sixth sense come to pass.

At any rate, when light breaks over me
The way it did on the road beyond Coleraine
Where wind got saltier, the sky more hurried

And silver lamé shivered on the Bann
Out in mid-channel between the painted poles,
That day I’ll be in step with what escaped me.

(Seamus Heaney)

Illustration: Georges Jeanclos

 

 

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