Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘marcher’

Masse (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2019



Illustration
    
Masse

La bataille finie,
et mort le combattant, est venu vers lui un homme
qui lui a dit : « Ne meurs pas; je t’aime tant! »
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

Deux autres hommes vinrent à lui et lui redirent :
« Ne nous quitte pas! Courage! Reviens à la vie! »
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

Vingt, cent, mille, cinq cent mille se rendirent près de lui
clamant : « Tant d’amour et ne rien pouvoir contre la mort! »
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

L’entourèrent des millions d’individus,
implorant d’une seule voix : « Reste, frère!
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

Alors, tous les hommes de la terre
l’entourèrent; les vit le cadavre triste, ému;
il se releva lentement,
serra dans ses bras le premier homme; se mit à marcher…

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une pendule fée (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019




    
Une pendule fée ;
et toutes fois que l’on écoute le toc du balancier,
elle s’arrête, elle ne peut marcher
que dans ma demi-conscience,
non écoutée, non regardée.

Et une autre qui ne travaille que sous ma garde.
Si je m’en désintéresse
et ne la soutienne de ma présence,
— de ma prière,
— elle s’arrête net

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si une lumière marche (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019




    
Si une lumière marche
les lumières immobiles finiront par la suivre.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Amour en même instant m’aiguillonne et m’arrête (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Karol Bak arachnoid

Amour en même instant m’aiguillonne et m’arrête,
M’assure et me fait peur, m’ard et me va glaçant,
Me pourchasse et me fuit, me rend faible et puissant,
Me fait victorieux et marche sur ma tête.

Ores bas, ores haut, jouet de la tempête,
Il va comme il lui plait mon navire élançant :
Je pense être échappé quand je suis périssant,
Et quand j’ai tout perdu, je chante ma conquête.

De ce qui plus me plait, je reçois déplaisir ;
Voulant trouver mon coeur, j’égare mon désir ;
J’adore une beauté qui m’est toute contraire ;

Je m’empêtre aux filets dont je me veux garder :
Et voyant en mon mal ce qui me peut aider,
Las! je l’approuve assez, mais je ne le puis faire.

(Philippe Desportes)

Illustration: Karol Bak

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Au milieu du pont (René Char)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2019



Parvenu à l’arche sonore,
il cessa de marcher
au milieu du pont.
Il fut tout de suite
le courant.

(René Char)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | 1 Comment »

L’Oreille cassée (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2019




    
L’Oreille cassée
Le vivant, le vrai

Nos visages ravagés de rides se souviennent des sillons de larmes
et notre colonne vertébrale se voûte sous le poids des tristesses passées.

Un corps vivant ne reste pas longtemps vierge et lisse;
la santé, la joie de vivre n’excluent pas les coups ;

bien au contraire, nous n’existons que de souffrances vaillantes contre l’adversité ;
les bons organismes présentent une tête burinée, un corps las et courageux,
une puissance dévastée, mais toujours debout.

Avant le premier coup de corne,
comment savoir si le torero se conduit avec courage ?

Il n’y a de vrai vivant que déchiré.
Les cicatrices renforcent.

Il n’y a de vérité que falsifiée.
Le faux plaide pour le vrai.

Il n’y a de bonté que tentée.

Quelle vertu sans tribulations ?
Il n’y a de bon système que cassé.
Si tout marche, rien ne marchera.

Chaque épreuve me précipite au devant de ce fétiche :
il n’y a de vrai dieu que blessé.

(Michel Serres)

 

Recueil: Hergé mon ami
Traduction:
Editions: Le Pommier

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Comme en septembre à Sceaux (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019



Illustration
    
Comme en septembre à Sceaux

Aujourd’hui je descends et j’atteins la douceur
c’est d’un sceau qu’il s’agit
plaqué sur fond de veines
aujourd’hui je m’atteins où je passe parfois
et dis-moi
n’est-ce pas de septembre et de brume
que s’emperle ce parc

je –

Marche marche
dès la grille rouillée reculent les allées
dès l’orgueil humilié s’en revient l’oublié
le secret oublié
la douceur oubliée
marche marche
on te fait grâce des années.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Moi, je vis la vie à côté (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



 

Moi, je vis la vie à côté

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal coté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête,
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal :
Des roses, des roses, des roses !

(Charles Cros)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A la Rochecourbière (Michael Edwards)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019


caponigro.stone.voices

A la Rochecourbière

L’air écoute:
Nul bruit ne l’amuse.

Un soleil blanchi
Sur un ciel dénudé.

La distance fait
Trembler les champs.

Nous marchons sur un sol
Sec, et percevons

Ou croyons percevoir

La voix des pierres:
Silence des oiseaux.

***

At La Rochecourbière

An alertness of air
No sound impedes.

A whitened sun
On the naked sky.

Distance disturbs
Trembling fields.

We step on the dry
Earth an hear

Or strain to hear
The voice of stone,

The silence of birds.

(Michael Edwards)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ecartant la lampe (Haku Kyo 1er)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



Ecartant la lampe, nous l’admirons ensemble, la lune de minuit
Marchant sur les fleurs, nous le regrettons l’un et l’autre,
le vert printemps de nos années

(Haku Kyo 1er)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :