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Poésie

Posts Tagged ‘maré’

Le Houx (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018



Le Houx

Simone, le soleil rit sur les feuilles de houx :
Avril est revenu pour jouer avec nous.

Il porte des corbeilles de fleurs sur ses épaules,
Il les donne aux épines, aux marronniers, aux saules ;

Il les sème une à une parmi l’herbe des prés,
Sur le bord des ruisseaux, des mares et des fossés ;

Il garde les jonquilles pour l’eau, et les pervenches
Pour les bois, aux endroits où s’allongent les branches ;

Il jette les violettes à l’ombre, sous les ronces
Où son pied nu, sans peur, les cache et les enfonce ;

À toutes les prairies il donne des pâquerettes
Et des primevères qui ont un collier de clochettes ;

Il laisse les muguets tomber dans les forêts
Avec les anémones, le long des sentiers frais ;

Il plante des iris sur le toit des maisons,
Et dans notre jardin, Simone, où il fait bon,

Il répandra des ancolies et des pensées,
Des jacinthes et la bonne odeur des giroflées.

(Remy de Gourmont)

 

 

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NUAGES (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018




    
NUAGES

Dits, dédits, amours, méprises,
et jour et nuit, l’un dans l’autre,
le blanc valant le noir et tous

fil blanc perdu dans les bois,
fleuve plein de gestes et d’appels,
mare aux canards miteux — tous

s’en vont finir dans le pur océan
et nul n’y revendique : moi, moi,
moi, comme ici, nul

qui cherche à bâtir pour lui seul
une barque pérenne, un nom
contre le temps et gravé

dans la pierre, nul
car le ciel est à eux, qu’ils dénouent
et font bouger, les nuages.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Éloge pour une cuisine de province
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vieille mare (Buson)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2018




Vieille mare
Savate coulée au fond
Pluie glacée

(Buson)

Illustration

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Elle et la mer (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



Elle et la mer

Une mare de soleil
Qui oublie sa source
Répand sa lumière
Sur ses cheveux roux
Qui jouent avec le vent
Les noisettes de ses yeux
Fendent les secrets les mieux cachés
La mer s’annonce par le bruit salé
De ses vagues dans la brume
Elle secoue sa crinière au-dessus de ses yeux de mer
Dans une lueur blonde
Qui leur fait ce regard de velours
En harmonie avec son sourire vagabond

Son regard crépite comme un feu de bois
Et pénètre la matière
Dans une clarté qui se déchire
Sur l’écho superficiel
D’un soleil vertical
Immobilité de la mer
Derrière les tentures
Et les murs se revêtent d’affiches de voyages.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Guillaume Seignac

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Ce qui est à moi (Aimé Césaire)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



 

Toussaint Louverture

Ce qui est à moi
c’est un homme seul emprisonné de blanc
c’est un homme seul qui défie les cris blancs de la mort blanche
(TOUSSAINT, TOUSSAINT LOUVERTURE)
c’est un homme seul qui fascine l’épervier blanc de la mort blanche
c’est un homme seul dans la mer inféconde de sable blanc
c’est un moricaud vieux dressé contre les eaux du ciel
La mort décrit un cercle brillant au-dessus de cet homme
la mort étoile doucement au-dessus de sa tête
la mort souffle, folle, dans la cannaie mûre de ses bras
la mort galope dans la prison comme un cheval blanc
la mort luit dans l’ombre comme des yeux de chat
la mort hoquette comme l’eau sous les Cayes
la mort est un oiseau blessé
la mort décroît
la mort vacille
la mort est un patyura ombrageux
la mort expire dans une blanche mare de silence.

(Aimé Césaire)

 

 

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NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Salvador Dalí
    
NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR

Ne te suicide pas, Seigneur,
voici qu’apparaît une orchidée parmi les ruines ;
ne te suicide pas, Seigneur,
voici que renaît le ruisseaux dans le cratère d’une bombe ;
ne te suicide pas, Seigneur,
le ciel a mis du givre sur sa balafre, l’océan a guéri sa blessure d’un bandage de corail.

Écoute, Seigneur, ton univers qui était enfantin comme le cartilage,
le voilà revenu de sa première fougue, de sa plus grande désobéissance ;
les comètes continuent de voyager, comme des berlines après une halte au carrefour de deux paniques ;
l’azur n’en est que plus profond, d’avoir été un rapace ;
l’aurore n’en est que plus belle, d’avoir failli ne jamais revenir.

Tout n’a pas tellement changé, Seigneur :
regarde ce hameau, combien de cascades pourraient naître dans sa mare,
combien de peupliers dans son ortie !

Tout n’a pas tellement souffert, Seigneur :
déjà l’épi de blé pousse dans l’orbite de ceux qui moururent de faim,
déjà les fillettes sautent à la corde sous les ombres de ceux que l’on décapita.

Tout n’est pas tellement tragique, Seigneur,
puisqu’il y a la route sans fin où même l’exil est oublié,
puisqu’il y a le vent si doux que même les soupirs y sont joyeux,
puisqu’il y a tout ce qui hurle l’immense plaisir d’être vivant.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Clair de lune (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
Clair de lune

Des jeunes filles
dans les prés d’argent
tournent sans musique

Une mare est là
où baigne la lune trouée de crapauds
dont l’orchestre pleure
la douce pavane
d’un temps très ancien

Chante là chante pour ces robes blanches
qui couvrent des vierges et des rêves
ton amour déçu.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Cantiques à la lune (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Adolf von Stademann
    
Cantiques à la lune

Lune qui t’endors à côté des charrues,
Attirant jusqu’à toi, comme d’un sein ouvert,
Les parfums du sillon et des sauges bourrues
Que le soc a fendus aux premiers jours d’hiver.

Tu veilles les troupeaux, broutant près des tourbières
Le thym et les orchis aux grappes de rubis,
Et tu tais tressaillir vers ta molle lumière
Les agneaux enfermés au ventre des brebis.

Lune printanière et maîtresse des germes.
Tu exaltes l’odeur des mares croupissant
Au long des murs d’étable et des portes des fermes
Qu’estompe à ta lueur un ténébreux encens.

Tu fais goûter l’odeur, douce comme une amie,
Qui traverse les toits abritant le bétail.
Celle des bœufs repus, des vaches endormies.
De la paille froissée où plonge leur poitrail.

Tu provoques la forte et sereine ambiance
Qui suinte des blés roux tassés sur les greniers
Et cette odeur de paix, qui donne confiance,
Des meules de fourrage et des tas de fumiers.

Lune printanière et telle une déesse
Qui pose sur les joncs l’éclat de tes pieds blancs
Et sème la moelleuse et flottante caresse
De tes cheveux au ras des moires de l’étang.

Lune, tu fais chanter sous l’oseille sauvage
Que frôle ton orteil d’ivoire, les crapauds.
Et pleuvoir la rosée au bleuissant treillage
Des saules prosternés et des tièdes sureaux.

Zébrant de tes lueurs l’ombre chèvrefeuillée.
En ton mauve péplos tu t’assieds sous les troncs
Et parmi l’herbe humide et les sauges mouillés.
Tu penches ton visage et tu baignes ton front.

Lune, voici mon cœur, brin séché de fougère,
Perdu dans l’épaisseur des bois enténébrés,
Lune, voici mon cœur, sombre rameau de lierre
Au pan de ce mur noir durement enserré.

Eclaire-le, ce cœur, mendiant misérable
Et qu’à l’immense fête on n’a point convié.
Triste quand sont joyeux l’églantier et l’érable,
Mon cœur humain qui pense au lieu de verdoyer.

Que ton rayonnement l’apaise et le pénètre.
Ce cœur comblé de nuit, d’un dieu déshérité.
Lune, verse sur lui comme aux branches des hêtres.
Ton calme enchantement et ta sérénité.

(Marie Dauguet)

 

 

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Apprendre à voir (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2017



Apprendre à voir

Les champs de blés mauves et les près rouge sang
Le tronc des arbres bleu le feuillage ocre ou brun
Les agneaux verts les chèvres jaunes et les vaches argentées
Le ruisseau de mercure et la mare de plomb
La ferme en sucre roux l’étable en chocolat
Pourquoi pas pourquoi pas pourquoi pas pourquoi pas

(Raymond Queneau)


Illustration

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La lande (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
La lande

Maléfique, voici la mare
Que l’ombre tremblante bigarre.
Reflets de lune en verts glacis,
Par la lande qui se dénude
Etalant sa décrépitude
Glissent sur les ajoncs moisis.

Le réel absurde s’évade;
La chaotique cavalcade
Surgit des fantômes dressés
Sous les tâtonnantes étoiles
Dont le vent écarte les voiles,
Surgit aux lointains effacés.

Comme un encensoir la braise,
Leur coeur flambant que rien n’apaise,
Pas même le tombeau, reluit
Au creux sombre de leur poitrine;
Des gestes brûlants se devinent
Dont l’éclair traverse la nuit.

Brisant les dalles et les pierres,
Dénouant les rameaux des lierres,
Les amants ont joint leur essor,
Comme les mélèzes frémissent,
Les lèvres ardentes bruissent
Se baisant par delà la mort.

Froissant le houx et la bourdaine
L’âpre galop qui les entraîne,
Rapproche genoux à genoux
Et vertèbres contre vertèbres
Les spectres vêtus de ténèbres
Et secoués de spasmes fous.

La lande étangement fermente…
Plus que toi la mort est clémente
Dont s’entr’ouvre parfois le seuil.
O vie amère!… – D’écarlates
Roses, d’oeillets et d’aromates.
Que l’on remplisse mon cercueil!

D’un linceul aux blancheurs de soie
Qu’on m’enveloppe, que je sois
Prêt aux réveils extasiés;
Que vainqueur de la mort, j’étreigne
Mon rêve à cette heure où se baigne
La lune par les verts bourbiers.

(Marie Dauguet)

 

 

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