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Poésie

Posts Tagged ‘marécage’

Expulsé (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2018




    
Expulsé
d’un rêve
d’un ventre

C’était pourtant
densité tendre
moiteur de membranes
lianes et spasmes
ensommeillés

C’était flotter
entre limbes
indécises
et lueurs grises
à ras de n’être pas

Impulsions de passage
et lent voyage
à travers marécages
où s’enliser
en confiance

C’était mouvement
en tous sens
et non sens

C’était

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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MAISONS SUÉDOISES SOLITAIRES (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



MAISONS SUÉDOISES SOLITAIRES

Un désordre d’arbres noirs
et les rayons fumants de la lune.
Là où la chaumière a coulé
et semble être sans vie.

Jusqu’au murmure de la rosée matinale
quand un vieillard ouvre
– d’une main qui tremble –
la fenêtre pour lâcher un grand duc.

Et dans une autre aire du vent
la construction nouvelle fume
avec un papillon de draps lavés
qui volette à l’angle

au milieu d’une forêt moribonde
où la décomposition lit
dans ses lunettes de sève
le compte-rendu des coléoptères.

Été aux pluies de blé mûr
ou un seul nuage d’orage
Des voix affolées, des visages
volent dans les fils du téléphone
avec des ailes rapides mutilées
par-dessus les milles des marécages.
au-dessus d’un chien qui aboie.
Le grain rue dans la terre.

La maison sur une île du fleuve
qui couve ses premières pierres.
Une fumée constante – on brûle
les documents secrets de la forêt.

La pluie retourne dans le ciel.
La lumière serpente dans le fleuve.
Les maisons du précipice surveillent
les boeufs blancs de la cascade.

Automne avec une ligue d’étourneaux
qui tiennent l’aube en échec.
Les hommes ont la démarche raide
au théâtre de l’abat-jour.

Faites-leur toucher sans crainte
les ailes camouflées
et l’énergie de Dieu
enroulée dans l’obscurité.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Chassé (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



Illustration: Colette Leinman
    
chassé
livré à la nuit et la soif

alors il fut ce vagabond
qui essaie tous les chemins
franchit forêts déserts
et marécages
quête fiévreusement
le lieu où planter
ses racines

cet exilé
qui se parcourt et s’affronte
se fouille et s’affûte
emprunte à la femme
un peu de sa terre et sa lumière

ce banni que corrode
la détresse des routes vaines
mais qui parfois
aux confins de la transparence
hume l’air du pays natal
et soudain se fige
émerveillé

(Charles Juliet)

 

Recueil: une joie secrète
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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CECI (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018


 


Ernest Pignon-Ernest

 

CECI

(…)

Ceci fut un vivant
Cette chose fut une personne

Ce sang dilapidé sur le bitume
s’ordonnait, hier encore, dans un réseau de veines
retissait, hier encore, la loi de l’existence

Ce coeur-sentinelle
s’est raidi sous le plomb

Ce sac-à-vermine
abritait des entrailles
où s’ouvrait le plaisir
où germinait la vie

Un rictus a drainé toute la pulpe de ces lèvres
Ces orbites-à-fourmis logeaient oeil et regards.

Ceci fut un vivant
Cette chose fut une personne

L’esprit travaillait cette motte d’indifférence
La parole soulevait cette forme interrompue.

La femme vêtue de noir
tremble dans la tourmente
hurle dans le chaos

S’agglutine aimantée
à ce profil d’écorce
à cette main qui stagne
à ce marécage d’humeurs
à ce balluchon putride

à ce « Toi, que j’appelle
et qui ne sera plus ! »

(Andrée Chedid)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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Mots humides (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: Serge Boisse
    
Mots humides

Ô baiser manquant
Bras qui n’étreignent

Des barques loin du bord
Au ventre ceint de miel
Pour des scories de lune

Marécages
Aux yeux ouverts
Saules bougés d’un vent
Silencieux

Je me rappelle
Une marche au bord des bois voûtés
Avec au coeur une liberté

Des mains de fougères
Aux terminaisons ondoyantes.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Lamentation sur Chen-tao (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018




    
Lamentation sur Chen-tao

Le sang des jeunes venus des dix contrées
Emplit les froids marécages de Chen-tao
Longue plaine, ciel désert, les cris se sont tus :
Quarante mille volontaires péris en un jour

Les Tartares reviennent, flèches toutes saignantes
Ils boivent en hurlant sur la place du marché
Le peuple, vers le nord, les yeux brillés de larmes
Jour et nuit, guette l’arrivée de l’armée

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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SOUVENT LES GOÉLANDS (Christian Coin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017




SOUVENT LES GOÉLANDS

Souvent les goélands dans ses yeux d’amoureuse
S’élancent dans les cieux et planent dans les vents,
Ils donnent chacun d’eux une aile généreuse,
Une lyre, un chagrin à mes voeux poursuivants.

Rarement les bleuets dans les blés de tendresse
N’ont autant scintillé que dans ce mouvement ;
Mes pensers serreront la course de sa tresse
Espérant seulement son regard envoûtant.

Serait-il opportun de parler de tendresse
Quand la belle ne fut qu’élégance et dédain ?
Ses cils de miroirs noirs sont des fils de tristesse,
La peine côté cour, j’irai côté jardin !

Et je m’élancerai parmi les fleurs sauvages
Dans ces champs bien-aimés peuplés d’herbes au vent,
Il y aurait à-bas, au bord des marécages,
De grands roseaux joyeux jouant au cerf-volant.

Il y aurait aussi des cygnes de passage,
Des plis dans la verdure, un saule en paravent,
Des mots d’amour aussi courant de page en page,
Et puis peut-être aussi des oiseaux comme avant.

(Christian Coin)

Illustration

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Ma nudité (Kerline Devise)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



 

Beauté NoireMa nudité
On me dit qu’on la voit parfois assise
Au pied d’un arbre fredonnant un air étrange
On me dit qu’on la voit parfois assise
Au pied d’un arbre portant une grande fissure
D’où coule un marécage de serpents et de cris
Elle ne reconnaît plus les maisons et les villes
Ne se souvient ni de noms ni d’adresses
Elle coule
Elle s’en va sans retour vers cette porte toujours ouverte
Cette porte qui, elle aussi, ne fait que couler
Elle coule
Elle s’en va sans retour vers ces fleurs cueillies pour toi
Ces fleurs poussées sur ma langue
Ma nudité
Mes yeux
On me dit qu’on les voit éternellement
Sur la route qui mène à ton amour

(Kerline Devise)

Illustration

 

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L’homme-garou (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

L’homme-garou

Mon mari marche dans le champ couvert de givre,
un X, un concept
défini contre un blanc;
il oscille, entre dans la forêt
et s’y efface.

S’il n’est défini par mon regard
en quoi se transforme-t-il
quelle autre forme
se fond avec les pousses
souterraines, ondule à travers les eaux,
camouflée aux animaux attentifs
du marécage

À midi il
reviendra; ou peut-être
ne reviendra
que mon idée de lui
lui se cachant derrière.

Il se peut qu’il me transforme aussi
avec l’oeil du renard, l’oeil
du hibou, l’oeil aux huit
facettes de l’araignée

Je ne peux pas imaginer
ce qu’il verra
quand il ouvrira la porte

***

The Wereman

My husband walks in the frosted field
an X, a concept
defined against a blank;
he swerves, enters the forest
and is blotted out.

Unheld by my sight
what does he change into
what other shape
blends with the under
growth, wavers across the pools
is camouflaged from the listening
swamp animals

At noon he will
return; or it may be
only my idea of him
I will find returning
with him hiding behind it.

He may change me also
with the fox eye, the owl
eye, the eightfold
eye of the spider

I can’t think
what he will see
when he opens the door

(Margaret Atwood)

 

Recueil: Le journal de Susanna Moodie
Traduction: Christine Evain
Editions: Bruno Doucey

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Frêle brin d’herbe (Lambert Schlechter)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2017



frêle brin d’herbe
dans le marécage pourri

point d’orgue de silence
au milieu de la cacophonie

liseré de tendresse
en marge de la violence

petit bout de broderie
au bord du vaste linceul

parmi l’horreur la beauté

(Lambert Schlechter)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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