Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘marécageux’

L’ÉTANG (Edmond Picard)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



L’ÉTANG

Mon âme est un étang marécageux et mort !
Des vents glacés sans cesse y gémissent leurs plaintes.
Ecimés et marqués de sinistres atteintes,
Des arbres foudroyés en attristent les bords.

Les amours oubliés, les amitiés éteintes,
Le trésor douloureux des cruautés du Sort,
Pourrissent lentement dans la vase qui dort,
Avec le terreau noir, avec les fleurs déteintes.

Lugubre lieu ! Pourtant, en cet abîme sourd,
Lorsque mon faible cœur ose jeter la sonde,
Et d’un coup imprévu frapper le limon lourd,

Un rayon se répand, un frémissement court,
Quelques blancs souvenirs montent à travers l’onde,
Nénuphars étoilant ma détresse profonde.

(Edmond Picard)

 

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LA COUPE NOIRE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



LA COUPE NOIRE

La nuit est une coupe de mal. Le sifflement strident
d’un gardien la traverse, comme une épingle vibrante.
Ecoute, petite femelle ; puisque tu es déjà partie,
pourquoi l’onde est-elle encore si noire et tant brûler me fait ?

Dans la pénombre la Terre ressemble aux planches du cercueil.
Ecoute, petite prostituée, ne recommence jamais.

Ma chair nage, nage et rien
dans la coupe d’ombre qui me fait tant souffrir ;
ma chair nage en elle,
comme en un coeur de femme, marécageux.

Braise astrale… Sur mon lotus diaphane,
j’ai senti choir
les frôlements secs de l’argile.
Femme, tu fais exister
la chair engendreuse d’instinct. Femme!

C’est pourquoi — ô noir calice! —, et malgré ton départ,
je me noie dans la poussière,
et piaffent dans mes chairs mes soifs toujours plus folles.

***

LA COPA NEGRA

La noche es una copa de mal. Un silbo agudo
del guardia la atraviesa, cual vibrante alfiler.
Oye, tú, mujerzuela, ¿cómo, si ya te fuiste,
la onda aún es negra y me hace aún arder?

La Tierra tiene bordes de féretro en la sombra.
Oye, tú, mujerzuela, no vayas a volver.

A carne nada, nada
en la copa de sombra que me hace aún doler;
mi carne nada en ella,
como en un pantanoso corazón de mujer.

Ascua astral… He sentido
secos roces de arcilla
sobre mi loto diáfano caer.
Ah, mujer! Por ti existe
la carne hecha de instinto. Ah mujer!

Por eso ¡oh, negro cáliz! aun cuando ya te fuiste,
me ahogo con el polvo;
y piafan en mis carnes más ganas de beber!

(César Vallejo)

Illustration: Tomas Januska

 

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