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Poésie

Posts Tagged ‘margelle’

Nous sommes d’une source (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2019



Illustration
    
Nous sommes d’une source
Qu’aucune pluie n’abreuve
Mais qui ne tarit pas

Nous sommes d’un matin
Arraché à la nuit
Par un autre soleil

Nous sommes d’une origine
Sans étoiles certaines

Nous sommes d’un amour
Aussi vaste que le vent
Aussi nu qu’un désert

Nous sommes d’une communion
Dont nous sommes le centre
Et le cercle infini

Nous sommes d’une symphonie
L’instrument et l’archet
Et la main qui relève

Nous sommes d’un silence
Que nul chant nul feuillage
Ne sauraient contenter

Nous sommes d’un chemin
Sans bornes et sans tracé
Que visite l’Ouvert

Nous sommes d’une foi
Sans rives et sans frontière
Aux doutes traversés

Nous sommes d’une forêt
Dont nous sommes l’aubier
La racine et la cime

Nous sommes d’une mélodie
Que chaque chant d’oiseau
Consent à imiter

Nous sommes des moissons
Le couvert et le pain
La table partagée

Nous sommes de ce pays
Qui nous change à mesure
Où l’on n’arrive jamais

Nous sommes de cette voix
Qui murmure notre nom
Dans le souffle d’un été

Nous sommes de ce printemps
Dont les branches nous frôlent
Sans jamais nous toucher

Nous sommes d’une blessure
Dont le feu couve en nous
Élargit nos foyers

Nous sommes d’une parole
Non encore entendue
Toujours à écouter

Nous sommes pour chacun
L’eau du puits et le seau
La margelle où puiser

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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[SI CHAQUE JOUR…] (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



[SI CHAQUE JOUR…]

Si chaque jour
tombe dans chaque nuit
il existe un puits
où la clarté se trouve enclose.

Il faut s’asseoir sur la margelle
du puits de l’ombre
pour y pêcher avec patience
la lumière qui s’y perdit.

(Pablo Neruda)


Illustration

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HIVER BLANC (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



HIVER BLANC

La margelle du puits déroule son tapis
De laine de nuage à la blancheur d’albâtre
Un moineau égaré, dans un coin se tapit
Tandis qu’une fumée, mollement, sort de l’âtre.

Les toits éclaboussés de larmes hivernales
Pleurent de tout leur soûl les chagrins de la nuit
Et festonnent les tuiles de perles de cristal.
Accrochées ça et là dans les ombres qui fuient.

La rivière est miroir … les chemins sont d’hermine !
Les arbres de noël ont envahi les prés !
Les pommiers dépouillés qui faisaient triste mine
Se sont enjolivés de robes sans apprêt.

En ce joli matin d’hiver éblouissant
Où le jour et la nuit se font « guerre en dentelle »
Des flocons de duvet animent en dansant
Ce merveilleux tableau digne d’une aquarelle !

Et ce petit village, éternel inconnu
Devient soudainement une œuvre de Grand Maître !
Miracle des saisons … Décor tombé des nues …
Fasciner un instant ! Doucement disparaître …

(Jacqueline Commard)

 Illustration: Hendrick Avercamp

 

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PENDANT QUE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



 

Alex Alemany_alexalemanyadolescente02

PENDANT QUE

Pendant que les bateaux
Font l’amour et la guerre
Avec l’eau qui les broie
Pendant que les ruisseaux
Dans les secrets des bois
Deviennent des rivières

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

Pendant que le soleil
Plus haut que les nuages
Fait ses nuits et ses jours
Pendant que ses pareils
Continuent des voyages
Chargés de leurs amours

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

Pendant que les grands vents
Imaginent des ailes
Aux coins secrets de l’air
Pendant qu’un soleil blanc
Aux sables des déserts
Dessine des margelles

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

Pendant que les châteaux
En toutes nos Espagnes
Se font et ne sont plus
Pendant que les chevaux
Aux cavaliers perdus
Traversent des montagnes

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime
Pendant qu’un peu de temps
Habite un peu d’espace
En forme de deux coeurs
Pendant que sous l’étang
La mémoire des fleurs
Dort sous son toit de glace

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

(Gilles Vigneault)

Illustration: Alex Alemany

 

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Notre vie (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018




    
Notre vie
tourne-t-elle
autour de notre mort?
Est-ce la mort
qui contourne la vie?
est-ce le tournoiement
de la toupie
sur elle-même
le grand tournis
de la planète
à flanc de soleil
le tourniquet
entre rêve et réel
le détournement
des ombres
par une ombre moins noire
ou le tournoi
de deux éclairs
dans l’éblouissement?
Est-ce le tourbillon
des sources
au cirque du désert
le tour du puits
brillant de lune
en ses entrailles
la margelle et l’anneau
autour des remous
les remous de la nuit
autour du secret?

Mais si c’était
autour de rien
la chose à mieux savoir
et le désir
autour de tout
de changer la boue
en poussière
et de souffler
sur la poussière
pour mettre à nu
la peau de tout?

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Margelle (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



 

Achille Funi

LE GARÇON

Margelle du puits rond
Margelle où je m’adossais,
Ma taille d’enfant
Doit t’avoir dépassée
Depuis que je n’ai vu mon amie.

LA FILLE

Mes longs cheveux partagés par le milieu
Ont dépassé mes épaules.
Si ce n’est vous
Qui les relèvera ?

(Anonyme)

Illustration: Achille Funi

 

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Il n’y a plus d’amandes (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



 

Il n’y a plus d’amandes

Il n´y a plus d´amandes :
Les écureuils ont tout mangé
Et les oiseaux ont ravagé
Les vignes qui s´étendent
Jusqu´au prochain verger.
Le foin sent la lavande,
Ta gorge chaude l´oranger.
Mes lèvres vont se mélanger
A tes lèvres gourmandes.
Rien ne viendra nous déranger.

Le vieux moulin à vent
Ne battra plus des ailes.
Le seau rouillé sur sa margelle
Ne grincera plus comme avant.
Les écureuils au coin du feu s´endorment.
Viens, faisons comme eux.

Je te fais une guirlande
De fleurs des champs, de fleurs des prés,
Et nos deux corps sont bien trop près
Et notre faim si grande.
Ne nous faisons plus désirer.
Il n´y a plus d´amandes :
Les écureuils ont tout mangé

Mais j´en aurai en contrebande
Pour t´y faire goûter
Sans attendre l´été.

(Georges Moustaki)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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MARINE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



MARINE

À quoi rêvais-je tantôt,
Que j’étais si bien?

Quel est ce flux
Et ce reflux
Qui montent sur moi,
Et me font croire
Que j’étais endormie,
Sur l’île,
Avant le montant,
Et les vagues
Maintenant
Me surprennent
Tout à l’alentour?

Est-ce dans un coquillage
Que j’entends la mer?
Est-ce le vent sur nos têtes,
Ou le sang qui bat à ma tempe?

Dans quelle marine
Ai-je donc vu mes yeux?

Qui donc a dit
Qu’ils étaient calmes
Comme un puits,
Et qu’on pouvait
S’asseoir sur la margelle
Et mettre tout le bras
Jusqu’au coude
Dans l’eau lisse?

Gare aux courants du fond,
Au sel, aux algues,
Et aux beaux noyés
Qui dorment les yeux ouverts,
En attente de la tempête
Qui les ramènera
À la surface de l’eau,
Entre les cils.

(Anne Hébert)

 
Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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REMISE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
REMISE

Laissez filer les guides maintenant c’est la plaine
Il gèle à la frontière chaque branche l’indique
Un tournant va surgir prompt comme une fumée
Où flottera bonjour arqué comme une écharde
L’angoisse de faiblir sous l’écorce respire
Le couvert sera mis autour de la margelle
Des êtres bienveillants se porteront vers nous
La main à votre front sera froide d’étoiles
Et pas un souvenir de couteau sur les herbes

Non le bruit de l’oubli là serait tel
Qu’il corromprait la vertu du sang et de la cendre
Ligués à mon chevet contre la pauvreté
Qui n’entend que son pas n’admire que sa vue
Dans l’eau morte de son ombre.

(René Char)

 

Recueil: Poèmes et proses choisies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le citronnier suspend alangui (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Le citronnier suspend alangui
une branche pâle et poussiéreuse
sur l’enchantement de la fontaine limpide,
et là-bas, tout au fond, rêvent
les fruits d’or…

C’est une claire après-midi,
quasi printanière,
tiède après-midi de mars
qui porte déjà le souffle d’avril;
et je suis seul, dans le patio silencieux,
recherchant une vieille et candide illusion :
quelque ombre sur le mur tout blanc,
quelque souvenir, dormant sur la margelle
en pierre de la fontaine, ou bien, dans l’air,
quelque errance de tunique légère.

Dans l’atmosphère de l’après-midi
flotte cet arôme d’absence
qui dit à l’âme lumineuse : jamais,
et au coeur : attends.

Cet arôme qui évoque les fantômes
des fragrances vierges et mortes.

Oh! oui, je me souviens de toi, après-midi joyeuse et claire,
quasi printanière,
après-midi sans fleurs, lorsque tu m’apportais
les bonnes senteurs de la verveine
et du basilic
que ma mère gardait dans des pots de terre.

Tu m’as vu plonger mes mains pures
dans l’eau sereine,
pour atteindre les fruits enchantés
qui rêvent aujourd’hui au fond de la fontaine…

Oh! oui, je te connais, après-midi joyeuse et claire,
quasi printanière.

(Antonio Machado)

 

 

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