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Posts Tagged ‘(Margherita Guidacci)’

Gué (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

La Tisseuse et le Pâtre  Vega et Altaïr

Gué

L’an ne contient qu’un seul gué
qui me conduit vers toi. À chaque fois
je le retrouve submergé davantage, les eaux
plus gonflées, le courant
plus menaçant. Et pourtant
pourtant je t’ai rejoint encore, et le moindre instant
en fera son aliment. Et si une dure loi
nous imposait un « jamais », à nous condamnés
immobiles sur des rives opposées,
nous croiserons toutefois
les échos d’un désir transmué en splendeur.
Ainsi la Tisseuse et le Pâtre
se répondent : Vega et Altaïr
entre eux se dénoue haut perché
le fleuve des étoiles.

(Margherita Guidacci)

 

 

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A l’hypothétique lecteur (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Dimo Kolibarov (5)

A l’hypothétique lecteur

J’ai remis mon âme entre tes mains.
Fais-en un nid : elle ne désire rien
que de reposer en toi.
Mais ouvre-les si un jour
tu sentais qu’elle t’échappe. Fais alors qu’elles soient
comme les feuilles et comme le vent,
et qu’elles portent son vol.
Et sache que le sentiment de l’adieu
n’est pas moindre que celui de la rencontre. Il reste
identique et sera éternel. Mais divers parfois
pour satisfaire le destin
les chemins.

(Margherita Guidacci)

Illustration: Dimo Kolibarov

 

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Anneaux du temps (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

coeur miroir

Anneaux du temps

Des anneaux du temps, qui toujours à neuf
se succèdent, certains furent étranglés au point
que je ne me rappelle que l’horreur de suffoquer.
Dans d’autres, larges et informes, j’ai erré perdue
sans la moindre prise à quoi m’accrocher. Les plus nombreux,
indifférents et pâles, se massaient
les uns sur les autres, soudés à l’instant
sans le moindre point de suture.
Rares sont ceux qui acceptent de repartir
et pour peu de temps. Mais au moins celui-ci, le dernier
aujourd’hui dont se referme le cercle, reste parfait
en mon coeur : un cadre doré entoure
un miroir de joie. Je demande seulement de
sauver cette image. Et qu’une même fulgurance
te la révèle et l’entoure, à la tombée de l’heure
en ton miroir jumeau.

(Margherita Guidacci)

 

 

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Une tombe en Lucanie (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



 

Otto Dix   La Guerre

Une tombe en Lucanie

La figure
de plumes et de griffes (oiseau et démon)
se tient en arrière, mais prête à
bondir. Il la sent
mais il ne la voit pas, le jeune soldat
qui l’a derrière lui. Il la sent
et il la voit peut-être, l’adversaire
qui s’apprête, javelot au poing, à faire vibrer
le coup mortel. Nulle haine dans leur visage
mais une attention profonde, car doit s’accomplir vite
ce qui doit s’accomplir, et chacun d’eux porte
la triste conscience de l’amer destin
de l’homme en guerre. Au vainqueur,
rien n’assure que demain, sous le coup d’un autre
ce ne sera pas lui le vaincu, lui le tué.
Du condamné d’aujourd’hui l’âme reflue
avec son sang. Mystérieux comme sa Parque, un joueur de
flûte donne le signal. Les bras
serrés sur la poitrine ou levés
vainement au ciel, les femmes peuvent
commencer à pleurer.

(Margherita Guidacci)

Illustration: Otto Dix

 

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Quand simplement nous écoutions le vent (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017




    
quand simplement nous écoutions le vent dans les rues désertes,
et regardions l’automne passer sur la colline,
l’Ange se tenait à notre côté et nous consumait.

[…]

Et quand l’Ange nous demanda : « Voulez-vous encore vous souvenir ? »
Nous-mêmes nous l’implorâmes : « Laisse venir le silence ! »

***

anche quando semplicemente ascoltavamo il vento deserte,
E guardavamo l’autunno trascorrere sulla coltina,
Stava l’Angelo al nostro fianco e ci consumava.

[…]

E quando l’Angelo ci chiese : « Volete ancora ricordare ? »
Noi stessi l’implorammo : « Lascia che venga il silenzio ! »

(Margherita Guidacci)

 

Recueil: PRISMA
Traduction: Philippe Renard
Editions: OBSIDIANE

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LE VIDE ET LES FORMES (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Illustration: Gilbert Garcin
    
LE VIDE ET LES FORMES

La poursuite, la lutte
sur le bord invisible,
les images saisies, déjà crues
nôtres et en un instant
redevenues brouillard,
le retour déçu —
du chasseur auquel ne fut donné
qu’un bruissement de feuillages et l’éclair gris
du lièvre qui s’enfuit en bondissant dans les buissons ;
du pêcheur dont la longue attente
s’acheva dans un ironique saut de carpe,
cette illusion d’argent sur l’hameçon à peine effleuré…

Comme nous voici vaincus !
Comme nous tombent des mains les armes inutiles!
La pierre reste pierre,
la toile n’est que toile, la feuille une bruissante
absence, le clavier
silence obstiné.

Le vide se défend.
il ne veut pas qu’une forme le tourmente.

***

L’inseguimento, la lotta
sull’orlo invisibile,
le immagini afferrate, già credute
nostre, ed in un istante
ridivenute nebbia,
il deluso ritorno —
di cacciatore a cui toccô soltanto
uno stormir di frasche e il breve lampo grigio
della lepre che a balzi si salva tra i cespugli ;
di pescatore la cui lunga attesa
fini in un guizzo ironico di carpa,
quella belfa d’argento sull’amo appena sfiorato…

Come siamo sconfitti !
Come ci cadono di mano le inutili armi !
La pietra resta pietra,
la tela è solo tela, il f oglio una frusciante
assenza, la tastiera
ostinato silenzio.

Il vuoto si difende.
Non vuole che una forma lo torturi.

(Margherita Guidacci)

 

Recueil: PRISMA
Traduction: Philippe Renard
Editions: OBSIDIANE

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Courir ? encore et toujours courir (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



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Courir ? encore et toujours courir.
Tu me demandes ce que je cherche. Comment ne vois-tu
que je ne poursuis rien, que je suis poursuivie ?
Aucun but ne me mettrait ainsi hors d’haleine ;
je cours pour fuir un ennemi
et vainement, car déjà se confond
le martèlement de mon coeur avec le heurt de ses pas,
son ombre lèche mon ombre.
Comment peux-tu me parler
de buts, d’ambitions,
de longues routes, droites et ouvertes ?
La mienne fut courte et sinueuse,
parcourue sous la menace ?
et je suis parvenue au point où le cercle se referme.

***

In corsa ? ancora e sempre in corsa.
Mi chiedi cosa inseguo. Come fai a non accorgerti
che non inseguo ma sono inseguita?
Nessuna mèta mi darebbe tanto affanno;
corro così per sfuggire a un nemico,
e inutilmente, perché già si confonde
il martellar del mio cuore col rimbombo dei suoi passi,
la sua ombra lambisce la mia ombra.
Come puoi parlarmi
di scopi, di ambizioni,
di lunghe strade diritte ed aperte?
La mia fu breve e curva,
compiuta sotto la minaccia ?
e sono giunta al punto dove il cerchio si salda.

(Margherita Guidacci)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Pablo Picasso

 

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LE VIDE ET LES FORMES (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



LE VIDE ET LES FORMES

La poursuite, la lutte
sur le bord invisible,
les images saisies, déjà crues
nôtres et en un instant
redevenues brouillard,
le retour déçu —
du chasseur auquel ne fut donné
qu’un bruissement de feuillages et l’éclair gris
du lièvre qui s’enfuit en bondissant dans les buissons ;
du pêcheur dont la longue attente
s’acheva dans un ironique saut de carpe,
cette illusion d’argent sur l’hameçon à peine effleuré…

Comme nous voici vaincus !
Comme nous tombent des mains les armes inutiles !
La pierre reste pierre,
la toile n’est que toile, la feuille une bruissante
absence, le clavier
silence obstiné.

Le vide se défend.
Il ne veut pas qu’une forme le tourmente.

***

IL VUOTO E LE FORME

L’inseguimento, la lotta
sull’orlo invisibile,
le immagini afferrate, già credute
nostre, ed in un istante
ridivenute nebbia,
il deluso ritorno –
di cacciatore a cui toccó soltanto
uno stormir di frasche e il breve lampo grigio
della lepre che a balzi si salva tra i cespugli ;
di pescatore la cui lunga attesa
fini in un guizzo ironico di carpa,
quella beffa d’argento sull’amo appena sfiorato…

Come sumo sconfitti !
Come ci cadono di mano le inutili armi !
La pietra resta pietra,
la tela è solo tela, il foglio una frusciante
assenza, la tastiera
ostinato silenzio.

Il vuoto si difende.
Non vuole che una forma lo torturi.

(Margherita Guidacci)

Illustration: André Nadal

 

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VISAGE INTERIEUR (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



VISAGE INTERIEUR

Cela voulait dire
une fois délaissé l’art de dessiner la vie
ne pas poser de questions à celui
qui te couvre de dons, et blesser
l’offrande entre tes dents

 » le dernier cercle de la pierre jetée dans le lac,
le cercle qui est de l’eau déjà, qui a oublié
ses frères et s’engloutira lui-même  »

(Margherita Guidacci)

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Laisse venir le silence ! (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016




Dernières à se détacher furent les voix. Non les voix terribles
De la guerre ni des ouragans,
Ni même les voix humaines et aimées,
Mais des murmures d’herbes et d’eaux, des rires de vent, un bruissement
De feuilles parmi lesquelles jouaient d’invisibles écureuils,
Un heureux bourdonnement d’insectes à travers de nombreux étés
Jusqu’à cet insecte qui plus insistant vrombissait
Dans la chambre où nous ne voulions pas mourir.
Et tout se confondit en une note, en un tumulte
Immobile, étouffé, comme celui du sang
Quand était vivant notre sang. Mais nous savions désormais
Qu’à tout cela il était impossible de répondre.
Et quand l’Ange nous demanda : « Voulez-vous encore vous souvenir ? »
Nous-mêmes nous l’implorâmes : « Laisse venir le silence ! »

***

Furono ultime a staccarsi le voci. Non le voci tremende
Della guerra e degli uragani,
E nemmeno voci emane ed amate,
Ma mormorii d’erbe e d’acque, risa di vento, frusciare
Di fronde tra cui scoiattoli invisibili giocavano,
Ronzio felice d’insetti attraverso molte estati
Fino a ,quell’insetto che più insistente ronzava
Nella stanza dove noi non volevamo morire.
E tutto si confuse in una nota, in un fermo
E sommesso tumulto, come quello del sangue
Quando era vivo il nostro sangue. Ma sapevamo ormai
Che a tutto cio era impossibile rispondere.
Equando l’Angelo ci chiese : « Volete ancora ricordare ? »
Noi stessi l’implorammo : « Lascia che venga il silenzio ! »

(Margherita Guidacci)

Illustration: Marie-Christine Thiercelin

 

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