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Églantine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Églantine

On a vu au commencement de ce livre
qu’en quittant le domaine de la Fée aux Fleurs,
l’Églantine manifesta l’intention bien arrêtée de se faire femme de lettres.
Cette profession était tombée en discrédit, et on ne se souvenait guère
que par tradition du temps où il existait des femmes de lettres,
lorsque l’Églantine arriva en Gascogne.
Ce pays lui plut naturellement, et elle se fixa à Toulouse, capitale des troubadours.
Jeune, belle, riche, elle obtint tout de suite un grand succès,
ses salons ne désemplissaient pas, on la citait pour son esprit,
son bon goût, l’éclat de sa parure.

Comme il faut que toute femme de lettres ait sa manie,
elle ne se montrait en public que chaussée de bas couleur d’azur.
De là le nom de bas-bleu qu’on a donné par la suite
à toutes les personnes du beau sexe qui s’occupent de poésie et de littérature.
L’Églantine épousa Lautrec, jeune et beau cavalier qui l’aimait passionnément,
et qui, pour devenir son mari, brava la malédiction paternelle.

Quelques mois après, Lautrec en était à se repentir.
Elle voulait qu’il s’occupât des soins du ménage,
qu’il comptât avec la cuisinière, avec la blanchisseuse,
avec le boucher, avec l’épicier, avec tous les fournisseurs.
Un moment Lautrec se consola en songeant qu’il allait devenir père.

Hélas, ce titre fut pour lui un nouveau surcroît de chagrin et de désespoir.
L’Églantine lui laissait tout le soin du marmot:
c’était à lui à le débarbouiller, à le bercer, à le garder.
Elle émit la première cette pensée, aussi ingénieuse que profonde:
un mari est une bonne donnée par le Code civil.

Lautrec mourut jeune, les uns disent de fatigue et de chagrin,
les autres d’une fluxion de poitrine.
Quoi qu’il en soit, l’Églantine le pleura et composa une magnifique épitaphe en vers gascons
pour orner la tombe de son mari.

(J.J. Grandville)

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LA CHATTE MÉTAMORPHOSÉE EN FEMME (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



 

LA CHATTE MÉTAMORPHOSÉE EN FEMME

Un homme chérissait éperdument sa chatte ;
Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,
Qui miaulait d’un ton fort doux.
Il était plus fou que les fous.
Cet Homme donc, par prières, par larmes,
Par sortilèges et par charmes,
Fait tant qu’il obtient du destin
Que sa chatte en un beau matin
Devient femme, et le matin même,
Maître sot en fait sa moitié.
Le voilà fou d’amour extrême,
De fou qu’il était d’amitié.
Jamais la Dame la plus belle
Ne charma tant son favori
Que fait cette épouse nouvelle
Son hypocondre de mari.
Il l’amadoue, elle le flatte ;
Il n’y trouve plus rien de chatte,
Et poussant l’erreur jusqu’au bout,
La croit femme en tout et partout,
Lorsque quelques souris qui rongeaient de la natte
Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.
Aussitôt la femme est sur pieds :
Elle manqua son aventure.
Souris de revenir, femme d’être en posture.
Pour cette fois elle accourut à point :
Car ayant changé de figure,
Les souris ne la craignaient point.
Ce lui fut toujours une amorce,
Tant le naturel a de force.
Il se moque de tout, certain âge accompli :
Le vase est imbibé, l’étoffe a pris son pli.
En vain de son train ordinaire
On le veut désaccoutumer.
Quelque chose qu’on puisse faire,
On ne saurait le réformer.
Coups de fourche ni d’étrivières
Ne lui font changer de manières ;
Et, fussiez-vous embâtonnés,
Jamais vous n’en serez les maîtres.
Qu’on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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La mante religieuse (Frédéric Kiesel)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



La mante religieuse

Qu’a-t-elle de religieux, cette mante
Matrimonialement gourmande?
Ce qu’elle veut est évident:
Un mari bien appétissant.

(Frédéric Kiesel)

Illustration

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Il se peut qu’un rêve étrange (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration
    
Il se peut qu’un rêve étrange
Vous ait occupée ce soir,
Vous avez cru voir un ange
Et c’était votre miroir.

Dans sa fuite Eleonore
A défait ses longs cheveux
Pour dérober à l’aurore
Le doux objet de mes voeux.

A quelque mari fidèle
Il ne faudra plus penser.
Je suis amant, j’ai des ailes
Je vous apprends à voler.

Que la muse du mensonge
Apporte au bout de vos doigts
Ce dédain qui n’est qu’un songe
Du berger plus fier qu’un roi.

(Max Jacob)

 

Recueil: Le laboratoire central
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le voyage de mon cœur (Joël Disez)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


Aujourd’hui, comme hier,
comme avant-hier,
comme toujours,
je marche jusqu’à la barrière de ta maison.
Je vois, toute blanche,
la chanson fleurie de ton bonheur
en une farandole de parterres.
Mon cœur amoureux
se faufile à travers les buissons.
Zigzaguant d’un souffle heureux,
il parvient près de la fenêtre ouverte.
Là, attentif un instant à la chaleur de cet écrin,
il contemple, penaud, le décor de ta vie:
les tentures suaves aux couleurs d’automne,
les tapisseries fleuries et les vases en offrandes d’effluves.
Puis mon cœur s’immisce jusqu’à l’antre de vie.
Tu ne le vois pas, affairée que tu es au partage du repas.
Alors, tout doucement, il se loge dans un coin de la cuisine,
attiré, subjugué par toutes les senteurs paisibles
qui virevoltent dans la pièce.
Il te contemple.
Toi tu ne le vois pas.
Il te regarde longtemps, longtemps.
S’enivrant de ton parfum,
il accroche de multiples soupirs de bonheur
à chacun de tes gestes, pensant, naïf,
que tous ces papillons invisibles
t’étourdiront de leurs ailes magiques,
décidant ainsi ton regard cruel à plus de tendresse à son égard.
Il dépose en l’intimité de tes mains,
ses envies de caresses, parsème ta longue chevelure d’étoiles pailletées
afin de se perdre en une nuit étoilée.
Il orne ta gorge d’un collier de murmures puis,
en rougissant, dessine au creux de tes reins ses offrandes de désirs.
Il t’entend alors chanter une futile comptine,
bercé par la douce mélodie de ta voix de laine,
il bat le rythme de la mélopée
de ses palpitations enfantines.
Mon cœur gorgé de tendresse,
les larmes de son amour au bord des lèvres,
se prend à crier, à hurler sa détresse,

lorsque la porte s’ouvre et que ton mari entre.

(Joël Disez)

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La lune jaune (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018




    
Le Don coule paisiblement ;
La lune jaune entre dans la maison.

Elle entre le bonnet sur l’oreille;
La lune jaune voit une ombre.

Il y a là une femme malade ;
Il y a là une femme qui est seule.

Son mari sous terre, son fils en prison.
Dites pour moi une prière.

(Anna Akhmatova)

 

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À QUELQU’UN (Haruo Satô)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



 

Achille Funi

À QUELQU’UN
ARU HITO NI

Hier, je t’ai vue en rêve, et c’était la deuxième fois
Mais six fois déjà j’ai rêvé de ton mari.
Même en rêve je ne peux parler longtemps avec toi
Mais avec lui je parle, je me promène dans mes rêves.
Les rêves sont contre moi. Ah,
Je doute de l’autre monde!
Quand je t’ai vue en rêve, je me suis aussitôt éveillé
Et j’ai mis bien du temps pour me rendormir.
Mais les rêves de ton mari s’éternisent
Et le lendemain, oh, j’ai mal à la tête…
Faut-il le dire? Une fois au moins je voudrais en rêve
Tuer ton mari, voir ce qui se passerait
Si j’en aurais quelque regret.

(Haruo Satô)

Illustration: Achille Funi

 

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DE LA FENÊTRE OCCIDENTALE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




    
DE LA FENÊTRE OCCIDENTALE
Ouan-Tchan-Lin

A la tête de mille guerriers furieux, au bruit forcené des gongs,
mon mari est parti, courant après la gloire.

J’ai d’abord été joyeuse de reprendre ma liberté de jeune fille.
Maintenant, je regarde de ma fenêtre les feuilles jaunissantes du saule ;

à son départ, elles étaient d’un vert tendre.
Serait-il joyeux, lui aussi, d’être loin de moi ?

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Vagant (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



&

Illustration
nbsp;   
Vagant

I
j’aime pour ma vie liberté errance
vienne que pourra
si je voulais me contraindre
ça ne m’irait pas

et je sais des chansons éternelles
l’hiver sans souliers
dans le froid écoutez-la ma mandoline
mais où coucher

plus d’une belle fille s’étonne
je lui plairais bien
si je n’étais un misérable
propre-à-rien

belle fille Dieu t’accorde
riche mari
si nous étions tous deux ensemble
mon chant cesserait de vivre

2
si le soleil brillait l’adorable
soleil du sud tiède et bleu
je prendrais ma mandoline
sur le pré nappe de feu

la nuit mon amour écoute
à sa fenêtre et ne dort pas
comme la nuit serait douce
souhaite-nous la douce nuit

si le soleil brillait l’adorable
soleil du sud tiède et bleu
je prendrais ma mandoline
sur le pré nappe de feu

4
tu es triste éraillé
viens sur mon coeur
fort ôte-moi le souffle
pince taquine
soupirant
joue contre joue
pour mon oreille
chante au fond de la cour
chat et chien hurlent
et le voisin est furieux
mais que nous importe
le monde violon mon doux violon

***

Der wandernde Musikant

I
Wandern lieb ich fir mein Leben,
Lebe eben wie ich kann,
Wollt ich mir auch Mühe geben,
Paßt es mir doch gar nicht an.

Schöne alte Lieder weiß ich,
In der Kälte, ohne Schuh
Draußen in die Saiten reiß ich,
Weiß nicht, wo ich abends ruh.

Manche Schöne macht wohl Augen,
Meinet, ich gefiel’ ihr Behr,
Wenn ich nur was wollte taugen,
So ein armer Lump nicht war. —

Mag dir Gott ein’n Mann bescheren,
Wohl mit Haus und Hof versehn !
Wenn wir zwei zusammen wãren,
Möcht mein Singen mir vergehn.

2
Wenn die Sonne lieblich schiene
Wie in Welschland lau und blau,
Ging’ ich mit der Mandoline
Durch die überglänzte Au.

In der Nacht dann Liebchen lauschte
An dem Fenster süß verwacht,
Wünschte mir und ihr, uns beiden,
Heimlich eine schöne Nacht.

Wenn die Sonne lieblich schiene
Wie in Welschland lau und blau,
Ging’ ich mit der Mandoline
Durch die überglänzte Au.

4
Bist du manchmal auch verstimmt,
Drück dich zärtlich an mein Herze,
Daß mir’s fast den Atem nimmt,
Streich und kneif in süßem Scherze,
Wie ein rechter Liebestor
Lehn ich sanft an dich die Wange
Und du singst mir fein ins Ohr.
Wohl im Hofe bei dem Klange
Katze miaut, Hund heult und bellt,
Nachbar schimpft mit wilder Miene —
Doch was kümmert uns die Welt,
Suße, traute Violine !

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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Vigne (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



Vigne

Les vendangeuses sont parties pour la vendange,
elles vont cueillir le raisin mûr.
Écoutez leurs cris et leurs chansons,
maintenant qu’elles reviennent;
voyez leurs yeux comme ils brillent;
la chaleur des grappes vermeilles s’est répandue sur leur visage.
Elles se tiennent par la main, et elles chantent en choeur
la chanson de la vigne, la jolie chanson du vigneron.

Je suis le mari de la vigne.
Alerte, bon vigneron!
J’étais bien jeune quand je l’ai épousée, et elle aussi,
la pauvre petite vigne;
elle n’était pas plus haute que ma main.
Je lui suis resté bien fidèle, pourtant.
C’était ma maîtresse, mon trésor le plus précieux.
Le dimanche, je le passais auprès d’elle;
j’écartais les cailloux de son chemin,
j’arrachais les mauvaises herbes de ses pas,
je passais de longues heures devant elle à la regarder.
Hiver, été; par le chaud, par le froid; par le vent, par la pluie,
c’est pour elle que je travaillais.
Il ne faut pas rester les bras croisés quand on est le mari de la vigne.

Toujours nous avons fait bon ménage.
Voyez les jolis enfants qu’elle m’a donnés!
Leur troupe couvre le côteau, et puis là-bas, dans la plaine,
voilà mes petits-enfants.
Chantons la vigne, la femme du vigneron.
Le vin n’a jamais fait de lâches ni de traîtres; le vin attire
le coeur sur les lèvres. C’est la vigne qui nous donne le vin!
Aussi, quand au printemps elle livre à la brise
le parfum pénétrant de sa petite fleur verte,
tout le monde est heureux,
tout le monde se sent renaître, et l’on attend l’automne
pour célébrer le mari et la femme,
la vigne et le vigneron.

(J.J. Grandville)

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