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Poésie

Posts Tagged ‘marin’

MAJORQUE (Renée Brock)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019




    
MAJORQUE

L’odeur de la résine et sa jupe empesée
La barque « Filea » : ma vie heureuse ancrée.

Mes deux fils de quinze ans, deux poissons sans écailles,
Tirent des traits de cuivre au flanc vert de la vague.

La chaleur est une énorme reine assise
Sur treize chaises de bougainvillée rose.

Grenade, Algésiras et les balcons de fer,
Les murs blancs, la rosée marine, les oranges,

Les pâtisseries que l’on nomme
« Ensaimadas » avec leur sucre en cheveux d’ange.

L’île est une main d’or qui serre mon bonheur
Dans le creux corail de sa paume.

Nul ne sait où nous sommes.

D’être heureuses, mes mains s’ouvraient comme des fleurs.

(Renée Brock)

 

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Cela s’efface (Véronique Joyaux)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



 

Brad Kunkle

Cela s’efface
Une parole un mot sur le papier
Cela ressemble au vent marin qui fane les herbes
Résister
Ecrire
En vain
On ne fait pas assez
De cela on est sûr
Que faudrait-il pour parvenir aux mots qui sauvent
Une ligne un rien une obole
pour laisser trace
Le papier absorbe l’encre
mais on écrit
A perte de vue la mémoire s’astreint
Frapper aux portes ouvrir les croisées
Offrir sa poitrine à l’orage
Dans le bruissement des feuilles
nous laisser conduire.

(Véronique Joyaux)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Brad Kunkle

 

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Les beaux métiers (Jacques Charpentreau)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



peigner-la-girafe

Les beaux métiers

Certains veulent être marins,
D’autres ramasseurs de bruyère,
Explorateurs de souterrains,
Perceurs de trous dans le gruyère,

Cosmonautes, ou, pourquoi pas,
Goûteurs de tartes à la crème,
De chocolat et de babas :
Les beaux métiers sont ceux qu’on aime.

L’un veut nourrir un petit faon,
Apprendre aux singes l’orthographe,
Un autre bercer l’éléphant…
moi, je veux peigner la girafe !

(Jacques Charpentreau)

Illustration

 

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ENTRÉE LE MATIN (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



ENTRÉE LE MATIN

Le goéland à manteau noir, ce marin du soleil, garde le cap.
Sous lui, la mer.
Le monde sommeille encore telle
une pierre multicolore qui repose dans l’eau.
Journée inexpliquée. Des jours –
pareils à l’écriture des Aztèques!

La musique. Et j’étais prisonnier
de sa haute lice,
les bras levés – comme une figure
de l’art populaire.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Y aura-t-il pour de vrai un «matin»? (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018



Y aura-t-il pour de vrai un «matin»?
Y a-t-il ce qu’on appelle un «Jour»?
Pourrais-je le voir des montagnes
Si j’étais aussi haute qu’elles?

A-t-il des pieds comme les Nénuphars?
Des plumes comme un Oiseau?
Nous vient-il de pays fabuleux
Dont je n’ai jamais ouï parler?

Oh un Savant! Oh, un Marin!
Oh, un Sage venu des cieux!
Qu’il dise à une petite Pèlerine
Où se trouve le lieu nommé «matin»!

(Emily Dickinson)

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Ombres (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration
    
Ombres

Si j’ouvre ton corsage
je retrouve dans l’ombre
dans l’odeur d’un feuillage
ces deux lourdes oranges
je me souviens des branches qui pliaient
de l’horizon marin qui tournait sous la route
de cet ancien miroir d’une mer en automne
tout piqué d’îles
des îles noires comme tes pointes
terres seins oranges
en paix en naissance
en renaissance dans ma chance
mon corps d’oranges d’îles et de mer.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Jolimont (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



A l’ombre du gazomètre,
Vénus marchait dans l’ortie.
Une odeur de pleine mer
Coulait de sa chevelure
Où l’algue brouillait les mèches.
La sirène de la mine
Appelait éperdument
A ses tempêtes profondes
Mille marins maquillés
Qui tenaient d’une main rêche
La lampe des vierges folles.
Quelque nuage frileux
Rentrait dormir à la niche,
L’oreille basse et la langue
Pendante jusqu’au pavé.
Vénus, lumineuse et chaude,
Marchait dans l’ortie en fleur.
Elle s’appelait Minouche.
Au Minouche, que j’aimais
Tes jeunes cris dévêtus
Et les taches de rousseur
De tes cuisses de brugnon
Dans les blés de Jolimont.

(Norge)

Illustration: William Bouguereau

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Emmenez-moi (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2018




    
Emmenez-moi

Vers les docks où le poids et l’ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alourdi
De fruits des bateaux

Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux des idées vagabondes
Aux reflets de ciels bleus
De mirages

Traînant des senteurs poivrées
De pays inconnus
Et d’éternels étés où l’on vit presque nus
Sur les plages

Moi qui n’ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J’aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Dans les bars à la tombée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d’amour
Un verre à la main

Je perds la notion des choses
Et soudain ma pensée
M’enlève et me dépose
Un merveilleux été
Sur la grève

Où je vois tendant les bras
L’amour qui comme un fou
Court au devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve

Quand les bars ferment, que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu’au matin
Debout sur le port

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Un beau jour sur un rafiot craquant
De la coque au pont
Pour partir je travaillerais dans
La soute à charbon

Prenant la route qui mène
À mes rêves d’enfant
Sur des îles lointaines
Où rien n’est important
Que de vivre

Où les filles alanguies
Vous ravissent le cœur
En tressant m’a t’on dit
De ces colliers de fleurs
Qui enivrent

Je fuirais laissant là mon passé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libéré
En chantant très fort

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…
Lalalalalalalalalalalalalalalala…
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…
Lalalalalalalalalalalalalalalala…

(Charles Aznavour)

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LA VIEILLE VILLE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

Bordel, Aurore Durozelle, Bd Alsace Lorraine, avril 2012.

LA VIEILLE VILLE

Souvent, pour revenir à la maison,
je prends une rue sombre de la vieille ville.
Jaune dans une flaque de boue un fanal se reflète
et le chemin est encombré.

Là, parmi ceux qui vont et qui viennent
de l’auberge à la maison ou au bordel,
parmi ces choses et ces hommes,
rebut d’un grand port de mer,
là en passant je retrouve
l’infini dans l’humilité.
Là, prostituée et marin, le vieux
qui jure, la femme qui se dispute,
le dragon attablé devant
une friture,
la tumultueuse jeune fille folle
d’amour,
sont toutes créatures de la vie
et de la douleur.
En elles, comme en moi, s’agite le Seigneur.
Là en compagnie des humbles
je sens ma pensée se faire
plus pure quand plus abjecte est la rue.

(Umberto Saba)

Illustration

 

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TU N’ES PLUS L’ENFANT TRISTE… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 Bruno Walpoth samuel [800x600]

Tu n’es plus l’enfant triste au coeur des soirs tombants
Qui toujours attendait qu’on vienne ouvrir sa porte…
Ni le coeur terrifié d’avoir déjà vingt ans
Qui veillait et pleurait sur son enfance morte.

O mon Dieu, Vous avez voulu que je connaisse
Cet ineffable espoir et cette certitude
Que l’amour a tendu les bras vers ma jeunesse.
Vous faites murmurer sur tant de solitude

Le vent du large, lourd de parfums inconnus,
Mon coeur — marin perdu qui pressent une terre,
Ne songe pas qu’il fut malade et qu’il est nu,

Et je croise les mains, attendant le mystère.

(François Mauriac)

 Illustration: Bruno Walpoth

 

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