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Posts Tagged ‘marmite’

BRETAGNE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018




BRETAGNE

Elle me rappelle un bout de saucisse
Fumée dans la cheminée
Un morceau de lard bien gras
La soupe épaisse du matin
Dans la marmite noire
Une poignée de châtaignes
Et des pommes cuites sous la cendre
Une bolée de cidre bien gouleyant
Des galettes de blé noir
Baignées de beurre salé
Des sardines frites sur le gril
Elle me rappelle la pluie ravinant le granit
Le vent hurlant sur la lande
Un calvaire à la croisée des chemins
Elle me rappelle les filles
Au corsage bien garni
Qu’on roulait dans la paille
Quand majestueuse
La batteuse ronronnait dans l’ombre du soir
Et que le travail de la terre
Exaltait la fraternité des hommes
Elle me rappelle des fermes blotties derrière des haies
Des chemins creux des embuscades d’antan
Des prés minuscules
Où broutaient des vaches placides
Au museau toujours humide
Elle me rappelle dans sa chaumière
Une fille qui te ressemblait
Derrière sa machine à coudre

(Jean-Baptiste Besnard)

Site de Jean-Baptiste

 

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LE GRAND COMBAT (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



 

LE GRAND COMBAT

Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;
Il le rague et le roupéte jusqu’à son drâle ;
Il le pratéle et le libucque et lui baroufle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l’écorcobalisse.
L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C’en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s’emmargine… mais en vain
Le cerveau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs;
On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
Et on vous regarde,
On cherche aussi, nous autres le Grand Secret.

(Henri Michaux)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Bosch Hieronymus

 

 

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DANS LA MARMITE ÇA RONRONNE (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2018



DANS LA MARMITE ÇA RONRONNE

Dans la marmite ça ronronne
Ça n’arrête pas de ronronner.
Encore plus fort que papa
Quand il dort le nez bouché.

Ça ronronne dans la marmite, ça ronronne!

Ceux qui ne savent pas ce qu’il y a dedans
Font des yeux ronds comme des pommes
Mais moi je sais pourquoi :

C’est pas du lapin, c’est du chat.

(René de Obaldia)

Illustration: un des 5 chatons… le club: ici

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Quelle douceur… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Virginie Trabaud
    

Quelle douceur…

Quelle douceur d’allumer un feu de bruyère
A la nuitée et d’y accrocher sa marmite,
De souper en rêvant au seuil de sa chaumière
Quand la lune fleurit comme une clématite,

Et de tendre à une biche familière
Se faufilant silencieuse au ras des branches,
Le reste de son pain et de la voir, légère,
Danser en s’ébrouant par les clairières blanches!

(Marie Dauguet)

 

 

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Ce n’est pas la beauté (Aphorismes Bretons)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2017



Illustration: Paul Gauguin 
    
Neo ket koantiri
laka ar pod da virviñ.

Ce n’est pas la beauté
Qui fait bouillir la marmite.

(Aphorismes Bretons)

 

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Ô Poètes (Odile Caradec)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017




    
Ô Poètes,
sommes-nous comme les poulets ? Avons-nous
une peau succulente ? Qui le dira ? Qui nous
mangera ?
[..]
La tête du poète est une cocotte-minute
Quand le poème est prêt, la vapeur siffle.
Ouvrez la marmite, le poème saute dans votre assiette.

(Odile Caradec)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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L’ancien nid (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Zinaïda Serebriakova
    
L’ancien nid

Pauvre anciene maison, pauvre ancien nid, je sens,
Et rien qu’en y rêvant, les parfums vénérables:
Odeur de la crédence et du buffet luisant,
Du linge blanc, des fruits mûrissants, de l’étable.

Et rien qu’en y rêvant, je palpe les vieux murs,
Les plats d’étain marqués des fleurs de lys, l’armoire,
Les faïences debout sur le dressoir obscur,
Et, dans un coin comme un miroir, la bassinoire

De cuivre ciselé. Puis je vois les landiers,
La taque avec l’écu de nos ducs de Lorraine,
La bûche qu’on tisonne et le pot sur trois pieds
Dont la complainte lente en sanglots sourds s’égrène.

Qu’on était bien le soir ensemble autour du feu
Où chacun se serrait et se cédait la place,
Parmi le grand silence intime qui délasse
Et pendant qu’au dehors le vent siffle et qu’il pleut.

Que j’en ai savouré des heures merveilleuses
En écoutant chanter la marmite à mi-voix,
Tant l’ambiance était douce et comme soyeuse:
Un nid de roitelet dans la mousse des bois.

Tout repassait au voile des paupières closes:
Les vergers saccagés et les noix qu’on gaulait,
La chasse, les halliers avec leurs feuilles roses,
La source où l’on tendait sous les joncs des lacets

Pour y prendre des rouges-gorges et des grives;
Le retour harassé dans la nuit des chemins,
Les chiens affectueux qui pas à pas vous suivent
Appuyant leurs museaux humides sur vos mains.

Parmi le grand silence intime qui délasse
Et tandis qu’au dehors le vent siffle et qu’il pleut,
En écoutant chanter la marmite à voix basse,
Qu’on était bien le soir ensemble autour du feu!

Répandant sur nous comme une tiédeur d’aile,
La grand’mère rêvait, oubliant son tricot
Et demandait soudain, à la ronde, autour d’elle:
“Mais chacun a-t-il au moins ce qu’il lui faut?”

(Marie Dauguet)

 

 

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La Course grinçante de la charrette (Chen Zilong)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2017



La Course grinçante de la charrette

La vieille charrette pousse ses lamentations stridentes le long du chemin ocre
Et laisse derrière elle des sillons de poussière dans le soir venu.
Un couple l’encadre d’efforts ; il pousse, elle tire.
Où conduiront leurs pas lourds qui les éloignent du foyer ?
La faim ne se laisse pas tromper par les feuilles d’orme que nous mangeons.
Nous espérons une terre qui nous donnera un peu de riz.
La main glacée du vent agite les joncs desséchés.
Mais voilà que surgit au loin une ancienne demeure.
Ils auront peut-être gardé pour l’étranger un coin de table.
La porte est muette, la salle est vide, le feu et la marmite absents.
Ils hésitent sur le seuil ouvert de la route désertée ;
Une pluie de larmes inonde leurs joues creuses.

(Chen Zilong)

 

 

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Où sont les hommes ? (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



Où sont les hommes ?

QUAND les marmites ne voudront plus obéir
Quand le bois comme un oiseau qui s’envole
Quand les pierres s’effriteront pour se moquer de nous
Quand dans les buffets, à la place des couverts, de longs serpents venimeux

Quand nous souhaiterons enfin une présence humaine
Quand nous aurons besoin d’une voix humaine
Quand l’homme que nous avons meurtri, crucifié
Pourra nous faire du bien avec son regard qui pardonne

C’est en vain que nous irons dans les prisons
C’est en vain que nous appellerons dans les chambres de torture
C’est en vain que dans les camps de la maladie et de la faim
Nous irons recueillir ce qui reste de l’homme.

Quand l’eau rira libre loin de nos lèvres,
Quand les murs comme de la fumée à notre approche
Quand les roches couvertes d’algues et de varech
Sortiront comme un troupeau hallucinant de l’océan

Quand la paix comme un fouet cinglera nos faces
Quand les arbres comme des rennes fuyant dans la nuit
Quand les chaises, les tables, les armoires, sans se gêner
Conspireront, en notre présence, pour nous perdre,

Quand la solitude demandera son salaire
C’est en vain que nous nous souviendrons de nos semblables
Dans les soutes, dans les cavernes, dans les casemates
Il n’y aura plus qu’un peu de sang et de rouille sur les chaînes.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Valérie Barcelo  

 

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INTERIEUR BRETON (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015



 

braises-de-brule-feu-dans-la-cheminee

INTERIEUR BRETON

Dans la cheminée aux parois
Couvertes d’épaisses couches de suie
Pend à la crémaillère
L’énorme marmite toute noire
Où cuit la soupe au lard
Et aux pommes de terre
Dont l’odeur chatouille le ciel gris
Et mes narines
Je « ramoucelle » les tisons (1)
Et avec le soufflet
Fais jaillir de la cendre
Des étoiles de feu.

LA FRESNAIS Juillet 1953

(1) Patois : rassemble

(Jean-Baptiste Besnard)

 Son site ici

 

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