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Poésie

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Je te parle tu n’entends pas (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2019



Illustration: Luc Thébault
    
Je te parle
tu n’entends pas
j’agite les bras
tu ne me vois pas.

Dos tourné
oreilles bouchées
déjà
tu m’as oublié.

Amour volage volatil
tu n’as fait que passer
mais dans mon coeur tu as laissé
ta marque indélébile.

(Bernard Friot)

 

Recueil: Je t’aime, je t’aime, je t’aime… Poèmes pressés
Traduction:
Editions: Folio Junior

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Unité (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Unité

Cette nuit ma montre halète
près de ma tempe assombrie, comme
le barillet d’un revolver qui tourne
sous la gâchette sans trouver la balle.

La lune blanche, immobile, pleure,
et c’est un oeil qui vise… Et je sens comme
estampe sa marque le grand Mystère en une idée
hostile et ovoïde, en une balle vermeille.

Ah, main qui limite, qui menace
derrière toutes les portes, qui souffle
dans toutes les montres, qui cède et passe !

Sur l’araignée grise de ta structure,
une autre grande Main faite de lumière porte
une balle qui a la forme azur du coeur.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Credo (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



Illustration: Ira Mitchell-Kirk
    
Credo

Au fond de la lumière, la joie qui me frôle;
Je sais bien qu’il n’y a pas de différence entre elle et mon âme.
Dans les flots de conscience
Issus de la même source incandescente
J’avais été oint,
sur mon front j’ai reçu les marques du triomphe
on m’a appris que je suis l’héritier de l’immortalité;
dans ce monde du multiple
je peux m’identifier avec le suprême Moi,
j’ai le droit de poursuivre la voie de l’extase !

***

Credo

The touch of joy I sense at the core of light,
I know it for ce rtain that my soul is not distinct from it.
From the same ori ginal luminous source
With the holy current of consciousness
I have been baptised,
Victory has anointed my forehead,
Intimating my heritage of immortality;
I have the right to be identified
With the supreme Self
In a marvelous world,
I have access to the way of Joy.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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C’était un homme d’une grande bonté (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Gaspard

La floraison du bâton

[39]
C’était un homme d’une grande bonté
et il avait d’innombrables enfants,

mais il n’était pas Abraham revenu ;
il était Kaspar le Magian ;

il dit je suis Kaspar,
car il lui fallait se tenir à quelque chose ;

je suis Kaspar, dit-il quand une mince jeune fille
qui portait une jarre, lui demanda avec déférence

si elle pouvait la faire descendre dans son puits ;
je suis Kaspar ; si sa tête était voilée

et voilée elle l’était presque toujours,
il se souviendrait, bien que jamais

un instant il n’eût vraiment oublié
la torsion d’un poignet qui nouait un foulard,

la forme safran de la sandale,
les plis de la robe, le drapé du vêtement

quand Marie souleva le loquet et la porte s’entrouvrit,
et la porte se ferma, et il y avait la porte plate

qu’il fixait encore et encore,
comme si la ligne du bois, le bord rugueux

de la surface polie ou brute,
avaient chacun un sens, comme si chaque trace et marque

était un hiéroglyphe, un parchemin d’incroyable valeur
ou une carte de marin.

***

Fie was a very kind man
and he had numberless children,

but he was not Abraham come again;
he was the Magian Kaspar;

he said I am Kaspar,
for he had to hold on to something;

I am Kaspar, he said when a slender girl
holding a jar, asked deferentially

if she might lower it into his well;
I am Kaspar; if her head were veiled

and veiled it almost always would be,
he would remember, though never

for a moment did he quite forget
the turn of a wrist as it fastened a scarf,

the saffron-shape of the sandal,
the pleat of the robe, the fold of the garment

as Mary lifted the latch and the door half-parted,
and the door shut, and there was the flat door

at which he stared and stared,
asif the line of wood, the rough edge

or the polished surface or plain,
were each significant, as if each scratch and mark

were hieroglyph, a parchment of incredible worth
or a mariner’s map.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Une traversée de tendresse (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2019




    
Une traversée de tendresse
près d’un autre corps

une amitié secrète
pour la phrase d’un inconnu

un sourire.

Coups de bonheur.

Marques heureuses

sur la peau de la vie.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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VANITÉS (Jacques Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



VANITÉS

J’ai fait des signes sur le sable
Afin de conserver emmi
Le souvenir impérissable
De l’endroit où j’avais dormi.

J’ai fait une marque au nuage,
Que moi seul saurais retrouver,
Afin de conserver l’image
De l’endroit où j’avais rêvé.

J’ai fait de l’âme de ma lyre
Un petit cercueil bien fermé,
Pour y conserver le délire
De l’endroit où j’avais aimé.

Mais tout est par trop périssable :
Le nuage fuit dans le vent.
La mer vient recouvrir le sable.
Et je n’aime plus comme avant.

(Jacques Richepin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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L’EAU PURE DU BASSIN (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Jean-Yves Beck
    
L’EAU PURE DU BASSIN

« Eau pure du bassin, miroir immobile, dis-moi ma beauté.
— O Bilitis, ou qui que tu sois, Téthys peut-être ou Amphitritê, tu es belle, sache-le.

« Ton visage se penche sous ta chevelure épaisse, gonflée de fleurs et de parfums.
Tes paupières molles s’ouvrent à peine et tes flancs sont las des mouvements de l’amour.

« Ton corps fatigué du poids de tes seins porte les marques fines de l’ongle et les taches bleues du baiser.
Tes bras sont rougis par l’étreinte. Chaque ligne de ta peau fut aimée.

— Eau claire du bassin, ta fraîcheur repose. Reçois moi, qui suis lasse en effet.
Emporte le fard de mes joues, et la sueur de mon ventre et le souvenir de la nuit. »

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE SOUVENIR DÉCHIRANT (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
LE SOUVENIR DÉCHIRANT

Je me souviens… (à quelle heure du jour ne l’ai-je pas devant mes yeux !)
je me souviens de la façon dont Elle soulevait ses cheveux avec ses faibles doigts si pâles.

Je me souviens d’une nuit qu’elle passa, la joue sur mon sein, si doucement, que le bonheur me tint éveillée,
et le lendemain elle avait au visage la marque de la papille ronde.

Je la vois tenant sa tasse de lait et me regardant de côté, avec un sourire.
Je la vois, poudrée et coiffée, ouvrant ses grands yeux devant son miroir,
et retouchant du doigt le rouge de ses lèvres.

Et surtout, si mon désespoir est une perpétuelle torture,
c’est que je sais, instant par instant, comment elle défaille dans les bras de l’autre,
ce qu’elle lui demande et ce qu’elle lui donne.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce qui s’inscrit sous les paupières de la passion (Sylvie Fagre G.)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



    

Ce qui s’inscrit sous les paupières de la passion,
qui saura m’en révéler la source ?

Une forme légère, et pourtant très certaine, moule son chemin en moi.
Elle chatoie, est-ce mon âme, et me tend, avide soudain du dévoilement
et du centre, sa musique qui résonne jusqu’en la plus secrète de mes ramures.

À travers elle, c’est le coeur de mes demeures coutumières que je vois,
et ce qui me guide n’est plus seulement cette ardente nudité de la chair
mais une marque inscrite qui dit : aucune porte ne se ferme,

Ô donnez-moi la grâce d’être toujours dans cette touche de la félicité.
Et ainsi se cherche le nom au creux d’un visage qui serait la lumière.
Et l’on ne voit dans son absence que flamme accrue de l’ombre.
Et l’on pressent, éblouie, sa forme parfaite.

Savoir où fixer son regard.
Ordonner cette quête,
quitter le tourbillon
de lumière et de nuit
qui nous enferme.

(Sylvie Fagre G.)

 

Recueil: Frère humain
Traduction:
Editions: L’AMOURIER

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L’ÉGYPTIENNE (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



 

Illustration: Laurent Folco 
    
L’ÉGYPTIENNE

Où tu sombres, la profondeur n’est plus.
II a suffi que j’emporte ton souffle dans un roseau
Pour qu’une graine au désert éclatât sous mon talon.

Tout est venu d’un coup dont il ne reste rien.
Rien que la marque sur ma porte
Des mains brûlées de l’embaumeur.

(Jacques Dupin)

 

Recueil: Le corps clairvoyant
Traduction:
Editions: Gallimard

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